‹ Le Microscope manuel a l'usage des etudiants par le docteur Heinrich FreyChapitre 78 sur 156 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

les vaisseaux sanguins avec la même solution d’acide chrômique où doit ensuite plonger l’organe.

Du reste, il faut, dans toutes les opérations faites avec l’acide chrômique, attacher une grande importance à trouver le degré exact de concentration, et cela est si difficile, que ceux même qui ont le plus d’expérience ne réussissent pas toujours, parce que les altérations déterminées par l’acide sulfurique ont lieu d’une manière trèsinégale. Il peut arriver que des organes très-volumineux présentent une surface durcie, tandis que l’intérieur sera dans un état de décomposition putride. Des parties durcies avec excès offrent des resserrements considérables dans les éléments des tissus, et deviennent souvent si sèches, si cassantes, qu’il n’est plus possible d’en couper de petites tranches. Quelquefois l’organe ou une portion d’organe revient à un état meilleur par l’immersion dans de la glycérine. Il est avantageux d’ajouter, dès le principe, un peu de glycérine à l’acide chrômique.

Voilà ce que nous avions à dire des solutions concentrées d’acide chrômique, en ce qui concerne leur propriété de durcir; mais ce réactif possède encore une autre ' qualité bien plus importante. Considérablement dilué , il devient un agent léger de macération , tout en respectant les contextures les plus délicates, de sorte qu’on parvient, par ce moyen, à rendre visibles des organisations trèssubtiles, surtout dans le système nerveux, organisations qui passent complètement inaperçues dans les recherches faites sur des tissus frais. C’est justement en agissant de cette façon que ce réactif exerce une influence fâcheuse dans l’histologie des nerfs des sens, ainsi que le démontre M. Schultze dans son ouvrage.

En général, il faut employer en pareil cas, d’après l’expérience de ce savant si distingué, une concentration qui ne dépasse pas I centigramme sur 30 grammes d’eau, ou,

autrement dit, des solutions de 0,025 à 0,05 °/oi à l’aide desquelles on obtient, s’il y a chance de réussite, l’effet désiré au bout de 1 à 3 jours.

Le volume de la partie organique et la quantité de liquide dans lequel on l’immerge ont ici une importance bien plus grande que lorsqu’il s’agit seulement d’obtenir des durcissements. Car si l’objet est petit et le liquide où il est placé abondant, l’action est énergique, prompte, de manière qu’on dépasse facilement le but qu’on s’était proposé. Il est donc convenable de choisir un objet qui ne soit pas trop petit, et de régler judicieusement la quantité des solutions. Les premiers ou les plus petits fragments, placés dans des solutions copieuses se colorent en jaune et deviennent opaques, comme cela a lieu avec des solutions plus fortes; les derniers, au contraire, seront plus pâles et acquerront une demi- transparence.

Nous avons déjà eu l’occasion de parler des importantes observations de Graham sur les substances dites colloïdes et cristalloïdes, observations dont les conséquences pour la théorie du microscope sont du plus grand intérêt. Schultze, le premier parmi ceux qui se livrent en Allemagne à l’histologie , a compris toute la signification du travail de Graham. Il fit remarquer, avec raison, qu’il ne s’agissait pas ici seulement de l’effet produit par l’acide chrômique, mais qu’il fallait aussi considérer que de grands fragments, plongés dans une quantité modérée de solutions, éprouvent en outre l’effet des matières colloïdes du tissu (comme le sang, le mucus, l’albumine), que ces fragments contiennent et qui se mêlent à la solution. Il en résulte alors un liquide composé de matières colloïdes et de matières cristalloïdes, tandis qu’un tout petit fragment de tissu placé dans une grande quantité d’acide chrômique ne subit, pour ainsi dire, que l’action de la matière cristalloïde.

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