Teinture de carmin de Gerlach
Dans un petit traité publié en 1858 (Études microscopiques faites dans le domaine de la morphologie humaine; Erlangen) , Gerlach parla pour la première fois de ce procédé. En faisant des injections à l'aide du carmin, il avait déjà précédemment remarqué avec quelle avidité les cellules à noyaux des vaisseaux sanguins s'emparaient de l'acétate d'ammoniaque carminé , agissant en cela d'une tout autre manière que les cellules et la substance intercellulaire. Les cellules s'approprient bien, à la vérité, des matières colorantes, mais beaucoup plus lentement, plus difficilement, et constamment aussi en moindre quantité que les formations nucléaires. Les matières intercellulaires sont presque indifférentes à l'action des couleurs. Gerlach fit ses premiers essais sur le cerveau et sur la
moelle épinière. De petites coupes très-minces de ces organes, préalablement durcies dans une solution de chromate de potasse , furent placées de 10 à 15 minutes dans une solution assez concentrée d'acétate d'ammoniaque carminé. Il les lavait ensuite|pendant plusieurs heures dans de l'eau, souvent renouvelée, puis il les traitait avec l'acide acétique, et enfin avec de l'alcool absolu, pour les priver entièrement d'eau. La solution de carmin la plus affaiblie continue encore à colorer.
Gerlach s'était aperçu de ce phénomène dès ses premières expériences, après avoir laissé, toute une nuit, la coupe d'une circonvolution de cervelet dans de l'eau contenant quelque peu de carmin. Certains détails restèrent méconnaissables lors de cette première coloration par le carmin. Alors Gerlach, pour achever de les mettre en évidence , ajouta 2 à 3 gouttes d'une solution concentrée d'acétate d'ammoniaque carminé, à 30 grammes d'eau, et y laissa séjourner ses petites coupes pendant 2 à 3 jours.
Depuis ce temps , on a fait un très-grand usage du carmin pour colorer. Il y a quelques années , un savant est allé plus loin. D'après l'aptitude plus ou moins grande à se laisser pénétrer par le carmin, il a cru pouvoir établir plusieurs sortes de différences fonctionnelles dans les cellules nerveuses des organes centraux. Les expériences faites conformément aux règles indiquées pour ce genre d'opération, ont donné des résultats variables.
Nous avons appris , par la pratique, qu'on doit chercher à éviter surtout deux inconvénients dans les teintures de carmin: d'abord, un excès de coloration déterminant une couleur foncée et diffuse, qui ne permet pas de mieux distinguer l'objet soumis à l'examen; et ensuite, un gonflement des éléments des tissus , dû à l'action de l'ammoniaque.
Il est donc important de n'employer que des solutions
peu riches en ammoniaque. On prendra , à cet effet, plusieurs centigrammes de carmin, qu'on mêlera à une trentaine de grammes d'eau distillée, puis, on y ajoutera quelques gouttes d'ammoniaque. Une partie du carmin est dissoute et traverse le filtre avec tout le liquide. Une autre portion du carmin non dissoute reste déposée sur le filtre et peut être employée à divers usages. I.orsqu'un liquide filtré répand une odeur d'ammoniaque , il est bon de le laisser une demi-journée et même une journée entière à l'air, et placé sous une cloche , afin de faire volatiliser tout l'ammoniaque. Si, au bout de quelque temps, on remarque qu'il s'est formé un précipité globuleux de carmin^ il suffira d'ajouter une seule goutte d'ammoniaque pour en opérer la solution.
Ce mélange sera versé, par gouttes , dans de l'eau, et l'on obtiendra à volonté une coloration en rouge, tantôt plus faible, tantôt plus intense, selon les circonstances. Dans les recherches sur les parties très-délicates, on ajoute avec succès, à cette matière colorante, une quantité égale de glycérine.
Nous recommandons, dans ce cas , 15 à 30 centigrammes de carmin, dissous dans la quantité d'ammoniaque tout juste nécessaire, et mêlé à 30 grammes d'eau distillée. On additionnera cette solution , préalablement filtrée, de 30 grammes de bonne glycérine et de 8 à 12 grammes d'esprit-de-vin très-fort.
On se sert de cette teinture soit pure, soit en y ajoutant une nouvelle quantité de glycérine.
Un fragment de tissu demeurera plongé plus ou moins longtemps dans la solution, selon que celle-ci aura plus ou moins de puissance colorante. Avec des teintures fortes^ quelques minutes suffisent pour colorer, tandis qu'une immersion de plusieurs heures est nécessaire quand on emploie des teintures faibles.
Un objet peut rester, sans préjudice, pendant 24 heures, dans des solutions très -faibles.
Après avoir retiré le tissu qui vient d'être coloré, on le lave, soit avec de l'eau pure, soit avec de l'eau légèrement acidulée, ce qui donne, dans beaucoup de cas, des résultats infiniment préférables. Nous nous servons de 2 à 3 gouttes d'acide acétique très-fort dans 30 grammes d'eau distillée, et ce mélange reçoit le tissu pendant quelques minutes seulement. Quand on veut éviter une trop grande imbibition d'eau, on peut faire usage d'alcool acidulé de la même manière, ou bien, suivant Beale , employer un mélange de glycérine et d'acide acétique (5 gouttes d'acide pour 30 grammes de glycérine). On apercevra alors, le plus ordinairement, les parties nucléaires rougies, le protoplasma des cellules, les axes cylindriques des fibrilles nerveuses, etc.
Les tissus tout frais, ou bien durcis préalablement dans l'alcool, sont ceux qui sô laissent le mieux colorer; les pièces durcies dans l'acide chrômique, ou dans le bichromate de potasse, prennent la couleur moins bien et un peu plus lentement.
On arrive promptement à apprécier au juste le degré de coloration qui convient aux tissus. En général , on colore moins les tissus qu'on se propose de conserver dans des liquides (glycérine légèrement acidulée), que ceux destinés à être plongés dans des substances résineuses. Ces derniers (choisis de préférence pour être montés à froid dans du baume de Canada dissous à l'aide du chloroforme), offrent très-souvent un superbe aspect.
On colore facilement des parties injectées, en faisant usage d'une grande quantité de couleurs, notamment du jaune de chrome et du sulfate de baryte. De l'excellent bleu de Prusse soluble est également d'un bon emploi , mais on est obligé de recourir, pour le lavage, à une eau
plus fortement acidulée, si on veut conserver un bleu vif. La coloration en bleu convient surtout pour les objets injectés avec du carmin; il est toutefois possible d'obtenir de fort beaux objets avec des solutions très -légères de carmin.
On ne saurait recommander Tusage de l'encre rouge ordinaire du commerce, dont on s'est quelquefois servi.