‹ Le microorganisme de la syphilisChapitre 3 sur 100 · PLACE DE L’ODÉON · texte numérisé non relu

PLACE DE L’ODÉON

Tous droits réservés.

WELLCOME INS 1 llült LIBRARY

Coll.

welMOmec

Caü

No.

WC

CHANCRE DU PREPUCE

(l 'après une préparation originale du Pioi’A' E. Hoilina Tin ( de -Berlin ) .

l'rnp. Monrocg

O. Doin , Editent', Parût

Eit . Oberlin , Or

LE

TREPONEMA PALLIDUM (SCHAUDINN)

INTRODUCTION

C’est le a3 avril iqo5 que parut le mémoire où Schaudirm et LIoITmann annonçaient la découverte, dans certaines productions syphilitiques, d'un microorganisme qu’ils appelaient alors Spirochaeta pullula, et qui reçut depuis — pour des raisons que nous indiquerons plus tard — le nom de Treponema pallidum.

Depuis ce jour, moins d’un an et demi s’est écoulé, et, pendant celle courte période, le nombre étonnamment grand des travaux publiés témoigne, avec assez d’éloquence, du prodigieux intérêt qui s’attache à l'iiisloirc de ce microorganisme.

Déterminer le rôle du tréponème dans l’étiologie de la syphilis était le premier point à élucider avant de se lancer plus avant dans son étude. Telle fut précisément l’œuvre de l’année qui vient de s’écouler, au cours de laquelle la grande majorité des recherches entreprises ont été inspirées par cette préoccupation.

MICROORGANISME.

INTRODUCTION

Grâce à ce puissant effort collectif , le but poursuivi peut être actuellement considéré comme atteint, si bien qu il ne fait guère de doute aujourd’hui pour personne que le tréponème soit, en fait, l’agent causal de la syphilis. Une grande étape de son histoire vient donc de prendre fin, et déjà l’activité des chercheurs, confiante désormais en la solidité du terrain sur lequel elle se trouve placée, poursuit plus hardiment et dans des voies nouvelles ses investigations.

Nous avons donc jugé le moment propice pour jeter un coup d’œil d'ensemble sur l’œuvre considérable accomplie. Nombreux et de la plus haute importance sont les résultats dès aujourd’hui acquis. Nous nous proposons de les exposer ici-, de manière à montrer l’état actuel de la question, tel qu’il ressort de tous les documents parus, que nous avons pu nous procurer jusqu’au Ier octobre 1906. On trouvera, à la fin de ce volume, la liste de ces publications réunies en une bibliographie à l’élaboration de laquelle nous avons donné tous nos soins, et que nous avons voulue aussi complète qu’il est naturellement possible de le réaliser, pour un sujet dont l’élude ne fait que commencer, et à la connaissance duquel il n’est guère de jour que quelque nouveau travail ne vienne apporter sa contribution f

Après avoir montré, dans un rapide historique, quels essais de bactériologie ont précédé la découverte de Scliaudinn, et quelle révolution celle-ci a apportée dans ce domaine, nous aborderons logiquement l’étude du tréponème, en exposant, dans tous les détails de leur si importante

1 Parmi les toutes dernières publications parues , un certain nombre est arrivé trop tard à notre connaissance pour que nous ayons pu en tenir compte dans la rédaction même de cet ou\ rage. Du moins avons-nous tenu, jusqu’au dernier moment où cela nous a été possible de le faire, à en introduire la référence dans notre bibliographie.

INTRODUCTION

technique, les moyens d'investigation dont nous disposons pour le mettre en évidence.

L’étude deschiptive et l’histoire naturelle de ce microorganisme feront l’objet d'un second et très important chapitre, dans lequel seront successivement envisagés sa morphologie, son diagnostic différentiel , les rapports des tréponèmes entre eux et avec les microorganismes et les formations diverses qui peuvent leur être associés, Y évolution cL la classification du parasite.

Passant ensuite en revue les diverses manifestations de la syphilis humaine, acquise et héréditaire , et de la syphilis expérimentale, nous mettrons en relief, avec toute l’importance qu’il mérite, le double fait de la présence du tréponème DANS LES LÉSIONS SYPHILITIQUES Ct de SOI1 ABSENCE DANS

les recherches de contrôle; ce qui nous permettra, dès ce moment, de nous faire une idée exacte de sa valeur diagnostique.

Toutes les recherches dont nous venons de parler jusqu’ici ne comportent l’emploi, pour la mise en évidence des parasites, que de la méthode rapide des frottis colorés. L’examen de coupes imprégnées à l’argent nous permettra ensuite de poursuivre ces microorganismes jusque dans l’intimité des lésions, d’approfondir par là les rapports du tréponème AVEC L’ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA SYPHILIS, et

d’élucider aussi, dans une mesure malheureusement encore bien limitée, quelques détails se rapportant aux migrations qu’au cours de l’évolution d’une syphilis, il accomplit à travers l’organisme.

L’étude de Faction du traitement mercuriel sur le micro-

organisme de Schaudinn fera l’objet de l’avant-dernier chapitre.

Dans le dernier, qui sera un chapitre de conclusions.

INTRODUCTION

nous montrerons comment les résultats aujourd’hui acquis permettent, sous quelques réserves de pure forme, de considérer comme résolu par l’affirmative le problème de la valeur étiologique de Treponema pallidum et dans quelle voie, maintenant que ce lait est acquis, paraît devoir, dès à présent, s’engager l’étude du microorganisme de la

HISTORIQUE 1

Il est peu de maladies dont on ait cru aussi souvent avoir découvert l’agent causal que la syphilis. De tant de microbes décrits, la plupart sont tombés rapidement dans l’oubli, et nous ne ferons rien pour les en tirer.

D’autres ont suscité, sur le moment, un intérêt plus vif, et même tel d’entre eux, le bacille de von Niessen, par exemple, continue encore de temps en temps à faire parler de lui. De ce dernier groupe seul, en raison de l’intérêt — purement rétrospectif d’ailleurs — qui s’y attache, nous dirons ici quelques mots, n’insistant que sur les bacilles de Lustgarten, von Niessen, Joseph et Piorkowsky, de Lisle et Jullien.

En i884 , au lendemain de la découverte du bacille de la tuberculose par Koch , Lustgarten observa , dans des gommes et des chancres, de grandes cellules pâles, dans lesquelles se trouvaient des bacilles entrelacés ou

1 Pour tout ce qui concerne l’historique des recherches sur l’étiologie de la syphilis, antérieures à la découverte de Schaudinn , consulter :

Fouquet (Ch.). — Des essais de bactériologie et de sérothérapie dans la syphilis. Gaz. des Hop., 10 oct. 1903,, n° 117, pi 1153-1162.

Lefebvre ( A.). — Du rôle étiologique des bacilles dits syphilitiques. Ann. du Serv. de derrnat., de syphil. et d’urol. de l’hôp. St-Pierre de Bruxelles, mai 1904, n° 2, p. 85-94.

G HISTORIQUE

isolés, ressemblant au bacille de Koch et très difficiles

à colorer. Les tentatives de culture et d inoculation ont

toujours été négatives.

En i885, Babes retrouve les bacilles de Luslgarten et les considère comme diagnostiques de la syphilis. En 1886, au contraire, Bitter les identifie au bacille du smegma, et, en i892, Sabouraud, après les avoir cherchés en vain dans cinquante et une pièces de lésions syphilitiques, conclut que « même en admettant pour vraie la méthode de Lustgarten, on ne peut reproduire à volonté les résultats qu’il a obtenus ».

A partir de i896, von TNiessen consacre à la bactériologie de la syphilis une série de travaux « qu’il a •défendus contre toutes les contradictions avec une ténacité et une vigueur peu communes ». Cette constatation, que faisait Lefebvre en i9o4, serait encore vraie aujourd’hui, même après la découverte du tréponème, contre la spécificité duquel von Niessen s est elevc avec une énergie, dans le fond et la forme des idées exprimées, dont on ne laisse pas que d’être quelque peu surpris.

Le bacille de von Niessen, qui se trouverait dans le sang, dans la grande majorité des cas de syphilis tant tertiaires que secondaires, appartient au groupe des bacilles pseudo -diphtériques ; il est décrit comme essentiellement polymorphe, tantôt coccus, tantôt bâtonnet court, un peu effilé, ou au contraire renflé aux deux bouts, tantôt enfin bâtonnet plus long, renfermant trois ou quatre granulations disposées en série.

HISTORIQUE

Il croît bien sur gélatine, sérum, bouillon, mal sur agar. Il permettrait, par inoculation, la transmission de la syphilis au porc et à diverses espèces de singes.

Le bacille de Joseph et Piorkowsky (i9o2) s’obtient en cultures par ensemencement de placenta humain frais, recueilli aseptiquement, avec le sperme de syphilitiques en pleine période secondaire. Il peut être identifié avec celui de von Niessen.

Nous n’entrerons pas ici dans la discussion de la spécificité étiologique des microbes de von Niessen et de Joseph et Piorkowsky, et nous nous contenterons de renvoyer le lecteur, que ce sujet pourrait intéresser, à l’étude déjà citée de Lefebvre ; il y verra que les moindres reproches que l’on puisse adrcsseràces bacilles, dits syphilitiques, sont de ne pas se trouver dans toutes les lésions de la syphilis; de plus ils sont obtenus en partant de produits dont le mode de prélèvement est loin d’offrir toutes les garanties requises contre les risques d’infection secondaire, et ils déterminent enfin chez l’animal des lésions qui ne sont pas la syphilis. En ce qui concerne ce dernier point, signalons qu’avec des cultures procurées par von Niessen lui-même, Neisser, Baerman et Halberstâdter, au cours de leurs expériences récentes à Java, n’ont jamais pu transmettre la syphilis au singe.

Le bacille de de Lisle et Jullien (i9oi) est obtenu en partant du plasma sanguin ou mieux de la sérosité des phlyctènes de vésicatoires. Mobile, il cultive facilement dans les milieux ordinairement employés.

HISTORIQUE

Deux faits démontrent, pour de Lisle et Jidlicn, sa spécificité: i° son agglutination par le sérum de syphilitiques en puissance d’accidents, agglutination que ne provoque pas le sérum d’individus sains; 2° la propriété qu’il possède de fixer l’alexine contenue dans le sérum des animaux vaccinés avec les produits syphilitiques, ce qui prouverait l’existence d’une sensibilisatrice particulière.

Bien que les arguments présentés par de Lisle et Jullien en faveur de la spécificité étiologique de leur bacille pussent se prévaloir d’une rigueur qui manquait à celle de Lustgarten, von Niessen, Joseph et Piorkowsky, ils n’emportèrent pas davantage les convictions.

Les choses en étaient là, lorsqu’au commencement de i9o5 un zoologiste allemand, Siegel, fit une communication qui, surtout en Allemagne, produisit une vive impression. Il décrivait dans le sang et les exsudations des syphilitiques un protozoaire minuscule, Cytorrhyctes luis, auquel il attribuait la production de la syphilis. Or l’intérêt de cette découverte fut tout autre que celui que pouvait en attendre son auteur.

L’opinion que Cyl. luis — sur lequel nous aurons d’ailleurs à revenir dans le cours de cet ouvrage (cf. chap. Il, C, h) — pouvait être l’agent causal de la syphilis dut en effet être bientôt abandonnée; mais il se trouva, par un curieux hasard, que la découverte de Tr. pallidum , par Schaudinn, fut la conséquence indirecte de celle de Cyl. luis par Siegel.

HISTORIQUE 9

Cet historique de la découverte du tréponème a été fait de manière tout à fait intéressante par MM. Metchnikolf et Roux, lors de leur communication du 16 mai i9o5 à l’Académie de Médecine, et nous ne saurions mieux faire à ce sujet que de reproduire leurs paroles.

Quoique la description et les photogrammes de Siegel ne laissassent aucun doute sur le peu de fondement de l’opinion qui voulait voir en Cyt. luis l’agent causal de la syphilis, « néanmoins, exposent MM. Metchnikoff et Roux, on s’est mis à la contrôler par des recherches nouvelles. Ainsi, dans l’Office sanitaire allemand, à Berlin ( Kaiserliches Gesundheitsamt) , c’est M. Schaudinn, une autorité pour tout ce qui concerne les protistes, qui a été chargé de faire cette vérification. Dans le premier exemple d’accident primaire dont il a examiné le liquide avec le mélange d’azur et d’éosine, son attention a été attirée par des spirilles assez nombreux, faiblement colorés et d’as- . pect particulier. Schaudinn , qui s’est beaucoup occupé des spirilles, a aussitôt compris l’intérêt de cette décou- ® verte et s’est mis à étudier ces microbes de façon très suivie, après s’être assuré de la collaboration de Hoffmann pour tout ce qui touche au côté médical de la question l.

« Depuis très longtemps on avait déjà constaté la présence des spirilles dans les lésions des organes génitaux et même sur les muqueuses normales de ces

1 Dans leur premier mémoire, Schaudinn et Hoffmann citent comme leurs collaboi’ateurs les Drs Neufeld et Gondcr.

HISTORIQUE

organes. Ce n’est qu’à titre de curiosité historique que nous mentionnons l’opinion de Donné l, émise en 1 83 7 , que les spirilles doivent être considérés comme la vraie cause de la syphilis. En elïet, il est certain qu’avec les moyens de son époque, Donné n’a jamais pu apercevoir les spirilles si fins, décrits récemment par Schaudinn. Mais beaucoup d’observateurs ont rencontré des spirilles sur la muqueuse des organes génitaux. Je ne. citerai que les cas d’Alvarez et Tavel ”2, qui ont trouvé des spirilles dans le smegma; celui de Berdal et Bataille 3, qui ont découvert les mêmes microorganismes dans les produits de balano-posthite érosive 4. Dans ces dernières années, Rona 5, à Budapest, s’est beaucoup préoccupé des spirilles qu’il a retrouvés dans les lésions gangréneuses des organes génitaux. Parmi tant d’autres observations, cet auteur cite la présence de spirilles dans neuf cas d’accidents primaires syphilitiques de l’homme; mais il ne lui vient pas à l'idée de chercher dans ces spirilles l’agent étiologique de la syphilis, car il trouve le même spirille dans des lésions non syphilitiques et même dans le smegma génital des deux sexes.

1 Recherches microscopiques sur la nature des mucus et la matière des divers écoulements génitaux-urinaires chez l’homme et chez la femme. Paris, 1837 ( L.- B .).

2 Archives de physiologie normale et pathologique , 1885.

3 Médecine moderne, 1891, p. 400.

4 Même constatation fut faite, dans la même affection, par Csillag : Spirillen bei Balanoposthitis , Arclx. f. Demi. u. Syph., Bd. 46 (1898), p. 150 ( L.-B .).

3 Arch. f. Dermnt. u. Syphilis, 1903-19-05.

HISTORIQUE

« On pourrait donc se demander si les spirilles découverts par Schaudinn, dans l’accident primaire, n’étaient pas les mêmes cpie ceux qui avaient été observés par ses prédécesseurs. Dès le début de ses recherches, il se pose lui-même cette question; mais ses connaissances approfondies des spirilles lui suggèrent cette idée que dans les muqueuses des organes génitaux se rencontrent deux espèces qu’il range dans le genre Spirochaete : l’une, qu’il désigne sous le nom de Sp. refringens (banale), et une autre (ne s’observant que dans la syphilis) qu’il nomme Sp. pallida. La première est caractérisée par ses dimensions relativement grandes, par la forme des spires qui rappelle celle des vagues, et par la facilité avec laquelle elle se colore par les matières colorantes ordinaires. Le Sp. pallida s’en distingue par sa petitesse , par sa forme en tire-bouchon et par la difficulté de se colorer, qui exige l’emploi de matières colorantes spéciales, telles que la solution de bleu d’azur et d’éosine de Giemsa...

« Nous ne connaissons qu’un seul cas où l’on ait vu le Sp. pallida avant Schaudinn, seulement il s’agit d’une observation inédite. Il y aura bientôt trois ans que MM. Bordct et Gengou, à Bruxelles, ont trouvé dans un chancre un assez grand nombre de spirilles très minces, tournés en lire-bouchon et à peine colorés.

« Naturellement, MM. Bordet et Gengou se sont sentis enthousiasmés par cette constatation;... mais

HISTORIQUE

n’ayant pu trouver ce microbe dans [d’] autres accidents,... ils ont été découragés et n’ont pas poursuivi leurs recherches.

« Il y a quelques jours, M. Bordet nous a envoyé une de leurs anciennes préparations, sur laquelle j’ai pu, non sans peine, reconnaître le spirille absolument identique au Spirochaete pallida h

« Après nos premiers résultats sur la syphilis des chimpanzés, M. Bordet nous conta l’histoire de sa tentative, ce qui nous fit chercher les spirilles dans les produits syphilitiques de ces anthropoïdes... [Nos] constatations négatives ne nous permirent pas [alors] d’admettre les spirilles comme agents spécifiques de la syphilis... Ce sont les belles recherches, inaugurées par M. Schaudinn, qui nous ont amenés à rechercher de nouveau les produits syphilitiques des singes et qui nous ont fait modifier notre opinion...

« Somme toute, sur six singes syphilitiques que nous avons étudiés, nous avons constaté la présence des spirilles dans quatre cas : sur un chimpanzé, un papion et deux macaques... )>

Au moment où MM. Metchnikofî et Roux annonçaient ainsi à l’Académie de Médecine la nouvelle découverte, les publications de Schaudinn et Hoffmann

1 Rille (497) croit avoir lui-même, dès 1894, observé Sp. pallida, et donne à ce sujet quelques détails. D’après ce même auteur, Vihrio linolea, Donné, 1837, ne serait autre que Sp. refringens. D’après Metchnikofî et Roux (382), il y aurait également identité entre ce dernier et un spirille rencontré par Runa dans un cas de stomatite ulcéreuse mercurielle ( L.-B .).

HISTORIQUE

étaient déjà au nombre de deux : l’une, du a3 avril ifioS, intitulée : « Rapport préliminaire sur la présence de spirochètes dans les produits morbides syphilitiques et les papillomes; » l’autre, du !\ mai, « Sur la constatation de spirochètes dans le suc ganglionnaire de syphilitiques. »

Le lendemain même enfin du jour où MM. Metchnikofî et Roux faisaient leur communication à Paris, le 17 mai par conséquent, Schaudinn et Hoffmann, à la Société médicale de Berlin, faisaient eux-mêmes une communication intitulée : « Sur Spirochaete pal lida dans la syphilis et les différences entre cette lorme et les autres espèces appartenant à ce genre. » Avec une prudence toute scientifique, Schaudinn et Hoffmann spécifièrent chaque fois qu’ils n’entendaient faire autre chose, jusqu’à plus ample informé, que d’apporter des observations de faits, et qu’ils se refusaient pour le moment à émettre aucune appréciation sur la valeur étiologique du parasite étudié. Cependant, dès l’importante discussion qui suivit la communication de Schaudinn et Hoffmann , à la Société médicale de Berlin , Buschke , Pielicke , Wechselmann et Lœwenthal , Reckzeh vinrent successivement annoncer que leurs recherches leur permettaient de confirmer la nouvelle découverte. En particulier, Buschke, qui, dès le 11 mai, avait été à même d’annoncer la mise en évidence par lui du tréponème dans le foie et la rate d’un enfant hérédo-syphilitique, vint déclarer qu’il venait de le constater cette fois dans des préparations

HISTORIQUE

cle sang, prélevées du vivant de cet enfant. La seule note discordante fut jetée par Thesing, qui, parlant des impuretés contenues dans les préparations de Schaudinn et Hoffmann , et que leur texte ne mentionnait pas, déclara que les spirochètes qu’ils avaient observés pouvaient fort bien provenir du colorant où ils trouvent un milieu favorable à leur existence, etc. Des questions de personnes ne tardèrent pas à intervenir, et la discussion menaça de devenir orageuse. Elle prit fin sur une dernière réplique de Thesing, à la suite de laquelle le président de séance, M. le P' von Bergmann, prononça ces paroles empreintes d’un scepticisme quelque peu ironique : « Sur ce, la discussion est close, jusqu’à ce qu’un autre agent causal de la syphilis vienne de nouveau réclamer notre attention. »

A dire vrai, après tant de « microbes de la syphilis », un jour découverts, le lendemain oubliés, il était permis de se montrer incrédule. Cette fois pourtant, ce sont les croyants qui ont eu raison. Pendant plus d’un an, ce fut un incroyable flot de communications et d’articles qui ne firent, à deux ou trois exceptions près, dont nous aurons à discuter ultérieurement la valeur, qu’apporter à la découverte de Scbaudinn confirmation sur confirmation. Unanime ou peu s’en faut s’est fait aujourd’hui l’accord sur la valeur étiologique du tréponème, et il est bien peu probable que le président de la Société médicale de Berlin, ou de quelque autre ville, soit jamais appelé, par l’ordre du jour des séances, à mettre en discussion les titres de quelque

HISTORIQUE

nouveau microorganisme à la dignité d’agent pathogène de la syphilis h

1 Fritz Schaudinn, de la science zoologique duquel la médecine attendait la plus précieuse des collaborations, vient d’être, le 22 juin 1906, à moins de trente-cinq ans, emporté par une mort prématurée. Quatorze mois après la publication avec Hoffmann de ce mémoire qui restera célèbre dans l’histoire de la science médicale, il disparaît, ayant eu du moins la joie profonde d’assister au triomphe de sa découverte.

Page 1