Une lentille condensatrice
3. La platine qui est formée par un anneau très large où se dépose une lame de verre o n’ayant pas moins de 7 cent, de diamètre. Une crémaillière permet de rapprocher la platine de l’objectif.
Le corps du microscope est porté par un F’’g- ^23.
anneau ; il est mobile d’avant en arrière et peut également se mouvoir
3oo LE MICROSCOPE DANS LE PASSÉ.
latéi-alement de façon à parcourir toute l’étendue de la platine.
- Les objectifs sont au nombre de trois.
Mais ce qui caractérise le microscope de Dellebarre, c’est que l’oculaire n’a pas moins de six verres pouvant se combiner de toutes les façons possibles.
Le champ était excessivement vaste et l’observation très fatiguante ; aussi Dellebarre y renonça-t-il par la suite et l’instrument, que nous avons en ce moment sous les yeux, n’a qu’un oculaire formé de deux verres, l’un en crown vert, l’autre en flint. L’objectif est en Crown blanc.
Dellebarre prétendait obtenir l’achromatisme par sa combinaison, et, en réalité, les fausses couleurs ne sont guère aussi perceptibles que dans les autres microscopes de l’époque.
Ce microscope reçut beaucoup d’éloges. UAthenée des Arts de
Paris décerna un médaille d’argent, le 22 floréal an XI, au constructeur.
Cette médaille nous a été confiée par son arrière petitfils, qui la conserve précieusement, pour la faire figurer à l’Exposition d’Anvers.
Louis François Dellebarre, appartenait à la noblesse française ; son vrai nom de famille était de Streck, il naquit à Abbeville le 16 Août 1726.
Il fût obligé, pour ses opinions religieuses, de se réfugier en Hollande où il prit le nom de Dellebarre. Plus tard il revint à Paris où il mourût le 16 Mars i8o5.
Mais, ses enfants, qui avaient tâté des libertés flamandes, retournèrent en Hollande à la mort de leur père et s’y établirent définitivement.
Legrand microscope universel de Martin, <\ni fut construit vers 1780 et dont il existe, à Londres, un bel exemplaire qui a appartenu à Quekett, est
LE MICROSCOPE DANS LE PASSÉ. 3oi
un instrument fort élégant et établi avec luxe et coquetterie (fig. 224).
Le pied est à trois branches ; la barre est triangulaire et munie d’une articulation à sa base pour l’inclinaison. Celle-ci se produit par l’action d’une vis sans fin mue par la clef H et agissant sur un engrénage.
Le miroir est articulé pour la lumière oblique et mobile dans tous les sens.
La platine O peut se remplacer par une autre platine Q munie de mouvements micrométriques.
Enfin le corps du microscope, F R, peut s’enlever et peut être remplacé par un microscope catadioptrique M.
Tout l’instrument est travaillé avec une précision et un soin fort extraordinaires pour l’époque.
Nous avons encore à parler du microscope de Jones, (année 1798); le microscope dit « perfectionné » a évidemment servi de type au microscope universel de Ch. Chevalier dont nous parlons plus loin.
Nous voici arrivé au siècle actuel pendant lequel le microscope devait faire de si énormes progrès.
Déjà, vers la fin du siècle dernier, en 1791, un amateur hollandais, Beeldsnyder, avait construit un objectif achromatique formé de deux lentilles extérieures convexes, en crown, et d’une lentille intermédiaire biconcave en flint.
Les lentilles sont travaillées soigneusement et l’objectif vissé sur un bonne monture d’.Amici donne une image très convenable.
Son compatriote Van Deyl alla beaucoup plus loin. Après avoir, à une dâte qui n’a pas été fixée, fait une lentille achromatique, il reprit le travail en 1807 alors que déjà il atteignait sa 70® année.
Il fit un microscope, du modèle de Jones et y adapta deux lentilles achromatiques l’une ayant 18 mm. de foyer, l’autre n’en ayant que i3. Les lentilles sont concavo-convexes et la concavité qui est très légère est tournée vers l'objet.
Nous nous rappelons les essais que nous fîmes dans le temps à Utrecht avec Harting. Les images sont belles et, quand on superpose les lentilles, les images ne sont pas inférieures à celles de beaucoup d’objectifs de même force d’il y a vingt à trente ans.
Malheureusement Van Deyl parait ne pas avoir lui-même tenté
cet essai qui aurait fait une révolution complète dans le microscope, Nous devons maintenant aller jusqu’à 1824 pour trouver un nouvel essai sérieux. Selligue, à cette époque, fit construire un microscope, dit achromatique, par MM. Vincent et Charles Chevalier.
Dans cet instrument, (fig. 22 5) que Selligue, mécanicien, fit construire sur ses dessins, il y a trois ou quatre lentilles piano-convexes achromatiques superposées, (idée dûe à Ch. Chevalier) ; la face convexe est tournée vers l’objet. Entre l’oculaire et l’objectif se trouve une lentille biconcave destinée à augmenter le grossissement.
Les lentilles ont 12^/2 mill.de diamètre et environ 87 mill. de foyer.
Immédiatement au dessus de la lentille
Fig. 226.
supérieure se trouve un très petit diaphragme ; l’ouverture en a à peine 2 */2 mill. de diamètre.
Les images se montrent bien achromatisées, mais l’objectif est incapable de résoudre aucun détail délicat. C’est ainsi que les écailles du « Macroglossa Stellatarum » ne montrent aucun détail, tandis que des microscopes non achromatiques antérieurs montrent les lignes longitudinales !
Il parait que peu de microscopes pareils ont été construits, car ils sont excessivement rares. Nous croyons qu’on n’en connait actuellement aucun autre exemplaire que celui que nous venons de décrire.
Vincent et Ch. Chevalier avaient fait seuls tous les frais d’essai et de construction du microscope dit de « Selligue «; aussi, furent-ils justement froissés de ce que leur nom ne fut même pas mentionné dans le rapport présenté à l’Academie.
Ils firent connaître leur mécontentement dans une brochure qu’ils publièrent en 1825 et
où ils décrivent en même temps un microscope analogue construit, disaient-ils, erronément, d’après des indications d’Euler, publiées en 1774, et, dont la lentille unique avait 8 mill. de foyer et 4 mill. de diamètre. Le crown et le flint furent, ici, pour la première fois, réunies à l’aide de Baume de Canada.
Deux ans plus tard, en 1827, Amici apporta à Paris son microscope achromatique composé que nous représentons dans la fig. 226 cicontre. Le microscope que nous avons en ce moment sous les yeux, et qui fut construit vers i835 est tout semblable à la figure. Le mouvement rapide est produit par une crémaillière k et le mouvement lent par la vis de rappel /.
Le tube ordinaire peut être coudé par une pièce à prisme A.
La platine h est beaucoup trop petite pour un travail sérieux et l’instrument manque de stabilité.
Il y a quatre objectifs ; les lentilles de quelques uns d’entr’eux peuvent se combiner de diverses façons entre-elles et en outre avec certaines lentilles accessoires. Le but de ces combinaisons est de donner une image nette avec diverses épaisseurs de couvre-objets.
L’image donnée par ces objectifs est très remarquable pour l’époque. C’est ainsi que l’objectif marqué O • : • donne une bonne image du pygidium ; elle devient même excellente quand on surmonte cet objectif de la lentille marquée 6.
Mais, l’instrument de ce temps qui obtint promptement une réputation considérable, ce fut l’instrument que Charles Chevalier réalisa en 1834 et à qui il donna, à juste titre, le nom de « microscope Universel, n
En effet, cet instrument peut s’employer avec un tube coudé comme microscope horizontal, aussi bien qu’avec le tube vertical ; le tube peut aussi se renverser, l’objectif étant dirigé vers le ciel, pour les observations de chimie, enfin, en un instant, on peut enlever le tube composé et le remplacer par un microscope simple.
Le mouvement prompt se donne par crémaillière et le mouvement lent par une vis de rappel assez compliquée mais très précise.
Le microscope possède un diaphragme tournant avec série d’ouvertures et que l’on peut, à volonté, écarter de l’axe du microscope en le redressant.
Nous allons indiquer, d’après Chevalier lui-même, comment il faut opérer pour faire subir au microscope universel ses diverses transformations.
La figure 227 représente l’instrument qui se visse sur un pied de cuivre. Dans ce microscope, le tube T se meut à frottement doux dans le tube Z, la tige D pivote dans la pièce S. Le tube portant les lentilles pivote aussi en P, afin de changer ces dernières.
Le porte-prisme V entre à frottement sur les tubes A et Z pour composer le microscope horizontal. Pour obtenir le microscope vertical, on enlève d’abord la pièce V avec le corps de l’instrument Z ; on sépare ensuite le porte-prisme V du corps Z, puis on ajoute à frottement ce dernier sur le tube A ; de la sorte, on a l’instrument vertical.
La pièce AP s’ajuste sur la tige D au moyen d’une goupille mobile à bouton g. La pièce V, entrant à frottement doux sur le tube A, donnerait le moyen de faire pivoter le corps Z et le porte-prisme V autour d’un axe qui passerait par l’objectif Y.
La tige C est fixée inférieurement sur la pièce E au moyen du bouton goupille G.
Le miroir H est mobile autour d’un anneau pour obtenir la lumière oblique. La platine est mise en mouvement par le pignon O. La vis de rappel Q. donne le mouvement lent. Le diaphragme variable R est fixé sur une pièce à charnière et à pivot qui permet de le supprimer. Nous avons déjà vu comment on transforme le microscope horizontal en vertical : pour avoir un microscope simple, il
suffit d’enlever le corps du microscope fixé au support sur la pièce PA au moyen du bouton g; on le remplace par un anneau qui se fixe de même avec le bouton g et qui est destiné à tenir les doublets. Pour avoir le microscope chimique, rien n’est plus simple : faites décrire un quart de cercle de droite à gauche au tube Z et au porteprisme qui se meut à frottement sur le tube A. Cela fait, retirez le
bouton G, et relevez la colonne G sur la charnière E, faites alors décrire un demi-cercle à l’appareil sur le pivot S, abandonnez le tout sur la charnière, afin que l’appareil se trouve horizontal, et vous aurez un excellent instrument disposé pour les expériences chimiques. Il ne vous l'estera plus qu’à retourner la platine et à poser dessus une plaque portant des lampes à alcool, si on désire faire intervenir la chaleur.
Ce microscope peut aussi s’employer à toutes les inclinaisons que l’on désire au moyen de la charnière E. Si l’on veut employer la lumière directe, on peut relever l’appareil ho’'izontalement sur la charnière E, ou, cela fait, en faisant décrire un quart de cercle sur le pivot S, on le place encore dans la position horizontale sans difficulté.
Du reste au moyen de la charnière E et du pivot S, il est facile de concevoir que l’on peut diriger le microscope dans toutes les positions que l’on peut désirer. Si l’on a lu attentivement cette description, on pourra voir que le microscope universel réunit tous les avantages que l’on peut désirer.
Le microscope universel que nous possédons est accompagné de deux objectifs.
Le premier est un pouce et a une ouverture numérique de 0.2.
Le second est un de pouce et a pour O. N. 0,27.
Les images histologiques sont très convenables mais il ne faut pas, avec cette faible ouverture, essayer de trouver des détails dans les diatomées.
Plus tard. Ch. Chevalier construisit des objectifs très puissants, mais en suivant les mêmes errements, chacune isolément. Un ^12® de pouce, que nous possédons, permet de résoudre le 6® groupe de Nobert.
Nous pouvons clôturer ici ce que l’on peut considérer comme l’histoire ancienne du microscope.
Le microscope actuel, le vrai microscope moderne dâte de l’époque où Amici introduisit dans la construction des objectifs des verres, spécialement des ffints de nature différente et où chaque lentille ne fût plus achromatisée séparément. C’est cette dernière modification dans la construction qui permit d’augmenter l’ouverture numérique de l’objectif et qui lui permit de résoudre des détails de plus en plus délicats.
L’introduction de l’immersion, par Amici, vers i855, fut la deuxième transformation importante que subit l’objectif moderne, et qui ouvrit la voie aux splendides résultats obtenus par nos constructeurs contemporains.
2 l'avenir du yVllCROSCOPE.
Cher Monsieur,
Lorsque, pendant votre dernier séjour à lena, nous discutâmes diverses questions de l’optique du microscope, nous en vînmes, naturellement aussi, à parler de l’avenir l'éservé à ce puissant instrument d’investigation ; pour autant que nous pouvons en conclure avec les connaissances scientifiques et les moyens techniques dont nous disposons actuellement.
J’observai, à cette occasion, que, dans mon idée, le plus grand progrès que nous puissions encore réaliser, devait se faire dans une voie où l’on n’avait pas marché assez rationnellement. Toutefois, même dans cette voie, nous sommes déjà fort loin et bien près des limites possibles. Je vous promis d’exposer, par écrit, mes opinions sur la matière et je viens aujourd’hui remplir mon engagement.
Partons de la formule fondamentale qui établit la puissance réelle du microscope. Représentons par S le plus petit intervalle d’une structure régulière que l’on puisse résoudre à l’aide d’un objectif optiquement parfait, par X, la longueur d’onde dans le vide de la lumière employée, et par « l’ouverture du système ; nous aurons alors pour la lumière centrale la formule
aussi bien selon la théorie d’Abbe que selon celle d’Helmholtz.
Un progrès dans le pouvoir du microscope est mesuré, en général, par la petitesse des éléments d’une structure qui peuvent être distingués ; nous pouvons donc représenter ce pouvoir par d. Or, comme dans la formule, ^ est simplement le quotient de deux grandeurs, nous pouvons le diminuer de deux façons soit, i° en rendant a plus grand soit, 2‘* en rendant X plus petit.
Dans la première voie, on sait, d’après les travaux de Abbe et de Helmholtz, que, augmenter la grandeur de a, c’est-à-dire l'ouverture de l'objectif est le résultat poursuivi avec succès, par tous les opticiens, pour perfectionner le microscope.
Examinons jusqu’où nous pouvons marcher dans cette voie et jusqu’à quel point nous sommes actuellement éloignés de sa fin.
Etablissons a = « sin m; formule où n représente l’indice de réfraction du médium devant la lentille frontale de l’objectif et u l’angle que forme avec l’axe de la lentille le rayon extrême qui peut y
pénétrer. Cet angle ne peut, pour des motifs d’ordre géométrique, en aucun cas dépasser à peu près 65° ; car, il doit dans tous les cas, rester un certain intervalle, quelque petit qu’il soit, entre l’objet et l’objectif, et cela tant pour le placement du couvré-objet que pour la mise à point. Il en résulte que sin. u ne peut guère s’élever au dessus de o.gS. Il n’y a donc, sitôt que cette limite géométrique est atteinte, ce qui est habituellement le cas dans les systèmes les plus forts, plus d’autre moyen que d’augmenter la valeur de n, l’indice de réfraction du médium placé devant l’objectif. C’est ce qui a conduit au principe de Vimmersion, Il y a cependant à remarquer ici qu’il ne suffit pas de mettre entre le couvre-objet et la frontale un liquide d’immersion à indice suffisamment élevé, mais, il faut encore qu’il n’y ait entre l’objet et le médium d’immersion, aucune couche, quelque mince qu’elle soit, dont l’indice de réfraction soit inférieur à celui du médium. Sinon l’ouverture de l’objectif, quelque élevé que soit l’indice du liquide d’immersion n, se réduit à la grandeur a = n' quand n est l’indice de la couche de l’indice le plus bas se trouvant entre l'objet et le liquide d’immersion. C’est ce que j’ai déjà dit dans ma note intitulée « Ueber ein sjrstem von der Apertur 1.60 etc. {On a System of the aperture 1.60 etc., J. R.M. S. i8go).
Or, la plupart des préparations exigent un couvre-objet. L’indice de réfraction des couvre-objets habituellement employés est de i.52 à 1.53. Les couvre-objets de cette sorte sont faciles à fabriquer, peuvent par suite se fournir à bon compte et sont d’un usage commode. Mais ils ne peuvent être employés que pour autant que l’ouverture de l’objectif n’aille pas au delà de i.qS environ.
Pour aller au delà, il faut, comme je l’ai indiqué dans ma note ci-dessus mentionnée, que le couvre-objet soit fait d’un verre plus réfringent et cela offre des difficultés multiples.
Il est bien vrai que la verrerie d’Iéna, de MM. Schott & C‘«, a fait des verres de tous les indices possibles et, cela jusqu’à 2.00. Mais les lamelles faites avec un tel verre sont coûteuses. On ne peut plus les obtenir par le soufflage, mais elles doivent être obtenues de la même façon que toutes les lames planes que produit l’opticien. Elles doivent passer par le sciage, la réduction à l’épaisseur de environ 0,1 5 à 0,2 mm., puis elles doivent être polies. On commence par perdre durant ces opérations une très considérable quantité d’un verre coûteux et la main d’œuvre absorbe ensuite encore plus d’argent. Mais, cela n’est pas tout, lorsque les couvre-objets sont ainsi obtenus, on s’aperçoit que, dans l’emploi ils offrent maints inconvénients que l’on ne rencontre pas avec les lamelles ordinaires inconvénient que personne ne connait mieux que vous même, cher Monsieur Van Heurck. Ensuite, comme il a été dit, entre l’objet
l’avenir du microscope.
et la frontale, tout doit avoir au moins le même indice de réfraction que le chiffre de l’ouverture de l’objectif. L’objet doit donc être préparé dans un médium d’un indice au moins équivalent. Cela n’est pas impossible, car nous possédons des médiums dont l’indice dépasse 2,0.
Mais, ces médiums et leur mode d’emploi présentent des inconvénients. Ce sont des préparations d’arsenic et de phosphore et qui doivent être chauffées pendant la préparation de l’objet. Or ces substances dégagent alors des vapeurs très vénéneuses et peuvent aussi occasionner des explosions. Il en résulte que la préparation d’un objet, à l’aide de ces substances, met en danger la vie de l’opérateur. De plus, leur emploi, pour l’objectif de 1.6, O. N., a mis d’autres inconvénients en relief : c’est que ces substances là attaquent le flint dont est fait le couvre-objet, celui-ci devient mat et empêche la vision au bout d’un temps variable, parfois très court.
Il s’agira de voir si cet inconvénient pourra être évité avec les objectifs, de grande ouverture que l’on essaiera de construire encore, mais il n’y a aucun motif de dire actuellement que cela sera possible. Au contraire ; on peut prévoir, dès aujourd’hui, que les couvre-objets en flint très réfringent seront toujours plus attaquables par les réactifs que le sont les couvre-objets ordinaires en crown ; et, par suite, les médiums utilisables seront en petit nombre. On peut prévoir aussi que les préparations faites avec ces verres spéciaux seront incomparablement plus coûteuses que celles faites avec les crowns usuels.
Mais, outre ces ennuis là, il faut encore réfléchir que des médiums pareils ne doivent pas être sans influence sur /c5 à préparer ;
si celles-ci, comme dans la majorité des cas, sont des substances organiques, elles peuvent êti'e, si on emploie les modes actuels de préparation, ou attaquées ou même détruites soit par le médium soit par l’élévation de la température. Pareille altération peut arriver, même quand l’œil nu ne fait rien remarquer. La majorité des substances organiques demandera donc toujours, aussi bien que maintenant, des milieux peu réfringents dont l’indice habituel est i.35 et tout au plus 1.6. Ce sont ces motifs là qui empêcheront toujours qu’on augmente la puissance optique du microscope par augmentation de l’ouverture au delà du chiffre atteint aujourd’hui et nous forceront à chercher si nous ne pouvons, par un autre chemin, trouver la solution de la question.
IL Une autre voie existe réellement et, comme cela a déjà été dit plus haut, elle consiste à diminuer la valeur de A qui représente la longueur d’onde de la lumière dont on se sert pour l’observation.
Par la diminution de A il se produit dans tous les liquides d’im-
l’avenir du microscope.
3og
mersion, possédant une puissance dispersive normale, une diminution de n et celle-ci correspond à une augmentation qui agit sur la grandeur de § dans le même sens que la diminution de X. Toutefois celle-ci est relativement trop peu importante pour nous y arrêter.
Si nous observons avec la lumière ordinaire du jour (lumière réfléchie des nuages blancs), alors un grand nombre de longueurs d’ondes différentes agissent simultanément, à savoir toutes celles du spectre visible. Mais, l’énergie absolue (physique ou mécanique.) des rayons solaires n’est pas la même dans toutes les parties du spectre,
de même l’œil n’est pas non plus également sensible — à excitation
physiquement égale de la rétine, — à toutes les couleurs, c’est-à-dire, que l’énergie physiologique des raies des différentes couleurs est différente elle aussi. La conséquence de ce fait est que l’intensité de l’impression, que produit la lumière blanche des nuages sur l’œil normal, varie d’après la longeur d’onde, d’après une loi qui peut se représenter par une courbe ondulée dont le maximum de hauteur se trouve à X = 0,55 p. L’œil reçoit donc son impressien la plus vive des
rayons de cette longueur d’onde et de ceux qui en sont les plus rap-
prochés et cette impression est tellement dominante que celle provenant des autres longueurs d’ondes, plus grandes et plus petites est, ou bien détruite ou au moins rendue inactive, excepté dans les cas où leurs propriétés équivalent à celles qui forment l’image X = o.55 g. Si, au contraire, on parvient à supprimer ces rayons d’une longueur d’onde de 0,55 P tl qui agissent le plus énergiquement et ceux d’une longueur plus grande — en réalité ou physiologiquement — et que par suite, il ne parvienne à l’œil que les rayons plus courts, alors, dans des circonstances favorables, et, notamment, en employant des sources lumineuses assez intenses, alors, dis-je, on peut parvenir à rendre ces rayons courts, dans de certaines limites, actifs de leur côté. En effet, on connaît assez, combien la puissance de résolution, d’un objectif quelconque, est augmentée, quand on l’utilise dans la lumière bleue obtenue soit par un appareil combiné pour produire la lumière monochromatique, soit simplement même par l’emploi de solutions ou de verres absorbants. (') On voit alors, que des stries, etc., qui restaient invisibles dans la lumière blanche, sont, avec le même objectif, et toutes les autres conditions restant égales, parfaitement résolues. En effet, l’œil est encore suffisamment sensible pour les rayons ayant une longueur d’onde de 0.44 /a. de façon à obtenir, sur la rétine, une image très vive, dans ces rayons là seuls. Or, une réduction de o,55 à 0,44 donne le même effet optique final, que si l’on élevait l'ouverture d’un objectif de
(1) Voir ce livre pages 124-125.
l’avenir du microscope.
1.40 à 1.76 I Comme on le voit, un progrès très considérable est réalisé ici par des moyens excessivement simples.
C’est pourquoi, il a été établi d’abord par Helmholtz et ensuite par d’autres, que la photographie était un moyen d’élever la puissance résolutive du microscope. Toutefois, la pratique n’a pas, ici, dans tous les cas, confirmé la théorie, et, cela, parce qu’on a négligé un facteur important qui est indispensable pour sa réalisation. En effet, il est nécessaire pour obtenir le résultat demandé, que l’objectif que l’on emploie pour la photographie, avec les rayons de faible longueur, soit construit de façon à donner avec de pareils rayons des images tout aussi bonnes qu’avec la lumière blanche que l’on emploie d’habitude. Or cela n’est pas d’ordinaire le cas. Au contraire, avec les objectifs achromatiques du type ordinaire, c’est-à-dire, les seuls que l’on eût, il y a quelques années, on ne pouvait y parvenir. Lorsque l’objectif était corrigé de façon à donner de bonnes images avec la lumière d’une longueur de o,55 g, alors les images obtenues dans la lumière de 0,44 g étaient si mauvaises, c’est-à-dire, que les corrections chromatique et sphérique de l’objectif étaient si défectueuses dans ce dernier éclairage, que l’affirmation théorique de l’augmentation de la puissance résolutive ne pouvait se démontrer. On se tirait alors d’affaire, tout juste comme on le faisait et comme on le fait encore maintenant avec les objectifs photographiques ordinaires. On corrigeait l’objectif sphériquement, pour les rayons les plus actifs en photographie et la correction chromatique de l’objectif se faisait de façon que l’image formée par les rayons de o,'>5 coïncidait localelement avec les rayons photographiques. On pouvait par suite, à l’œil nu, mettre l’image photographique suffisamment à point. Toutefois le résultat que l’on obtenait ainsi laissait encore à désirer, car 1° L’image optique active était mauvaise : elle était sphériquement sous-corrigée (trop peu corrigée) et chromatiquement sur-corrigée (trop corrigée) ; 2“ La partie active du spectre, en photographie, était incomplètement concentrée (ou réunie) ; les images qui correspondent aux diverses longueurs actives du spectre, ne coïncident ni en lieu ni en grandeur par suite de la sous-correction chromatique de cette partie du spectre. Ces différentes images ne peuvent donc s'ajouter l'une à l'autre, au contraire, il y a risque qu’elles se gâtent mutuellement. On a essayé alors d’y remédier quelque peu en n’utilisant qu’une très petite partie du spectre. Il est clair que l’intensité de l’éclairage est fortement diminuée de cette façon, ce qui a ses inconvénients. En tout cas, les objectifs que les opticiens ont construit spécialement pour la photomicrographie ne pouvaient plus être employés avantageusement pour l’observation et inversement.
Le grand progrès qui a été réalisé, dans cette voie, par la con-
l’avenir du microscope.
struction des apochromatiques, consiste en ce que, dans ces objectifs, les images données par les diverses longueurs d’onde du spectre, jusqu’au violet compris, co’incident pour la pratique, absolument en lieu et en grandeur. Aussi , le progrès que ces objectifs réalisent, est bien plus grand en photographie que dans l’observation directe. Aussi, depuis l’introduction de ces objectifs, la photomicrographie a pris une extension énorme et les cas sont nombreux où l’on a pu photographier et faire apparaître nettement des structures qui étaient invisibles ou à peu près invisibles dans l’observation dii'ecte.
Toutefois, à mon avis, tous les désidérata ne sont pas encore remplis par ces objectifs. On ne peut espérer le maximum de pouvoir résolvant, comme je l’ai déjà dit plus haut, que par l’emploi des rayons de faible longueur, tous les autres rayons étant exclus, car, lorsque les rayons de grande longueur contribuent à la formation du photogramme, alors les mêmes efi'ets que nous avons déjà observés dans l’emploi de la lumière blanche, peuvent aussi se produire. C’est-àdire, que les rayons les plus longs prédominent et cachent l’image plus faible donnée par les rayons plus courts, car, la plaque sensible n’a pas la valeur réelle qu’on lui attribue souvent au détriment de l’œil, de ne pouvoir être aveuglée. Au contraire, et ceci peut se faire et être bien compris d’après nos connaissances dans la chimie et la mécanique du procès photographique. Il n’y a donc, en réalité, rien à attendre ni des plaques dites orthochromatiques, ni des filtres de lumière verts, jaunes ou mêmes bruns. D’autre part, il est est reconnu, que très souvent la couleur naturelle de l’objet nous contraint à appliquer de pareils filtres, si l’on veut que les détails de l’objet soient bien rendus. Ce sont des motifs d’ordre photochimique qui nécessitent ces conditions. Ces classes d’objets sont donc exclus d’avance de l’espoir d’être plus avantageusement reproduits par la photographie.
Toutefois, cela ne veut pas dire que la photographie de pareils objets ne puisse offrir des avantages, mais ces avantages sont d’un autre ordre et dont il n’y a pas lieu de traiter ici.
Les cas, dans lesquels la photographie par l’objectif peut présenter des avantages sur la vision directe, c’est-à-dire, montrer davantage que cette dernière, et les limites jusqu’où ces avantages peuvent aller, dépendent des deux circonstances suivantes :
I. Que l’objectif soit corrigé de façon que l’image à obtenir par les rayons courts \ = x, soit nette par elle-même et coïncide localement avec le point où elle est ainsi pour l’œil, sinon on ne pourra pas la mettre au point. Cette correction qui s’obtenait jusqu’ici pour A. = 0,44 ou pour A= 0,5 peut aussi s’obtenir pour des rayons beaucoup plus courts. On pourra trouver et déterminer par la pho-
l’avenir du microscope.
togl'aphie elle-même l’indice de réfraction des verres qu’il faudra employer pour l’objectif à utiliser avec des rayons qui n’ont plus une action marquée sur la rétine de l’œil ; et l’opticien, constructeur et mathématicien, dispose actuellement de moyens suffisants pour construire des objectifs qu’il pourra livrer au micrographe en lui donnant à priori l’assurance qu’ils sont corrigés convenablement pour les rayons invisibles et cela sans que l’œil ait à intervenir pour le contrôle. Pareille chose peut se faire pour toute limite désirée de A,.
2. En second lieu, il faut que la lumière des courts rayons désirés devienne photographiquement active. Il y a ici quatre considérations de second ordre :
1° Les rayons de la source lumineuse doivent avoir dans cette partie du spectre la petite longueur désirée et avoir une intensité suffisante. 2° Les grands rayons doivent être arrêtés par des filtres appropriés sans que, pour cela, l’intensité des rayons courts soit trop diminuée. 3° La plaque photographique doit être suffisamment sensible pour la lumière employée, et si la plaque a son maximum de sensibilité pour la lumière de longueur d’onde voulue, alors on obtient par son emploi le même effet que par celui des filtres. 4° Tous les milieux entre la source lumineuse et la plaque photographique doivent donner passage aux rayons courts en question.
Cette dernière condition, à mon avis, marque les limites les plus proches jusqu’où nous pouvons aller. Il est connu que les verres ordinaires ne laissent passer qu’une très petite fraction des rayons de 0,3. Les difficultés qui surgissent, en conséquence, pour l’emploi des rayons courts, sont énormes et on peut s’en faire une idée quand on lit les travaux des physiciens qui, comme CORNU et SCHUMANN, ont travaillé la photographie de la partie ultra-violette du spectre. J’en conclus que l’emploi de rayons lumineux d’une longueur de 0,36 g est la dernière limite qu’on pourra atteindre, dans un temps déterminé à moins qu’on ne complique le travail au delà de toute mesure.
Mais, pour en arriver là, il faudra des travaux considérables où les opticiens, les physiciens, les photochimistes et les micrographes trouveront chacun leur part. Mais, leurs efforts réunis auront un effet assez considérable pour être attrayants. En effet , l’emploi d’une lumière de 0.35, au lieu de la lumière ordinaire du jour, composée de rayons ayant une longueur d’onde moyenne de A=o,55, l’emploi d’une telle lumière, dis-je, aura le même avantage que si l’on élevait l’ouverture de nos objectifs actuels de 1.40 à 2.20 !
Agréez, Cher Monsieur, l’assurance de mes meilleurs sentiments.
Du S. CZAPSKI.
TABLE SYSTÉMATIQUE DES MATIÈRES
ÏNTI^ODUOTION.