‹ Le million du père Raclot [microforme]Chapitre 24 sur 102 · ANS · texte numérisé non relu

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bituée à la simplicité, elle n’était pas plus exigeante au château d’Aubécourt qu’elle ne l’avait été pendant les longues années passées au couvent. Certes, ce n'était pas au village, près de son père, au milieu

d'une population de cultiva- | teurs, qu'elle pouvait devenir

\ coquette et recherchée dans À ses toilettes.

Le pèreétaitcharmé

de voir que sa fille

US, n'était point, comme

Te il l'avait redouté, une ‘ ; dépensière.

# Aussi, ayantréalisé un jour sur une vente de bestiaux un bénéfice sur lequel il n'avait point compté, il acheta à Marthe, d’un seul coup, pour trois mille francs de bijoux. C'était merveilleux, inouï,

La jeune fille remercia son père avec une émotion mêlée de surprise.

Elle allait pouvoir remplacer ses bou-

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cles d'oreilles de vingt-cinq francs par des boutons de deux mille francs, et mettre pour la première fois un bracelet à son bras et à son doigt une bague de prix.

Mais, disons-le, c'était moins pour

être agréable à sa fille que pour satisfaire sa vanité que M. Raciot s'était montré si extraoïdinairement prodigue.

Marthe savait parfaitement, — elle le sentait, — que la tendresse paternelle de son père laissait beaucoup à désirer; eile souffrait de le voir répondre à son affection par la froideur et faisait tout ce qu'elle

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pouvait pour faire fondre cette glace: mais l’amabilité, les gentillesses, les caresses n’ont aucune action sur l’airain ou sur le marbre.

L'intimité entre le père et la fille n’existant pas, Marthe ne pouvait être expansive, et forcément elle mettait un frein aux élans de son cœur.

Aussi, depuis plus de deux mois qu'elle était revenue chez son père, n’avait-elle pas eu le courage de lui dire qu'elle aimait Georges de Santenay et qu'elle était aimée de ce jeune homme.

Un matin, après avoir longuement parlé au paysan du général de Santenay, de sa fille et de son fils, de l'accueil qu'elle avait reçu dans leur maison, de sa reconnaissance et de l’amitié qui l’unissait à M''e de Santenay, elle lui fit comprendre que, pour les remercier, il devait les inviter, au moins une fois, à venir passer deux ou trois jours au château d’Aubécourt.

Tout d'abord, M. Raclot ne cacha pas

fu

à sa fille que la proposition qu'elle lui faisait n’était pas de son goût.

Mais Marthe insista; elle eut même des larmes qu'elle ne put retenir.

Voir pleurer sa fille n'était rien pour Raclot, cependant il se laissa convaincre en se disant que ça ferait bien dans le pays quand on saurait qu’il recevait chez lui, comme amis, un général, un ingénieur des ponts et chaussées, et Mie Mathilde de Santenay, une amie intime de sa fille.

Toujours la vanité et l’orgueil. L'invitation fut: faite et la réponse ne se fit pas attendre.

Quelques jours après, M. de Santenay, son fils et sa fille arrivèrent au château.

Nous croyons inutile de dire si l’on fut heureux de se revoir, si les deux amies s’embrassèrent avec effusion, et de parler des serrements de mains furtifs 6,

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ct des longs regards échangés entre les deux amoureux.

Subissant, cette fois, l'influence de sa

fille, le rustre ne se montra pas trop maladroit et reçut ses nobles invités d’une

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façon assez convenable. C'était un paysan; on ne pouvait exiger de lui plus qu'il ne pouvait donner.

La famille de Santenay était venue à Aubécourt pour trois jours. La première

journée se passa fort tranquillement. On commençait par faire connaissance. A la dérobée, elle, rougissante, mais heureuse et ravie, Marthe et Georges se chuchotèrent à l'oreille de douces paroles d'amour.

M. Raclot, se gonflant comme la grenouille de la fable, ne manqua pas de promener ses hôtes au milieu de ses terres.

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