‹ Le million du père Raclot [microforme]Chapitre 33 sur 102 · DATA T · texte numérisé non relu

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ton père n'était mis sur les actes hypothécaires, le notaire avait des hommes pour cela, des prête-noms.

« Lambert fut censé emprunter soixantedix mille francs, mais il n’en toucha que cinquante mille. Comme tu le vois, il n’était pas mieux traité par le notaire qu'il ne l’eût été par M. Raclot.

« Il devait rembourser la somme empruntée en six ans et payer chaque année les intérêts à cinq pour cent de la dite somme de soixante-dix mille francs.

— C'est horrible! murmura la jeune fille d'une voix étranglée.

— Malheureusement, continua la paysanne, le pauvre Lambert eut toutes sortes de peines : une année la grêle saccagea ses récoltes ; l’année suivante, un incendie détruisit ses granges et ses greniers; pour comble de malheur, la mortalité se mit dans ses écuries.

« Le pauvre homme, qui avait compté sur ses récoltes et la vente de ses bêtes pour payer les intérêts de l’argent qu'il

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devait et s'acquitter au bout des six ans, non seulement ne put pas payer les intérêts, mais fut forcé de s'adresser de nouveau au notaire, qui lui prêta, sans difficulté et aux conditions que tu sais, les sommes qui lui étaient nécessaires pour faire marcher sa ferme.

« Il commençait à se releverun peu et espérait qu'il arriverait, avec le temps, à réparer ses désastres, lorsque la mort l’enleva tout à coup.

— Pauvre malheureux! fit Marthe; et qui sait si sa terrible dette n’a pas été pour quelque cnose dans sa mort?

— On l’a dit, mon enfant; mais, tu sais, on dit tant de choses.

— Continue, nourrice, continue.

— Me Lambert n’était pasencore remise du coup qui venait de la frapper, lorsqu’elle fut mise en demeure de rembourser, dans un court délai, la somme de cent vingt mille francs empruntée par son mari et augmentée des intérêts capitalisés. Naturellement, elle ne pouvait

pas. Alors les gens de loi s’en mélèrent; ils firent pleuvoir le papier timbré, il y eut saisie et, finalement, vente par rité de justice.

— Combien le Courant a-t-il été vendu?

—Centtrente millefrancs, À!

à peine moitié de sa valeur.

— De sorte que mon père a eu cette ferme pour environ quatre-vingt mille francs?

— Oui.

— Qu'est-il resté à la

pauvre e — Rien. “Al ù

vente du matériel, À des bêtes, des grains ——""“###%# et des fourrages a payé les frais de justice.

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— Oh! c'est monstrueux!

— Ah! Marthe, pourquoi as-tu voulu Savoir.

— Parce qu'il le fallait.

Elle continua avec un accent doulour'eux :

— Etles deux autres fermes, la prairie des Noues, le clos de la Hourie, les vignes et les bois ont été acquis par mon père de la même façon ?

La nourrice baissa la tête sans répondre.

— Les prêts usuraires, continua la jeune fille, les poursuites judiciaires, les ventes forcées ruinaient un certain nombre de malheureux au profit d’un seul homme.

Cette œuvre épouvantable a commencr par la spoliation d’un héritage ; l'odieuse spéculation sur le malheur d'autrui a suivi; des veuves, des orphelins ont été dépouillés!... Partout où mon père a passé, il y a la misère, des gémissements, des larmes!

« Oh! quelle honte! quelle honte!

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