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CHAPITRE PREMIER. THEORIE DU MICROSCOPE. i

réunissant, par une ligne, les points «, A, b, B, on obtient l'angle visuel AoB = boa. Tous les corps dont les extrémités touchent les lignes Aa et B6, paraissent à l'œil de même grandeur. Une épingle tenue tout près de l'œil peut sembler avoir la même dimension qu'une perche très -haute, dressée au loin, en plein air. Si la flèche s'approche de l'œil, par exemple, en A'B', elle projette l'image è*a* ; alors se produit l'angle A'oB' ; la flèche paraît ainsi plus grande. Si l'angle visuel baisse d'une faible proportion, l'objet cesse d'être visible. Ainsi notre œil n'aperçoit plus un fil de fer épais situé à une grande distance. Si nous rapprochons insensiblement le fil de fer, mouvement dans lequel l'angle visuel augmente, il apparaît d'abord comme un fil très-fin, puis son diamètre devient de plus en plus prononcé. C'est pour cette raison que l'on examine toujours, et comme par instinct, les petits objets à une distance assez rapprochée.

Cependant, la continuation de ce rapprochement a aussi sa limite ; le fil que nous distinguions encore bien , il n'y a qu'un instant, semble confus, et, à la fin, placé tout près de l'œil, il cesse d'être visible.

Quelle est donc la cause de ce dernier phénomène?

On sait que l'image d'un corps, projetée par une lentille convergente, change de position, quand on éloigne ce corps ou qu'on le rapproche. Dans le premier cas, l'image se rapproche de la lentille; dans le dernier cas, elle est située à une assez grande distance au delà de celle-ci. Mais comme l'œil humain agit à la manière d'une lentille, et que la vision ne peut être nette que quand les rayons lumineux venus d'un point de l'objet sont réfractés' de telle sorte qu'ils se réunissent de nouveau sur la rétine, il ne devrait exister une image parfaitement nette qu'à une distance unique et bien déterminée. Cependant, l'observation de tous les jours nous

enseigne le contraire. Nous voyons également bien, et les uns après les autres, des objets rapprochés ou éloignés de nous. L'œil doit donc renfermer un appareil de correction, qui lui permet de modifier ses milieux réfringents , suivant la distance plus ou moins grande où se trouvent les corps : l'œil se plie aux circonstances , dit le physiologiste.

Mais cette propriété de modification, abstraction faite de toute différence individuelle, est toutefois très-limitée. L'image de l'objet de plus en plus voisin de l'œil finit par tomber derrière la rétine. Dans notre figure 2, la flèche en A donne une image fort nette, parce que les rayons lumineux divergents d'un point j) vont se réunir au point r de la rétine.

Mais si on rapproche la flèche jusqu'en B de l'appareil ■de la vision, cette réunion des rayons sur la rétine n'est plus possible. En partant de p^, ils ne se réunissent qu'au ■delà de la rétine en r**

Fig. 2. Position d'un objet et réunion dans l'œil des faisceaux qui partent de. cet

objet.

De très -petits objets, excessivement rapprochés de l'œil humain, deviennent invisibles, à moins que, ainsi que nous le verrons bientôt, on n'ait recours à des moyens auxiliaires.

On appelle distance de la vision distincte celle où l'œil voit le plus nettement un corps de moyenne grosseur. Pour un œil normal, cette distance est de 8 ou 10 pouces

OU 25 centimètres. On nomme limite de rapprochement la distance à laquelle un objet est encore distinctement visible. Les yeux des myopes admettent un rapprochement de quelques pouces de plus que ceux des presbytes; les premiers réfractent la lumière plus fortement que les derniers.

Mais un petit corps peut être rendu visible, en plaçant entre lui et l'œil une lentille convergente. La raison en estbiensim- ^ — ~.,,^

pie. Le point L /^ \

placé en o, --^1— ^^£^::^âZ!IZ7^r"""^=-^^c^ V

figure 3 , ^^^w^^^II3Ztllt^^^^^^^^^'^

projette d'à- \^ /

bord son ^----"

ima^e en T -^^^- ^- -action d'une lentille convergente sur un objettrès-

rapproché de l'ceil.

et n est, par

conséquent, plus perçu par l'oeil. Si nous glissons entre celui-ci et ce point la lentille L , dont le foyer est en F, les rayons lumineux prennent la direction indiquée par les lignes tirées, arrivent avec une faible divergence à l'œil, et se réunissent sur la rétine en R. Ici donc il y a production d'une image nette.

Mais en se servant d^une pareille lentille biconvexe, on remarque que l'image du corps obtenue se présente sous une forme très-ampliflée.

Quelle en est la cause ?

Admettons que l'objet (fig. 4) soit situé en AB, et qu'entre lui et l'œil on ait placé une lentille convergente. Les faisceaux • de lumière partis , par exemple , d'un point A de la flèche laissent arriver leurs rayons A6, AC, Ac à la lentille , et ceux-ci, à l'exception du rayon AG, sont réfractés par la lentille en hl et en ci. Ils arrivent donc à l'œil dans une direction faiblement divergente, comme s'ils étaient venus du point le plus éloigné A*, et

se trouvent réunis sur la rétine en un seul point. La même chose a lieu pour le faisceau de lumière B, etc.;

Fig. 4. Agrandissement d'un objet par une lentille convergente.

il résulte de là qu'une image renversée de la flèche se dessine dans l'oeil. Mais l'objet ne se montre pas à l'organe de la vue en A*B*, c'est-à-dire grossi. Pour se convaincre que l'image obtenue par une lentille convergente est toujours plus éloignée que l'objet lui-même, il suffît d'examiner avec la lentille le bord d'une feuille de papier et d'essayer d'y fixer la pointe d'une aiguille. On arrivera nécessairement à porter la pointe de l'aiguille à quelque distance au-dessous de la feuille. On donne habituellement aux lentilles convergentes le nom de loupes, tant qu'elles ne grossissent pas plus de là ou 20 fois, et qu'on peut s'en servir commodément en les tenant avec la main. Si ces lentilles produisent un grossissement plus considérable, et si leur emploi nécessite le secours d'un support, les deux objets réunis constituent le microscope simple. Il est aisé de comprendre qu'il n'y a pas de limite bien tranchée entre les deux instruments, attendu qu'on ajuste des supports à des lentilles faibles et qu'il existe ainsi bien des loupes fixées sur des supports.

On fabrique des loupes d'espèces fort difî"érentes, et, pour apprendre à connaître leur valeur, nous renvoyons le lecteur à des ouvrages plus étendus que celui-ci.

Leur utilité et leur emploi dans les recherches scientifiques sont trop connus pour que nous ayons besoin d'en parler plus longuement. Une bonne loupe, grossissant de 10 à 15 fois, est indispensable.

La figure 5 représente le microscope simple de Plœssl, à Vienne. Une tige métallique (a) porte , vers le milieu de sa hauteur, une plaque horizontale percée au centre, c'est la platine du microscope (b). Cette platine monte ou descend à l'aide d'une vis de rappel (c). Pour éclairer l'objet soumis à l'expérience et placé sur la platine, on se sert d'un miroir mobile adapté à la partie inférieure (/). Veut-on examiner l'objet, non pas à l'aide d'une lumière réfléchie, mais avec la lumière tombant directement sur

l'objet, conformément à la manière de voir habituelle, on écarte le miroir ou bien on place une tablette opaque sur la platine. Le bras horizontal (d)^ situé à l'extrémité supérieure de la tige, porte le verre grossissant, la lentille (e). On peut la faire sortir de l'ouverture du bras , et la remplacer par une autre.

Le microscope simple de Nachet, à Paris, figure 6, possède également un mécanisme très-utile. Le mouvement s'obtient' par une vis de rappel qui élève ou abaisse la lentille, tandis que dans le système de Plœssl, c'est la platine qui monte ou descend. Deux plaques inclinées, ajustées latéralement à la platine, servent à y poser les

Microscope simple de Plœssl.

Fig. 6. Microscope simple deNachet.

mains pendant que Ton prépare. Les platines de ces deux microscopes sont pourvues de pinces ou de valets, pour fixer les objets à examiner.

Le microscope simple est encore de nos jours indispensable au naturaliste pour faire des préparations. Toutefois , on ne l'emploie que peu, ou même pas du tout, dans les recherches scientifiques.

Si on fixe la loupe du microscope simple àla partie inférieure d'un tube , on aura, dans ce tube, quand l'objet sera posé un peu en dehors du foyer de la lentille, une image agrandie et renversée de cet objet; ce fait est facilement démontré par la figure 7. En adaptant la lentille L à un entonnoir dont le diamètre s'étend de e* à c?*, nous pouvons recueillir à cette place une image sur la surface d'un morceau de verre dépoli.

En agrandissant encore cette image réelle à l'aide d'une lentille convergente, on obtient le microscope composé dioptrique. La différence entre les deux instruments résulte donc de ce fait que le microscope simple nous fait voir l'objet lui-même, tandis que le microscope composé nous montre l'image renversée et agrandie de ce même objet. Notre figure 7 explique de la manière la plus claire l'effet du microscope composé. Les faisceaux lumineux c*a*6*, réunis à la hauteur e*û^% atteignent, en divergeant, la lentille supérieure, et arrivent, réfractés par celle-ci, à l'œil humain sous une faible divergence. Mais,

en même temps, nous trouvons que les faisceaux lumineux, émanés des extrémités c? et e de la flèche, aboutissent en (f' et e*, mais ne sont plus aperçus par la lentille supérieure. Dans l'exemple que nous donnons, nous ne dominons donc plus que la longueur èc de la flèche. Une flèclie plus petite, limitée dans ces dimensions, apparaîtrait , au contraire, en entier.

(Voy. %. 7.) Les lignes ponctuées qui conduisent en c** et ô**, prolongements des rayons réfractés par la lentille supérieure, donnent , en même temps, la dimension apparente sur laquelle nous apercevons la flèche bc.

Ajoutons encore une explication pour bien faire comprendre l'image de la flèche c*a*ô*. Elle paraît sous une forme courbée, tandis que la flèche est droite. Si nous admettons que le point de réunion d'un faisceau lumineux, par suite d'un

Fîg. 7. Microscope composé dans sa forme la plus simple.

rapprochement, tombe plus loin, derrière la lentille, que celui d'un faisceau plus éloigné, et si nous considérons que b et dy c et e sont plus éloignés du centre optique de la lentille que a, nous comprendrons cette courbure de l'image, qui, pour le microscope, est d'une haute importance.

Dans l'antiquité et au commencement du moyen âge, on connaissait déjà les verres grossissants et l'art de les polir. L'invention du microscope composé date, au contraire, d'une époque bien plus récente. Il n'est plus permis de douter que ce ne soit un simple marchand de lunettes hollandais, de Middelbourg, du nom de Zacharias Jaussen, qui ait composé le premier instrument de ce genre, vers l'an 1590. On avait voulu, sans motifs plausibles, attribuer cette invention à Cornélius Drebbel, Hollandais; à Galilée et à Fontana, tous deux Italiens. Il y a quelques années, Harting a fait, sur cette invention, de nouvelles recherches avec tout le zèle qu'on lui connaît.

Toutefois, les plus anciens microscopes composés étaient des instruments fort imparfaits, et manquaient des parties d'optique les plus essentielles. Ces imperfections se faisaient déjà sentir dans les grossissements faibles, et au fur et à mesure qu'on obtenait des dimensions plus considérables avec des verres plus forts, l'usage de ces instruments devenait de plus en plus impossible.

Pour bien nous rendre compte de ce fait, il est bon de nous rappeler quelques propositions très - connues de diop trique.

On entend par angle d'ouverture d'une lentille, l'angle obtenu par le foyer et les deux points extrêmes du diamètre de la lentille. C'est ainsi que gfh est l'angle d'ouverture de la figure 8. Seulement, tant que cet angle reste petit, les rayons marginaux et les rayons centraux se réunissent en réalité en un point. Nous avons admis

ji

n de sphéricité.

Fig. 8. Aberratio

ce fait jusqu'à présent, en vue d'une plus grande facilité d'exposition. L'angle d'ouverture est -il plus grand, les rayons lumineux (B, B), parallèles à l'axe A, et passant près du centre

de la lentille, se réunissent seuls au foyer F, tandis que les rayons (C, G) plus rapprochés des bords de la lentille subissent une réfraction plus forte, et rencontrent leur foyer en f. On désigne ces propriétés par le nom d'aberration de sphéricité.

Si, avec une lentille de cette espèce, nous recueillons l'image d'un petit corps lumineux, nous obtenons en F l'image projetée parles rayons centraux. Mais cette image n'est point nette; elle est entourée d'une aréole lumineuse qui provient des rayons marginaux divergents. Si nous adaptons un écran sombre, percé d'une ouverture circulaire, c'est-à-dire un écran tel que DD, nous obtenons par la disparition des rayons marginaux, une image nette, il est vrai, mais peu éclairée, en F; de même en /", si, les rayons centraux sont écartés, les rayons marginaux traversent seuls la lentille. Ces écrans annulaires contribuent puissamment à la reproduction plus nette des images et rendent de grands services dans la pratique de l'optique.

Un deuxième inconvénient, non moins sensible dans l'emploi de pareilles lentilles, c'est l'aberration de réfrangibilité ou chromatisme des lentilles. Un rayon de lumière blanche B ou €, figure 9, n'est point réfracté en entier en traversant une lentille convergente; mais il est décomposé en rayons de différentes couleurs qui subissent une déviation plus ou moins forte dans la direction du plan de

réfraction et forment ainsi un éventail au bord duquel apparaît d'un côté le rayon lumineux le plus réfracté ,

Fig. 9. Aberration chromatique.

c'est-à-dire le violet (?;), et de l'autre, le rayon le plus faiblement dévié, c'est-à-dire le rouge (r).

Il résulte de ce qui vient d'être dit que, avec des lentilles convexes ordinaires , nous apercevons l'objet non pas nettement limité, mais entouré de franges colorées. Une courbure plus forte de la lentille augmente singulièrement l'un et l'autre de ces deux inconvénients. C'est pourquoi, avec les anciens microscopes, on n'obtenait que des images très-faiblement éclairées, mal limitées et entourées de franges colorées. L'image projetée par un objectif défectueux se trouvait agrandie par un oculaire également imparfait.

L'usage des anciens verres étant devenu aujourd'hui impossible, ils ont été remplacés par des lentilles achromatiques. On appelle ainsi les lentilles par lesquelles les foyers des rayons diversement colorés se réunissent, ou celles qui, en d'autres termes, donnent des images dépourvues de franges colorées.

Dans les différents miUeux réfringents, comme on le sait depuis longtemps, la puissance de réfraction et celle de la dispersion des couleurs ne sont point égales. Tel milieu, avec une égale puissance de réfraction, amène une déviation plus forte des rayons colorés que tel autre. C'est ce que nous remarquons dans deux espèces différentes de verres, le crownglass et le flintglass qui contient

Pllll»

Fig. 10. Lentille achromatique.

du plomb. Ce dernier possède une bien plus grande puissance de dispersion que le premier.

Lorsque l'on unit une lentille biconvexe en crown à une lentille piano-concave en flint (en les faisant adhérer Tune à l'autre avec du baume de Canada) , on obtient une combinaison dans laquelle la réfraction opérée par la lentille convergente en crow^n se trouve amoindrie, il est vrai, mais nullement détruite. (Fig. 10.) Toutefois, en même temps , la

dispersion "^ ^^i^^-^^^,^-''"''"^.,-^^''"

des couleurs (v r) , qui a lieu dans la lentille en crow^n trouve son équivalent dans la dispersion contraire opérée par la lentille en flint, de telle sorte que les rayons violets et rouges se réunissent exactement au foyer de la lentille en F. Il y aura donc une image non colorée, ou bien celle-ci aura ses couleurs naturelles.

Cette combinaison permet en même temps de remédier notablement à l'aberration de sphéricité. On appelle lentille aplanatique une lentille double qui empêche l'aberration sphérique et l'aberration chromatique. En réalité , cependant, on ne saurait éviter complètement ni l'aberration sphérique, ni l'aberration chromatique, par des raisons qu'il serait trop long d'énumérer ici, car, même si l'on réussit à réunir en un point les rayons marginaux violets et rouges, le résultat de la dispersion de tous les rayons différemment colorés du spectre n'est jamais complètement identique.

Lors même que les rayons violets et rouges parviennent à se réunir, à l'aide d'une lentille double, les bords de l'image laisseront encore voir des traces des rayons moyens du spectre qui n'auront pu se confondre. Les bords parais-

sent être vert jaune. C'est pour cela que, dans la construction d'un microscope à double lentille, on donne un peu plus de poids à la lentille en flint , afin d'obtenir une lueur bleuâtre qui est plus agréable à l'œil, et l'on dit alors que la lentille double a été corrigée par excès. La lentille double est dite corrigée par défaut, quand elle laisse voir une lisière rougeâtre. En parlant de la dispersion des couleurs, on dit que la lentille double d'un microscope a été corrigée par excès ou par défaut. Les mêmes termes sont usités dans la correction de l'aberration sphérique.

Tandis que, déjà vers le milieu du siècle dernier, la découverte de l'achromatisme portait à construire de meilleurs télescopes , les fabricants de microscopes reculaient devant la tentative nécessaire pour arriver à des résultats semblables dans l'examen des corps infiniment petits.

D'après les recherches de Harting, ce fut le Hollandais Hermann van Deyl qui construisit, en 1807, d'une manière très-satisfaisante, le premier microscope achromatique. Quatre années plus -tard, le célèbre opticien Fraunhofer, de Munich, livrait des instruments achromatiques. En 1824, on vit les deux Chevalier, de Paris, établir pour la première fois, sous la direction de Selligue, des objectifs, en réunissant plusieurs lentilles achromatiques. L'Italien Amici, de Modène, acquit .'alors une renommée immortelle en améliorant les microscopes 5 il trouva promptement de dignes imitateurs, parmi lesquels nous ne citerons, pendant ces quarante dernières années, que Plœssl, à Yienne , Schiek, à Berlin, et Oberliœuser, à Paris. Bientôt cet instrument devint aussi parfait et d'un emploi aussi facile que celui du dix-huitième siècle était grossier et impropre à toute expérience. La brillante époque de la micrographie date des améliorations apportées au microscope. Mais on doit, en outre, à ces derniers temps bien

des perfectionnements durables et importants , comme nous le verrons plus tard.

En attendant, revenons à la disposition de notre instrument.

Si nous jetons un coup d'œil sur la figure 7, nous verrons Timage de la flèche obtenue avec une lentille achromatique, exempte de franges colorées et très-améliorée quant à l'aberration sphérique; mais ni sa courbure, ni la petite étendue du champ visuel, c'est-à-dire l'étendue embrassée par l'oculaire , n'auront subi aucun changement.

Parmi les moyens employés pour arriver à une plus grande correction, il y en a un très-ancien, à savoir l'enchâssement d'une nouvelle lentille convergente dans le tube du microscope, figure 11. Cette lentille (C) est placée entre l'objectif (L) et l'oculaire (0), mais de façon à se trouver au-dessous du point de réunion (c*a*è*) des cônes lumineux de l'objet, réfractés par l'objectif (bac).

L'influence avantageuse d'une lentille convergente ainsi enchâssée, c'est-à-dire d'une lentille collective, se manifeste de dilTérentes manières. D'abord les points lumineux, partis des points 6 et a de la flèche, sont réfractés par elle dans la direction de l'axe, comme la figure le démontre. Sans la lentille convergente, l'image se serait formée en c*a*6* et aurait beaucoup trop d'étendue pour être vue en entier par l'oculaire. Maintenant apparaît une image moins grande, il est vrai, mais qui embrasse toute la flèche en c^*a**è**. Ensuite la clarté de l'image est augmentée par la lentille collective, attendu que tous les rayons qui, sans le secours d'une lentille convergente, eussent donné l'image c^a'^ô*, se réunissent à présent sur l'espace plus petit de l'image c**û^**ô**. En troisième lieu, une pareille lentille collective peut servir à apporter de nouvelles améliorations dans l'aberration chromatique

et de sphéricité. Quatrièmement (et c'est un grand avantage), la lentille collective produit un champ visuel plat.

Fig. 11. Microscope composé avec une lentille collective.

La distance qui sépare la partie moyenne de l'objectif et de la lentille convergente est plus petite que celle qui existe entre les bords des deux lentilles. Les rayons partis

de a atteignent en conséquence plutôt la lentille convergente G que ceux qui proviennent de b et c. Les rayons centraux a** se réunissent plus près de la lentille convergente, tandis que les rayons marginaux 6** et c** en sont plus éloignés. C'est ainsi que naît l'image réelle c**a**6** avec une courbe de l'image c*«*6* placée en face. Les courbures de l'oculaire et de la lentille convergente se trouvent- elles alors dans un rapport déterminé? l'image réelle c*"a**6** ne sera plus courbée par l'oculaire, mais apparaîtra plane comme le démontre yap. Ces divers avantages, pour la plupart d'une haute importance , qui sont dus à l'addition d'une lentille collective, font aisément comprendre que, de nos jours, tout microscope composé doit posséder cette lentille convergente. Elle devient une partie essentiellement intégrante de toutes ses combinaisons.

' Nous avons déjà fait remarquer que, depuis 1824, on unit les lentilles doubles achromatiques de manière à en former des objectifs. Il résulte plusieurs avantages de cette combinaison. D'abord, il est très - difficile de construire une lentille double dont Tune soit en crown et l'autre en flint, ayant une courte distance focale, tandis qu'un plus grand nombre de lentilles plus faibles et d'une confection bien autrement facile, réunies, donnent lieu au même grossissement que l'objectif unique, ci-dessus mentionné. Puis, comme nous l'avons vu, l'union d'une lentille unique en crown à une lentille en flint, corrige, il est vrai, d'une manière sensible l'aberration de sphéricité et de réfrangibilité , mais cette correction est toujours incomplète, attendu qu'on est obligé de donner à la lentille un petit angle d'ouverture. En réunissant convenablement plusieurs lentilles doubles, les aberrations d'une lentille servent à corriger celles d'une autre, et il en résulte une amélioration plus notable encore. On peut

également obtenir ainsi un plus grand angle d'ouverture , avantage auquel nous devons les objectifs très -perfectionnés de nos microscopes actuels. On emploie deux lentilles doubles ou trois au plus dans la construction de ces microscopes (fig. 12).

Les opticiens d'autrefois désignaient généralement les lentilles doubles isolées par une série de nombres, 1, 2, 3... 6. La lentille la plus faible était indiquée par le chiffre le plus bas. Ils vissaient ces lentilles ensemble, de manière à en former un objectif (par exemple, 1, 2, 3 et 4, 5, 6). On arrive ainsi, il est vrai, à constituer une série d^objectifsavecun petit nombre de lentilles simples. Mais deux choses qui sont d'une haute importance, la centralisation exacte, c'est-à-dire, l'union des axes optiques des lentilles en une seule ligne droite, et l'écartement précis à observer entre les lentilles simples, ne peuvent s'établir aussi rigoureusement que dans le cas où les lentilles sont accolées de manière à former un objectif compacte. On a donné, avec raison, la préférence à cette dernière construction, et, quoique l'autre mode soit plus économique, il ne devrait plus être employé. Les opticiens désignent de différentes manières les objectifs fixes : ou par des chiffres qui montent avec le degré de combinaison, ou par des lettres. Les opticiens anglais se servent de dénominations qui leur sont propres. Ils partent de combinaisons de lentilles de y^ , Ys i Vis? V23 ^® pouce, et considèrent le grossissement obtenu avec leur objectif comme étant égal à celui que produit une lentille simple de Yiî Vsî Vi2î V25 de pouce de distance focale.

La réunion des trois lentilles achromatiques est faite de manière que la lentille la plus forte, c'est-à-dire la plus petite, soit placée en bas, et la plus faible en haut.

(Fig, 12.) On obtient ainsi une distance focale plus considérable, puis, on peut donner aux lentilles des ouvertures d'angles telles- que tous les rayons d'un cône lumineux {cab)^ reçus par la lentille inférieure, traversent le système entier des lentilles. C'est par ce moyen seulement qu'on est arrivé à procurer aux objectifs l'ouverture d'angle plus considérable dont il a été question ci-dessus, ouverture qui doit naturellement augmenter la clarté de l'image, et, en outre, comme nous le verrons plus tard, améliorer les autres propriétés de ces mêmes combinaisons.

L'oculaire ordinaire de nos microscopes (flg. 13, 0), appelé aussi oculaire de Huygen, consiste en un tube plus ou moins long, portant à son extrémité supérieure l'oculaire piano-convexe (A), dont la surface plane est tournée vers l'œil de l'observateur, tandis qu'à l'extrémité inférieure on visse la lentille convergente (C) dont la face convexe est également tournée en bas. L'image réelle (P*), comme nous avons pu le voir, tombe ici entre la lentille convergente et l'oculaire. On livre avec chaque microscope plusieurs de ces oculaires de force différente, et on les désigne par des chiffres. Plus la force de grossissement augmente, plus la lentille convergente s'approche de la lentille supérieure, et plus le porte-oculaire devient court. Il existe une autre forme d'oculaire, dite oculaire de Ramsden ou oculaire positif. On y trouve également deux lentilles piano-convexes; mais leurs deux convexités se regardent, et elles sont plus rapprochées. L'image se forme ici, non pas entre la lentille convergente et l'oculaire, mais à une faible distance au-dessous de la lentille convergente. Ce genre d'oculaire est peu employé.

L'oculaire à lentille convergente bi-convexe, dit oculaire orthoscopique de Kellner, présente une modification

Fig. 13. Microscope composé.

de l'oculaire de Huygen ou oculaire négatif. Il fournit un' champ visuel trèsplat et très -grand, sans augmenter pourtant d'une manière sensible , ce que je suis obligé de reconnaître avec Harting, les autres propriétés optiques.

On a proposé de fabriquer l'oculaire de Huygen aussi exempt que possible de toute aberration de sphéricité et de réfrangibilité , de le rendre aplanatique , et de le relier ainsi à un système d'objectif aplanatique.

On trouve ces oculaires aplanatiques dans plusieurs instruments. Leur grossissement est faible , et leur champ visuel petit.

On se sert habituellement d'une disposition tout autre.

Elle consiste à ne

pas employer des oculaires complètement aplanatiques, mais à corriger, au moyen des aberrations de Foculalre, les aberrations opposées des objectifs. On unit, dans l'aberration chromatique aussi bien que dans l'aberration de sphéricité, des objectifs corrigés par excès et des oculaires corrigés par défaut. Une combinaison d'objectifs, autant que possible, aplanatiques, produirait de nouveau, par leur union avec un oculaire ordinaire, une image défectueuse. Tandis que des lentilles aplanatiques sont nécessaires pour la loupe et le microscope simple, Tart de bien construire un microscope dioptrique composé consiste à faire disparaître les aberrations du systènie objectif par. les aberrations opposées de l'oculaire, et à obtenir ainsi une image sans défaut, de la même manière <ïu'une des lentilles doubles d'un système aplanatique est corrigée par l'autre, comme nous l'avons déjà fait observer.

Dans les oculaires, la distance qui sépare la lentille collective de celle de l'oculaire est très-importante. Si l'on rapproche la première lentille de la dernière, l'image augmente; dans le cas contraire, elle devient plus petite. L'écartement des deux lentilles qui composent l'oculaire est généralement bien déterminé par les opticiens; ils choisissent la position donnant lieu aux meilleurs résultats. Aussi la longueur des tubes, qui contribue à augmenter le grossissement, est très-importante pour obtenir le meilleur effet possible dans la combinaison de l'objectif et de l'oculaire. Une correction plus grande par excès dans les lentilles de l'objectif permet l'emploi d'un tube moins long que ne l'exigerait un degré de correction plus faible.

Aux faits optiques déjà cités , il convient d'ajouter celui dont nous sommes redevables à Amici; après en avoir ignoré longtemps jusqu'à l'existence, on lui prête aujour-

d'hui une attention bien méritée. Je veux parler de l'épaisseur des lames de verre avec lesquelles on a l'habitude de couvrir les objets pendant les observations. L'épaisseur de ces lamelles exerce une grande influence sur la netteté de l'image, quand on se sert d'objectifs à forts grossissements. Un objet qui, sans être couvert, ou qui ne l'est qu'avec des verres très-minces, fournit une image nette, tandis que s'il est couvert avec des lames de verre plus épaisses, cette même image acquiert quelque chose de sombre y de nébuleux, et la facilité d'appréciation des détails diminue. Par contre, beaucoup d'objectifs exigent l'emploi d'un couvre-objet pour produire un effet complet-

En quoi consiste cette influence de la lame à couvrir, et par quels moyens peut-on y remédier?

Soit (fig. 14, P) une lame épaisse de verre, et en a un point lumineux d'où émarge un cône de rayons lumineux.

F^^;5^^^S^5^;7'"5^~S^^^7^4^^^^^^Jë^?7J^^^'^^^

Fig. 14. Action du couvre-objet.

A leur, entrée dans le verre, ces rayons seront réfractés avec une intensité diverse; ceux qui tombent plus obliquement en dehors, af et ag, sont réfractés plus fortement en ff* et gg"^, les rayons moyens ad et ae le sont moins, et les rayons centraux ab et ac le sont pins faiblement encore. A leur sortie du verre, les rayons les plus extérieurs seront réfractés dans la direction de z'*/'*^ et ^*^**, les

rayons moyens dans la direction rPc/** et e*e"^^', et les rayons centraux dans celle de />*/?** et c"c**. L'œil croira donc apercevoir la place lumineuse plus rapprochée dans le verre, et, au lieu d'un point lumineux, il découvrira une série de points superposés, h pour les rayons 6 et c, i pour les rayons cl et e, k pour les rayons f et g. Si, au lieu d'un point, nous avons un objet, il semblera formé d'une série d'images superposées. Nous obtenons donc un effet semblable à celui de l'aberration de sphéricité, et cela avec une augmentation qui est en raison de l'épaisseur plus grande du couvre-objet. On comprend alors comment une marche semblable des rayons lumineux doit nuire à l'image d'un objet non couvert, tandis que cette même image paraît très-nette avec certain objectif; de même, un objectif construit par l'opticien , à l'aide d'un test-objet couvert, ne déploiera toute sa puissance qu'avec l'emploi d'un couvre-obJ9t. Les objectifs faibles laissent peu sentir, il est vrai, cette influence du couvre -objet, mais les objectifs à forts grossissements la mettent en évidence d'une manière notable.

On peut, en changeant la longueur du tube, ainsi qu'en éloignant la lentille supérieure de la lentille collective, obvier à cette influence du couvre-objet. Au point de vue pratique, on doit recommander de n'employer un objectif qu'avec des couvre-objets convenables , et d'avoir pour chaque objectif des couvre-objets appropriés.

De nos jours, on est entré dans une voie nouvelle de plus en plus suivie. En changeant les positions des diverses lentilles d'un objectif, on peut également détruire l'influence des couvre-objets, et n'employer qu'un seul et même objectif pour des objets non couverts, et pour ceux qui le sont avec des lames d'épaisseur diverse. A cet effet, on a rendu mobiles les différentes lentilles doubles d'un objectif, à l'aide d'une vis très-fine, qui permet à

l'observateur d'opérer à chaque instant les changements nécessaires. On nomme ces combinaisons : objectifs à correction. Ces objectifs sont naturellement plus chers que les objectifs ordinaires ; ils exigent, en outre, une certaine habitude et du temps pour savoir les employer; mais on peut difficilement s'en passer dans les très-forts grossissements. Il est de règle de rapprocher les différentes lentilles d'un objectif, à mesure que l'épaisseur du couvre-objet

augmente; il faut, au contraire, ' les éloigner, si on se sert de

S" ^B ^Bl couvre- objets très-minces. Dans

l'objectif à correction, dessiné

^^^ figure 15, 1, c'est un petit cur-

'0 ^^^Hé ^^^^ métallique (5) qui, en s'é-

levant et en s'abaissant, indique

Fig. 15. Objectif achromatique ., , , , ^.,, ^ ,,

avec appareil de correction. leCartement QCS lentilles. OU 1 â,

représenté en 2, a, b, c dans ses différentes positions.

Maintenant que nous avons appris à connaître l'objectif et l'oculaire, nous pouvons examiner de plus près la construction actuelle d'un microscope composé. La partie optique de l'instrument est de la plus haute importance; la disposition de son support est d'un intérêt bien moindre. De bons objectifs et des oculaires convenables, fixés à une monture très -imparfaite, permettront à l'examinateur de reconnaître des détails de structure fort délicats qui resteront cachés avec un système d'optique imparfait pourvu d'un admirable mécanisme. Cependant, abstraction faite d'un maniement pénible, les supports incomplets ou qui laissent à désirer, sont préjudiciables au microscope, attendu qu'ils empêchent de donner à l'éclairage les modifications nécessaires.

Tout instrument moderne exige plusieurs objectifs formés de lentilles réunies, autant que possible, d'une

manière fixe; il doit posséder surtout un objectif faible, un objectif moyen et un objectif plus fort. Les grands microscopes sont généralement plus riches en objectifs. Ils en ont au moins cinq à six, quelquefois plus, et parmi ceux-ci se trouvent ceux qui donnent les plus forts grossissements. Les fabricants modernes ont fait un pas immense dans la construction du microscope, comme nous le verrons plus tard. On ne se sert pas d'objectifs puissants dans les recherches ordinaires ; il est donc plus facile de s'en passer que de se priver des combinaisons de force moyenne. Puis un microscope doit posséder plusieurs oculaires, deux au moins, l'un plus faible, grossissant de trois à quatre fois, l'autre plus fort et d'une puissance double. On pourrait croire qu'un nombre plus considérable d'oculaires serait un avantage pour l'instrument en procurant des grossissements de plus en plus forts. Cependant on se tromperait. Si nous admettons (fîg. 16) que l'objectif L projette une image grossie dans le tube R, elle ne sera pas irréprochable, parce qu'on ne peut construire des objectifs mathématiquement exacts. Cette image est grossie par l'oculaire (A), et ses défauts le sont naturellement en même temps. L'oculaire ne nous permet donc pas, comme l'objectif, de pénétrer plus avant dans la structure de l'objet; il nous procure seulement des images grossies. L'emploi d'oculaires plus puissants a cependant l'avantage de nous mieux faire connaître certains objets par cela même qu'ils ont été amplifiés. Toutefois il y a dans l'usage d'oculaires plus forts une limite où l'image devient plus défectueuse. C'est en se servant des oculaires très-faibles qu'on obtient les images les plus belles et les plus élégantes. Néanmoins un grand nombre d'objectifs modernes supportent l'emploi d'oculaires bien plus puissants que ceux d'une époque antérieure, ce qui doit être considéré comme une preuve d'une extrême perfection d'optique.

Il n'est pas nécessaire de chercher à démontrer plus longtemps que le pianque d'objectifs ne saurait être compensé par la possession d'un grand nombre d'oculaires. De même il est évident qu'un grossissement obtenu par un objectif puissant avec un oculaire plus faible, a bien plus de mérite que celui qui résulte d'un oculaire puissant et d'un objectif plus faible. D'anciens microscopes allemands ont souvent des lentilles faibles, et sont, par contre, munis d'oculaires extrêmement forts, ce que l'on doit regarder comme une imperfection. A ce dernier point de vue , les instruments de Schiek se trouvaient, au commencement de 1840, bien inférieurs à ceux d'Oberhseuser.

Le tube du microscope, recouvert à l'intérieur d'une couche légère de couleur noire, comme le porte-oculaire, se compose d'une seule pièce (fig. 16, R) et ne peut, pour cette raison, être allongé ^ ou possède, comme les télescopes, deux pièces qui glissent l'une dans l'autre. Cette dernière disposition est évidemment meilleure, à cause des propriétés d'optique dont nous avons déjà eu l'occasion de parler.

Les objectifs (L) sont fixés à la partie inférieure du tube à l'aide d'un pas de vis simple.

L'objet à examiner (P E) se pose sur une platine (T) formée de la plaque métallique horizontale, percée à son centre, comme nous l'avons fait observer à l'occasion du microscope simple. La platine ne doit être ni trop petite, ni surtout trop étroite.

On doit pouvoir, selon les circonstances, rapprocher ou éloigner l'un de l'autre, l'objectif et l'objet à examiner. Tout microscope composé possède à cet effet des dispositions particulières pour le placement de l'objet. Nous indiquerons comme une construction primitive celle où l'on fait glisser, à l'aide de la main, le tube dans un pied en métal, ce qui n'est usité que par nécessité dans les grossissements

faibles. Afin d'obtenir des changements de position plus convenables , on a recours à différents moyens. On peut, à l'aide d'un simple système de rappel , s'il est bien fait, atteindre une position assez exacte. D'anciens instruments ne possèdent - souvent que ce seul procédé.

En général, le tube du microscope peut s'élever ou s'abaisser le long de la tige à l'aide d'une vis. Avec un tube fixe, on se servait plus rarement d'une platine mobile, disposition moins recommandable.

Les montures modernes, exécutées avec plus de soin, sont munies d'un double système de mouvement^ l'un sert à opérer les changements d'une exactitude moins ri-

Fig. 16.

goureuse , tandis que l'autre est employé pour opérer les mouvements les plus délicats et les plus précis. Une semblable construction mérite naturellement la préférence. Les mouvements ordinaires sont produits par un système de rappel, ou bien on fait glisser à la main, et autant qu'il est nécessaire, le tube du microscope dans l'anneau qui l'entoure, ce qui suffit, et l'on peut dire que ce mécanisme, vu sa simplicité, est le plus pratique. Afin d'arriver à toute la précision possible dans la position de l'objectif, "on a recours à une vis dite micrométrique, travaillée avec soin, vis qu'un observateur habile ne quitte pas tant que durent les expériences délicates et lorsque l'on emploie de puissants objectifs.

On se sert de la lumière directe pour éclairer l'objet, mais rarement et seulement avec des objectifs faibles. Une plus grande lumière est- elle nécessaire, on l'obtient à l'aide d'une lentille convergente, mobile, à grand foyer (fig. 17, a), fixée sur un pied (dbc)^ ou placée dans un anneau au-dessus du tube du microscope.

L'éclairage le plus habituel se fait au moyen de la lumière transmise, qui, reçue par un miroir situé sous la platine (fig. 16, S), est réfléchie à travers son ouverture sur l'objet (P).

Le miroir doit être fixé à la monture de manière à pouvoir se mouvoir en tous sens. La disposition adoptée dans beaucoup de petits instruments^ où le miroir ne peut être mis en mouvement qu'autour de son axe horizontal, est très-incomplète. Les petits microscopes n'ont qu'un miroir concave qui réfléchit, en les faisant converger vers l'ouverture de la platine (6ô),

Fig. 17. Lentille ser vant à éclairer.

les rayons lumineux (cia) qui tombent sur sa surface. Les grands instruments possèdent un miroir dont une face est concave, tandis que l'autre est plane. Cette dernière face donne un éclairage moins intense que la première ; c'est pour cette raison qu'on ne l'emploie que dans les grossissements faibles.

Un éclairage bien conditionné est d'un puissant secours dans les travaux microscopiques et ne saurait s'obtenir uniquement par les dispositions indiquées jusqu'à présent. Des appareils particuliers sont indispensables à cet effet. Dans beaucoup de recherches, entre autres dans celles sur des objets déliés et à contours fins, la lumière réfléchie à travers l'ouverture de la platine donnerait un éclairage beaucoup trop vif. Il faut donc écarter une partie des rayons. On atteint ce but en diminuant l'ouverture de la platine par l'emploi d'écrans ou, comme on les appelle, de diaphragmes. Il existe deux formes de diaphragmes : le diaphragme tournant et le diaphragme cylindrique. Le diaphragme tournant (fig. 18, a) a une forme circulaire. Il est assujetti au-dessous de la platine au moyen d'une vis à tête et percé d'une série d'ouvertures rondes (à l'exception de la plus grande), dont le diamètre , de plus en plus petit, rétrécit l'ouverture de la platine. Les plus petits trous sont employés avec les plus forts gros-sissements.

Les diaphragmes cylindriques sont des tubes portant à leur extrémité supérieure un disque circulaire percé d'une ouverture plus ou moins grande (fig. 18, 5, c). On les place dans l'ouverture de la platine, soit d'une manière immédiate, soit entourés d'un anneau. S'ils sont appelés à développer toute leur puissance, on doit pouvoir les' élever ou les abaisser par un mécanisme quelconque.

Ces deux dispositions remplissent également le but proposé ; cependant le diaphragme cylindrique mérite la préférence, attendu qu'on obtient à l'aide de ce dernier des

Fig. 18. Diaphragmes : diaphragme tournant a. diaphragme cylindrique, h, c.

nuances plus délicates dans l'éclairage. Ces deux sortes de diaphragmes se trouvent réunis dans beaucoup d'instruments anciens.

a Dans certains

cas, il est nécessaire de laisser arriver sur l'objet les rayons lumineux émanant du miroir, avec une direction plus ou moins oblique ( éclairage oblique), au lieu de se servir de l'éclairage ordinaire que l'on nomme éclairage à lumière centrale. Il faut, à cet effet, que le miroir soit extrêmement mobile, car on a parfois besoin de le placer dans des positions tout à fait latérales.

On modifie l'éclairage d'«une façon plus considérable en insérant dans l'ouverture de la platine une lentille convergente ou certaine combinaison de plusieurs lentilles. Dans ce cas on peut, avec le miroir plan, en élevant ou en abaissant la lentille, porter sur l'objet les rayons lumineux réunis au foyer, ou bien les faire converger, avant leur réunion au foyer, ou enfin les faire arriver en divergeant, après leur réunion. Le miroir concave, uni à une lentille semblable, donne aussi parfois un très-bel éclairage.

Il y a déjà plusieurs années que Dujardin a inventé un appareil d'éclairage composé de lentilles achromatiques. Plus tard, les Anglais ont mis le plus grand soin à la construction de cet appareil et notamment du condensateur qu'ils ont beaucoup amélioré. La figure 19 nous montre un condensateur de construction parfaite. Au-dessous du con-

Fig. 19. Condensateur achromatique par Smith, et Beck.

(iensateur se trouve un diaphragme tournant qui peut couvrir tantôt une petite, tantôt une grande partie de son bord, tandis que d'autres ouvertures ont la faculté d'obscurcir la partie centrale de la lentille; par ce moyen, il est possible d'obtenir des effets spéciaux, analogues à certains résultats provenant de la lumière oblique.

Un excellent condensateur, en tout semblable à l'appareil d'éclairage construit par Dujardin, et composé de trois lentilles achromatiques, m'a

été envoyé récemment par Hartnack. On peut visser des diaphragmes sur la lentille supérieure. L'appareil se pose dans la platine comme un diaphragme cylindrique. Mais, un condensateur achromatique étant très- cher, on le remplace, du moins, en partie, par l'emploi d'une lentille piano -convexe ordinaire. La figure 20, 1 nous montre une de ces lentilles enchâssée dans le petit tube d'un diaphragme cylindrique ordi- ^ naire. Au numéro 2, la lentille est recouverte d'un anneau noir, de manière que la partie centrale donne seule passage aux rayons

lumineux, tandis qu'au nu- ^'S- 20- condensateur ordinaire: 1, dans ' ^ son diamètre; 2, avec un obscurcissemérO 3, la partie centrale ment annulaire ; s, avecunobscurcisse- ' ^ ment central.

est obscurcie par un petit

disque noir qui ne laisse à découvert que le bord. On peut recommander l'emploi de cette dernière disposition à ceux dont le microscope est établi de façon à ne pas permettre de placer le miroir dans une position oblique.

Pour faire des expériences à la lumière polarisée, ou quand on transforme le microscope en appareil photographique, on a besoin, comme nous le verrons plus tard, de ces lentilles.

Il peut être utile de jeter encore un coup d'oeil, à la fin de ce chapitre, sur quelques microscopes, afin de montrer par des exemples comment les opticiens sont arrivés, par des voies différentes, aux perfectionnements nécessaires.

La figure 21 représente un petit instrument de Nachet, de Paris, avec une monture très-simple et cependant suffisante pour la plupart des observations. Le tube du microscope qui reçoit l'oculaire peut s'élever ou s'abaisser par frottement dans un anneau et sert aux ajustements d'une moindre exactitude. On obtient plus de précision au moyen d'une tête de vis placée à l'extrémité supérieure de la tige. La platine a une largeur suffisante; .au-dessous se trouve un diaphragme tournant destiné à écarter les rayons. Des valets qui s'ajustent sur la platine et qui sont destinés à maintenir les lames de verre, s'enlèvent à volonté. Le miroir est porté par le pied arrondi et se laisse mouvoir librement. On peut, en outre, l'écarter de l'axe et l'employer dans l'éclairage oblique. Pour l'éclairage avec la lumière directe, on se sert de la lentille représentée figure 21. On observera une construction tout à fait semblable dans le petit microscope de Zeiss, d'Iéna, figure 22. Cependant la position du miroir est différente ; en outre , le diaphragme, placé sous la platine, a une forme convexe, tournée en haut , afin que son ouverture se trouve le plus

Fig. 21. Petit micros cope de Nachet.

près possible de l'objectif. La monture de ces deux instruments est très-convenable; elle a été imitée, avec de légères modifications , par d'autres opticiens. Sans doute on peut arriver encore à simplifier davantage les montures ; cependant cet instrument sert dans un grand nombre d'expériences, comme, par exemple, lorsque l'éclairage oblique est écarté.

Le grand microscope à fer à cheval, figure 23, inventé par Oberhâuser, à Paris, possède une des montures les plus commodes. On a beaucoup cherché à l'imiter, et je n'en connais point qui réunisse, à un aussi haut degré , l'avantage d'un emploi facile à celui d'une construction trèssimple.

Le mouvement rapide s'opère également ici, dans la monture ancienne, par glissem^ent du tube dans l'anneau ; dans la construction moderne, il a lieu à l'aide d'une vis de rappel. Le tube lui-même peut être raccourci.

Les mouvements lents sont efi'ectués par la vis micrométrique munie d'un ressort placé dans un cylindre creux ; elle se trouve sous la platine et sert en même temps à faire mouvoir un deuxième tube qui enveloppe le premier et qui est en rapport avec l'anneau du corps du microscope. Les diaphragmes entourés d'un cylindre sont supportés par une espèce de chariot et rendus mobiles par l'élévation ou l'abaissement du cylindre. Désire-t-on remplacer un diaphragme cylindrique par un autre, on retire le cylindre qui le supporte et on l'introduit derechef, de

Fig. 22. Petit microscope • de Zeiss.

bas en haut, après l'avoir muni d'un nouveau diaphragme.

Veut-on obtenir un éclairage oblique (fîg. 24), il faut

retirer le chariot et tout son appareil. Avec ce dernier éclairage, on est libre d'imprimer à la platine un mouvement de rotation, de telle manière que les rayons lumineux, tombant obliquement, peuvent atteindre l'objet sur tous les points. Fixé à une pièce rectangulaire qui se trouve dans l'échancrure ménagée entre les deux supports métalliques, le miroir est mobile et permet les positions les plus variées.

Le gros et lourd fer à cheval sert de base à tout l'instrument. Une lentille de dimension assez considérable, montée , cà l'extrémité d'un support particulier (dans le genre de la fîg. 17), se pose à

^'^•''•^rrLeer^rd^lâ/tïack?'""'''^' VOlOUté dovaut l'iUStrU-

ment.

Un modèle plus petit du même appareil ne possède pas de platine tournante et ne permet pas d'élever ou d'abaisser le miroir dans une échancrure, ^'quoique la position

oblique soit encore possible. Cet instrument, très-bon et moins cher, sort aussi de la maison Hartnack. On peut se procurer les deux

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appareils munis d'une y i miti î, I II

charnière pour la position oblique.

Comme exemple d'un instrument bien plus compliqué , et même trop compliqué suivant l'opinion des savants du continent, nous donnons (fig. 25) le grand microscope de Smith et Beck, de Londres.

Une foule de mouvements qui n'exigent que le secours de la main, dans l'appareil d'Ober-

hâuser, sont confiés ici à des vis. Tout l'instrument est suspendu entre deux colonnes, et peut ainsi être placé obliquement et horizontalement. Le miroir possède assez de liberté dans les mouvements. La platine est munie d'accessoires en surabondance , mais elle permet (et c'est là un avantage sur l'instrument d'Oberhâuser) l'introduction d'un condensateur complet.

Enfin le grand microscope récemment construit par Nachet (fig, 26) oifre également de grandes complications, mais un mécanisme remarquable.

Fig. 24. Même instrument, avec un éclairage oblique.

Fig. 2o. Grrand microscope de Smith et Beck.

Fig. 26. Grand microscope deNachet, de construction récente.

Il n'est point nécessaire de /aire remarquer combien il importe de pouvoir, dans des travaux scientifiques, mesurer les corps perçus à l'aide du microscope. En effet, dès l'enfance de la micrographie, on afvait déjà indiqué des moyens assez ingénieux pour arriver à déterminer les dimensions des objets. Le lecteur trouvera sur cette matière tous les renseignements nécessaires dans l'ouvrage si remarquable de Harting.

Nous possédons aujourd'hui des appareils d'une précision relativement très-grande. On distingue surtout deux formes de micromètre : le micromètre à vis et le micromètre en verre.

Le micromètre à vis est un instrument un peu compliqué; mais fait avec soin, il est d'une grande précision, c'est ce qui le rend très-cher. Nous allons indiquer sa construction. On comprend facilement que si un fil est disposé en travers de l'oculaire, on peut, au moyen d'une platine susceptible d'être mise en mouvement par des vis, faire glisser un objet microscopique dans le champ visuel, de manière qu'il touche d'abord le fil avec son bord antérieur, puis qu'il passe peu à peu par-dessus, jusqu'à ce qu'enfin le fil ne soit plus touché que par le bord postérieur de l'objet. Eh bien! le micromètre à vis est une platine mobile du même genre ; c'est une double plaque dont la partie inférieure est fixée sur la platine du microscope, tandis que la partie supérieure se meut sur l'inférieure au moyen d'une vis micrométrique très-fine. On

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