CHAPITRE IX
Nous nous sommes écarté un moment du procédé que nous voulions indiquer. Lorsque la canule est solidement lixée, on remplit complètement la seringue, en la plaçant sous la nappe du liquide à injection , et, pendant qu’on tient et qu’on élève un peu la canule avec l’index et le médius de la main gauche, on y introduit, aussi profondément que possible , l’embouchure de la seringue, qu’on supporte avec les phalanges moyennes du doigt indicateur et du médius de la main droite, tandis que le pouce se pose dans l’anneau de la seringue. Il est important que l’avantbras soit appuyé sur la table et n’éprouve aucune gêne.
Pendant que deux doigts de la main gauche soutiennent la canule, et trois de la main droite la seringue, on fait pénétrer le mélange à injection lentement et, autant que possible, sans interruption. Il faut éviter tout mouvement maladroit, saccadé, surtout vers la fin de l’opération. Lorsque celle-ci réussit, on voit le mélange coloré s’avancer dans le système des vaisseaux ; on remarque également comment, sur certains points, les réseaux capillaires se remplissent et s’étendent de plus en plus vers la périphérie jusqu’au moment de leur réunion. La pression faite avec le doigt sur le piston doit augmenter graduellement et avec lenteur. S’il est nécessaire de remplir, une ou plusieurs fois, la seringue, on la sort de la canule sans attendre qu’elle soit entièrement vide; on bouche la canule avec le pouce de la main gauche, et on se sert de la main droite pour remplir la seringue, ou bien on confie ce soin à un aide. Si on possède plusieurs seringues avec des embouchures d’égale dimension, il est avantageux, lorsqu’on se sert de mélanges froids pour injecter de gros organes, de les remplir avant de procéder à l’opération, et de les poser à côté de soi, afin de remplacer une seringue vide par une autre qui est pleine.
Lorsque l’injection sera terminée, on fera bien de lier
les vaisseaux qui pourraient donner lieu à un écoulement. On ajustera à l’ouverture de la canule un bouchon en liège, et, mieux encore, un bouchon en métal, ou bien le petit tube terminal, muni du robinet dont il a été question ci-dessus. Cela fait, on place une ligature autour du vaisseau, à quelque distance de la canule, puis on enlève la ligature fixant la canule qu’on retire.
Avec un peu d’adresse, on acquiert promptement la pratique de ce genre d’opération ; mais il est souvent difficile de bien préciser le moment où on doit arrêter l’injection. Celui qui commence se trompera facilement, et le plus expérimenté comptera lui-même des jours d’insuccès. Tout en procédant très-bien, on peut ne pas aller assez loin, et alors l’injection ne remplit pas suffisamment les vaisseaux ; quelquefois aussi elle ne pénètre que dans certaines parties d’une petite étendue et ne se montre pas dans des réseaux capillaires un peu fins. Par contre, une injection poussée trop loin occasionne des extravasations et ne fournit, en définitive, qu’une préparation dont on ne peut pas se servir. En général, lorsqu’on voit se former un grand nombre d’extravasations, fussent-elles même extrêmement faibles au commencement, il est bon de s’arrêter, si l’on veut éviter de leur voir prendre des proportions effrayantes. Il est aisé de comprendre que la sortie un peu considérable du mélange à injection exige une interruption momentanée pour sauver ou conserver ce qu’on peut. Si on emploie les mélanges froids de Beale, on verra, vers la fin de l’injection, le liquide tout incolore refoulé à travers les parois des capillaires et des enveloppes de l’organe , apparaître à la surface sous la forme de gouttelettes graisseuses et brillantes. 11 sera temps alors de s’arrêter, ce serait, en effet, interrompre trop tôt l’injection, si on le faisait auparavant.
Une injection simple est tout naturellement plus facile