C. — Valeur diagnostique du tréponème
Nous sommes en mesure maintenant d’apprécier la valeur diagnostique du tréponème. Nous venons de voir qu’on ne le rencontrait jamais en dehors de la syphilis;
que dans celle-ci, au contraire, on l’observait avec une très grande fréquence, qui se transformerait sans doute en une véritable constance, si nos moyens d’investigations étaient plus perfectionnés. La conclusion s’impose, et nous dirons : La présence du tréponème permet d'affirmer la syphilis ; son absence ne permet que de soupçonner l’inexistence de celle dernière.
Même ainsi limitée, et en quelque sorte unilatérale, la valeur diagnostique de Tr. pallidum est susceptible de rendre les plus grands services. Sa constatation dans les chancres jeunes [Hoffmann (246); Mulzer (4o3)] permet d’en reconnaître de bonne heure la véritable nature, et d’instituer, de manière précoce, le traitement spécifique.
Elle rend ra aussi les plus grands services dans le diagnostic de certains chancres extra- génitaux [Glas ( 2o3 ) ; Hoffmann (249 bis)], du chancre mixte | Hoffmann (246. 249); Mulzer (4o3 )], voire même de certains chancres génitaux de diagnostic difficile [Lipschütz(35o); Spitzer (559); Ileller cl Rabinovitsch], ou encore pour la distinction du chancre induré et du chancre mou [Pielicke, Rille et Yockerodt . Roschcr (5o~)] ou de l’herpès [Salmon (5 1 5 ) ] , du chancre de l’amygdale et de l’angine de Y incent [Glas ( 2o4 ) ; Malherbe, Nicolas, Favre et Yndré (420)]; nous avons déjà cité, chemin faisant, quelques faits de ce genre, aussi n’insisterons-nous pas. Disons simplement que, dans tous les cas où le tréponème a été constaté, toujours l’apparition des accidents secondaires est venue confirmer le diagnostic [ Herxheimer et Opificius, Dreyer, Rosenlhal, Roscher (5o-), etc.].
L’observation du microorganisme dans le suc qan-
CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME
glionnaire peut être du plus grand secours dans le diagnostic delà syphilis latente, dont elle permet d’affirmer l’existence; nous avons signalé plus haut, à ce sujet, une très intéressante et probante observation de Buschke [in Buschke et Fischer (08)]. Certaines syphilicles secondaires simulent de telle manière diverses affections cutanées, que le diagnostic peut être parfois très délicat. Siebert (548), pour n’en citer qu’un exemple, a rapporté un cas de syphilide lichénoïdc simulant de très près un lichen plan , et où la constatation du tréponème lui a permis de reconnaître la spécificité de la lésion.
En matière d’ hérédo- syphilis , la mise en évidence, dans les organes, du microorganisme de Schaudinn, pourra permettre d’attribuer à sa véritable cause la mort de l’enfant survenue in utero (Pinard) , ou celle qui l’enlève parfois brusquement, au milieu des apparences d’une pleine santé, dans les premiers temps qui suivent la naissance. C’est elle qui a permis à Siebert (548) de reconnaître la nature syphilitique d’une éruption acnéiforme, chez un enfant, et Balzer (18 1er) pense, avec raison, qu’elle est tout indiquée pour différencier les deux variétés de pemphigus syphilitique et streptococcique du nouveau-né.
Il n’est pas jusque dans le domaine de la syphilis expérimentale, où la valeur diagnostique du tréponème ne soit susceptible de rendre d’importants services, cl dès leur première communication à l’Académie de Médecine, sur la découverte de Schaudinn et Hoffmann, Metclmikoff et Roux (38a ) déclaraient qu’ils comptaient sur la nouvelle méthode pour différencier les accidents syphilitiques secondaires chez les chimpanzés, qui sont
sujets à des affections cutanées diverses, simulant parlois celles dues à la syphilis.
On voit par ces quelques exemples tout ce qu’on est en droit d’attendre de la constatation du tréponème comme moyen de diagnostic de la syphilis’. Par contre, en présence d’un examen négatif, on ne sera en droit, comme nous l’avons montré, de rien allirmer. Tout ce que l’on peut dire, c’est que la signification de cet échec sera d’autant pl us probante que les diverses techniques auront été plus minutieusement appliquées, que les recherches auront été plus nombreuses et plus prolongées, et qu’elles auront fait appel non seulement au procédé des frottis, mais encore à celui des coupes en série. En cas d'insuccès par celle dernière méthode, resterait, comme ultime ressource, le recours à l’inoculation.
1 On peut se demander si l'existence de certaines formes de spirochètes, très voisines morphologiquement de Tr. pallidum et souvent difficiles à distinguer de lui, ne constitue pas un fait de nature à affaiblir, en raison d’une confusion possible, la valeur d’une constatation positive (Neisser, Baermann et Ilalberstiidter). Il est certain que diverses formes de spirochètes prêtent à l’erreur : Schaudinn (522) lui-même, nous l’avons vu, le reconnaît, mais est convaincu, cependant, qu’une distinction est possible dans l’immense majorité des cas. Voici un fait de Hellcr et Rabinovitsch qui semble lui donner raison : pour écarter l’autosuggestion, Hellcr a remis à Mlle Rabinovitsch les lrottis de toutes sortes d’affections génitales 5> spécifiques ou non, sans aucune donnée anamnestique (112 cas). Coloration au Giemsa. Dans aucun cas Mtle Rabinovitsch ne commit d’erreur de diagnostic.