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CHAPITRE VI

CONCLUSIONS

VALEUR ÉTIOLOGIQUE DE TREPONEMA PALLIDUM ÉTAT ACTUEL DE L’ÉTUDE DE CE MICROORGANISME

Les très nombreux travaux dont le tréponème a été l’objet, depuis sa découverte par Schaudinn et par Hollmann en avril i9o5, ont tendu presque tous, pai des voies différentes, vers un but unique : élucider son rôle dans l’étiologie de la syphilis.

Les résultats acquis peuvent se résumer en les propositions suivantes :

i° Le tréponème a été trouvé dans toutes les variétés de lésions syphilitiques où il a été cherché, et cela dans la syphilis humaine acquise à ses trois stades, l’hérédo-syphilis et la syphilis expérimentale L

1 Ces lésions sont les suivantes :

1» Syphilis humaine acquise.

a) Stade primaire. Chancre génital ou extra -génital ;

lymphangite et adénite primitives; syphilomes d' auto-inoculation (Queyrat).

b) Stade secondaire. Toutes les variétés de syphilides

cutanées (maculeuses, papuleuses , vésiculeuses ou pustuleuses, génitales ou extra -géni-

Il a, cle plus, été décelé dans le sang circulant pendant la période secondaire de la syphilis acquise, et d ans 1 ’ lié rédo-syph i I i s .

Dans les lésions fermées, il existe toujours à l’état tle pureté. Dans les lésions érosives ou ulcéreuses, il est souvent associé à d’autres microorganismes (bactéries ou spirochètes). Mais tandis que ces formes associées se cantonnent à Ja surface de la lésion, principalement dans l’exsudât qui la recouvre, et ne pénètrent plus profondément que d’une façon exceptionnelle (par exemple dans l’infection secondaire du ganglion satellite), le tréponème, au contraire, n’existe qu’en petit nombre à la surface de la lésion et se présente en quantités d’autant plus considérables qu’on le recherche plus loin dans la profondeur ; on le trouve alors à l’état pur. Dans la syphilis héréditaire on a observé une septicémie microbienne, surajoutée à l’infection

taies, suintantes ou sèches), et de syphilides muqueuses. Adénopathies secondaires.

Accidents tertiaires précoces : Surrénalite, néphrite.

c) Stade tertiaire. Infiltrations cutanées. Gommes fermées.

Lésions ulcéreuses. Aortite. Artcrite cérébrale.

2° Hérédo-syphilis. Syphilides cutanées ( en particulier pem-

phigtts ). Syphilides muqueuses.

Placenta. Cordon. Lésions viscérales (l'oie, capsules surrénales, poumons, rate, reins, pancréas, thyroïde, thymus, testicules, estomac, intestins, vaisseaux cérébraux et exsudât périvasculaire). Squelette.

3° Syphilis expérimentale. Chancre et lésions secondaires du

singe, que le virus inoculé ait été d’origine humaine ou simienne.

Lésions d’inoculation de la cornée du lapin.

CONCLUSIONS

généralisée par le tréponème; ces cas sont l’infime minorité par rapport à ceux où cette dernière infection

existait seule.

La fréquence avec laquelle le tréponème a été constaté dans les lésions syphilitiques est très élevée. Dans certaines statistiques elle atteint ioo %, quand il s agit des diverses manifestations des périodes primaire et secondaire. Pour des motifs que nous avons longuement exposés, on est en droit d’attribuer au caractère imparfait de nos moyens d’investigations les insuccès

observés. f

2° Le tréponème n’a jamais pu être mis en évidence

en dehors de la syphilis.

3° Les localisations du tréponème dans les lésions syphilitiques s’accordent de manière parfaite avec les données de l’anatomie pathologique ; ces lésions présentent, en particulier, des rapports étroits avec les lésions artérielles, les zones d infiltration leucocytaiie et d’hyperplasie conjonctive. Les localisations intra-cellulaires du parasite semblent être en rapport avec l’acuité des phénomènes d’insuffisance fonctionnelle présentés par les organes où on les observe.

4° Le traitement mercuriel , tout au moins dans un grand nombre de cas, exerce une influence évidente sur le tréponème, dont il amène rapidement la disparition des lésions syphilitiques.

Les résultats si importants à ce jour acquis, et que nous venons de résumer, nous donnent le droit de conclure, et nous dirons :

Dans toute la limite où l'on peut affirmer la spécificité étiologique d'un microorganisme que Ion ne sait ni cultiver, ni par suite inoculera I animal en culture pui e,

on est en droit d’afirmer aujourd'hui la spécificité de tueponema pallidum comme agent, causal de la syphilis. La légère restriction que comporte cet énoncé a surtout une valeur théorique. Le microorganisme de Schaudinn se trouve en effet, au point de vue qui nous intéresse, dans la même situation que l’hématozoaire de Laveran, le spirille d’Obermeier, le trypanosome de Castellani, que l’on ne savait pas cultiver, et dont le rôle étiologique respectivement dans le paludisme, la fièvre récurrente, la maladie du sommeil, ne fait de doute pour personne. On ne cultive pas davantage Tr. equiperdum, ce qui n’empêche pas de le regarder comme l’agent causal d’une affection du cheval qui présente de grandes analogies avec la syphilis, la dourine ou maladie du coït.

Relativement à la valeur diagnostique de Tr. pallidum, nous rappellerons simplement ici les conclusions que nous avons déjà été amené à énoncer au cours de cet ouvrage, quand nous écrivions que sa présence était diagnostique de la syphilis, mais non son absence, de l'absence de celte affection. Ceci ne signifie nullement, nous le savons, que le tréponème puisse manquer dans la syphilis , mais simplement qu’il peut échapper à nos moyens imparfaits d’investigations. Il est évident, d’ailleurs, qu’il y aura lieu d’attacher à un résultat négatif une valeur d’autant plus considérable que les différentes techniques auront été plus exactement suivies, que les examens auront été plus systématiquement faits et plus souvent répétés, que l’on aura eu recours enfin, non seulement à la méthode des coupes, mais encore à celle des inoculations.

Que si maintenant nous jetons un coup d’œil d’en-

CONCLUSIONS

semble sur l’état actuel de l’étude du tréponème, envisageant non seulement ce qui est acquis, mais encore, dans ce qui reste à acquérir, les points qui dès aujourd’hui sollicitent le plus vivement l’attention des chercheurs , voici ce que nous pouvons dire :

En ce qui concerne la technique, la méthode des imprégnations à l’argent a réalise un progrès considérable, non seulement en ce qu’elle a permis de reprendre, en se plaçant au point de vue des localisations du tréponème, 1 éludé anatomo-pathologique de la syphilis, mais encore en révélant le nombre, souvent énorme, des parasites présents dans les diverses lésions examinées, ce dont la méthode des frottis n avait pas permis de se rendre compte. Elle a, par contre, un gros inconvénient en pratique, qui est d exiger beaucoup de temps. 11 serait donc désirable que la méthode des frottis pût être perfectionnée de telle sorte, quelle mît en évidence un nombre beaucoup plus grand de parasites qu’elle le fait actuellement.

La morphologie, pour très étudiée quelle ail été, renferme encore bien des points obscurs, au premiei rang desquels il convient de placer ceux qui se rapportent à l’appareil locomoteur (flagelles, membrane ondulante?), et à la structure fine du treponeme (noyau, corpuscules médians et terminaux, etc.). Indépendamment de 1 intérêt intrinsèque qui s attache a une telle étude, on peut supposer que, d’une morphologie mieux connue , sortiront des caractères diagnostiques différentiels plus précis entre Tr. pallidum et les espèces voisines.

De tous les problèmes à résoudre, celui auquel s attache l’intérêt culminant, est le problème de la culture

(lu parasite. De l’instant où il sera résolu, en effet, ce serait non seulement la possibilité de démontrer, d’une manière définitive, la spécificité étiologique du tréponème par l’inoculation aux animaux, mais encore d’étudier ses propriétés biologiques et son évolution. Dans le domaine biologique, il est vrai, les expériences tic Wassermann, Neisser cl llruck ont permis de révéler indirectement, chez le syphilitique, l’existence d’une toxine et d’une antitoxine spécifiques. Mais quel progrès ne serait pas réalisé, si l’on pouvait arriver à isoler des cultures cette toxine! En ce qui concerne, d’autre part, l’évolution du tréponème, ne voit-on pas l’intérêt immense qui s’attache, non seulement à la connaissance exacte de son ou de ses modes de multiplication, mais encore à celle des conditions dans lesquelles celle multiplication se trouve favorisée ou au contraire empêchée? Et si l’étude de cette évolution devait encore nous révéler l’existence de

quelque forme évolutive du parasite aujourd’hui encore complètement inconnue, quel \asle champ ouvert aux investigations! Du jour enfin où les questions se rattachant à la morphologie et à l’évolution auront été élucidées, et de ce jour seulement, il sera possible de parler d’une manière moins incertaine qu’aujourd’hui de la classification du tréponème, ce qui est loin d'être d’un intérêt purement théorique, car il n’est nullement indifférent de savoir, au point de vue de diverses analogies à établir, si la syphilis doit être considérée comme une maladie bactérienne ou à protozoaires. - Le microorganisme de Schaudinn a été tant et tant de fois trouvé dans les lésions des périodes primaire et secondaire, qu’il n’y a vraiment plus guère lieu de

CONCLUSIONS

publier de nouveaux cas de ce genre. Nous n en disons pas de même de sa recherche dans les lésions tertiaires (cutanées, sous-cutanées ou viscérales); ces dernières, en effet, n’ont encore donné lieu qu’à un petit nombre d’examens positifs, et leur étude présente au contraire un grand intérêt. Tl sera nécessaire, en particulier, de profiter de l’autopsie de chaque syphilitique, pour chercher à accroître nos connaissances, encore restreintes, sur la présence du tréponème dans les organes

de l’adulte. Dans cet ordre d’idées, le système nerveux, non seulement des syphilitiques, mais encore des parasyphilitiques, mérite une attention toute spéciale, en raison même des difficultés tjue comporte son examen, et des nombreux échecs — quelquefois assez inexplicables, quand il s’agit d’une lésion manifestement syphilitique et récente — auxquels celui-ci a donné lieu.

S’il est déjà du plus grand intérêt de mettre en évidence le tréponème là où il manifeste sa présence par des désordres cliniquement appréciables, de quelle importance ne serait pas la découverte des retraites où d se dissimule pendant les périodes? silencieuses de la syphilis, et des causes qui. à d’autres moments, 1 en chassent ?

Des causes, d’ailleurs, qui, d’une manière générale, sont susceptibles d’exercer une influence sur son activité, que savons-nous? Voici la mieux connue de toutes, le mercure: comment s’expliquer que tantôt elle amène la disparition du tréponème des lésions syphilitiques, tantôt semble n’exercer sur lui aucune influence? Savons- nous seulement, quand elle se montre efficace, à quel mécanisme elle le doit? Non

seulement nous l’ignorons, mais nous sommes même incapables cle dire si le tréponème disparaît réellement, ou s’il ne fait simplement que prendre une forme sous laquelle il échappe aux recherches...

A énumérer ainsi seulement les principaux problèmes qui, malgré quelque dix-huit mois d’un énorme et fructueux labeur, restent encore à résoudre, on peut juger du champ immense qu’offre à l’activité des chercheurs l’étude du tréponème. Pendant la période qui vient de s’écouler depuis la découverte de Schaudinn et Hoffmann, une grande partie de cette activité s’est employée en des recherches destinées à mettre en évidence la présence du tréponème dans les lésions syphilitiques, son absence en dehors d’elles, ceci en vue d’arriver à la démonstration de la spécificité étiologique du tréponème. Aujourd’hui que cette démonstration est aussi bien établie qu’elle peut l’être en attendant la découverte d’un mode de culture du microorganisme, pareil objet d’étude n’offre plus qu’un intérêt somme toute secondaire.

Culture du tréponème avec toutes les conséquences qui s’ensuivent, étude de son évolution, recherche du parasite dans l’organisme, non plus au moment des périodes éruptives, mais dans leurs intervalles, ajoutons encore mécanisme intime de l’action du mercure, voici les problèmes qui passent aujourd’hui au premier plan , et à l’étude de tel ou tel d’entre eux il ne semble pas douteux que les procédés expérimentaux soient appelés à prendre une part de jour en jour plus importante.

BIBLIOGRAPHIE'1 el 21

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