CHAPITRE IX
autre sans résultat; enfin, une circonstance heureuse permet d’atteindre le but tant désiré. Pour réussir dans ce genre d’opération, il est bon de s’armer de patience et de sang-froid.
Si l’on se propose d’injecter les réseaux lymphatiques très-fins de l’intérieur d’un organe, le moyen le plus avantageux parait être celui de Hyrtl et de Teichmann, qui consiste à pratiquer des piqûres. Hyrtl , en partant d’un vaisseau sanguin béant, fait une piqûre dans le tissu avoisinant, avec l’intention d’y léser des vaisseaux lymphatiques, et injecte ainsi, dans les cas favorables, le vaisseau sanguin et les canaux lymphatiques. Après cela, on pique de nouveau et directement le tissu, dans l’intention de découvrir d’autres réseaux lymphatiques et d’arriver ainsi à atteindre et à injecter des réseaux plus considérables.
On peut obtenir ce résultat de deux manières. Lorsque les canules ne sont pas très-fines , on passe une aiguille par l’ouverture du tube préalablement introduit dans le vaisseau légèrement ouvert; la pointe de l’aiguille étant alors poussée en avant, on fait suivre la canule, et une fois la profondeur voulue atteinte, on retire l’aiguille.
Lorsque nous devons opérer sur des vaisseaux à parois très-minces, nous réussissons plus complètement en suivant un autre procédé. On fait une légère piqilre à l’aide d’une aiguille à cataracte, ou bien avec la pointe de ciseaux très-fins, préalablement trempés dans le mélange à injection. On passe ensuite la petite canule dans la piqûre bien reconnaissable à la matière colorante qui y est déposée; puis, en exécutant, avec précaution et lenteur, des mouvements légers de rotation, on la glisse plus avant dans le vaisseau. Avec de la patience et une habitude suffisante de ce procédé, on arrive à injecter des réseaux lymphatiques même dans des parties où cela deviendrait impossible par la méthode précédente. Toutefois, ce pro-
cédé sera toujours d’nne exécution difficile; ainsi, par exemple, lorsqu’on opère sur l’intestin grêle d’un cabiai, on sera exposé à perforer la membrane muqueuse par le moindre mouvement mal dirigé de la petite canule qu’on essaye de faire glisser le long de la couche sous-muqueuse. Il survient presque toujours des accidents, jusqu’à ce qu’enfin une chance favorable fasse réussir une injection. Quiconque désire se livrer à des expériences de ce genre doit s’exercer, d’abord, sur des parties faciles à injecter, et il y en a heureusement beaucoup. On peut injecter, et cela sans peine, l’appendice vermiculaire du lapin, l’intestin grêle du mouton, le testicule du veau, les glandes de Peyer du même animal, et passer ensuite, peu à peu, à des organes plus difficiles. Dans beaucoup de cas, il est parfaitement inutile de fixer la canule en la liant, attendu qu’on réussit mieux à la comprimer avec les doigts ou avec une pince à ligature. Si on veut lier la canule, il est bon de se servir d’une aiguille fine, et d’apporter les plus grandes précautions en serrant le nœud, faute de quoi, on serait exposé à percer le vaisseau avec la pointe de la canule. Des ponctions trop fortes donnent lieu à des ouvertures qui peuvent laisser transsuder le mélange à injection. — Teichmann, qui a acquis dans cette partie une très-grande expérience, dit, avec raison, que le succès ne peut pas être assuré par toutes les piqûres, mais seulement par celle faite dans la partie où l’on présume devoir rencontrer des vaisseaux lymphatiques très-fins. Si le liquide extravasé au commencement de l’injection est peu abondant, on réussit généralement. Mais si, au contraire, la quantité du liquide extravasé est grande et va en augmentant, il faut interrompre l’opération et la considérer comme manquée. La seringue demande à être dirigée avec infiniment de précaution, surtout au commencement de l’injection.