‹ Le million du père Raclot [microforme]Chapitre 34 sur 102 · CEE EEE ET EE ET ET ET CT EC · texte numérisé non relu

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Elle cacha son visage dans ses mains et se prit à sangloter.

La nourrice la regardait, éperdue, ne sachant que dire, pleurant de la voir pleurer.

Elle aurait dû se taire; elle regrettait amèrement d’avoir parlé.

Mais Marthe l'avait voulu, exigé.

La jeune fille blâmait les agissements de son père, elle en était honteuse; elle comprenait cela la vieille paysanne ; mais elle ne pouvait pas deviner combien était grand et sombre le désespoir de la pauvre enfant, ni quelles seraient les conséquences des révélations qui lui avaient été faites.

Au bout d’un instant, Marthe releva la tête; la douleur atroce dont son âme était pleine se reflétait sur son beau visage pâli.

— Chère nourrice, dit-elle, je te remercie.

— Oh! non, ne me remercie pas! s’écria la paysanne.

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— Si, si, car il fallait absolument que je fusse éclairée. Je n’ai plus rien à te demander, je sais tout, maintenant.

— Marthe! il y a quelque chose dans ton regard qui m'effraye. Mon enfant, que vas-tu faire?

— Ce que je vais faire, nourrice, tu le sauras bientôt.

La résolution éclatait dans ses yeux étincelants de fièvre.

Elle se leva, saisit les deux mains de la vicille femme, les serra dans les siennes, puis l’embrassa avec une tendresse filiale et s’élança hors de la maison.

Mathurin Raclot n’était pas encore de retour de sa promenade habituelle lorsque Marthe rentra pour aller aussitôt s’enfermer dans sa chambre.

Accablée, elle s’affaissa sur un siège et resta un long instant absorbée en ellemême. D'affreux spasmes soulevaient violemment sa poitrine, et elle poussait de sourds gémissements.

Elle sentait son effroyable malheur, sans oser en mesurer toute l'étendue.

Mais elle pensait que, pour elle, maintenant, la mort était cent fois préférable à la vie.

— Enfin, se disait-elle, le voilà donc

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| le ce secret de l’étonnante fortune de mon père! Il s’est enrichi par des moyens -UX iniques, monstrueux, en exploitant le malheur des autres avec une cruauté la épouvantable ! Je suis la fille d’un usurier, cs, d'un de ces hommes dont on ne parle fe f- qu'avec mépris, dont on se détourne avec horreur et dégoût.

«Oh!le malheureux ! Et je suis sa fille!

de je suis sa fille!

que « J'ai été élevée, on a payé les trimestres

de ma pension, tout ce que j'ai dépensé avec de l’argent maudit, de l’argent volé!

Je mange le pain de malheureux orphelins qui pleurent parce qu’ils ont faim; qui grelottent de froid sous de misérables haillons ; ils n’ont ni bois ni charbon pour l'hiver, et je me chauffe, moi, devant le feu allumé dans cette cheminée!

Elle s'était levée et marchait à grands pas, en proie à une violente surexcitation.

— Oui, oui, c’est horrible! s’écria-t-elle ; jusqu'aux vêtements que je porte, qui ne m'appartiennent pas!

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Ses yeux tombèrent sur une glace.

— Et ces bijoux, fit-elle tristement, ces boutons à mes oreilles, et cette bague à mon doigt... Oh! ces bijoux, il me semble qu’ils me brûülent!

Elle enleva la bague de son doigt, les boutons de ses orcilles, les mit dans les écrins et les enferma dans un coffret où se trouvaient déjà le bracelet et les bijoux de peu de valeur qu’elle avait étant au pensionnat.

Elle était allée chez sa nourrice vêtue très simplement d’une robe de cachemire noir et qui n’était plus dans sa première fraicheur. Elle avait d’autres toilettes plus élégantes, plus riches et faisant, surtout, mieux valoir sa beauté.

En se regardant dans la glace, elle soupira en se disant :

— Je suis bien ainsi.

Cependant Georges de Santenay était attendu au château et ne devait pas tarder à arriver.

Hélas ! Marthe ne pouvait et ne voulait

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plus s'occuper de choses de coquetterie.

A onze heures et demie, une domestique vint la prier de la part de son père de descendre au salon.

Rapidement, elle passa un

linge mouillé sur sa figure, s'essuya et:

sortit de sa chambre émue , tremblante.

Mais, quand elle ouvrit la porte du salon, elle s'était déjà rendue maitresse d’ellemême.

Georges, arrivé depuis un instant, était avec son futur beaupère.

M. Raclot avait un air guilleret et joyeux, qui contrasta singulièrement avec la douleur empreinte sur le visage de la jeune fille et son attitude résignée.

— Bonjour, mon père, bonjour, mon-

124 Le Million du père Raclot sieur Georges, dit Marthe, en tendant sa main au jeune homme.

Étonné, anxieux, Georges prit la main, la serra doucement, puis se pencha pour embrasser sa fiancée.

Elle le laissa faire.

— Hum! c'est drôle, murmura M. Raclot ; qu'est-ce que ça signifie ?

Georges avait pâli, son cœur s'était serré; Son inquiétude grandissait, et il avait le pressentiment vague de quelque malheur.

Il tenait toujours la main de Marthe et la regardait avec une sorte de stupéfaction.

M. Raclot se grattait derrière l'oreille.

— Marthe, dit Georges à mi-voix, comme vous êtes triste, et quel singulier accueil vous me faites aujourd’hui !

Elle soupira.

— Marthe! ma bien-aimée Marthe, qu'avez-vous ? Est-ce que vous êtes souffrante? Ne voulez-vous pas me faire connaître la cause de votre peine ?

Le Million du père Raclot 125 — Pas maintenant, monsieur Georges.

— Mais quand ?

— Après le déjeuner.

— Ainsi, Marthe, je ne me trompe pas, vous avez un chagrin?

— Oui.

— Un gros chagrin ?

— Oui.

Le jeune homme sentit la main glacée de Marthe trembler dans la sienne.

Il eut comme un frisson.

— J'ai peur! se dit:il.

Marthe retira doucement sa main.

Il eut un sourire triste et baissa la tête.

— Hum! hum! fit M. Raclot, si j'y comprends quelque chose, je veux bien que le diable m'emporte !

Les trois personnages se trouvaient dans une situation pénible. Heureusement, la domestique vint annoncer qu’on pouvait se mettre à table.

Georges offrit son bras à sa fiancée ct l’on passa dans la salle à manger.

Le repas était des plus simples : des œufs à la coque, des côtelettes, une purée de pommes de terre et des fruits pour dessert.

Mathurin Raclot ne se montrait prodigue en rien.

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Marthe, qui n'avait presque rien mangé la veille, toucha un peu à tous les mets; d’ailleurs, il fallait encourager Georges qui, après avoir fait une assez longue route, avait grand besoin de se restaurer.

Après le café, M. Raclot, qui se sentait gêné, mal à son aise en voyant la tristesse de sa fille, son air contraint, se leva disant qu'il allait fumer sa pipe au jardin. Un prétexte pour s’esquiver et laisser aux deux jeunes gens toute liberté de causer.

— Mon père, dit Marthe, je vous prie de rester un instant encore ; vous pouvez fumer ici votre pipe, comme vous en avez l'habitude. J'ai quelque chose à dire à M. Georges de Santenay, et je désire que vous l’entendiez.

— Ah! fit le paysan, regardant le jeune homme en clignant de l'œil.

I bourra sa pipe, l’alluma, se remit sur son siège et dit :

— Eh bien, Marthe, voyons ce que tu as à raconter à M. de Santenay et qu'il faut que j’entende.

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La jeune fille se tourna vers Georges, et, rassemblant toutes ses forces, s’armant de courage :

— Monsieur Georges, dit-elle, je vais vous causer une grande douleur, et, d'avance, je vous en demande pardon.

Depuis votre dernière visite, j'ai longuement médité et, après de mûres réflexions, j'ai pris une résolution. Monsieur de Santenay, nous naurions jamais dû nous rencontrer ; ce malheur est dû à la fatalité; mais vous m'oublierez, vous ne penserez plus à moi.

— Vous oublier, ne plus penser à vous!

exclama le jeune homme éperdu.

— Île faut, monsieur Georges, j'ai pris la ferme résolution de ne pas me marier!

Le jeune homme laissa échapper un cri, et, livide, effaré, n’en pouvant croire ses oreilles, il se dressa d’un bond, comme s’il eût senti la morsure d'un reptile.

M. Raclot, serrant sa pipe entre ses dents, mais ne fumant plus, ouvrait de grands yeux ahuris.

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— Marthe, Marthe, que dites-vous? s’écria Georges d’une voix étranglée.

— Ce qu'elle dit, fit Raclot, hum, hum, elle dit des bêtises!

Marthe ui jeta un regard qui le fo, = :

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