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elle y mettait une activité merveilleuse.
Elle vit d’abord, à la ville, la couturière à qui M. Raclot avait commandé la toilette
sa fille. La couturière n'avait pas livré sa commande et avait reçu une petite somme d’argent, à titre d’indemnité. La robe inachevée était encore dans les cartons.
Mile Lormeau donna l’ordre de terminer
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la robe immédiatement et commanda, en outre, deux autres vêtements à livrer en même temps.
Pour que Marthe ne fût point obligée de venir à la ville, Mlle Lormeau, en sa qualité d’ancienne couturière, se chargea de l’essayage.
Elle avait aussi commandé à Paris ce qui devait compléter le trousseau de la mariée.
N’oubliant rien, elle avait mis vingt mille francs dans la main de son neveu en lui disant:
—- Ta fiancée n’a pas un seul bijou, pas le moindre chiffon de dentelle, rends-toi à Paris avec Mathilde et à vous deux, connaissant les goûts de Marthe, achetezlui les objets qui pourront lui faire plaisir.
Le jour fixé pour le mariage arriva. On était à la fin des moissons, et, bien qu’on eût hâte de rentrer les dernières gerbes, à partir de neuf heures du matin, ce jour-là, il n’y eut plus personne dans les champs.
C'était fête à Aubécourt. Les. habitants
endimanchés s'étaient tous donné rendezvous pour se livrer à une manifestation en l'honneur de la fille de Mathurin Raclot.
Quand Marthe sortit de la chaumière de sa vieille nourrice, donnant le bras à son grand-oncle, elle fut saluée par les acclamations, les vivats de la foule.
Sur tout le parcours du cortège, de chaque côté de la rue, des hommes, des femmes, des enfants formaient deux haies serrées. Les acclamations continuaient; partout les mêmes cris joyeux; chapeaux et mouchoirs s’agitaient audessus des têtes.
Quelle ovation! C'était un nouveau triomphe !
Et tout ce monde n’était pas d’Aubécourt et de Ligoux; on était venu de loin, de plusieurs lieues pour voir la belle mariée qui était depuis quelques jours, et à plus de dix lieues à la ronde, l’objet de toutes les conversations et de toutes les curiosités.
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ndez- D'autre part, les invités étaient nomation breux ; tous les Bertrand, grands et peaurin tits, étaient venus de Paris;. les personnages les plus importants du département nière étaient là. Les hommages rendus à Maras à the Raclot, par une population dont elle " les était devenue l’idole, furent pour tous un Spectacle inoubliable.
de La mariée avait pour témoins son des grand'oncle, Jules Bertrand, et le notaire Jeux Rousselet : ceux de Georges de Santenay onti- étaient l'ingénieur en chef des ponts et EUX ; chaussées et le préfet du département.
au- Le lecteur se demande, sans doute, où et Comment vont être reçus les cent et veau
quelques invités si, comme d'usage, il y a un grand repas de noces.
Assurément, il n'existe pas à Aubé-
OI, court comme à Paris et dans les grandes ma- villes, de vastes salles où plus de cent { » €t | convives peuvent s’asseoir autour d’une t de table. :
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Mais Mlle Lormeau ne s'était pas trouvée embarrassée pour si peu.
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Dans le jardin du notaire, on avait élevé une tente magnifique, et, dès l'avantveille, cuisiniers et marmitons et garçons de service avec fourneaux, ustensiles de cuisine, vaisselle et comestibles de toutes sortes étaient arrivés à Aubécourt.
Or, il y eut sous la tente un superbe fes'in pouvant rappeler celui des noces de Cana en Galilée ; seulement, comme nous ne sommes plus au temps où l’on changeait l’eau en vin, Mlle Lormeau avait eu grand soin de veiller à ce que les bons vieux crus de Bourgogne et de Bordeaux ne manquassent point.
Il y a déjà plus de quatre ans que Marthe est la femme de Georges de Santenay.
Ils ont deux enfants, un garçon et une fille, et la jeune mère dit souvent en em-
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brassant son mari : « Je suis la plus heureuse des femmes! »
Le vieux général de Santenay raffole de son petit-fils, il lui apprend à faire l'exercice, et le petit bonhomme a déjà la crânerie d’un vieux troupier.
— Bon papa, dit-il, faisant rire aux larmes le vieux général, quand je serai grand, tu verras comme je taperai fort sur les méchants soldats étrangers qui viendront faire la guerre à la France.
Georges de Santenay est à la veille d’être nommé ingénieur en chef.
L'histoire de Marthe Raclot est connue de tout le monde; aussi la jeune femme est-elle beaucoup recherchée; elle est reçue partout et partout on l’accueille comme une amie.
Deux ou trois fois, chaque année, elle se rend à Aubécourt pour faire une visite aux vingt-cinq vieillards pensionnaires de l’hospice qu’elle a fondé et doté d’une
rente annuelle de dix-huit mille francs.
L’hospice se trouve au centre du vil-
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lage. C’est dans la grande et belle mai- Son bourgeoise achetée autrefois par la veuve Martin, qu'ont été installés les pensionnaïires ; toutefois, un bâtiment neuf y a été annexé.
Le jardin, aussi, a été considérable.
ment agrandi.
Les vieillards sont confiés aux Soins de trois sœurs de charité, assistées de deux
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scrvants, sous la surveillance de l'autorité municipale et d’un médecin désigné par l’Assistance publique.
Le château de Mathurin Raclot, ancienne demeure féodale, qui semble encore dominer Aubécourt, ne sera plus bientôt qu’un monceau de ruines, et sur son emplacement pousseront des ronces et des épines ; mais la maison des vieillards passera à travers les siècles ; si les bâtiments venaient à tomber, ils seraient aussitôt relevés, car les œuvres de bienfaisance sont immortelles.
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Paris Imp. PAUL DUPONT CI.) 48.12.88.