CHAPITRE V. Emploi du microscope. — Observations microscopiques
On peut assez facilement et assez promptement initier quelqu'un à l'emploi du microscope par l'exemple et une démonstration pratique; mais cela devient beaucoup moins aisé, lorsqu'on ne peut recourir qu'à la parole écrite. Nous nous bornerons donc ici à l'indication des points capitaux, et nous abandonnerons le reste à la sagacité personnelle du débutant.
Un éclairage convenable est d'une grande importance, quand on faic usage du microscope. Comme la plupart des observations ont lieu à l'aide de la lumière, et qu'on doit préférer la lumière du jour à n'importe quel autre éclairage artificiel , le choix d'une chambre de travail ne sera pas chose indifférente. Quiconque aura ce choix à sa disposition, devra préférer l'exposition nord-ouest, ou nordest, et, autant que possible, avec un espace libre devant soi qui permette de profiter des rayons arrivant directement du ciel. Dans les rues étroites des villes, on ne peut, la plupart du temps, s'installer que dans les étages supérieurs. Il est avantageux d'avoir des fenêtres aux deux côtés de la chambre ; mais on fermera celles dont on ne se sert pas pour le moment, avec un rideau de couleur sombre ou avec des volets. Dans les recherches ordinaires, on pourra, sans inconvénient, placer l'instrument sur une table, tout près de la fenêtre; on préparera donc et on observera à la même place. Mais quand il s'agit d'obtenir un éclairage aussi parfait que possible, il faut renoncer à un établissement de ce genre, et poser le mi-
crosçope à la distance de 6 à 9 pieds, quelquefois davantage de la fenêtre. Un écran sombre, qu'on ajoute audessus de la platine au moyen d'un anneau passant dans le tube du microscope, empêchera la lumière de tomber sur l'objet, et concourra d'une manière sensible à l'amélioration de l'image. Lorsque l'on entreprend des recherches à l'aide de la lumière polarisée, ou qu'on veut arriver à résoudre des test-objets avec l'éclairage oblique, il est indispensable de recourir à l'écran pour projeter de l'ombre sur la platine.
L'état du ciel influe considérablement sur l'éclairage. Un ciel bleu, pur, donne une lumière belle, douce, qui ne fatigue pas l'œil, mais qui est insuffisante comme clarté avec l'emploi des objectifs très-puissants. On préférera un ciel uniformément couvert de nuages ternes et blancs. Les nuages très-blancs, à cause de leur rapprochement du soleil, doivent être évités, à cause de leur lumière trop éclatante. Le passage rapide de nuages blancs, flottant dans un ciel bleu, par une atmosphère très-agitée, est aussi désagréable que gênant. Quand le soleil donne sur la fenêtre, on remédie à cet inconvénient au moyen d'un rideau blanc, ou en laissant tomber un store de même couleur.
Pour éclairer le champ visuel, on place l'instrument dans la direction de la fenêtre et on regarde à travers l'oculaire, pendant que d'une main on fait mouvoir le miroir. La lumière désirée étant ainsi trouvée, on place l'objet à examiner sur la platine du microscope et, sans le perdre de vue un instant, on commence à opérer les corrections nécessaires dans l'appareil optique afin d'arriver à la netteté de l'image. Pour atteindre ce but, on abaisse, par exemple, le diaphragme cylindrique, ou on imprime au miroir de légers changements de position. Quand le miroir se meut librement, l'instrument reste immobile.
tandis que si le mouvement en est limité , comme c'est le cas pour le plus grand nombre des petits microscopes, on est souvent obligé de tourner le corps du microscope, ou de le pousser tantôt en avant, tantôt en arrière.
L'observateur qui débute croit généralement qu'une lumière vive éclairant le champ visuel est préférable à toute autre; mais, dans le cours de son travail, il s'apercevra bientôt que ses yeux, éblouis par un océan de lumière, se remplissent de larmes et se fatiguent promptement. Le micrographe expérimenté cherche, en général, à modérer beaucoup l'intensité de l'éclairage. Eu ménageant l'organe de la vue, on parvient à voir immédiatement les détails délicats de l'image microscopique. Aussi le commençant doit-il, tout d'abord, s'habituer à manier habilement le miroir et à se servir des diaphragmes. Si le miroir de l'instrument a deux surfaces , l'une plane et l'autre concave., on emploie la première avec les objectifs faibles et une lumière vive, tandis que la surface concave convient aux objectifs puissants mis en œuvre avec une lumière moins intense. Les instruments privés de ces ressources laissent toujours beaucoup à désirer. En tournant le microscope de certaines façons, en projetant de l'ombre avec la main, on parvient quelquefois, il est vrai, à rendre plusieurs inconvénients moins sensibles.
L'éclairage oblique (fîg. 47) demande une grande expérience. Il faut débarrasser l'ouverture de la platine de tout diaphragme, et si, par hasard, il existait sous cette ouverture un chariot, on l'ôterait. Pendant que le regard plonge dans le microscope, on essaye différentes positions du miroir. En le tirant tout près et au-dessous de la platine, on peut arriver à un éclairage aussi oblique que possible. On obtient quelquefois, ainsi, des effets de lumière vraiment extraordinaires, qui mettent en évidence, d'une manière surprenante, une foule de détails très-dé-
licats. Dans ce genre d'observations, une bonne X->latine tournante devient un accessoire d'une haute importance.
Un observateur, habitué à son instrument et connaissant bien la partie technique du microscope, montrera à une personne inexpérimentée des choses qui l'étonneront et qu'elle chercherait vainement à voir pendant des heures entières. On peut signaler, comme le plus important résultat des chefs-d'œuvre de l'éclairage obhque , la résolution, par les objectifs puissants, des systèmes de lignes qui circonscrivent les espaces rhombiques du pleurosigma angulatum, et la manifestation des dessins du surireUa gemma et du grammatophora subtilissima, à l'aide de forts objectifs à imxmersion. Cependant, ce mode d'éclairage n'a qu'une valeur secondaire dans le genre de travail qui nous occupe.
Quiconque veut et peut ménager sa vue, doit éviter d'entreprendre des observations microscopiques de longue durée avec la lumière d'une lampe ou celle du gaz. Toutefois, comme il y a, an nord de l'Europe, et pendant l'hiver surtout, des jours où la lumière naturelle fait presque défaut et ne procure qu'un éclairage misérable, on est forcé de recourir à la lumière artificielle. Dans ce cas , nous conseillerons l'usage d'un appareil nommé modérateur simple, consistant en une lampe d'Argand ou
Fig. 47. Position oblique cln miroi la monture en fer à cheval.
dans
au pétrole, pas trop élevée et surmontée d'un globe de verre dépoli. On peut aussi employer avantageusement des lampes à gaz construites exprès. Les fabricants de microscopes anglais ont inventé et préconisent des lampes de ce genre, gui sont très-commodes.
Il est de toute nécessité de savoir modérer convenablement la lumière. On apporte une amélioration importante au système d'éclairage en interposant un verre bleu de cobalt, plus ou moins foncé, entre la lampe à gaz et l'objet. Ce verre se place sur le miroir ou, mieux encore, sur la platine. On peut encore disposer un écran en carton noir percé d'ouvertures de dimensions diverses devant le microscope, parallèlement au miroir. On fixe, avec de la cire, un verre bleu devant les ouvertures, dont on modifie la dimension à l'aide d'un diaphragme tournant situé par derrière, et l'on se procure ainsi, à peu de frais, un accessoire du grand microscope d'Oberhâuser et de Hartnack, qui, vu les excellents effets qu'on en obtient, mérite d'être fortement recommandé. Tous les grands modèles peuvent être accompagnés d'un semblable appareil. '
On se sert rarement de la lumière directe du soleil et de celle de la lampe dans les recherches habituelles, mais on est obligé d'y recourir, au contraire, dans un grand nombre d'observations faites avec la lumière polarisée , parce que cet éclairage est le plus intense de tous.
Les objets opaques doivent être éclairés par la lumière directe et sans lumière transmise. La lumière ordinaire du jour sufîit quand il ne s'agit que de très-faibles grossissements. Des grossissements plus prononcés exigent un éclairage plus intense. On peut ici, dans certaines circonstances, se servir de la lumière du soleil, ou bien encore recourir à divers moyens pour concentrer la lumière sur l'objet. Une lentille piano-convexe à grand foyer, qu'on place devant l'instrument, répond ordinairement à tous
les besoins (fîg. 17); un prisme en yerre produit le même effet. L'appareil d'éclairage de Lieberkûhn mérite d'être signalé comme très-bon; toutefois, on ne peut s'en servir que rarement dans des recherches médicales.
L'objet à examiner, s'il n'est pas constitué de manière à ne pouvoir souffrir aucune modification, devra subir une préparation préalable. Nous parlerons bientôt avec plus de détail de cette préparation, qui varie naturellement suivant les circonstances, mais dont le but est de faciliter les recherches en se servant de la lumière transmise. Nous ferons seulement remarquer ici qu'il est important de procéder à cette préparation avec beaucoup de soin, en observant la plus grande propreté, et que, d'un autre côté , il faut éviter de chercher à trop bien faire , et de choisir, pour ses explorations, des objets de trop grande dimension. Les commençants commettent ordinairement cette faute : ils posent, sous le microscope, des masses qui, divisées convenablement, auraient suffi à faire une douzaine de préparations distinctes. Les objectifs puissants exigent toujours que les objets à examiner soient mxinces et petits. On se bornera rarement à des recherches avec la lumière directe, quand l'objet peut être placé sur la platine du microscope, à sec et à découvert. On saura que, généralement, il est nécessaire de mouiller l'objet avec de l'eau ou avec des liquides conservateurs, tels que la glycérine, etc. Dans ce cas encore, surtout avec l'emploi de faibles grossissements, on peut laisser l'objet à découvert, et souvent même on examine un grand nombre de choses , non pas en les mettant simplement sur la platine, mais en recourant à un verre de montre, à une cage de verre, à des cellules transparentes.
Lorsqu'on passe à des grossissements plus considérables, il est indispensable de couvrir l'objet avec une lamelle de verre mince, surtout bien propre. On s'opposera
à tout écoulement de liquide sur la surface extérieure de la lamelle quand on emploie des objectifs ordinaires, parce que l'image devient trouble et comme noyée ^ c'est tout le contraire, ainsi qu'on l'a déjà dit, lorsqu'on fait usage d'objectifs à immersion. On évitera de toucher la surface des verres à couvrir avec les doigts; c'est en saisissant les lamelles par les bords qu'on les pose sur l'objet. Lorsque celui-ci est très-délicat ^ il y a quelques précautions à prendre; l'ovule d'un mammifère, par exemple, serait détruit si l'on place maladroitement dessus le verre à couvrir; les éléments d'une rétine toute fraîche seraient également troublés dans leurs rapports en pareil cas.... Des moyens fort simples garantiront les préparations de tout dammage. Il suffit d'insérer entre la lame porte-objet et le verre à couvrir un petit fragment de cheveu, de crin, ou d'une lamelle de verre extrêmement mince.
C'est pendant que le regard plonge dans le microscope qu'on donne à celui-ci une position convenable, en abaissant son tube, soit simplement avec la main et en le faisant glisser de haut en bas dans son anneau, soit en tournant une vis qui produit le même effet. Dans cette opération, on évitera de pousser l'objectif jusqu'à ce qu'il touche l'objet, attendu que celui-ci pourrait être détruit, et que les lamelles de verre courraient risque d'être brisées. La dernière lentille de l'objectif elle-même serait exposée à être endommagée dans certaines circonstances. Les commençants agiront prudemment en adoptant une direction opposée, c'est-à-dire en faisant glisser le tube de bas en haut. Pour cela, on s'arrange de façon que l'objectif qui termine le tube ne soit séparé de la lamelle de verre que d'un minim.e intervalle, et l'on fait ensuite glisser le corps du microscope de bas en haut. Une certaine habitude est nécessaire pour bien mettre au point; l'emploi d'objectifs très-puissants présente d'assez grandes
difficultés. La vigueur et la finesse des contours indiquent qu'on a atteint le Lut. On arrive surtout à une bonne mise au point à l'aide de la vis de rappel.
On examine d'abord l'objet, avec un grossissement faible , un éclairage central et la lumière transmise ; on passe ensuite, par degrés, à des objectifs un peu plus forts, mais on conserve toujours des oculaires faibles et même, selon les circonstances, on raccourcit convenablement la longueur du tube. Les commençants commettent souvent une erreur qu'il importe de signaler. Ne sachant pas apprécier à leur valeur les grossissements faibles, ils emploient de prime abord de puissants objectifs. Mais comme les objectifs faibles fournissent seuls, en quelque sorte, un champ visuel étendu , tandis que ce même champ visuel est extraordinairement rétréci lorsqu'on se sert d'objectifs puissants, il en résulte que l'usage des faibles grossissements est d'une haute importance, tant parce qu'il permet d'embrasser l'ensemble de la préparation d'un même coup d'oeil, que parce qu'il facilite les recherches de l'observateur.
On a recours ensuite, successivement, à des objectifs plus puissants, en les combinant d'abord avec des oculaires faibles. Pendant ces essais, il sera quelquefois nécessaire de préférer le miroir concave au miroir plan; mais, dans tous les cas, il importe de mettre très- exactement au point, à l'aide de la vis micrométrique. On changera également, s'il en est besoin, les diaphragmes cylindriques à grandes ouvertures pour d'autres percés d'un trou plus petit.
Si, après avoir procédé de la sorte, l'observateur juge, enfin, nécessaire d'en venir aux puissants objectifs, il pourra se permettre aussi l'usage d'oculaires un peu plus forts, usage qui, néanmoins, sera toujours modéré. On acquerra bientôt la conviction qu'on obtient moins
avec des oculaires forts (comme cela résulte d'ailleurs de la nature optique même de l'oculaire) qu'on ne le croit d'abord. L'image devient plus grande, et, en conséquence, certaines choses peuvent sembler plus nettes. Mais on arrive bientôt à un grossissem ent qui ne montre absolument rien de plus; au contraire, il montre moins que l'oculaire plus faible dont on s'est précédemment servi , attendu que la clarté du champ visuel et la finesse de l'image ont singulièrement diminué. Les oculaires extrêmement forts, ajoutés aux grands instruments comme derniers accessoires , peuvent être considérés comme des articles de luxe dont l'usage est à peine possible.
Toutefois, les objectifs dont la partie optique a été parfaitement soignée, supportent mieux des oculaires plus forts que les objectifs moins habilement construits. Néanmoins, même dans ce cas, on ne recherchera le grossissement de l'image au moyen de l'oculaire qu'avec beaucoup de circonspection. Les oculaires peuvent certainement recevoir encore de grandes améliorations, et il est trèsfort à désirer que des opticiens capables entreprennent cette tâche. Les premiers oculaires dits orthoscopiques , qui, à ma connaissance, aient été construits et vendus, sont dus à Kellner, mort jeune, à Wetzlar; ils donnent, à la vérité, une image très-plane, mais leurs plus forts numéros ne m'ont pas montré dans l'objet un détail nouveau.
Il résulte des observations précédentes, que celui qui peut obtenir à l'aide de son microscope, et en suivant deux voies différentes, à peu près le même grossissement, l'un avec un objectif faible, associé à un puissant oculaire, l'autre au moyen d'un objectif fort, employé avec un oculaire faible, doit toujours préférer cette dernière combinaison. C'est pourquoi les efforts des anciens opticiens, pour combiner des objectifs faibles avec des oculaires re-
lativement puissants, ne sauraient être approuvés, et on a renoncé, de plus en plus, à cette méthode dans ces derniers temps.
Les objets dont on entreprend l'examen au point de vue de l'histologie et de la médecine exigent rarement l'emploi de l'éclairage oblique. Si l'on veut étudier les effets de ce genre d'éclairage , on devra suivre les préceptes donnés plus haut.
Pour faire usage des réactifs, on met une goutte en contact avec l'objet préparé, au moyen d'une petite baguette de verre efïilée, soit en soulevant le verre à couvrir, soit en déposant cette goutte au bord de la lamelle sous laquelle elle passera pour s'unir au liquide où baigne déjà l'objet. On peut obtenir une infiltration lente en se servant d'un fil de toile placé, moitié sous la lamelle, moitié sur la lame en verre portant l'objet, fil qu'on imbibe avec la goutte du réactif.
L'observateur qui désire ménager son instrument prendra les précautions que nécessite l'emploi des réactifs, notamment des acides violents, des alcalis, et, plus particulièrement, des agents qui attaquent le plomb du flint. On évitera, autant que possible, de recourir aux acides chlorhydrique et azotique concentrés; on sera très-circonspect dans le maniement des acides volatils et de l'ammoniaque. Enfin, on ne se servira jamais d'eau sulfureuse. Toute addition de réactif exige l'usage de grandes lamelles à couvrir. Quand malheureusement une lentille a été mouillée par un réactif, on la plonge immédiatement dans l'eau distillée. Éloignez de votre chambre de travail toute préparation chimique dégageant des vapeurs. Le triste état des microscopes employés dans les laboratoires de chimie est la meilleure preuve de l'action délétère des gaz.
Lorsqu'on se sert journellement du microscope, il est
pénible d'avoir sans cesse à le monter et à le démonter, opération qui, répétée fréquemment, peut nuire au mécanisme de la monture. Aussi est-il bon d'avoir son microscope établi sur une table, et placé sous un globe ou sous une cage en verre. Le tout reposera sur un morceau de drap qui empêche l'introduction de la poussière. Une autre cloche de verre protégera les oculaires, les objectifs enfermés dans un étui, et tous les ustensiles d'un usage fréquent. Pour éviter que les instruments ne soient incessamment couverts de vapeurs, il est bon de travailler dans une chambre chauffée.
Chaque fois qu'on se sera servi du microscope, on fera bien (le commençant surtout) de l'examiner attentivement avant de le replacer sous le globe. S'il existe des taches sur les parties en cuivre, on les enlèvera avec un morceau de drap; un pinceau de poil fin servira à ôter la poussière des lentilles, des oculaires, etc. Ces soins peuvent bien occasionner une perte de temps, mais on ménage ainsi l'instrument tout en lui conservant sa valeur primitive, surtout si on ne néglige pas de constater, chaque fois, l'état des objectifs qu'on vient d'employer.
Voici la meilleure manière de nettoyer les objectifs: on ôte d'abord la poussière avec un pinceau, et on frotte ensuite la lentille avec un morceau de linge très-fin , et fortement adouci par de fréquents lavages. On peut également employer au même usage une peau très-fine, trèsdouce, ou de la moelle de sureau. Il est des taches qu'on enlève avec de l'eau distillée ; d'autres , telles que celles provenant de la- glycérine, exigent qu'on ait recours à un morceau de drap imprégné d'alcool. Il faut éviter l'emploi d'une trop grande quantité de ce liquide, parce qu'il pourrait s'en glisser une partie entre le joint des lentilles et atteindre le mastic qui unit le crown et le flint.
Un micrograplie expérimenté n'aura pas souvent à se
reprocher d'avoir trop mouillé une lentille. On comprendra facilement qu'il importe de s'en abstenir soigneusement toutes les fois qu'on emploie des réactifs, et que, dans ce dernier cas, il faut toujours procéder avec les plus grandes précautions. On se servira alors, autant que possible, d'objectifs faibles, possédant une grande distance focale; et, si on doit pousser plus loin ce genre de travail, il sera nécessaire de couvrir la platine d'une plaque •de verre, qu'on fixera avec des valets, si la platine en est pourvue. Quand les lames de verre qui supportent l'objet sont assez larges, elles forment naturellement déjà un abri.
Malgré tous les soins donnés au microscope, il devient indispensable de nettoyer à fond, de temps en temps, sa partie optique, attendu qu'il se forme sur les lentilles et les oculaires une sorte de couche graisseuse qui assombrit considérablement l'image. Les instruments dont on ne s'est pas servi depuis plusieurs années portent, presque toujours, cette couche de matière grasse. On peut être sans inquiétude sur le résultat du nettoyage, car il est tout à fait inoffensif pour les verres , si l'on se sert d'un bon pinceau et d'une toile très-fine.
La table de travail sera grande et massive, afin qu'elle repose fermement et solidement sur le plancher. Nous recommanderons d'employer pour sa surface un bois dur dans lequel on incrustera d'un côté, ou même des deux côtés, des tablettes d'ardoise où se feront les préparations.
Il est très-utile que la table possède plusieurs tiroirs, afin de serrer et de mettre à l'abri de la poussière, ainsi que de toute maljDropreté , le grand nombre de petits accessoires dont on a besoin.
On place dans ces mêmes tiroirs des lames porte-objets, les lamelles à couvrir, les vases en verre, les instruments de dessin, les appareils additionnels du microscope, les morceaux de toile destinés au nettoyage, etc.
U y aura toujours sur la table des globes et des cloches en verre pour protéger de la poussière les objets dont on ne se sert pas momentanément.
Tout réactif inutile ne restera pas sur la table et sera mis soigneusement dans un endroit à part.
La question de savoir quelles sont les qualités morales et physiques que doit posséder le micrographe a été traitée fort au long dans un grand nombre d'ouvrages. Nous croyons pouvoir nous abstenir de nous en occuper ici. On peut dire, toutefois, que la finesse des sens, le calme, l'amour de la vérité et l'heureux don d'un jugement sain sont surtout nécessaires au médecin et à toute personne qui se livre à des recherches scientifiques. Celui qui ne possède point ces qualités , celui qui se trouble facilement et qui, entraîné à chaque instant par une imagination trop vive, perd le calme et l'impartialité indispensables pour ÎDien observer , celui-là doit renoncer au microscope et à la médecine.
Les recherches microscopiques demandent une bonne vue qui ne se fatigue pas trop facilement. Un peu de myopie avec des yeux bien transparents constitue ordinairement les indices d'une grande aptitude aux travaux qui nous occupent. Quiconque est assez heureux pour posséder deux yeux également bons, doit s'habituer à s'en servir tour à tour. Les personnes qui regardent longtemps de suite avec le même œil, tandis que l'autre, quoique ouvert, reste dans l'inaction, s'apercevront combien le premier gagne en force , pendant que l'autre devient plus irritable. Si l'on se sert ensuite de l'œil reposé pour remplacer l'autre, le champ visuel paraîtra beaucoup plus clair, et la fatigue se fera promptement sentir.
Dans le cas où un œil est sensiblement plus faible que l'autre , on doit naturellement consacrer aux travaux microscopiques l'œil bon. Il faut s'habituer, dès le principe,
à conserver ouvert l'œil inactif pendant qu'on regarde avec l'autre dans l'instrument. Bientôt l'attention se concentre si fortement dans l'œil occupé, que les impressions qui se produisent sur l'œil non employé passent inaperçues par l'observateur.
Afin de ménager la vue , il est à propos de ne pas travailler trop longtemps. On évitera également de se livrer à des recherches microscopiques pendant les premières heures du jour, et immédiatement après le dîner. Aussitôt qu'on éprouve de la fatigue, il faut cesser tout travail. Cette recommandation concerne plus particulièrement les commençants, dont les yeux se fatiguent d'autant plus vite qu'ils ne sont pas habitués à ce genre de vision. Dans la suite, les yeux, mieux exercés, supporteront facilement une application plus longue.
On travaillera debout ou assis, selon qu'on sera habitué à r.une ou à l'autre de ces positions. La manière la plus facile de se servir d'un microscope vertical, c'est de regarder à travers le tube en abaissant la tête. Les Anglais attachent généralement une grande importance à pouvoir faire prendre au microscope la position oblique ou la position horizontale, afin d'éviter ainsi la fatigue de la nuque et l'afîlux du sang vers la tête. Leurs grands microscopes, de même que les plus simples, sont construits de façon à se renverser. L'incommodité qui résulte d'une platine placée obliquement ou verticalement est, au sentiment des observateurs du continent, beaucoup trop sensible (lorsqu'il s'agit de voir autre chose que des testobjets), pour qu'on ait adopté les dispositions dont il vient d'être parlé.
Dans l'intérêt de la conservation de la vue, il est trèsimportant, comme on l'a déjà dit, de modérer convenablement l'éclairage du champ visuel, et de savoir faire adroitement usage des diaphragmes (fîg. 18, p. 34).
La faculté de voir et d'observer avec le microscope n'est pas la même pour tous; elle est naturellement plus grande chez l'un, plus petite chez l'autre; mais, à l'aide d'une certaine persévérance, presque tout le monde peut l'acquérir, du moins dans une certaine mesure.
Cependant la nature particulière des images microscopiques offrira toujours, au début, des difficultés. Le microscope composé ne nous montre momentanément de l'objet que la surface optique qui se place au foyer, et tout ce qui existe en deçà ou au delà de ce foyer reste inaperçu ou comme noyé. En outre, en se conformant à la méthode habituellement adoptée pour faire des recherches, l'image est transparente, parce que la lumière vient d'en bas et non d'en haut, comme cela a lieu dans la vision ordinaire. Des objets qui sont situés dans d'autres plans, supérieurs ou inférieurs, ne deviennent visibles que par des changements de foyer, et cet effet sera, avec des objectifs à grand angle d'ouverture et à fort grossissement, beaucoup plus sensible qu'avec des systèmes faibles et à angle d'ouverture médiocre. Il résulte de là qu'on peut, à la vérité, reconnaître immédiatement les contours, la longueur et la largeur d'un objet, mais qu'on n'apprécie jamais son épaisseur ni sa forme complète. Nous ne parvenons à bien voir l'épaisseur et la forme que par une succession des diverses images microscopiques obtenues en déplaçant le foyer. C'est ici que le commençant rencontre des difficultés sérieuses, car, en combinant inexactement la série d'imagesf, il s'expose à des erreurs. Nous manquons, dans ce genre d'examen, des moyens auxiliaires qui nous mettent à même, dans les observations ordinaires, de bien apprécier les formes des objets. Aussi saisit- on bien plus facilement la structure d'un objet microscopique, lorsqu'on fait usage de la lumière directe. Lorsque l'on possède déjà quelque expérience, on n'éprouve
aucune difficulté à bien distinguer un globule d^ sang, mais on en éprouvera à déchiffrer la forme à angles multiples de beaucoup de diatomées, celle d'un espace creux dans une partie d'organe. La comparaison de plusieurs coupes opérées dans des directions horizontale, verticale et oblique, moyen dont se servent surtout les botanistes, est ici, quand il est possible de l'employer, du plus grand prix.
Ce n'est également qu'avec beaucoup de peine qu'on parvient à apprécier la forme d'un objet, lorsque celui-ci est extrêmement petit. Quand on a acquis quelque habitude , on évalue aisément l'importance des diverses saiUies qui se trouvent dans les objets microscopiques; on distingue , par exemple, une surface convexe d'une surface concave, qui est un peu plus grande, en se contentant d'une seule image. Mais si ces surfaces sont infiniment petites, comme quand il s'agit des espaces si gracieux du pleurosigma angulatiom, test-objet fréquemment employé, l'appréciation devient très -difficile, à ce point même que, comme nous l'avons dit plus haut, des observateurs trèshabiles prétendent, les uns, que les espaces dont il vient d'être question sont convexes, tandis que les autres soutiennent qu'ils sont concaves; et la chose est restée indécise jusqu'à ce jour.
Welcker nous a indiqué un excellent moyen pour discerner un corps convexe d'un corps concave. Les corps convexes agissent à la manière d'une lentille convergente; les corps concaves, au contraire, tendent à disperser les rayons. C'est pourquoi un corps convexe , en prenant pour point de départ une élévation moyenne du tube du microscope, paraîtra brillant si on allonge ce tube, tandis qu'il faut, au contraire, le baisser pour produire le même effet quand le corps est concave. On distinguera de cette façon un objet arrondi, une boule creuse, une bordure, un sillon.
EMPLOI dl; microscope, etc. 109
On apiDrécie la forme des objets microscopiques beaucoup plus facilement et beaucoup plus sûrement avec des objectifs faibles qu'avec des objectifs forts, à angles d'ouverture considérables; de manière que, ici encore, nous trouvons un puissant argument en faveur de l'usage des premiers. Si l'observateur qui possède une grande habitude du microscope arrive à ses fins à l'aide de forts objectifs, il n'en sera pas moins désirable, et cela dans un grand nombre de cas, de iai voir ajuster à son instrument un objectif de force moyenne, parfaitement soigné, avec un angle faible d'ouverture, comme on en avait autrefois. Les opticiens anglais ont cherché à remédier aux inconvénients inhérents aux systèmes à grand angle d'ouverture, en y adaptant un diaphragme.
Les altérations de l'image microscopique occasionnées par la présence de corps étrangers sont faciles à reconnaître, et la meilleure manière de les éviter, c'est d'apporter beaucoup de soin et de propreté à l'exécution des préparations. Il importe de se familiariser le plus tôt possible avec la présence des bulles d'air, des gouttes de graisse, des grains d'amidon, des filaments de lin ou de coton, etc.
Il est intéressant de comparer aussi l'image que présente un objet sous l'influence de la lumière transmise à celle qu'on obtient à l'aide d'un éclairage direct. On fera également bien d'étudier l'aspect d'un seul et même objet dans des milieux de différentes forces de réfraction.
La connaissance de la partie mécanique du microscope, le maniement adroit des vis et du miroir, le mouvement à Imprimer à l'objet en lui faisant traverser le champ visuel, mouvement qui doit être continu et sans aucune secousse : toutes ces choses sont plus faciles à acquérir que celles qui concernent la partie purement optique. On peut poser ici en principe qu'il est important de ne jamais recourir à une vis ou à un mécanisme quelconque, toutes
les fois que les mouvements qu'on désire obtenir peuvent être accomplis sûrement à l'aide de la main. Un vrai connaisseur trouvera cju'il y a, dans l'immense appareil d'accessoires accompagnant le grand microscope anglais , quelque chose de superflu et d'incommode.
Le renversement de l'image obtenue par le microscope composé crée, sans doute, pour le commençant, quelques difficultés. Toutefois on s'y habitue vite, et même, à la fin, on les oublie complètement. On ne se les rappelle qu'en faisant usage d'un microscope appelé microscope redresseur, qui, par l'effet d'une lentille introduite dans le tube, redresse l'image renversée. Comme ce redressement ne s'opère pas sans inconvénients optiques , ces instruments sont peu employés. Ils ne supportent que des objectifs faibles et ne sont commodes que comme microscopes de dissection.
Disons un mot des mouvements qu'on voit se manifester dans les images microscopiques. Tout ce qui se meut ne saurait être considéré comme vivant.
Il existe quelquefois dans l'eau des courants qu'il importe de connaître, si on désire se mettre à l'abri des erreurs. En mêlant, par exemple, de l'eau avec de l'alcool, les petits corpuscules qui s'y trouvent suspendus seront vivement agités, jusqu'à ce que le mélange des deux liquides soit devenu complet.
Ensuite, les toutes petites parcelles de substances qui ne sauraient être dissoutes dans l'eau, offrent le spectacle non interrompu d'un mouvement circulaire dont la cause est encore inconnue, mais qui certes n'est dû qu'à un phénomène physique. On a appelé ce tournoiement le mouvement moléculaire de Brown.
Une fine poussière de charbon , de petits cristaux , de petits grains d'une matière colorante produisent également cette agitation singulière, ainsi que les molécules de
graisse et de mélanine provenant du corps d'un animal. Nous pouvons observer, sous l'influence de certaines conditions, un mouvement semblable dans le contenu trèsaqueux de cellules, ainsi que dans le liquide environnant. Sur la colonne vertébrale de la grenouille, aux points de sortie de nerfs spinaux, on trouve de petits amas blancs de cristaux, ayant la forme de petites colonnes et composés de carbonate de chaux. En les dissolvant dans une goutte d'eau, on obtient des effets magnifiques et des plusfavorables à l'étude du mouvement moléculaire.
Les cristaux assez grands, longs d'environ ^j^J" à Ygoo'"? restent complètement immobiles tant qu'il ne s'établit pas de courant dans le liquide. Ceux qui n'ont que la moitié de cette dimension se livrent rarement au mouvement circulaire. Plus on approche de l'endroit où les colonnettes cristallines deviennent petites, plus on a de chances d'apercevoir cette agitation. Enfin, les plus petites, celles de %qqq" et moins encore, dont nous ne pouvons plus distinguer la forme, sont agitées d'un mouvement continuel. L'observation du mouvement moléculaire est encore, à un autre point de vue, très -instructive pour le commençant. On oublie facilement combien les mouvements d'un corps sont grossis par l'appareil optique du microscope. L'agitation de ces molécules paraîtra faible à l'œil avec un grossissement de 200 fois; mais, au contraire, elle semblera très-énergique, si l'on passe à un grossissement de 1,000 à 1,500 fois.
Le microscope nous permet d'observer les mêmes phénomènes dans les corps vivants. Un infusoire que nous cherchons à examiner avec de très-fortes lentilles se précipite littéralement à travers le champ visuel , tandis que ce même infusoire nage dans l'eau, sans manifester même une vitesse notable , quand on se sert des grossissements les plus faibles. Si, avec un objectif puissant, on examine
la circulation daiis la membrane palmée du pied de la grenouille, ou dans la queue du têtard, on voit les corpuscules sanguins traverser rapidement les vaisseaux capillaires, tandis que ce courant à travers les capillaires est naturellement lent.
Il est un autre point encore qu'il ne faut pas perdre de vue en étudiant avec le microscope les phénomènes du mouvement. Lorsqu'une série de mouvements se succèdent avec une grande rapidité, nous reconnaissons le mouvement général, mais nous ne distinguons pas les mouvements isolés. Ces derniers ne deviendront sensibles à l'œil que quand les premiers phénomènes seront apaisés. Dans un chapitre ultérieur, nous rencontrerons un exemple de ce genre en traitant du mouvement des paillettes.
Il nous reste à nous occuper d'une série de mouvements qui, dans ces derniers temps, ont attiré, de plus en plus, l'attention des observateurs; nous voulons parler des transformations que subissent les cellules vivantes des animaux.
On connaissait depuis longtemps, et plus particulièrement par les corps d'animaux inférieurs, quelques exemples de ce curieux changement de forme. Maintenant on sait que la jeune cellule, tant que le corps cellulaire possède sa substance primitive, c'est-à-dire, comme on l'appelle, son protoplasma, est également douée d'une puissance contractile vitale chez les animaux supérieurs. De nombreuses cellules qui concourent à la formation normale d'un être, de même que celles des productions pathologiques récentes, offrent le changement ci -dessus mentionné aussi longtemps qu'elles conservent leur caractère originaire. Oui, on a vu de ces cellules s'éloigner et passer à travers les tissus vivants. On a également pu constater, dans le corps des cellules contractiles, de petits corpus-
cules, tels que les molécules d'indigo et de carmin, des globules de lait très -fins, et même des cellules de sang extravasées, de sorte que nous assistons ici au spectacle d'un monde nouveau des infiniment petits , et que nous .obtenons, dès à présent, la clef de quelques observations déjà anciennes et fort obscures.
Si jamais recherches microscopiques exigent les précautions les plus minutieuses, c'est certainement en pareil cas.
Afin de ne pas s'exposer à détruire trop tôt la vie de la cellule, il est important que le liquide qu'on introduit soit sans action nuisible.
Le micrographe qui, regardant comme liquides inoffensifs, ainsi qu'on le pensait autrefois, les solutions de sucre ou de sel, le blanc d'œuf mêlé à de l'eau, l'humeur vitrée , les emploierait dans ses recherches , serait bientôt convaincu du -contraire. En effet, on ne peut, généralement, considérer comme liquides vraiment inoffensifs que ceux qui baignent les cellules dans le corps même. L'iodserum (voy. ci-après), ou toute autre composition analogue pourra, dans beaucoup de cas, remplir ce but. On aura soin de mettre la plus grande précaution à éviter toute pression et toute évaporation. Il est bon de soutenir le verre à couvrir très-mince en plaçant dessous de légers fragm^ents suivant la manière que nous avons indiquée ci-dessus; l'observateur est habituellement po.urvu de ces verres à couvrir; mais dans bien des cas il peut se dispenser d'en faire usage, et cela sera préférable.
Pour éviter l'évaporation du liquide ajouté à l'objet qu'on veut examiner, Recklinghausen a inventé un petit appareil très -avantageux. Le lecteur se fera facilement une idée de cet appareil, appelé chambre humide, en examinant la figure 48. Une lame de verre un peu grande et polie {d) porte l'objet à la manière ordinaire. Un anneau
Fig. 48. Chambre humide de Recklinghausen.
en verre également poli entoure, à une certaine distance, l'objet, et son bord inférieur (a) repose sur la lame qui
supporte la préparation.
On attache aussi solidement que possible une espèce de bourse (6) en caoutchouc très-mince à la partie supérieure de l'anneau. L'ouverture de cette bourse (c), entourée d'un petit cordon en caoutchouc, contient l'anneau ou le tube du microscope. Pour maintenir saturé d'humidité l'intérieur de cette chambre ainsi isolée , on place en dedans de l'anneau en verre deux bandelettes de moelle de sureau ou de papier buvard imprégnées d'eau; on enveloppera, en outre, extérieurement le bord inférieur de l'anneau avec des bourrelets de papier buvard, préalablement mouillés.
A l'aide de ces dispositions et d'un objectif à immersion, on pourra suivre le mouvement des cellules pendant des heures et même pendant des journées entières.
Nous pouvons étudier ainsi très -commodément , à la température habituelle d'une chambre, la vie des cellules dans un animal à sang froid, par exemple dans une grenouille (sur les ligaments, la cornée, le sang, la lymphe), ce qui ne pourrait se faire avec des parties provenant du corps d'un animal à sang chaud. Dans ce dernier cas, et par une température froide, la vie s'arrête trop promptement. Il faut donc, pour obtenir des résultats satisfaisants, constituer des températures analogues à celles de l'organisme vivant. Déjà anciennement des expérimentateurs cherchaient, autant qu'ils le pouvaient, à sortir de cet embarras, en chauffant le porte -objets. Plus tard, Beale construisit, il est vrai, d'une forme assez grossière, un
porte-objet susceptible d'être chauffé. Dans ces derniers temps, un savant célèbre, M. Schultze, s'est acquis une grande réputation en inventant un appareil de ce genre, qui, par son exactitude, répond mieux à tous les besoins. Notre figure 49 représente l'appareil de M. Schultze \ Sur la platine du microscope se trouve une plaque de
Fig. 49. Porte-objet susceptible d'être chauffé, inventé par M. Schultze.
cuivre A, fixée à l'aide de pinces; cette plaque est échancrée par derrière (c), afin de s'adapter à la tige du microscope; elle est percée en a de part en part pour les besoins de l'éclairage, et porte en avant et au milieu un thermomètre placé obliquement (d)] aux deux extrémités sont les deux bras (b). C'est sous les bras qu'on place deux petites lainpes à esprit-de-vin destinées au chauffage. L'extrémité inférieure du thermomètre, enfermée dans le petit coffret en cuivre B, a, embrasse de toute part l'ou-
1. On peut se le procurer à Bonn, chez le me'canicien Geissler, au prix de 9 thalers (34 fr.).
verture du porte -objet; elle s'étend, dégagée, «ur une partie de la surface inférieure de celui-ci, et arrive recourbée, à travers une ouverture (è), sur la surface antérieure de la plaque métallique graduée. L'expérience a prouvé que le thermomètre indique exactement la température de l'objet. Il est à peine nécessaire de faire remarquer qu'il est indispensable d'employer avec le porte-objet, susceptible d'être chauffé, la chambre humide et les objectifs à immersion.
Préparation des objets microscopiques.
S'agit-il d'examiner autre chose que les préparations toutes faites d'une collection? alors on sera obligé, dans le plus grand nombre des cas, de préparer d'abord convenablement les objets qu'on se propose d'étudier, et on procédera à cette opération, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire , avec une propreté et un soin tout particuliers. Ce n'est qu'en examinant du sang, des mucosités, des liquides pathologiques, etc., qu'il sufEt d'en étendre une goutte sur une lame de verre.
On se sert de porte-objets pour y placer la chose destinée à l'étude. Ces porte-objets sont de simples lames de verre. Il est bon d'en avoir une provision de plusieurs douzaines, et on les conservera proprement dans une boîte fermée afin de les garantir de la poussière. Les lames, pour être bonnes, devraient être faites de verre pur, tout à fait incolore, et avoir les bords polis, pour éviter d'endommager l'instrument. On rejettera les lames trop épaisses en employant les objectifs les plus forts et les diaphragmes cylindriques que ces mêmes objectifs rendent indispensables. En conséquence, le verre n'aura qu'une épaisseur de 0™,75 à 1"^^",13 (Va à %'"). La forme la plus avantageuse des lames, est celle d'un carré long, 81 millimètres sur 27 (3 pouces sur 1), et l'on n'adoptera un format plus petit que dans le cas où la platine serait trèsétroite. Des lames de forme carrée sont moins avantageuses. En tout cas, on fera bien de s'habituer à placer l'objet soumis à l'examen au milieu de la lame. On étu-
diera rarement un objet à l'état sec, et, en général, on y ajoutera un liquide, de l'eau, de la glycérine, etc. Cette addition de liquide se fait en commençant la préparation. On apprend promptemènt à connaître la quantité qu'il convient d'employer.
Si l'objet qu'on se propose d'étudier est grand et épais, si l'on veut, par exemple, examiner un petit embryon, une préparation à injection d'une certaine importance, on les place sous le microscope, dans un verre de montre. De petites auges en verre, de forme carrée, à peu près de la dimension de 27 millimètres (1 pouce) et ayant un rebord haut de 4"^™,51 à6™,76 (2 à 3'"), sont préférables. On peut également se servir avec avantage d'une sorte de cellules en verre, comme les Anglais en confectionnent (voyez plus loin le passage consacré aux préparations microscopiques). Les lames à préparations épaisses et excavées au centre sont bien moins commodes.
On étudiera rarement^ et seulement dans ces derniers cas, l'objet placé à découvert; et quand il faudra le couvrir, on se servira de verres minces ou lamelles dont il a été si souvent question. Autrefois on employait fréquemment, avec des grossissements faibles, des morceaux de verre épais. Gomme il est facile maintenant de se procurer, à peu de frais, des verres minces et même trèsminces, venant d'Angleterre, on a complètement abandonné les autres.
Ainsi que nous l'avons vu dans un chapitre précédent, l'épaisseur d'un verre à couvrir exerce une très-grande influence sur la partie optique, lorsqu'on fait usage d'objeatifs puissants. Il est donc nécessaire d'avoir un assortiment de verres à couvrir, d'épaisseur différente, et on les conserve dans des boîtes étiquetées. Cette épaisseur variera entre 0"^"^,45 ou.0'"°^,376 (% ou %'"), et 0"'"^,23 ou 0"'"\15 (V,o ou Yig'"), suivant la force de l'objectif
adopté. Quelquefois lorsqu'il s'agit d'objets très-délicats qu'on ne veut ni écraser, ni couper, la pression exercée par les lamelles serait encore trop grande. Il devient alor& indispensable de placer un corps plus solide entre le porteobjet et le verre à couvrir, mesure de précaution dont il a déjà été parlé dans ce travail. En coupant des morceaux dans du verre à glace très-mince, on obtient des lames plus épaisses.
Pour faire les préparations, il est nécessaire de posséder quelques instruments appropriés à ce travail. Toutefois, il ne faut pas croire qu'il y ait un grand inconvénient à en manquer. Un observateur expérimenté opérera mieux et en moins de temps, avec des instruments simples qu'avec des instruments très-compliqués. Néanmoins, on fabrique, pour l'usage des micrographes^ une série de petits couteaux, de petites pinces et de petits ciseaux dont personne , du reste , ne se dit l'inventeur, et qui, au fond, sont plutôt des objets de luxe peu utiles.
On a besoin, pour saisir les objets, de quelques pinces très-fines, c'est-à-dire à pointes minces et effilées. On choisira celles qui ont un ressort doux, et on laissera celles qui se manient difficilement aux anatomistes. Les pointes doivent être tout à fait polies ou à dents trèslégères. Un petit crochet terminant l'une des pointes ne présente aucune utilité. Dans la plupart des cas un pinceau à peindre, très-fin, est l'instrument le plus commode pour déplacer une foule de choses, surtout quand elles sont très-délicates.
Les ciseaux viennent en première ligne lorsqu'il s'agit de découper. Il les faut très-fins, et ceux des oculistes sont indispensables aux micrographes. Dans beaucoup de circonstances, il peut être utile d'avoir des ciseaux à lames courbes; une paire de ciseaux coudés très-fins rend, de temps en temps, d'excellents services.
Il existe de petits couteaux d'une utilité relativement moindre. On doit leur préférer de beaucoup des scalpels très-fins, à lames étroites et pointues, fabriqués autant que possible avec un acier durement trempé. Les scalpels ordinaires sont généralement trop grossiers , l'acier en est trop doux pour que ces instruments conviennent aux travaux microscopiques.
A-t-on. besoin d'un instrument tranchant beaucoup plus délicat? alors on recourra aux aiguilles ordinaires à cataracte. Elles sont aussi très-commodes pour déplacer de petits corps. Il est ordinairement indispensable, dans les recherches histologiques, de morceler les objets microscopiques. Quelques aiguilles, pas trop longues, mais à pointes très-fines et très-acérées, fixées dans des manches de bois, répondent à toutes les exigences. Quand il est nécessaire de dilacérer ainsi les objets, il faut le faire toujours minutieusement et en prenant en considération la petitesse des éléments qui constituent le corps humain. Ne craignez pas de mettre à ce travail quelques minutes de plus, car vous vous trouverez amplement dédommagé de ce petit surcroît de peine par la réussite de votre préparation et son utilité. Les commençants manquent souvent de patience. Ils s'arrêtent trop vite dans la lacération de l'objet à préparer, objet qu'ils choisissent aussi beaucoup trop épais.
On se trouve fréquemment dans le cas de diviser, en tranches très-minces, des parties fraîches, mais trèsdures, ou bien des parties artificiellement durcies. On s'est servi, à cet efi'et, de couteaux à lames doubles trèsrapprochées et placées parallèlement l'une à côté de l'autre. Le couteau à lames doubles, inventé par le professeur Valentin, est le plus connu. Il n'est pas facile de bien construire un pareil instrument, que nous représentons fig. 50, n° 1; et un instrument non réussi ne rend, à
proprement parler, aucun service. Des couteliers anglais ont fait subir à l'instrument de Valentin des améliorations convenables. On trouve ces améliorations du couteau à deux lames, représentées dans la même figure, 2.
Fig. 50. Couteau à lames doubles. 1 , couteau de Valentin ; 2, instrument perfectionné des Anglais.
Il est infiniment préférable de faire les coupes minces à Taide de la main et avec un bon rasoir. Si le rasoir est vraiment bon, et si l'on a acquis une dextérité suffisante, le couteau à deux lames sera bien vite abandonné. Les rasoirs anglais, à monture légère et à petites lames, sont les plus convenables. Ces petites lames peuvent être plates et répondront ainsi à beaucoup de besoins, ou de forme concave et conviendront mieux pour les coupes très-minces et très-fines. Il est indispensable de recourir à des repassages soignés et à l'usage fréquent d'un cuir à rasoirs , afin de maintenir le tranchant en bon état. On mouillera bien la lame, ainsi que l'objet à diviser, car une lame sèche ne produit jamais une coupe nette. Le meilleur instrument pour enlever ensuite cette coupe mince de la lame humide, est un pinceau qui servira également à l'étendre avec soin et précaution sur la lame de verre.
Les coupes très-minces d'objets extrêmement petits présentent des difficultés particulières, parce qu'on ne peut pas les soutenir, comme on le fait à l'égard des objets
épais, avec les doigts de la main gauche. Dans ce cas ^ on fixe des parcelles humides ou très-molles dans d'autres plus compactes et plus volumineuses; ainsi on insère, par exemple, la moelle épinière d'un petit mammifère dans celle d'un mammifère plus considérable. L'agglutination d'un grand nombre de très-petits objets, à l'aide d'une solution épaisse de gomme arabique additionnée d'une petite quantité de glycérine, peut être avantageusement employée. On fait alors des coupes à travers toute la masse préalablement séchée et ramollie ensuite.
Les coupes minces d'objets durs, tels que les os et les dents, ne peuvent s'exécuter au rasoir. On se sert, dans ce cas, d'une petite scie faite avec un ressort de montre, et on polit sur une pierre à aiguiser le morceau enlevé- C'est avec le secours d'une petite pierre à aiguiser et de la main qu'on réussit le plus vite et le mieux dans cette opération.
Le pinceau est un instrument tout à fait indispensable à quiconque s'occupe d'histologie. Sans parler de l'usage qu'on en fait pour ôter la poussière des verres du microscope, on peut dire que le pinceau est fréquemment employé dans les préparations microscopiques.
Les corpuscules étrangers, les ordures déposés sur la surface des objets préparés, s'enlèvent admirablement à l'aide de cet instrument; c'est encore grâce à lui, qu'on parvient à bien étendre, sur la lame en verre porte-objet, les coupes minces et délicates. S'agit-il d'écarter d'un objet des éléments cellulaires se présentant souvent en si grand nom-
Fig. 51. Alanière de se servir du pinceau avec les objets microscopiques.
bre qu'ils le cachent presque complètement? on réussira bien mieux avec le pinceau, suivant la méthode inventée par le professeur His, de Bâle, qu'on ne saurait l'espérer en recourant aux lavages et aux jets d'eau d'une seringue en verre. On mouille fortement l'objet (ordinairement avec de l'eau et de la glycérine), on le couvre, puis on lui imprime des mouvements précipités et perpendiculaires avec un pinceau de grosseur moyenne (fig. 51). Le liquide se trouble peu à peu, et l'objet apparaît plus net. Après quelques minutes, on le retourne, et on fait subir à l'autre surface la même opération. De cette manière , on arrive, au bout de quelque temps, en écartant le li- . quide primitif et celui qu'on y a ajouté, à voir l'objet seul et entièrement isolé. On se sert aussi très-avantageusement du pinceau sur les objets flottants dans un liquide abondant, comme cela peut se présenter dans les cages en verre mentionnées ci-dessus. Il est vrai qu'il faut une certaine patience pour obtenir un objet bien préparé, et surtout avec une consistance convenable en le traitant d'après ce procédé. Quand un objet n'est pas encore suffisamment durci, on peut également le morceler à l'aide d'un pinceau manié avec circonspection. Après avoir laissé ces parcelles se durcir pendant un ou deux jours, elles deviennent propres à l'examen. Mais il faut éviter de recourir à un objet durci avec excès. Dans ce cas, on n'arriverait qu'à une préparation incomplète ou même de nulle valeur, car les cellules ne se laissent plus séparer. Généralement il faut renoncer à ces tentatives, parce qu'un rarftollissement tardif est rarement couronné de succès. Bilbroth a égale-
Fig. 52.
La pipette.
ment publié quelques règles à observer dans l'emploi du pinceau.
Pour enlever l'excédant d'un liquide de la surface d'une lame à préparation, on peut se servir d'une bandelette de papier buvard. Une petite pipette (fig. 52) est plus utile encore : c'est un instrument dont on se passe difficilement, quand on prépare des objets dans un but de conservation.
Liquides additionnels employés dans l'examen des tissus. Réactifs chimiques. Analyse à l'aide des liqueurs titrées.
En général, on ne fait que très-rarement des recherches sur des parties animales, à l'état sec; le plus souvent on y ajoute un liquide. Ce liquide peut être inoffensif, quoique ce cas soit beaucoup moins fréquent qu'on n'est porté à le croire. En effet, il peut agir chimiquement sur l'objet, lui soustraire des liquides ou en faire pénétrer à l'intérieur. Il en résulte alors que l'objet sera ou contracté, ou dilaté, ce qui peut changer les conditions de réfraction dans la substance des tissus.
Observons d'abord ce qui se passe quand les objets ont été grossis. Plus l'antagonisme entre la puissance de réfraction d'un objet et le milieu qui l'entoure est grand, plus cet objet paraîtra d'une manière vive et tranchée. C'est ainsi que nous apercevons, de la manière la plus distincte, beaucoup de tissus délicats à l'état sec et entourés d'air atmosphérique ; tandis que l'addition de l'eau (eau qui change la réfraction de la lumière) permet à peine, ou ne permet peut-être plus du tout, de voir tel ou tel détail.
Dans la texture des parties animales, il est souvent difficile d'apercevoir une foule de particularités à cause de la faible différence qui existe entre leur puissance de réfraction et celle de l'eau qui les entoure; nous sommes donc obligé de donner raison à Harting, lorsqu'il dit que la découverte d'un fluide qui posséderait moins de puissance de réfraction que l'eau serait un auxiliaire très-pré-
cieux dans un grand nombre de recherches. Gomme nous le montrerons plus loin, beaucoup de détails peuvent être rendus plus sombres et plus tranchants par la coloration, par l'emploi de liquides coagulés et sans transparence. Quelquefois même une partie, le noyau d'une cellule, par exemple , devient plus foncée , grâce à l'addition d'un liquide, tandis que la substance qui l'enveloppe perd, au contraire,, de sa puissance de réfraction. Certains réactifs, comme l'acide acétique , produisent des effets avantageux. Le mode d'action de cet acide sur le tissu cellulaire nous prouve qu'on est, en général, bien peu autorisé à rejeter, dans les recherches , une méthode , par ce fait qu'on n'aperçoit rien dans le champ visuel du microscope.
Pendant que la substance intermédiaire du tissu cellulaire, résultant de l'enlacement de fibres d'une extrême finesse, arrive à se gonfler sous l'action de l'acide acétique, la puissance de réfraction de ces parties et celle du liquide qui les entoure deviennent égales, de telle sorte qu'on serait tenté de croire à la dissolution de ces fibrilles par le réactif, si d'autres moyens ne nous permettaient d'apercevoir ces mêmes tissus devenus invisibles , grâce à l'acide.
D'un autre côté, on éprouve très-souvent le besoin de rendre aussi transparents que possible, par l'addition de liquides doués d'un fort pouvoir de réfraction, des objets trop sombres et, par cela même, méconnaissables. De fortes solutions de sucre, de gomme, de blanc d'œuf, peuvent servir, à cet effet, lorsqu'il s'agit de donner plus de transparence à des parties humides. Nous avons trouvé , de nos jours, dans la glycérine, un des meilleurs moyens pour obtenir ce résultat. Des tissus complètement secs prennent de la transparence d'une manière encore plus durable lorsqu'on les plonge dans l'essence de térébenthine , dans le baume de Canada et dans l'huile essentielle
d'anis. Tandis que l'indice de réfraction de Feau est de 1,336, celui du vinaigre est de 1,38; la glycérine pure nous donne 1,475 (la glycérine avec partie égale d'eau, 1,40); l'huile de térébenthine, 1,476; le baume de Canada, 1,532, et l'huile essentielle d'anis, 1,811.
Il est facile de voir combien est importante la puissance réfractive d'un liquide pour mettre en évidence l'aspect d'un objet microscopique. Un fil très-fm de verre, placé dans l'eau, se distingue facilement à cause de la différence des indices de réfraction. Qu'on le mette dans du baume de Canada, possédant a peu près le même indice de réfraction que le fil de verre, celui-ci cessera de briller, et il faudra une très-grande attention pour qu'il ne semble pas être autre chose qu'une bande unie. Si l'on emploie de l'huile d'anis^ on obtient une image représentant une sorte de tube creux dans l'intérieur de cette huile (Welcker).
On ne saurait trop recommander à tous ceux qui font des recherches microscopiques de s'appliquer à trouver surtout des liquides inoffensifs, ou, autrement dit, des liquides qui n'altèrent pas la nature de l'objet à examiner. C'est par routine qu'on attribue cette innocuité à l'eau pure : elle ne la possède pas. On concède tout au plus qu'un petit nombre de tissus animaux fasse exception, vu qu'il est impossible de nier l'effet énergique de l'eau sur les globules du sang et sur les éléments de la rétine. Que le nombre des tissus sur lesquels l'eau exerce une action très-profonde soit infiniment plus considérable qu'on ne le pense, qu'iLn'y en ait, au contraire, que fort peu de rebelles à son influence, c'est là un fait clairement prouvé seulement pour un petit nombre de savants, mais cette opinion n'est pas généralement partagée. On s'est beaucoup occupé de nos jours des phénomènes d'endosmose dans l'étude de la physiologie, et cependant nous man-
quons, en ce qui^concerne les recherches microscopiques, des premières notions sur la production de ces phénomènes.
En théorie, on doit exiger que toute partie d'un corps soumise à l'étude soit imprégnée d'un liquide égal en qualité et en quantité à celui dont le tissu vivant est pénétré. Sans doute il est difficile, dans la pratique, de remplir toutes ces conditions; il faut donc se borner à faire des efforts pour s'en écarter le moins possible.
On recommande habituellement, comme hquides additionnels d'un emploi avantageux avec des tissus délicats et très-susceptibles de changement, la salive, l'humeur vitrée, les parties aqueuses provenant de fruits, la sérosité du sang, le blanc d'oeuf très-étendu; tous ces moyens produisent, dans des circonstances données et d'une manière satisfaisante, les effets qu'on en attend. Néanmoins, il ne faut pas croire qu'on puisse toujours réussir ainsi. Un seul et même tissu, provenant d'animaux d'espèces différentes, se comportera fréquemment d'une tout autre façon avec les mêmes liquides, comme nous le voyons pour les globules de sang. Schultze nous indique une expérience à la fois facile à répéter et importante, due à Landolt; elle consiste à ajouter un petit morceau de camphre à des liquides provenant d'animaux : on les préserve ainsi pour longtemps de toute décomposition.
Quant aux liquides sans action, les recherches physiques de Graham nous donnent la raison de cette propriété. "
Dans un travail très-intéressant {Annales de chimie et de pharmacie^ vol. 121, p. 1), ce savant a signalé, il y a quelque temps, deux groupes de substances qu'on peut distinguer d'après leur pouvoir de diffusion , et il les a désignées sous les noms de substances cristalloïdes et de substances colloïdes. Les premières, appartenant aux corps susceptibles de cristalliser, se répandent rapidement et
rappellent, sous ce rapport, les matières diffusibles ; les dernières, caractérisées par leur incapacité de cristalliser, sont douées d'une puissance de diffusion très-faible. On peut citer parmi les corps organiques appartenant à cette dernière catégorie, la gomme, l'amidon, ladextrine, les mucilages, le blanc d'œuf et différentes matières gluantes.
Si on étale une couche d'eau au-dessus d'une solution contenant les deux sortes de substances, par exemple du chlorure de sodium et du blanc d'œuf, on verra le sel marin monter jusqu'à la couche supérieure du liquide , tandis que le blanc d'œuf, à cause de son faible pouvoir de diffusion, arrive bien moins haut, de manière que les couches supérieures en sont complètement dépourvues. Des masses gélatineuses tirées du groupe des substances colloïdes, comme le mucus, permettent un passage facile aux matières très -diffusibles; elles s'opposent, au contraire, fortement à celles qui le sont moins, et ne laissent point passer les substances dites colloïdes. A l'aide de membranes convenables de ce genre, on peut séparer les matières cristalloïdes des substances colloïdes, et purifier ainsi complètement ces dernières. D'après les observations de Graham, une gelée même très-ferme est pénétrée avec une facilité presque aussi grande que l'eau, par des substances très- diffusibles, comme le sel de cuisine, par exemple.
Il est aisé de comprendre la haute importance de ces recherches sur les phénomènes qui accompagnent la diffusion dans les tissus composés de substances colloïdes.
Les liquides inoffensifs ou sans action dont il a été question ci-dessus, nous apparaissent maintenant sous un nouveau jour. Ils contiennent constamment des substances colloïdes et des substances cristalloïdes. Dans le corps vitré, il y a 987 parties d'eau sur à peu près 4,6 parties de matière colloïde et 7,8 de substance cristalloïde , c'est-à-dire
de sel de cuisine. Dans les parties aqueuses provenant de fruits, on constate les mêmes résultats. Sur 1,000 parties on rencontre à peu près 3,8 de substance colloïde (blanc d'œuf), 5,8 de sel, et, en outre, 3,4 d'urée. Dans la sérosité du sang, nous constatons 8,5 de matière colloïde et 1 de matière cristalloïde.
D'après ce qui vient d'être dit, il est inutile de faire remarquer que des liquides contenant uniquement de la matière colloïde ou de la matière cristalloïde , ne sauraient être considérés comme inoffensifs, lors même qu'ils n'apporteraient, pendant quelque temps, aucun changement visible dans les contours ou dans les formes des parties intégrantes des tissus.
C'est avec raison qu'on a soutenu récemment que celui qui se livre à des recherches microscopiques doit toujours avoir une provision de ces liquides dits inoffensifs, d'autant plus qu'il est possible de préserver de toute putréfaction, pendant des mois entiers, des solutions de blancs d'œuf en y plaçant un petit morceau de camphre ; la même chose a lieu pour l'eau venant de fruits (Schultze). Une solution de blancs d'œuf, purifiés par le moyen du dialysateur de Graham, dont la quantité est connue, et à laquelle on a ajouté une dose déterminée de sel de cuisine, se conservera très -bien à l'aide d'un peu de camphre, et rendra de très-bons services. Il suffira d'en délayer une partie dans de l'eau, toutes les fois qu'on voudra en faire usage. Le camphre n'est plus efiicace, quand il s'agit de conserver longtemps des tissus d'un plus gros volume. Il est évident que les solutions de sel avec addition de matières colloïdes qu'on emploie dans les expériences microscopiques , méritent d'être soumises à un examen sérieux.
Schultze a récemment recommandé d'une manière toute particulière mi liquide contenant du blanc d'œuf mêlé à
de l'iode; et je puis dire, d'après ma propre expérience, que ce mélange est très-utile. Ce liquide que Schultze appelle «lodserum», consiste dans l'eau de l'amnios des embryons de ruminants, à laquelle on ajoute une teinture concentrée d'iode , ou bien une forte solution d'acide iodhydrique. Après avoir agité le vase, on met environ six gouttes du liquide iodé par 30 grammes. Le mélange a tout d'abord la couleur bien prononcée du vin blanc; au bout de quelques heures, il pâlit, et, par la suite, il continue à perdre, de plus en plus, sa première teinte. On y ajoute alors de nouveau quelques gouttes de la solution iodée. Ce composé constitue un excellent liquide additionnel, lorsqu'on se livre à des recherches sur les éléments de tissus frais et délicats. On peut aussi, après qu'il a servi pendant quelques heures ou plusieurs jom's, l'employer comme un moyen très-doux de macération. Nous croyons devoir donner, dès à présent, en ce qui concerne les macérations de ce genre, le conseil fort important de n'opérer que sur de très-petits fragments, et de les placer dans une grande quantité de liquide. Un mélange artificiel formé de 30 grammes de blancs d'œuf, 270 grammes d'eau, 40 centigrammes de chlorure de sodium et de la quantité voulue de teinture d'iode , semble constituer un liquide équivalent. Le gonflement produit dans les éléments de tissus délicats par l'action de l'eau (qui doit toujours être distillée), est assez considérable; il arrive souvent qu'on voit se manifester plus tard des changements dans ces mêmes tissus, de sorte qu'il est bon d'engager celui qui veut éviter des erreurs, à essayer encore, dans ce cas, d'autres additions de liquide, afin de pouvoir distinguer dans l'image microscopique ce qui est resté intact et ce qui a été modifié par l'eau.
Nous avons déjà parlé plus d'une fois de la glycérine. Outre sa propriété de rendre les objets plus transparents.
ce qui est d'un prix inestimable pour les tissus durcis et troublés par des réactifs, la glycérine, quoiqu'elle ne soit pas sans action, constitue un liquide additionnel inoffensif à l'égard d'un grand nombre de tissus , même quand il s'agit de conserver longtemps des parties volumineuses. On peut, en y ajoutant de l'eau, diminuer sa faculté d'augmenter la transparence.
Un grand nombre de produits d'une nature délicate se flétrissent, il est vrai, dans la glycérine; toutefois on remarque, qu'après un certain temps d'immersion, beaucoup de parties redeviennent fermes et belles. Plusieurs réactifs essentiellement chimiques, par exemple, l'acide acétique, l'iode, le tanin, se combinent avantageusement avec la glycérine; elle entre encore dans les mélanges froids à injection. (Voyez ci-après.) Enfin, la glycérine nous offre le meilleur fluide pour conserver enfermés la plupart des tissus.
De nos' jours, on fait, dans les investigations microscopiques, un fréquent usage de réactifs chimiques. Le nombre de ceux devenus nécessaires dans différentes recherches histologiques et médicales est même assez considérable. Du reste, ils sont, en tout point, semblables aux réactifs employés dans la chimie organique du règne
animal.
On y recourt d'abord dans les recherches microscopiques , lorsqu'on désire avoir une idée nette sur la nature de précipités amorphes et cristahins, sur l'organisation des molécules élémentaires et celle des éléments des tissus. On fera bien de se servir pour ces opérations de solutions ordinaires, provenant d'une source digne de confiance. L'usage de ces solutions exige, par rapport au microscope, de grandes précautions, si l'on tient à conserver l'instrument en bon état. Nous rappellerons à cette occasion les conseils déjà donnés. Il faut éviter, avec le plus grand
soin, toute humectation des lentilles. On ne devra se servir que d'objectifs faibles, ayant une grande distance focale; les couvre- objets consisteront, autant que possible, en lamelles de verres grandes et larges. La lame porte-objet ne devra également pas être trop étroite , afin d'éviter un écoulement sur la platine du microscope. J'ai l'habitude de couvrir entièrement la platine avec une plaque de verre d'égale grandeur et à bords polis; je recommande cette jDrécaution à tous ceux qui désirent ménager leur instrument; si, comme cela se voit dans quelques microscopes anciens , la platine consiste en une tablette de verre noire et mate, il y aura lieu de s'en féliciter, attendu que cette disposition facilite les recherches chimiques.
On ajoute le réactif à la préparation microscopique, soit tout simplement à l'aide d'une petite baguette de verre très-pointue, en enlevant le couvre-objet, soit en laissant le réactif pénétrer par lé bord de la lamelle jusqu'à l'objet ; ou bien on ne fait arriver le réactif que lentement pour être mieux à même d'observer la succession des changements qu'il occasionne. On peut aussi introduire le réactif au moyen d'un fil dont une extrémité repose sous le couvre-objet, ou bien on ajuste deux languettes de papier buvard, très-étroites aux bords opposés; une de ces languettes absorbe le liquide ancien, tandis que l'autre y introduit le nouveau. Avec ce dernier arrangement, les effets du réactif sont plus forts et plus énergiques.
Mais l'action rapide obtenue par l'emploi des réactifs a beaucoup moins d'importance que la propriété qu'ils possèdent, en prolongeant leur emploi, de durcir, conserver, macérer des parties animales, de sorte que celles-ci peuvent rester plongées dans ces espèces de liquides pendant des heures et des journées entières. Aujourd'hui on a très-souvent recours à ces moyens , et presque tout ce que nous avons appris, pendant ces dernières années,
sur les tissus du corps humain, nous le devons à l'usage des réactifs. Leur perfectionnement devrait, en conséquence, intéresser au plus haut point tous les savants. Mais il est indispensable d'apporter la plus grande exactitude dans la façon de les appliquer. Il faut, tout d'abord, renoncer à la routine qui consiste à placer un tissu dans l'acide acétique , dans l'acide sulfurique , dans des solutions alcalines de potasse ou de soude, sans s'inquiéter de la force de ces solutions , du volume , du fragment qu'on y a plongé ; de la quantité des liquides qui y ont été ajoutés, et ainsi de suite. C'est un devoir pour tout observateur qui emploie l'un ou l'autre de ces moyens, ou qui en découvre un nouveau, de faire connaître sa manière d'opérer.
Quand il ne s'agit que d'une immersion de quelques minutes, on peut se servir de verres de montre, ou bien d'une petite auge en verre très-basse. Pour de plus longues immersions , de petites fioles à ouverture un peu large, bouchées à l'émeri, conviennent parfaitement. Il faut toujours les étiqueter pour éviter des erreurs, et inscrire le moment où l'immersion a commencé.
Passons aux réactifs les plus employés maintenant.
1° Parmi les acides minéraux ^ l'acide sulfurique, l'acide chlorhydrique et l'acide nitrique exercent, à l'état concentré, une action destructive sur la plupart des substances histogénétiques. Cependant ces acides deviennent des agents précieux pour isoler certains tissus, attendu qu'ils dissolvent la matière produisant l'adhérence, et, en partie aussi, le tissu cellulaire qui s'y trouve. Plus étendus d'eau, ces acides constituent un excellent moyen pour durcir d'une manière utile divers tissus, et, très-dilués, ils agissent comme acides faibles, produisant la clarification, la dissolution, le gonflement de différents éléments constitutifs. Ils nous fournissent donc encore de cette manière,
dans beaucoup de cas, d'importants moyens de macération.
Acide sulfurique.
On se servira de Tacide sulfurique anglais, concentré et épuré , qui ne fume pas et qui possède une pesanteur spécifique de 1,85 — 1,83. On l'emploie rarement à l'état de concentration. Cependant cet acide est très-utile dans les recherches faites sur des substances cornées (un épiderme corné, les ongles et les cheveux), pour isoler les cellules de , ces tissus. L'acide sulfurique agit comme réactif à l'égard de la cholestérine ; uni à l'iode, il se comporte de même avec les matières cellulaires et amyloïdes; le sucre et l'acide sulfurique, employés conjointement, colorent en rouge un grand nombre de matières organiques, telles que l'albumine, les amyloïdes, etc.
Fortement étendu, l'acide sulfurique durcit les tissus albumineux, attendu que son action est analogue à celle de l'acide chrômique. Toutefois, il possède un avantage réel sur ce dernier, en ce qu'il rend transparents les tissus gélatineux et cellulaires, et leur donne, en même temps, une consistance qui permet de les diviser en tranches très-minces. Du reste, la concentration de l'acide sulfurique a moins d'importance que celle de l'acide chrômique ^
Si l'on soumet pendant vingt-quatre heures un fragment de tissu cellulaire à l'action de l'acide sulfurique affaibli au plus haut degré, 1 décigramme sur 1,000 gram-
1. M. Schultze, à qui nous sommes redevable de ces donne'es, emploie un' acide ayant une pesanteur spécifique de 1,839, et dont 18 gouttes repre'sentent l gramme. Il recommande d'en mettre, en moyenne, de 3 à4 gouttes dans 30 grammes d'eau (les quantite's extrêmes sont de i à 10). Il loue l'efficacité' de cet acide pour donner de la consistance aux substances protectrices des organes centraux du système nerveux, ainsi qu'à tout l'appareil des glandes lymphatiques et autres organes du même genre.
mes d'eau, on le verra se dissoudre à une temperatui^e de 35 à 40 degrés centigrades et prendre la forme d'une colle, de sorte qu'on peut, par ce moyen, isoler d'autres éléments constitutifs du tissu cellulaire en procédant avec précaution. Kiihne s'est servi heureusement de ce procédé dans ses recherches sur les fibres musculaires.
Acide azotique.
On peut se servir de l'acide azotique pur concentré des laboratoires de chimie dont la pesanteur spécifique est de 1,5, ou bien employer cet acide mêlé à une certaine quantité d'eau et pesant alors de 1,4 à 1,2 (ce dernier acide est ce qu'on appelle l'acide azotique officinal).
L'acide azotique de la pesanteur spécifique de 1,5, mêlé au chlorate de potasse, détruit en peu de temps le tissu cellulaire, et devient ainsi un moyen précieux pour Isoler les fibres musculaires (Kûhne). Toutefois on peut obtenir le même résultat avec un acide beaucoup plus faible; mais alors il faut plus de temps. Le réactif recommandé par Schultze est fréquemment employé par les botanistes; il exigerait d'autres essais en ce qui concerne les tissus animaux. On doit se rappeler qu'il importe de prendre toujours certaines précautions en faisant usage du mélange d'acide azotique et du chlorate de potasse (il est détonant).
Dans les recherches microscopiques , on profite généralement peu de la propriété possédée par l'acide azotique concentré de colorer en jaune l'albumine.
L'acide azotique fort sert aussi à isoler de petits corps ligamenteux, de petits corpuscules osseux et leurs ramifications, ainsi que les canalicules dentaires. 20 7o d'acide azotique ont été recommandés, il y a bien des an-
nées , par Reichter et Paulsen comme mi moyen de séparer et de reconnaître les éléments des muscles lisses.
Enfin on emploie l'acide azotique étendu (5 à 10 7^) pour extraire des cartilages et des os calcinés, une substance connue sous la dénomination de cendres d'os (mélange de sels de chaux et de magnésie). Toutefois Facide clilorliydrique et mieux encore l'acide chrômique peuvent rendre, dans ce cas, les mêmes services.
Extrêmement dilué (0,1 7o)ï l'acide azotique a été récemment essayé par Koliiker pour rendre les tissus musculaires plus transparents. Il n'offre aucune espèce d'avantage.
Acide chlorhydrique.
L'acide chlorhydrique pur, avec une eau complètement saturée d'acide, et d'une pesanteur spécifique de 1,19, n'a peut-être jamais été employé dans les recherches histologiques, sans être préalablement affaibli. On s'est souvent servi de l'acide chlorhydrique fort pour dissoudre les matières intermédiaires dans les organes pourvus abondamment de tissus cellulaires , ainsi que pour isoler les corpuscules ligamenteux et les tubes qui en partent : comme, par exemple, dans la cornée, les dents et les os. Très-souvent on n'arrive à ce résultat que par une macération de plusieurs jours. On est également parvenu à dissoudre, avec l'acide chlorhydrique, la substance intermédiaire des fibres musculaires (^by) et des petits conduits excréteurs de l'urine (Henlé). On emploie beaucoup, à cet effet, l'acide chlorhydrique qu'on mêle avec de l'eau jusqu'à ce que le mélange ne laisse plus voir d'évaporation. Cette opération exige au moins quelques heures, et habituellement elle dure de 12 à 24 heures. Un acide plus affaibli produit une action plus lente. Il est
nécessaire de laisser ensuite macérer un objet ainsi préparé, au moins 24 heures dans de l'eau distillée. Si l'opération a réussi, on parvient, en prenant des précautions, à isoler toutes les parties à l'aide de l'aiguille dont on se sert habituellement.
L'acide chlorhydrique , étendu d'eau au même degré que l'acide azotique, peut aussi être employé pour l'extraction des cendres d'os. Entièrement affaibli, 0,1 7oî il constitue un excellent moyen de macération. Il donne, en outre, de la transparence au tissu cellulaire dont les cellules et les éléments élastiques se montrent sous son influence, avec une netteté parfaite. Enfin, il dissout la substance charnue des fibres musculaires et devient un excellent auxiliaire dans l'investigation de la trame m^usculaire.
Acide chrômique.
Depuis que Hannover a^ recommandé, en 1840, à ceux qui se livrent aux investigations microscopiques, l'acide chrômique comme moyen très-efBcace pour rendre plus fermes les parties animales, cet acide a acquis une importance de plus en plus grande; mais c'est surtout après qu'on eut renoncé au procédé très-inexact qui consiste à estimer la puissance d'une dissolution par sa couleur, pour lui substituer le moyen bien plus rationnel de déterminer cette force à l'aide d'une balance, que la valeur de cet acide a grandi.
En effet, l'acide chrômique est excellent pour donner de la consistance au cerveau, à la moelle épinière, et à d'autres appareils nerveux de la périphérie. Son usage est fréquemment très-préférable à celui de l'esprit-de-vin, qui, dans ces circonstances, altère si profondément les tissus; tandis que ce même esprit-de-vin exerce une action aussi bonne et même meilleure que celle de l'acide
chrômique sur un autre ordre d'organes , tels que des tissus glanduleux , le canal intestinal , etc.
On devrait toujours se servir d'un acide chrômique cristallisé, très-pur, et, autant que possible, exempt d'acide sulfurique. Il faut le conserver dans des vases bien fermés et placés dans un lieu sec; on aura soin, toutes les fois qu'on devra en faire usage, d'en extraire la quantité nécessaire et de la sécher préalablement en la plaçant audessus de l'acide sulfurique. Pour ne point perdre de temps , il est bon d'avoir toute prête une grande quantité de forte solution enfermée dans des vases gradués, de manière à pouvoir, vite et à volonté , en obtenir la dilution désirée. Nous dissolvons 2 grammes dans 98 grammes d'eau distillée , ce qui met à notre disposition une solution de 2 7o-
Pour durcir, on prend un acide chrômique de 0,5 à 1 , et au maximum à 2 7o- On ne devrait, en général, jamais employer une concentration plus grande; habituellement on réussit mieux avec des dilutions faibles.
Des objets tout frais exigent communément des solutions faibles, le contraire a lieu quand il s'agit d'objets plus anciens. On obtient de très-beaux résultats, notamment en opérant sur des pièces peu volumineuses, avec une solution faible d'abord (à peu près 0,2 7o)i remplacée ensuite, au bout de quelques jours, par une solution concentrée (0,5 à 1 Yo)* L'objet peut rester plongé dans cette solution pendant des jours et même des semaines , jusqu'à ce qu'enfin on soit arrivé à la consistance voulue. Ensuite, et à cause de la moisissure qui se forme si facilement dans les solutions d'acide chrômique , il serait bon de conserver l'objet ainsi durci dans de l'esprit-de-vin étendu d'eau.
S'il s'agit de donner de la consistance à une partie volumineuse, nous recommandons d'injecter, avant tout.
les vaisseaux sanguins avec la même solution d'acide chrômique où doit ensuite plonger l'organe.
Du reste, il faut, dans toutes les opérations faites avec l'acide chrômique, attacher une grande importance à trouver le degré exact de concentration, et cela est si difficile, que ceux même qui ont le plus d'expérience ne réussissent pas toujours, parce que les altérations déterminées par l'acide sulfurique ont lieu d'une manière trèsinégale. Il peut arriver que des organes très- volumineux présentent une surface durcie, tandis que l'intérieur sera dans un état de décomposition putride. Des parties durcies avec excès offrent des resserrements considérables dans les éléments des tissus, et deviennent souvent si sèches, si cassantes, qu'il n'est plus possible d'en couper de petites tranches. Quelquefois l'organe ou une portion d'organe revient à un état meilleur par l'immersion dans de la glycérine. Il est avantageux d'ajouter, dès le principe, un peu de glycérine^ l'acide chrômique.
Voilà ce que nous avions à dire des solutions concentrées d'acide chrômique, en ce qui concerne leur propriété de durcir; mais ce réactif possède encore une autre qualité bien plus importante. Considérablement dilué , il devient un agent léger de macération , tout en respectant les contextures les plus délicates, de sorte qu'on parvient, par ce moyen, à rendre visibles des organisations trèssubtiles, surtout dans le système nerveux, organisations qui passent complètement inaperçues dans les recherches faites sur des tissus frais. C'est justement en agissant de cette façon que ce réactif exerce une influence fâcheuse dans l'histologie des nerfs des sens, ainsi que le démontre M. Schultze dans son ouvrage.
En général, il faut employer en pareil cas, d'après l'expérience de ce savant si distingué, une concentration qui ne dépasse pas 1 centigramme sur 30 grammes d'eau, ou,
autrement dit, des solutions de 0,025 à 0,05 7o7 à l'aide desquelles on obtient, s'il y a chance de réussite, l'effet désiré au bout de 1 à 3 jours.
Le volume de la partie organique et la quantité de liquide dans lequel on l'immerge ont ici une importance bien plus grande que lorsqu'il s'agit seulement d'obtenir des durcissements. Car si l'objet est petit et le liquide où il est placé abondant, l'action est énergique, prompte, de manière qu'on dépasse facilement le but qu'on s'était proposé. Il est donc convenable de choisir un objet qui ne soit pas trop petit, et de régler judicieusement la quantité des solutions. Les premiers ou les plus petits fragments, placés dans des solutions copieuses se colorent en jaune et deviennent opaques, comme cela a lieu avec des solu- ^ tiens plus fortes; les derniers, au contraire, seront plus pâles et acquerront une demi-transparence.
Nous avons déjà eu l'occasion de parler des importantes observations de Graham sur les substances dites colloïdes et cristalloïdes, observations dont les conséquences pourla théorie du microscope sont du plus grand intérêt. Schultze, le premier parmi ceux qui se livrent en Allemagne à l'histologie , a compris toute la signification du travail de Graham. Il fit remarquer, avec raison, qu'il ne s'agissait pas ici seulement de l'effet produit par l'acide chrômique, mais qu'il fallait aussi considérer que de grands fragments, plongés dans une quantité modérée de solutions, éprouvent en outre l'effet des matières colloïdes du tissu (comme le sang, le mucus, l'albumine), que ces fragments contiennent et qui se mêlent à la solution. Il en résulte alors un liquide composé de matières colloïdes et "de matières cristalloïdes, tandis qu'un tout petit fragment de tissu placé dans une grande quantité d'acide chrômique ne subit, pour ainsi dire, que l'action de la matière cristalloïde.
La théorie du microscope est de nos jours encore dans sa jeunesse, pour ne pas dire à l'état d'enfance. Des combinaisons de ce genre joueront, je n'en doute pas , un rôle important à une époque de plus grande maturité. Schultze nous a fait connaître ses essais et le résultat de ses propres expériences sur ces combinaisons ; il pense qu'une solution aqueuse de gomme arabique peut être considérée comme une matière colloïde très-convenable. Puisse-t-il sur ce sujet nous communiquer bientôt des détails plus précis.
Le bichromate de potasse produit des effets semblables, mais d'une manière beaucoup plus lente; il en sera question plus loin.
Enfin, on s'est servi avec un très-grand avantage de l'acide chrômique pour extraire les matières calcaires des os et des cartilages ossifiés. On peut en recommander l'emploi dans les recherches à faire sur les tissus embryonnaires. En général, on est obligé de changer souvent les solutions et de leur donner plus de force. Il est bon d'y ajouter un peu de glycérine. Une petite addition d'acide chlorhydrique en rendra l'effet plus efficace sans que les textures délicates aient à en souffrir. Du reste, on parvient à extraire les substances calcaires avec l'acide pyroligneux. (Voyez ci-dessous.)
Acide oxalique.
Jusqu'à présent on ne s'est servi que fort peu (si même on s'en est servi) de l'acide oxalique dans les recherches histologiques. Récemment M. Schultze a entrepris une série d'expériences qui assignent à cet acide un rang important parmi les réactifs usités dans les observations microscopiques.
Une solution saturée et froide d'acide oxalique (il faut
quinze parties d'eau pour opérer la solution d'une partie d'acide hydraté pur cristallisé) fait gonfler le tissu cellulaire et le rend transparent, tandis que les corps à base albumineuse conservent des contours bien prononcés, acquièrent un peu de consistance et se laissent facilement isoler.
Des parties élémentaires du corps, d'une extrême délicatesse , tels que les bâtonnets de la rétine et les cellules olfactives se conservent très-bien dans cette solution. Le temps à employer pour obtenir le résultat désiré est ici relativement peu important; on est libre de commencer ses recherches au bout de quelques heures , ou d'attendre plusieurs jours.
D'après les expériences de M. Schultze, une solution d'acide oxalique dans l'esprit-de-vin agit plus efficacement qu'une solution aqueuse , et paraît offrir, dans beaucoup de circonstances, des avantages tout particuliers.
Acide acétique.
Toutes les fois qu'il s'agit d'appréciations exactes , on ne devrait se servir que de l'acide acétique hydraté, de l'acide acétique d'une entière pureté , de Vacidum aceticum glaciale (attendu que la pesanteur spécifique , si fort prisée, ne donne pour cet acide aucun résultat certain sur la quantité d'eau qu'il contient) , et le mêler avec de l'eau par gouttes ou en plus grande quantité.
L'acide acétique, dont les effets sont si prompts, est un des réactifs les plus anciens et les plus employés dans les recherches sur les tissus animaux. Ce qui a plus particulièrement contribué à étendre l'usage de cet acide, c'est sa propriété de faire apercevoir les noyaux dans l'intérieur des cellules, ou bien encore de les montrer isolés après avoir opéré la destruction de l'enveloppe et du corps de
la cellule; c'est enfin sa faculté de donner au tissu cellulaire une transparence vitrée et de mettre à découvert ses cellules, les fibres, les vaisseaux, les nerfs, etc.
Beaucoup plus tard seulement on a employé , pour obtenir des effets prolongés sur des tissus animaux, des quantités déterminées de solutions d'acide acétique , ainsi que des combinaisons de cet acide avec d'autres liquides, et notamment avec l'alcool. Un petit nombre de gouttes de cet acide par 30 grammes d'eau suffisent pour déterminer, au bout de quelques jours, un grand éclaircissement dans le tissu cellulaire, de sorte qu'on peut, par exemple, très-bien voir les ganglions intestinaux placés sous la mu« queuse, puis ces admirables réseaux ganglionnaires, récemment découverts par Auerbach, qui se trouvent dans les couches musculaires, ainsi que des cellules musculeuses qui existent dans la muqueuse, dans les vaisseaux, etc. Pour bien reconnaître des fibres musculaires grêles , Moleschott a employé, perudant quelques minutes, l'acide acétique dans les proportions de 1 ou de 1 72 7o- L'acide acétique fort, pesant 1,070 spécifiquement, est mêlé avec l'eau dans les proportions suivantes : eau, 99, ou 98 Y2Î acide 1 à 1 Yg.
Dans ces derniers temps, Kolliker s'est servi de l'acide acétique extrêmement dilué pour éclaircir un muscle de grenouille et dans le but d'étudier la terminaison des nerfs ; ce réactif a produit des effets remarquables. Il recommande de prendre 8, 12 ou 16 gouttes d'acide acétique concentré, d'une pesanteur spécifique de 1,045, pour 100 centimètres cubes d'eau. Je l'ai remplacé par 1 à 2 gouttes d'acide acétique hydraté dans 50 centimètres cubes d'eau.
L'acide acétique fortement dilué sera encore avantageusement employé pour ramollir de petites parcelles détachées d'objets séchés à l'air, ainsi que pour enlever la
couleur rouge du carmin et la fixer aux noyaux , ce dont il sera encore question plus loin.
Une certaine difficulté surgit dans l'emploi de l'acide acétique, lorsqu'il s'agit de faire des recherches sur de& tissus délicats; l'objet à examiner doit être retiré à un moment bien déterminé, car si on le retire trop tôt, le gonflement et l'éclaircissement ne seront pas assez prononcés; et si on l'examine trop tard, on trouvera dans les tissus des altérations plus ou moins fortes, produites par l'acide.
Beale a recommandé de mêler de la glycérine aux solutions d'acide acétique.
Vinaigre.
L'usage du vinaigre ordinaire de cuisine n'offre aucune espèce d'avantage. On a vu, au bout de 6, 8 ou 12 heures, du tissu cellulaire , placé dans du vinaigre , acquérir une transparence vitrée. Si le tissu est par trop ramolli pour y pratiquer des coupes, une solution d'acide chrômique rétablit souvent la consistance désirée. On obtient aussi , et très-souvent, de bons effets d'une cuisson préalable dans du vinaigre , quand il s'agit de parties animales très-desséchées.
Acide pyroligneux.
On s'est servi, dans bien des circonstances, de l'acide pyroligneux (qui ne devrait jamais être employé qu'à l'état de pureté parfaite, comme Vacidum pyroUgnosum rectificatum) , afin de rendre transparents des tissus à forme cellulaire. C'est même avec une sorte de prédilection qu'on en a fait usage pour les tissus pathologiques. Il produit un effet analogue , mais non tout à fait semblable à celui de l'acide acétique affaibli, attendu qu'on peut l'utiliser non-seulement pour les macérations, mais encore pour
durcir les objets (grâce à l'addition de produits dus à la distillation du bois faite à sec). Dans les macérations, l'acide pyroligneux sera toujours affaibli si l'on veut éviter les altérations de textures des parties du tissu cellulaire qui vont être mises à nu.
Un acide pyroligneux, mêlé, selon les circonstances, avec partie égale, double, triple, et même quadruple d'eau, est un excellent moyen auxiliaire dans les recherches à faire sur certains tissus; par exemple, pour étudier les cellules de la cornée et toutes ses parties, la direction des nerfs dans le tissu cellulaire sous-muqueux, etc.; et, en général, les parties siégeant dans les tissus cellulaires, tels que des éléments glanduleux, des vaisseaux, des produits pathologiques récents, etc. Les effets désirés se montrent, en général, au bout de quelques jours; mais il est vrai de dire que souvent, par suite d'une macération trop active, ils disparaissent. Il y a, abstraction faite de l'odeur et du dommage que subissent les lames des instruments tranchants, quelque chose de désagréable à faire usage de ce réactif. Au reste, les objets préparés dans l'acide pyroligneux ne se conservent pas bien lorsqu'on les place tout humides dans de la glycérine. C'est pourquoi nous avons renoncé, dans une foule de recherches, à cette solution. Cet acide est également propre à extraire les cendres d'os, de cartilages calcaires, de tissus osseux sains ou pathologiques.
Iode.
Pour colorer des cellules animales , on peut se servir d'une solution d'iode composée à peu près de 1 partie (si l'on y ajoute encore 3 parties d'iodure de potassium, cela n'en vaudra que mieux) sur 500 parties d'eau. Cependant nous possédons des moyens de coloration meilleurs et plus
récents. Le micrograplie trouve dans une solution d'iode le moyen de constater la présence de l'amidon ; combinée avec de l'acide sulfurique , cette même solution sert à faire reconnaître les matières amyloïdes et la cellulose.
Il est bon de laisser d'abord à une solution d'iode, pas trop étendue d'eau, le temps d'exercer énergiquement son action, et puis d'y ajouter une goutte d'acide sulfurique concentré.
Nous avons déjà fait observer que l'iode constitue, dans un mélange nouvellement découvert par Schultze, ce qu'on est convenu d'appeler l'iodserum.
Parmi les alcalis, les solutions de potasse, de soude et d'ammoniaque ont été fréquemment mises en usage. Elles sont, dans les recherches sur des parties animales, d'une valeur inestimable , surtout les deux premières. L'inconvénient qu'il importe de signaler, des substances alcalines employées comme moyen de macération, c'est de rendre les substances soumises à leur influence presque impossibles à conserver.
Potasse caustique.
On se sert de la potasse caustique liquéfiée, potassium caustlcum in bacuUs. Gomme elle absorbe avec avidité l'eau contenue dans l'air et l'acide carbonique, il faut la conserver, ainsi que la solution, dans des flacons parfaitement bien fermés.
Le potassium caustlcum in haculis qu'on trouve dans le commerce contient, du reste, en outre de l'acide carbonique, une quantité d'eau assez notable et qui n'est pas toujours la même; aussi y a-t-il désavantage à l'employer.
Une forte solution de potasse ramollit les substances de beaucoup d'éléments constitutifs et les rend ainsi trèssusceptibles d'être facilement imbibées d'eau. Cette eau
pénètre ensuite les parties profondes, de sorte que les cellules se distendent, crèvent, etc.
On a expérimenté de bien des manières, dans l'étude des tissus , les propriétés dissolvantes et destructives des solutions alcalines. Leur mode d'action diffère beaucoup, selon la force qu'on leur donne, circonstance sur laquelle Donders a déjà, depuis longtemps, attiré l'attention des savants. Une solution saturée, ou au moins de très-fortes solutions alcalines, ramollissent un grand nombre d'éléments constitutifs sans les dissoudre et, en général, sans les endommager, tandis que cela a lieu, plus ou moins, et très-promptement , avec des solutions affaiblies; les solutions fortes dissolvent souvent les substances intermédiaires, espèce de mastic qui unit les cellules entre elles; elles constituent ainsi un moyen auxiliaire important, et, dans beaucoup de circonstances, leur action ne saurait être trop appréciée. Moleschott, entre autres, mérite d'être cité pour avoir signalé comme d'excellents réactifs des solutions de potasse de 30 jusqu'à 35 7o- I^ prend, pour obtenir une solution de potasse de 32,5 7oî 32,5 parties en poids de potassium causticum in baculis qu'il fait dissoudre dans 67,5 parties en poids d'eau distillée. Mais, attendu la quantité d'eau fort variable et la présence d'un peu d'acide carbonique existant dans la potasse , cette règle ne saurait être bien précise. Moleschott nous avertit que le potassium causticum in baculis dont il s'est servi renfermait 79 7o de potasse hydratée et 1,06 % d'acide carbonique. Une immersion de '/^ à Ya heure et plus constitue une méthode fort bonne pour isoler des éléments de muscles et de nerfs les petits canaux ou conduits qui se trouvent dans les glandes, et même pour mettre à nu les cellules olfactives, les plus grêles et les plus délicates de toutes les cellules. Schultze, ainsi que d'autres savants qui s'occupent d'histologie, fait également usage des solu-
lions de potasse; il s'est servi, pour l'étude de la formation si délicate des cellules dont il vient d'être question, de solutions s'élevant à 28, 30, 32, 35 et 40 7o. Dans d'autres circonstances, il est nécessaire d'employer des solutions plus faibles, comme nous le verrons pour certains tissus particuliers. Il est naturel, dans les recherches histologiques , d'employer la solution de potasse seule, et d'éviter avec grand soin tout usage de l'eau, car, sans ces précautions, on verrait promptement se manifester l'effet dissolvant propre aux solutions alcalines diluées.
Soude caustique.
On se sert, pour les solutions, de la masse blanche et fondue. On a fait beaucoup d'expériences sur l'effet des solutions de soude, et l'on a reconnu que, à l'état de concentration, elles n'avaient aucun avantage sur celles de potasse. Généralement, les solutions de soude caustique doivent être très-faibles et ne renfermer que les % à peu près de la quantité employée quand il s'agit de potasse caustique.
Ammoniaque liquide.
L'action de l'ammoniaque sur les tissus animaux est analogue à celle de la potasse et de la soude. L'ammoniaque est très-utile lorsqu'il s'agit de neutraliser un acide appliqué d'abord sur un tissu ; c'est également un excellent moyen pour dissoudre le carmin.
Eau de chaux.
Dans ces derniers temps, Rollet nous a fait connaître l'eau de chaux comme auxiliaire important pour l'étude des parties formées de tissu cellulaire, et, notamment.
pour l'examen des tendons. Au bout de six à huit jours d'immersion, une parcelle de tissu cellulaire se laissera diviser par l'aiguille et montrera toutes les fibrilles. Voilà donc encore une des substances animales servant à la cohésion des tissus, qui est dissoute par l'eau de chaux.
Eau de baryte.
On obtient, au bout de 4 à 6 heures, en traitant avec l'eau de baryte les tissus ligamenteux, des effets qui ne se manifestent avec l'eau de chaux qu'après plusieurs jours d'immersion.
Sels.
Chlorure de sodium.
Autrefois , on considérait généralement les faibles solutions de sel de cuisine comme n'ayant aucune action sur les objets qu'on y plaçait. D'après les observations de Graham, il faudrait toujours ajouter à ces solutions une matière colloïde (du blanc d'œuf ou de la gomme arabique). Le chlorure de sodium trouve encore sa place, lorsqu'il s'agit de tissus imprégnés de solutions d'azotate d'argent, ce dont il sera question plus loin. Le chlorure de sodium entre aussi comme partie intégrante dans divers liquides destinés à conserver des tissus.
Chlorure de chaux.
On a recommandé, comme liquides additionnels utiles dans les recherches microscopiques, le chlorure de chaux (1 partie de chlorure de chaux, à l'état sec, sur 2 à 3 parties d'eau), à cause de sa propriété bien connue d'absorber l'eau. Il a de plus été signalé comme très-propre à rendre distinctes de petites parties de la moelle épinière, etc.;
mais ici son action est peu sensible. Le chlorure de chaux agit d'une manière toute particulière sur les muscles.
Chlorate de potasse.
Le chlorate de potasse , indiqué comme réactif par Schultze, n'est employé qu'en combinaison avec l'acide azotique. (Voyez Acide azotique.^ On s'est servi de ce mélange à divers degrés de concentration dans les recherches faites sur les tissus animaux, et on a obtenu tout naturellement les résultats désirés après des espaces de temps plus ou moins longs.
Phosphate de soude.
On a faic usage à différentes reprises, dans les recherches microscopiques, des solutions de phosphate de soude, de 5 à 10 7o- D'après mes propres expériences, on n'y a trouvé jusqu'à présent aucun avantage.
Bichromate de potasse.
Le bichromate de potasse doit être, autant que possible, pur et cristallisé.
L'effet de ce sel, qu'on peut très-utilement combiner avec la glycérine, est analogue à celui qu'on obtient avec l'acide chrômique; mais il se produit plus faiblement et plus lentement. Dans beaucoup de cas , quand il s'agit de donner de la consistance, le bichromate de potasse est d'un usage excellent ; il est probablement plus efficace que l'acide libre et altéré; mais, d'un autre côté, il coagule le blanc d'oeuf moins bien que ce dernier. Les solutions du bichromate de potasse ont, en outre, l'avantage d'engendrer difficilement ces moisissures, si fréquentes malheureusement dans les solutions d'acide chrômique.
L'eifet obtenu avec une partie d'acide clirômique exige plusieurs parties de chromate de potasse. C'est ainsi qu'on est obligé de dissoudre de 1 à 4 centigrammes de cbromate de potasse dans 30 grammes d'eau , pour arriver aux résultats qne donne l'acide chrômique à la dose de Vs à % de centigramme par 30 grammes d'eau. Toutefois, une concentration exacte de solution de chromate de potasse est beaucoup moins importante que celle de l'acide chrômique, lorsqu'il s'agit de recherches très- délicates.
H. Mûller a signalé les avantages d'un mélange de bichromate de potasse avec du sulfate de soude pour donner de la consistance à la rétine. Il est nécessaire de prolonger l'immersion au moins pendant quinze jours.
Bichromate de potasse 2 à 2 Va grammes.
Sulfate de soude . 1 —
Eau distillée 100 —
Ce mélange (solution de Mùller pour les yeux) produit, ■du reste, d'excellents effets sur d'autres parties, telles que les muqueuses, les glandes, et conserve également trèsbien des embryons. On peut aussi le renouveler si on le juge nécessaire.
'Chlorure de fer,
Fûhrer et Billroth ont employé autrefois ce sel ferrugineux pour durcir la rate. Ils recommandaient d'affaiblir la liqueur rouge brun de chlorure de fer jusqu'à ce que la solution prît l'apparence du vin de Madère ou de Malaga. Les objets ainsi traités deviennent propres à être examinés après une immersion de 1 à 2 heures. Nous nous servons maintenant de moyens bien j^lus efficaces pour obtenir des durcissements.
Chlorure de mercure.
Les effets chimiques du deutochlorure de mercure sont connus. Une immersion de plusieurs jours dans cette solution sera très- convenable pour durcir et isoler le cylindre-axe. Du reste, ce réactif a été peu employé; mais, par contre , il entre comme partie intégrante dans plusieurs mélanges très-bons conservateurs des tissus.
Azotate d'argent.
Dans les derniers temps l'azotate d'argent a été fréquemment mis en usage , surtout par His et Recklinghausen (voir plus loin) , pour obtenir des colorations particulières.
Alcool.
L'alcool est d'une valeur inestimable dans les recherches histologiques ; c'est le liquide le plus ordinairement employé pour conserver des parties animales. Il y a quelques années, lorsqu'on eut trouvé dans la glycérine le moyen incomparable de rendre transparentes les parties animales durcies et opaques , l'alcool fut placé au premier rang des réactifs, car l'acide chrômique ne saurait lui être préféré que dans certains cas. On emploie plusieurs sortes d'alcool : pour une première immersion, on prend un alcool faible, qu'on remplace au bout de quelques jours par un alcool plus fort. Peut-être même sera-t-il nécessaire de recourir à un alcool beaucoup plus concentré. Je ne connais pas de meilleur réactif pour donner de la consistance aux organes glandulaires , au canal intestinal et aux parties animales qu'on veut injecter et pouvoir trancher. Des séries entières de recherches ont été faites récemment sur des parties presque exclusivement
préparées à l'esprit-de-vin. Les objets à conserver, étant placés, avec l'alcool, dans des vases bien fermés, ne se détériorent pas, avantage immense que ne possède pas l'acide chrômique, sujet à se couvrir promptement de moisissures. Mais l'esprit-de-vin ne saurait entrer en comparaison avec l'acide chrômique, lorsqu'il s'agit d'analyser les moindres détails d'un grand nombre de textures trèsdéliées; il en est de même en ce qui concerne les centres du système nerveux et des organes des sens.
L'alcool peut encore servir à d'autres usages. On l'applique d'abord sur des objets microscopiques dont on se propose d'enlever l'eau, sans porter atteinte à la délicatesse de leur tissu, afin de pouvoir les placer plus tard dans du baume de Canada ou dans d'autres substances résineuses analogues. On dépose, dans ce cas, ces minces fragments, pendant 1 à 2 jours, dans de l'alcool à 90°, et, ensuite, pendant 24 heures, dans de l'alcool tout à fait concentré. En les retirant de ce dernier liquide , on les plonge pendant quelques heures dans de l'alcool méthylique, pur et concentré, et on les transporte après dans de la térébenthine, ainsi que nous le dirons bientôt.
L'alcool, comme on le verra plus loin, constitue une partie intégrante des préparations froides à injections de Beale.
Enfin, il entre dans différents mélanges qui ont été vantés dans ces derniers temps, et que nous allons décrire.
Mélanges d'après L. Clarke et Beale.
Ils servent à durcir et à rendre plus transparentes des parties délicates. L'efûcacité de ce procédé réside dans l'emploi de deux substances, dont l'une a la propriété de donner de la consistance aux parties albumineuses des tissus, tandis que l'autre possède celle de leur procurer
de la transparence. Beale, qui s'est beaucoup occupé de ces solutions {the Microscope ^ p. 52), fait observer qu'on est obligé de les modifier selon les besoins; et qu'en ajoutant de la glycérine au mélange , on peut communiquer à celui-ci, suivant les circonstances, une plus grande puissance de réfraction.
Il signale, en général, comme très-avantageux, l'alcool, la glycérine, l'acide acétique, l'acide azotique, l'acide chlorhydrique , la potasse et la soude. Les deux derniers acides, ainsi que l'alcool, coagulent l'albumine, l'acide acétique, la potasse et la soude lui donnent de la transparence; l'alcool dissout la graisse. Si l'on combine quelques-unes de ces substances dans une solution, on obtient les résultats ci-dessus mentionnés.
a) Alcool et acide acétique.
L. Glarke s'est servi, dans ses expériences, d'un mélange d'acide acétique et d'alcool. Nous, avons pu nous convaincre, par nous-même, qu'il produit déjà, au bout de quelques heures, une transparence remarquable dans de petites coupes de la moelle épinière, et fait mieux voir une foule de détails que d'autres moyens employés chez nous. Lenhossek paraît avoir suivi la même voie dans ses travaux sur la moelle épinière.
La prescription de Clarke consiste à mêler trois parties d'alcool à une partie d'acide acétique. Bien entendu, les proportions de ce mélange peuvent être modifiées selon les besoins,
b) Mélange de Moleschott avec ïacide acétique et l'alcool.
Moleschott propose la modification suivante au mélange de Clarke :
1 partie d'acide acétique fort, ayant une pesanteur spécifique de 1,070;
1 partie d'alcool, d'une pesanteur spécifique de 0,815;
2 parties d'eau distillée.
c) Alcool, acide acétique et acide azotique.
Beale recommande d'ajouter un peu d'acide azotique au mélange d'alcool et d'acide acétique, quand on fait des recherches sur des parties épithéliales. On doit également ici varier le mélange selon les besoins.
Voici une formule donnée par l'auteur lui-même :
Eau 30 grammes.
Glycérine 30 —
Alcool . . 60 —
Acide acétique 6 —
Acide azotique 3 —
d) Alcool et soude.
Dans un grand nombre de recherches, Beale a obtenu des efi'ets remarquables avec un mélange d'alcool et de soude. Il ajoutait de 8 à 10 gouttes d'une solution de soude caustique à 30 grammes d'esprit-de-vin. Beaucoup de tissus acquièrent peu à peu, dans ce mélange, un durcissement considérable et de la transparence. L'expérience prouve que ce réactif convient plus particulièrement dans les expériences faites avec l'intention de reconnaître la nature des dépôts calcaires de productions pathologiques, ainsi que celle des ossifications embryonnaires. Sous l'influence de ce mélange, les tissus ks plus délicats et les plus variés deviennent transparents, sans qu'il se manifeste le moindre changement dans les incrustations calcaires. On parvient ainsi à apercevoir, avec beaucoup de
facilité, les moindres points d'ossification. Un embryon, par exemple, qui a séjourné, pendant quelques jours, dans un mélange de ce genre, et que l'on conserve ensuite dans de l'esprit-de-vin, offre un très-bel aspect. Ce liquide est également fort utile pour l'étude des tissus les plus déliés d'un organe. Beale s'en est servi avec le plus grand succès dans les recherches qu'il a faites sur le foie.
Alcool méthylique..
En Angleterre, où les droits sur les eaux-de-vie sont très-élevés, l'usage de l'alcool devient onéreux. C'est pourquoi on se sert volontiers de l'alcool méthylique (pyro-acetic-sjpirit). Nous ne l'employons pas sur le continent. L'alcool méthylique est une partie intégrante des mélanges froids à injections de Beale (voy. ci-après); on en fait aussi usage pour les préparations microscopiques qu'on enferme dans du baume de Canada. On dépose de petites coupes dont on a extrait l'eau à l'aide d'alcool trèsconcentré, pendant un court espace de temps dans de l'alcool méthylique fort et pur. Puis on les retire pour les placer dans de l'essence de térébenthine au moment où elles commencent à sécher. L'essence de térébenthine pénètre les coupes qu'on vient d'extraire de l'alcool méthylique. Nous avons reconnu, par notre propre expérience, que ces coupes ont plus de finesse que celles placées directement dans l'essence de térébenthine en sortant d'un alcool concentré. Toutefois, on peut ici très-bien se passer de l'alcool méthylique.
Chloroforme.
Le chloroforme a été fort peu employé dans les recherches histologiques ; c'est cependant le meilleur moyen pour dissoudre et liquéfier le baume de Canada, qui joue un rôle si important dans l'usage du microscope.
Éther.
On se sert de l'éther dans les expériences microscopiques pour dissoudre la graisse. Il dissout également le baume de Canada.
Collodion.
Le collodion n'a été employé, jusqu'à présent, qu'à la recherche de l'axe cylindrique des fibrilles des nerfs. D'après les données de Piltiger et d'après nos propres observations, le collodion produit son action immédiatement.
Nous avons été obligé, dans tout ce qui a été dit précédemment, de nous en tenir aux méthodes mises en usage jusqu'ici, lorsqu'on a recours aux réactifs dans les expériences microscopiques.
Un procédé beaucoup plus sûr et d'une application plus facile pour connaître la force d'une solution , et pour en déterminer la quantité exacte, c'est celui des liqueurs titrées. Gomme cette manière d'agir devra nécessairement faire abandonner les anciens errements, il nous paraît opportun de dire, en passant, quelques mots de l'appareil usité en pareil cas. Pour plus de détails, nous renverrons à l'ouvrage bien connu de Mohr (Traité d'analyse chimique par les liqueurs titrées. Brunswick, 1855-1856, 2 vol.).
Afin d'arriver à connaître la quantité d'acide et de base contenus dans ce genre de solutions, il est nécessaire de se procurer les instruments suivants :
L'appareil (fig. 53), dont on ne saurait se passer dans ces recherches, consiste en : a) deux burettes de Mohr (1), de la contenance de 60 centimètres cubes, divisées en cinquièmes de centimètre cube 5 h) une pipette (2)', qui permet un écoulement de 10 à 15 centimètres cubes , divisée en dixièmes de centimètre cube; et, enfin c)
un cylindre à mesurer (3), de la contenance de cent ou de cent et quelques centimètres cubes. Les divisions de ce cylindre sont indiquées en centimètres de 5 en 5 ou de 10 en 10; ce cylindre doit pouvoir contenir toute la quantité du liquide, sans qu'il s'en échappe la
moindre portion, tandis que les burettes et la pipette sont divisées de telle sorte qu'elles ne peuvent marquer que le nombre de centimètres cubes qu'elles laissent écouler ou sortir goutte par goutte. (Ces burettes, ces pipettes et ces cylindres à mesurer, sont aujourd'hui généralement répandus dans le commerce.)
Il est aisé de comprendre l'usage de la pipette. Quant aux burettes , on les remnlit ^^^' ^^- appareil à graduer. 1. Burette de ^ Mohr, avec un robinet à pression (a), qu'on
iusqu'au point 0 des ouvre en pressant ensemble les deux boutons
. . métalliques (&), et qui permet ainsi au liquide
divisions avec le réactif ^^ s'écouler du tuyau. 2. Pipette. 3. Eprou- / . , ., , vette à mesurer.
(acide ou base); puis,
à l'aide d'une douce pression sur le robinet, on permet au liquide de s'écouler par un jet continu ou par gouttes , suivant les besoins.
En ce qui concerne les liquides servant d'épreuve , on en emploie, lorsqu'il s'agit des réactifs ordinaires (acides et bases) , des solutions acides ou alcalines normales. On entend par là des solutions renfermant sur 1,000 centimètres cubes de liquide un nombre de grammes déterminé du réactif qu'on veut employer.
1° Solution normale d/ acide oxalique. On prend, pour faire cette solution, 6,4 grammes d'acide oxalique pur, cristallisé et nullement altéré par l'air, dissous dans de l'eau. Cette première solution est ensuite diluée dans 100 centimètres cubes de liquide. (On en mesure toujours le volume à la température existant au moment de l'expérience, c'est-à-dire entre 14 et 16 degrés Réaumur.)
On se sert rarement, sans mélange, de cette solution d'acide oxalique normale pure, destinée surtout à préparer d'autres solutions acides ou alcalines normales. Il faut, en conséquence, mettre le plus grand soin et la plus grande exactitude dans la- préparation de cette première solution, qui en même temps est aussi la plus importante.
Un centimètre cube de cette solution d'acide oxalique contient, comme nous le savons déjà, 0§^^,064 d'acide oxalique. Pour obtenir la saturation, il faut naturellement les quantités de bases équivalentes et analogues, ainsi:
Gr.
a) Soude ...... 0,031 NaO
h) Potasse 0,0472 KO
c) Ammoniaque . . . 0,017 NH^
d) Chaux 0,028 CaO
e) Baryte 0,0756 BaO
2° Solution normale de potasse. On prend une solution de potasse fraîchement préparée et exempte d'acide carbonique ; on en met 5 centimètres cubes dans la pipette, et l'on colore légèrement en bleu par l'addition de quel-
qiies gouttes de teinture de laque ; puis on y laisse couler de la burette de l'acide oxalique, en ayant soin d'agiter jusqu'à ce qu'une coloration rouge ait remplacé la première. En admettant que nous ayons employé dans cette opération 8 centimètres cubes d'acide oxalique, nous ajouterons à notre solution de potasse 3 centimètres cubes d'eau par 5 centimètres cubes. Nous avons ainsi une solution normale de potasse ; 1 centimètre cube de celle-ci suffira juste pour saturer 1 centimètre cube d'acide oxalique; cet acide contiendra donc la quantité de potasse indiquée plus haut, c'est-à-dire Og'*,0172.
Il est clair qu'à l'aide jde cette solution de potasse on parvient à déterminer la quantité d'acide contenue dans un liquide quelconque. En neutralisant 1 centimètre cube de notre solution normale de potasse, on démontrera la présence de :
Gr.
a) Acide sulfurique = 0,04 SO^
b) — azotique = 0,054 NO^
c) — chlorhydrique = 0,0365 HGJ
d) — acétique = 0,06 C,H,0,
Nous nous bornons à citer ici ces acides qui sont les plus importants pour les recherches à faire.
3« Gomme l'acide oxalique pur est un des réactifs les plus coûteux, il est inutile d'en faire usage pour détermmer la quantité de matières alcalines existant dans un hquide. On se sert généralement de l'acide sulfurique Rien n'est plus facile que la préparation de la solution normale d'acide sulfurique. On prend une quantité déterminée d'acide sulfurique affaibli qu'on place dans une burette. On en laisse ensuite s'écouler dans une solution normale de potasse jusqu'à ce que les quelques gouttes de temture de laque qu'on y a ajoutées, changent leur couleur bleue en rouge. Ce mélange est ensuite additionné
IJ
d'eau, comme cela a été dit ci-dessus à l'occasion de la potasse, jusqu'à ce qu'un nombre égal de centimètres cubes de solution acide et de solution de potasse se neutralisent. D'après cela, cette solution contient, par centimètre cube, 0^%04 (SO^) d'acide sulfurique normal, et, pour le neutraliser, il faut très-exactement la quantité de bases qui ont été indiquées ci-dessus pour l'acide oxalique.
Nous mentionnons enfin deux autres solutions comme moyens d'essai, ce sont : 1^ la solution normale d'azotate d'argent usitée pour la détermination du sel de cuisine. Un centimètre cube de la solution normale an y,o contient 0,018 Ag ou 0,0170 AgONO^ Il correspond à 0,00585 NaCl; 2° la solution normale du sel de cuisine employée pour déterminer l'azotate d'argent. 1 centimètre cube de cette solution normale au y^^ contient 0,00585 NaGl et correspond en conséquence à 0,0170 AgONO^ Dans les deux cas , il se ,forme un précipité de chlorure d'argent qui se réunit en masse quand on l'agite fortement, et l'opération peut être considérée comme finie lorsqu'une goutte de la solution à épreuve n'est plus suivie d'un nouveau précipité. Pour arriver à une appréciation certaine, on peut ajouter à la solution du sel de cuisine quelques gouttes de chromate de potasse, lorsqu'il s'agit de la première des deux déterminations qui viennent d'être mentionnées; ainsi le précipité complet du chlorure d'argent sera indiqué par la couleur rouge due à la formation du chromate d'argent.
Quelques exemples contribueront à en faire mieux comprendre l'application.
1^ Nous avons 10 centimètres cubes d'une solution de soude exigeant pour leur neutralisation 22^2 centimètres cubes d'acide sulfurique normal. Or, 1 centimètre cube d'acide sulfurique normal correspond à 0,031 NaO. En
multipliant par 22,2, on trouvera que la soude contenue dans le liquide dosé est de 0,6882 dans 10 centimètres cubes, en conséquence de 6,882 % (la pesanteur spéci-' fique n'est point prise en considération).
2^ Une solution d'ammoniaque exige, pour 10 centimètres cubes, 12,6 centimètres d'acide sulfurique normal. Un centimètre cube d'acide sulfurique normal correspond à 0,017 NH^ La présence de l'ammoniaque y est donc de 2,142 'j,,
3*^ 5 centimètres cubes d'acide acétique demandent 41,7 centimètres de solution normale de potasse; 10 centimètres veulent, en conséquence, la quantité double de la solution de potasse , soit 83,4. 0,66 d'acide acétique correspondent à 1 centimètre de solution normale de potasse. La quantité d'acide acétique contenue dans le liquide mesuré est donc de 50,04 7o-
4° 10 centimètres cubes d'une solution de sel de cuisine demandent, par exemple, 12 centimètres cubes de la solution normale d'argent à Yio- Gomme 1 centimètre cube de solution d'argent à Yjo correspond à 0,00585 NaCl, la solution de sel en contient donc NaCl 0,702 y^. 5° 10 centimètres cubes d'une solution d'azotate d'argent exigent 15,5 centimètres cubes de la solution normale de sel de cuisine à Y,o. Elle correspond à 1 centimètre cube de solution de sel de cuisine à y^o, 0,017 AgONO^, et le contenu de la solution d'argent est de 2,635 % AgONO". 6^ Supposons que nous voulions nous représenter un 40 Yo de la solution diluée d'acide acétique , mentionnée au n° 3; la proportion 40 : 100 :: 50,04 : x, nous apprend que nous aurons à diluer les 100 centimètres cubes d'acide acétique déterminés par la méthode jusqu'à 125,1 centimètres cubes. ^
7'' Supposons encore que nous nous proposions de préparer une solution de soude de 20 Yoï ^^ que, d'un autre
côté, une solution du même genre dosée par nous ait indiqué 37,5 7o NaO; le calcul nous apprendra que 100 centimètres cubes de cette dernière solution doivent être étendus d'eau jusqu'à 187,5 centimètres cubes.
8*^ Nous désirons posséder une solution de 1 7o d'azotate d'argent. Le liquide n'^ 5 contenant 2,635 7o de pierre infernale , nous sert à obtenir ce résultat. Cette solution demande à être étendue d'eau jusqu'à 263,5 centimètres cubes.
Méthode de coloration ; manière d'imprégner les préparations avec l'argent ; dessiccation.
Des parties animales fort délicates , ainsi que certains enchevêtrements de tissus, deviennent souvent très-reconnaissables lorsqu'on les imbibe de substances colorantes. Parmi les éléments des tissus il en est qui sont réfractaii-es à toute teinture , d'où résultent des distinctions très-importantes à établir. C'est pourquoi les colorations sont d'un grand secours dans les recliercbes histologiques, et la science est très-redevable au professeur Gerlach, qui a découvert la teinture de carmin.