THÉORIE - DESCRIPTION - TECHNIQUE
L'instrument dont nous allons ici décrire le mécanisme et expliquer le maniement est connu des physiciens sous le nom de microscope composé dioptrique. Dans le langage usuel on l'appelle simplement microscope.
Le microscope est un verre grossissant, un instrument d'optique qui permet de voir et de distinguer des objets que leur petitesse rend invisibles ou fait paraître obscurs. Pour comprendre la disposition et le jeu de cet instrument, pour bien saisir ses rapports avec l'œil, comme aussi pour expliquer certains termes techniques qui reviendront souvent dans cette étude sur le microscope, il faut
4 THKORIK DU MICROSCOPE.
< iii|iiunter à l'optique quelques notions prélimiii;m-('s.
Lt's lentilles sont divisées en positives ou couver-
Pig. 1 à 3.
Lentilles convergentes.
Pig. 4 à 6.
Lentilles divergentes.
gentes, et négatives ou divergentes. Les premières comprennent la lentille biconvexe, la lentille plan-
Fig.
convexe et le ménisque convergent ; le ménisque divergent au contraire, ainsi que les lentilles biconcave et plan-concave, sont des lentilles divergentes.
Nous désignerons sous le simple nom de lentilles les lentilles biconvexes et plan-convexes, c'est-àdire les lenlilleîT convergentes.
Les rayons émis par un point très éloigné frappent parallèlement à l'axe optique hp (fig. 7) une lentille plan-convexe et la traversent jusqu'à la surface convexe, sans se briser dans ce trajet; mais alors, à leur point d'émergence e, ils sont déviés, écartés de la normale menée au point d'incidence, et se diri-
gent vers l'axe hp, qu'ils vont couper en o. Ce point 0 est le foyer de la lentille, et la distance de ce point à la lentille, soit of, se nomme distance focale de la lentille. Jusqu'ici cette distance était mesurée par les opticiens en pouces de Paris ; on la mesure aujourd'hui en centimètres, millimètres, etc.
Dans une lentille biconvexe, comme celle d'une simple loupe, on constate une double déviation des rayons. Les rayons tombant parallèlement à l'axe optique hp (fig. 8) sur la lentille, seront, en y entrant, di-
rigés vers la normale le, et ils couperaient l'axe optique en r, s'ils ne subissaient aucune déviation ultérieure ; mais en s ils atteig^nent la deuxième surface de la lentille, y sont brisés de nouveau, s'écartent cette fois de la normale et coupent l'axe optique au point 0, qui est le foyer de la lentille. La distance du point 0 à la lentille est donc la distance focale.
L'œil est en quelque sorte une lentille biconvexe. Grâce à la convexité de la cornée, de la lentille du
FIg. 9.
cristallin, grâce à la réfrangibilité des humeurs de l'œil, les rayons lumineux parallèles provenant d'un objet éloigné se réunissent en un foyer et forment sur le fond sombre de la rétine une image de l'objet. Nous jugeons des dimensions apparentes d'un objet d'après la grandeur de \ angle visuel; de celuici dépend aussi la grandeur de l'image reçue par la rétine. Ainsi une aiguille à coudre, tenue tout près de l'œil , peut paraître aussi grande et aussi épaisse
qu'une perche placée à une certaine distance. Soit, par exemple, un objet sur la ligne ah (fig. 9), aoh étant l'angle visuel, l'image rétinienne s'étendra de a' à b'. Porte-t-on cet objet sur la ligne AB, c'està-dire plus près de l'œil , Timage A'B' et l'angle visuel AoB seront plus grands, et cela d'autant plus que l'objet lui-même sera plus rapproché.
La vision distincte d'un objet a des limites. On ne peut apercevoir distinctement un objet que lorsque les rayons lumineux qui en émanent subissent, à travers les milieux de l'œil, une réfraction telle que leurs foyers se trouvent sur la rétine. Si l'œil agissait comme une lentille de convexité constante, il ne devrait se former sur la rétine une image claire que pour une certaine distance de l'organe, la distance focale. Mais, nous le savons, l'œil peut s'accommoder à la vision de sources lumineuses situées à différentes distances; il peut modifier son pouvoir réfringent et réunir sur un seul et même foyer, la rétine, des rayons peu divergents, émis par des objets éloignés, ou des rayons très divergents au contraire, provenant de sources lumineuses situées très près. Cette propriété spéciale de l'œil porte le nom de puissatice d'accommodation. Ce pouvoir de l'organe n'est cependant pas illimité; il varie d'un sujet à l'autre. On voit en effet des yeux normaux capables de s'accommoder aux distances
longues ou courtes; les yeux à courte vue réfractent trop les rayons lumineux, et par conséquent concentrent les rayons très peu divergents en un foyer situé en avant de la rétine. L'œil hypermétrope n'a pas un pouvoir convergent sufûsant ; aussi les corps les plus rapprochés eux-mêmes vont-ils former leur image au delà de la rétine. Une image confuse résulte de ces deux imperfections de l'œil. On évalue diversement la distance de vision de l'œil normal : les uns portent la distance de vision distincte à 20 centimètres; d'autres vont jusqu'à 25, d'autres enfin la portent à 15 seulement.
Un petit objet se trouve-t-il dans les limites de la vision distincte de l'œil, on voit se produire sur la rétine une image claire. Approchons cet objet très près de l'œil, si les rayons qu'il émet divergent beaucoup, le foyer sera placé derrière la rétine. La puissance d'accommodation de l'œil ne peut pas, dans ce cas, remettre l'image à une place favorable à l'observation ; cette puissance a donc ses limites.
On obvie à cet inconvénient par des moyens artificiels : et l'on arrive à toute la netteté désirable en interposant entre l'œil et l'objet une lentille capable de faire diverger les rayons visuels. L'image rétinienne est alors plus petite, il est vrai, mais plus nette, plus tranchée, plus claire.
Soit la flèche AB (fig. 10) ou un objet quelconque
placé sur cette flèche devant la lentille L. Les rayons réfractés à leur sortie de la lentille semblent en quelque sorte .émaner de la flèche a'6', située beaucoup plus loin. Si cette flèche est placée à une distance correspondant à la vision distincte, les rayons viendront se couper sur la rétine et y former une
Fig. 10.
image claire. L'objet AB paraît être placé à une plus grande distance, l'angle visuel est devenu plus grand; l'objet parait donc grossi.
Ces lentilles convergentes portent le nom de loupes, lorsque leur pouvoir grossissant ne dépasse pas iO à 20. Si le grossissement est plus fort, et si on suppose la lentille fixée à un support, on a le microscope simple.
Microscope simple. — Le microscope simple est encore aujourd'hui un instrument indispensable au naturaliste qui a besoin de préparations microscopiques. Le support peut avoir diverses formes, mais le principe demeure le même. Sur un bras mobile autour d'un support est fixé un anneau destiné à porter la lentille. On pourrait, au lieu d'une seule lentille, se servir du système le moins grossissant d'un microscope composé. Le support est solidement fixé sur un large pied de bois; au-dessous de la lentille est disposée une platine qu'on peut relever ou abaisser à volonté à l'aide d'une crémaillère. La platine est percée d'un trou destiné à laisser passer les rayons lumineux que réfléchit un miroir placé au-dessous. Certaines loupes sont munies de deux planchettes, situées de part et d'autre du support, et sur lesquelles le micrographe appuie les mains pour exécuter ses préparations.
Le microscope simple ne peut guère être employé dès qu'on atteint des grossissements supérieurs à 40. Du reste, il fatigue beaucoup l'œil, à cause de l'exiguité du champ, de la faible distance qui sépare la
MICROSCOPE COMPOSÉ, il
lentille de la préparation et du défaut de netteté des images; aussi est-il à peu près complètement hors d'usage; les microscopes composés ayant subi de grands perfectionnements, le microscope simple est réduit au rôle d'instrument de préparation.
Dans les microscopes catoptriques ou à miroir, le grossissement est obtenu à l'aide d'un miroir concave. Ces microscopes sont d'un prix beaucoup plus élevé que les microscopes dioptHques, dans lesquels le grossissement est obtenu à l'aide d'une lentille de verre.
Microscope composé. — En superposant à la lentille du microscope simple un tube noirci à l'intérieur, on obtient dans ce tube l'image grossie et renversée d'un objet placé au foyer de la lentille. Si l'on place au-dessus de ce tube une lentille convergente (oculaire) à travers laquelle on aperçoive cette image virtuelle grossie une seconde fois, on réalise la construction du microscope composé. Dans le microscope simple ou la loupe on aperçoit donc l'objet lui-même; dans le microscope composé dioptrique, c'est l'image de l'objet, grossie et renversée, qui s'offre à l'examen.
Soit ah (fig. 11) le diamètre de l'objet situé en deçà de la distance focale, mais rapproché pourtant du foyer de la lentille l. Tous les rayons qui vont de a
en A, de 6 en B, et en un mot tous tes rayons émanant de l'objet ab, seront réfractés et se couperont suivant AB, donnant ainsi de l'objet une image virtuelle grossie et renversée, que la lentille nous montre à
la distance moyenne de vision distincte w. Les rayons qui traversent la lentille L acquièrent le degré de divergence qu'auraient les rayons de l'objet placé en a"6".
Gomme il ressort de la figure 11, la section de l'image qui se trouve entre a' et b' peut seule être aperçue ; car les rayons de b à B et de « à A dépassent les bords de la lentille L.
La figure 12 représente la section longitudinale d'un microscope composé'; ob est V objectif; ici c'est un système de lentilles adapté au bord inférieur
Pig. 11.
* Cette figure est en partie schëmatique.
du tube noirci intérieurement; o est V oculaire; c'est un cylindre court enchâssé dans le tube r. La lentille convergente c, liée à l'oculaire, doit être pro^^soi^ement négligée. La petite flèche représente Vohjet soumis à l'examen. Elle est placée sur une lame de verre, \eporteobjet; ime autre lame de verre très mince la recouvre supérieurement, c'est le couvreobjet^. Le porte-objet repose sur une plaque ou table t, nommée platine; cette plaque est percée d'un trou dans l'axe de l'objectif.
La préparation est placée surla platine, juste au-dessus du trou; s est un miroir concave, auquel on donne une position telle que le foyer coïncide avec l'objet ou, en d'autres termes, que les rayons lumineux réfléchis par le miroir se coupent
Fig. 12. — Coupe verticale d'un Microscope composé.
*Le couvre-objet n'est pas représenté sur la figure 12.
sur l'objet lui-même. De cette façon la préparation est éclairée, lorsqu'elle est transparente ou tout au moins diaphane. Les objets opaques sont éclairés par le haut, grâce à des dispositions particulières. (Des lentilles, par exemple, ou un miroir de Lieberkûhn.)
Ces parties essentielles du microscope sont adaptées à un support : le tube r est retenu dans une gaine de métal, dans laquelle il glisse à frottement. On peut ainsi rapprocher à volonté l'objectif oh de la platine et par suite de la préparation on dispose alors le miroir sous un angle convenable pour qu'il envoie sur les lentilles une vive lumière. Nous montrerons dans la suite comment, en regardant dans l'intérieur du microscope, on dirige le miroir vers une fenêtre ou vers une lampe, jusqu'à ce que les rayons lumineux viennent frapper l'œil de l'observateur.
Il faut que Tobjectif et la préparation puissent être rapprochés ou éloignés l'un de l'autre, suivant que l'exigent les rapports optiques entre l'œil et les lentilles. Chaque microscope composé dispose pour cela d'un mécanisme spécial {mécanisme de la mise au point). On distingue la mise au point grossière et la mise au point précise. La première consiste dans le déplacement du corps de l'instrument dans la gaine. Pour opérer la mise au point grossière, il faut donc
abaisser lentement le tube r dans l'intérieur de la gaîne, jusqu'à ce que l'œil aperçoive une image trouble de la préparation disposée sur la platine et éclairée par le miroir. Vient alors la mise au point précise: la platine s'éloigne ou se rapproche de l'objectif par gradation très lente ; quelquefois c'est l'objectif qu'on rapproche de la préparation ^ L'opération doit durer jusqu'à ce que l'œil perçoive une image nette et distincte de l'objet soumis à l'examen.
L'appareil destiné à transmettre ces mouvements est une vis micrométrique qui relève ou abaisse la platine, en la maintenant horizontale. La platine peut être mobile comme un clapet, à l'aide d'une charnière qui la fixe au pied de l'instrument. Elle porte à la partie inférieure une saillie contre laquelle vient butter une vis, dont elle suit les mouvements.
La platine est constituée quelquefois par deux plaques superposées^ rivées à un de leurs bords et portant, sur le bord libre opposé au premier, une vis qui permet d'élever ou d'abaisser à volonté la plaque supérieure. Cette disposition, qui théorique-
* L'expérience a montré qu'il valait mieux faire mouvoir le corps du miscroscope que la platine. Ce procédé est plus précis et moins sujet a dérangement. De plus, si l'on fait mouvoir l'objet, la mobilité de la platine est gênante. Aussi les bons microscopes sont-ils à platine fixe.
mont constitue un obstacle au but qu'on se propose, n'en oflre pas moins dans la pratique de sérieux avantages.
Dans les plus grands microscopes, la mise au point grossière s'effectue ordinairement à l'aide d'un engrenage qui élève ou abaisse simultanément le tube et la gaîne ; la mise au point précise se fait par un des procédés indiqués ci-dessus, ou bien encore par un système spécial, mu par un ressort et une vis micrométrique. Un bon microscope doit toujours être pourvu d'appareils de mise au point exacte. Quand on a affaire à des instruments de peu de prix, il ne faut compter que sur une mise au point approximative.
Comme on l'a dit plus liaut, le microscope composé n'est autre chose qu'un microscope simple dans lequel on ajoute un tube avec un oculaire à l'objectif ou au système de lentilles qui le compose (objectif de deux ou trois lentilles combinées). L'appareil ainsi construit présente des imperfections qu'il s'agit de corriger. Les deux principales sont Vaherration de sphéricité et Vaherration de réfrangi-
hilllr.
Par angle d'ouverture d'une lentille on entend l'angle formé par les lignes qui joignent le foyer aux extrémités de la coupe verticale d'une lentille ; xrv (fig. 13) est l'angle d'ouverture.
Cet angle est-il très petit, les rayons, soit du bord, soit du centre, se réunissent en un seul point; augmente-t-il, les rayons lumineux passant par le centre ou dans le voisinage du centre ced, se réu'^ nissent au foyer R, tandis que les rayons du bord subissent une réfraction plus sensible et forment déjà leur foyer au point r. Par suite de cette déviation des rayons marginaux, nous n'avons d'un corps
Fig. 13. — Aberration de Sphéricité.
en R qu'une image vague et trouble, à contours mal définis, visible seulement à travers les rayons du bord. Si Ton supprime ces derniers par un diaphragme R, un anneau de métal par exemple, l'image devient claire en R. Un semblable diaphragme, destiné à intercepter ces rayons marginaux, nous le retrouvons dans le microscope même, près de l'oculaire, comme l'indique la figure 12, en 6b. Quelquefois même on en trouve un second dans le tube.
Un faisceau de lumière blanche, dans son trajet à travers une lentille convergente, n'est pas uniformément réfracté, mais il est décomposé en rayons colorés, dont le degré de réfrangibilité varie de l'un à l'autre. Le rayon violet i (fig. 14) est plus dévié
Pig. 14. — Aberratiou de Réfrangibilitë,
que le rouge k. Entre i et A: se trouvent les autres rayons colorés du spectre. Aussi l'objet paraît-il non seulement confus et trouble, mais encore bordé d'une couronne multicolore. Pour obvier à cet inconvénient, on fait usage de lentilles adiromatiques, c'est-à-dire destinées à recomposer les différentes couleurs du spectre en un fais- T ^f'^^\. ceau de lumière blanche. On com-
Lentille double.
bine à cet effet des lentilles de diverses substances {crown, flintglass).
La figure ci-dessus représente une lentille convergente s, reliée à une lentille divergente z: s est en crown, z en fïint. Elles sont cimentées par du baume du Canada. Cette réunion étroite de deux
lentilles porte le nom de lentille double. Non seulement ce système peut être rendu à peu près achromatique, mais il permet encore, lorsqu'une lentille est convergente , l'autre divergente , d'affaiblir l'aberration de sphéricité. Dans les objectifs des bons microscopes les lentilles sont toujours combinées de telle sorte que l'aberration de Tune corrige l'aberration contraire de l'autre. Un achromatisme absolu des lentilles est d'ailleurs inutile.
Si l'on cherche à réunir les rayons rouges et violets, le foyer aii>si obtenu ne sera pas celui des autres rayons colores intermédiaires; aussi dans les lentilles doubles achromatiques obtient-on des images avec des traces de couleurs intermédiaires sur les bords ; elles ont une nuance jaune verdâtre. Comme cette couleur est moins agréable à l'œil que le bleu clair, on donne, dans l'objectif, à la lentille en flint un certain excédant de poids. Le bord de l'image est alors entouré d'une même bande bleu clair. Cette double lentille se nomme lentille perfectionnée ^ et on donne à celles qui fournissent des images rouges le nom de lentilles grossières.
Une lentille double dans laquelle l'aberration de sphéricité et celle de réfrangibilité sont supprimées autant que possible porte le nom de lentille aplanatique.
11 y a deux méthodes pour combiner entre elles
les lentilles de l'objectif. D'après l'ancienne méthode, chaque doublet est numéroté isolément (1, 2, 3, 4, etc.); ils sont vissés les uns aux autres, de sorte que 4 et 2, ou bien 4 , 2 et 3, ou encore 2, 3 et 4, forment des systèmes de lentilles. Aujourd'hui les opticiens construisent des systèmes de lentilles dans lesquels la lentille inférieure a la plus petite ouverture; les autres sont superposées d'après les dimensions croissantes de leur diamètre. C'est grâce à cette disposition des objectifs et par l'emploi de lentilles aplanatiques que nos microscopes actuels atteignent ce pouvoir pénétrant et résolvant qui rend visibles, à l'aide des plus forts grossissements, les détails les plus délicats (stries longitudinales et transversales des écailles de papillons).
Les lentilles achromatiques et les diaphragmes (voir pages 47 et 48) ont déjà considérablement perfectionné les microscopes composés. Le champ visuel cependant (surface visible sous l'oculaire) est encore trop petit et trop obscur; de plus, la surface de l'objet paraît convexe. Pour obvier à cet inconvénient, une deuxième lentille {le^itille collective ou verre de champ) est ajoutée à Toculaire et à une distance telle de celui-ci que l'image des objets vient se peindre entre le verre de champ et l'oculaire luimême. L'utilité du verre de champ est d'abord de réfracter vers l'axe les rayons divergents provenant
e l'objet. L'image qui sans cela serait formée en c'a'b' et serait trop grande pour être aperçue à travers l'oculaire o, apparaît maintenant en c"a"h'\ L'objet est ainsi placé dans le champ visuel ; il est vu tout entier et non en partie, comme il le serait en l'absence du verre de champ. De plus, ce dernier augmente la clarté de l'image, car les rayons de l'espace c'a' h' se concentrent sur l'espace plus restreint c"a"h". Enfin le verre de champ fournit un champ visuel dans lequel l'image c"a"h" présente une convexité opposée à celle de c'a' h'. On peut
aussi placer cette lentille de façon à en combiner les courbures avec celles de l'oculaire. Ces grands avantages optiques et quelques autres encore font du verre de champ une lentille indispensable à tous les microscopes, même aux plus mauvaise
* Le verre de champ concourt encore à rachromatisme de l'image en supprimant les franges irisées qui la bordent.
Fig. 16. — Verre de Champ.
L'Objectif consiste en une ou plusieurs lentilles, simples ou doubles. Le grossissement est en raison inverse de la distance focale. Néanmoins il est très difficile de placer ici une lentille double à foyer très court; on atteint pourtant le même but à Taide d'un système à foyer plus long. D'un autre côté, cette disposition augmentant la netteté de l'image et diminuant l'aberration chromatique et l'aberration de sphéricité, on en est venu aujourd'hui à ne construire les microscopes qu'avec un système de deux ou trois lentilles aplanatiques.
Dans un pareil objectif, ordinairement fixé sur un petit tube de laiton, la lentille la Fig. 17. - Coupe verticale P^"^ Petite et la plus épaisse du Système de Lentilles est eu bas, la plus large en
d'un Objectif. i » i i» i j
haut; les faces planes du système sont tournées vers l'objet.
Si Ton donne aujourd'hui la préférence aux objectifs dont les lentilles sont intimement, réunies en systèmes, on se servait auparavant d'objectifs dont les lentilles isolées chacune dans sa propre monture pouvaient se visser l'une à l'autre; on composait ainsi son système soi-même.
Ces lentilles simples sont, comme nous l'avons dit plus haut, indiquées par les chiffres 4, 2, 3, etc., et,
d'après une table, on reliait, pour les grossissements divers, les lentilles 4 et 2, 4, 2 et 3, etc.
On trouve fréquemment les deux dispositions (système de lentilles et lentilles simples) réunies dans un même microscope.
Dans quelques instruments anciens, il n'y a qu'un seul système pour l'objectif, et les grossissements divers sont obtenus par l'addition d'un ou plusieurs oculaires. Cette disposition est moins avantageuse.
Il ne faut pas oublier que la clarté du champ est en raison mverse du grossissement; car l'objectif laisse passer d'autant plus de lumière que sa surface est plus grande. Les objectifs à fort grossissement, qui n'ont d'ordinaire qu'un petit diamètre, ne peuvent donc recevoir que peu de lumière; cette faible quantité, qui suffît pour éclairer une petite image, doit éclairer plus loin une image beaucoup plus grande. C'est donc un avantage pour le microscope d'avoir à l'objectif une ouverture aussi grande que possible.
Un point très important dans la construction des microscopes, c'est de centrer exactement les lentilles simples, comme aussi les lentilles associées; l'axe optique doit passer juste au milieu des deux surfaces d'une lentille, et les axes de toutes les lentilles d'un microscope doivent se trouver sur une
seule ligne droite (fig. 12, xx). Si les lentilles d'un microscope ne sont pas centrées avec toute l'exactitude possible, l'image sera non seulement obscure, mais encore plus ou moins défigurée. Cette opération est un des travaux les plus difficiles qu'ait à exécuter un opticien ; aussi les microscopes de peu de valeur, dits à la grosse, laissent-ils beaucoup à désirer sous ce rapport. On constate qu'un microscope est bien centré en faisant tourner le tube autour de son axe. Le but est-il atteint, l'image reste au milieu du champ; si non, elle décrit un cercle excentrique qui, à de forts grossissements, sort même du champ de vision. Un centrage parfait dépend beaucoup du hasard, et l'on doit se contenter d'une approximation suffisante.
Fig. 18. — Coupe d'un Oculaire négatif ou Oculaire de Huyghens.
Oculaire. — En traversant V oculaire, les rayons lumineux de l'image formée par l'objectif éprouvent une déviation telle que l'observateur les reçoit tous à travers sa pupille. La figure 18 (et 12, o) représente l'oculaire le plus employé, celui qui porte le nom d'oculaire négatif, de Huyghens ou de Campant. Il consiste en un tube métallique noirci
intérieurement. En haut est vissée dans la monture la lentille oculaire, en bas le verre de champ. On donne ordinairement le nom d'oculaire à ces deux lentilles associées. Le verre de champ, comme nous l'avons expliqué plus haut, fait converger les rayons en avant de la distance focale de l'oculaire; celui-ci joue le rôle d'une loupe. La surface plane de l'oculaire est tournée vers l'œil, comme aussi celle du verre de champ. C'est par là que l'oculaire de Huyghens diffère de celui de Ramsden ou oculaire positif, dans lequel^s surfaces convexes des deux lentilles sont tournées l'une vers l'autre et plus rapprochées. L'image ici n'apparaît pas entre l'oculaire et le verre de champ, mais au-dessous de ce dernier (voir iig. 16). L'oculaire de Ramsden nécessite un champ de vision plus étendu. On s'en sert principalement pour l'usage du micromètre oculaire.
Deux ou plusieurs oculaires négatifs, à grossissements différents, sont joints aux meilleurs microscopes. Le tube de l'oculaire est d'autant plus long que le grossissement est plus faible. Les oculaires d'un microscope sont désignés par une lettre ou par des chiffres romains.
Il faut mentionner encore V oculaire orthoscopique de Kellner, dans lequel le verre de champ se com pose de deux lentilles accolées, et dont l'oculaire
donne un plus fort grossissement (huit à douze fois). Cet oculaire a pour effet de donner l'image de l'objet dans sa position naturelle; car, avec l'oculaire négatif, l'image est toujours renversée, et pour observer la préparation , il faut la diriger en sens inverse. L'oculaire orthoscopique ne paraît pas répondre à un besoin optique essentiel ; on prétend pourtant que l'image qu'il donne est très plane, et que par conséquent le grossissement en est très uniforme. On est du reste complètement revenu de la réunion d'un oculaire fort et d'un objectif faible. Les plus forts oculaires agrandissent, il est vrai, l'image, mais c'est au détriment de la clarté et du relief. Les oculaires très forts ne sont souvent pour les microscopes qu'un accessoire sans valeur.
On a aussi des oculaires coudés; ils sont très commodes pour l'observateur, qui peut ainsi regarder horizontalement dans le microscope.
Comme on a pu le remarquer, on indique les objectifs par des chiffres arabes, et les oculaires, soit par des lettres, soit par des chiffres romains. On obtient donc les divers grossissements en combinant l'oculaire et l'objectif. L'oculaire IL par exemple donne, avec le système 4, un grossissement de 350 l'oculaire 1 au contraire, combiné avec l'objectif le plus fort, 4, ne donne qu'un grossissement de 280. A chaque microscope est joint un tableau synoptique