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— C'est une autre résolution que j'ai prise.
- Où donc veux-tu aller?
— À la ville.
— Pour faire quoi?
— Pour travailler, gagner ma vie.
— Travailler, gagner ta vie, mais tues folle !
— Non, mon père.
— Travailler! Mais tu ne sais rien faire.
— Vous oubliez que j'ai mon brevet d'institutrice.
—- Et tu veux...
— Je veux étre institutrice.
— Hum! hum!
— Vous avez travaillé, mon père, ma mère aussi a travaillé beaucoup; comme elle et vous je veux travailler à mon tour; je ne suis pas une demoiselle, mais la fille d’un paysan, et quand je vois toutes les jeunes filles d’Aubécourt travailler, aller aux champs, j'ai honte.
— Les filles d'Aubécourt sont faites
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pour aller aux champs, tandis que toi...
— Moi, mon père, je ne pourrais pas aller à la charrue, travailler à la terre, c'est vrai; mais, parce que je ne saurais pas faire cela, je ne me vois pas dispensée de faire autre chose, On est au monde pour travailler, chacun doit produire selon ses forces et son aptitude, et je suis honteuse de ne rien faire.
— Mais tu nes pas oisive, Marthe; depuis que tu es ici, tu as constamment l'aiguille ou ton crochet à la main.
— Broder, faire de la tapisserie ou de petits ouvrages au crochet, ce n'est pas travailler.
— Qu'importe, si je suis satisfait
— Moi, je ne le suis pas.
— Marthe, je ne suis pas riche, riche, comme certaines gens le prétendent, des envieux, des jaloux; mais je ne suis pas pauvre non plus, j'ai une bonne petite aisance ; tu peux donc être tranquille, ici tu ne manqueras jamais de rien.
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— Je vous crois, mon père, mais je ne veux pas être à votre charge. — Oh!
unecharge peu lourde!
— Je vous le répète, mon père, vous
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et ma mère avez travaillé beaucoup, il faut que je travaille aussi ; il n'est pas de meilleur pain à manger que celui qu'on gagne, je suis institutrice, Je veux exercer ma profession.
— Hum! hum! fit M. Raclot en se grattant le bout du nez; voyons, est-ce que c'est bies arrêté dans ta tête?
— Oui, mon père.
— Alors, je n'ai plus rien à dire.
— Merci, mon père.
— Voilà, il faut toujours faire ce que tu veux. Et ton intention est de partir demain ?
— Oui.
— Tu te rendras à la ville?
— Je vous l'ai dit.
—- Crois-tu que tu trouveras une place tout de suite?
— Je l'espère.
— Ça ne me paraît pas bien sûr.
— Je verrai.
— Marthe, c’est un coup de tête, ça.
— Nullement, mon père.
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— Enfin, c’est bien. Tu auras besoin d'argent, combien faudra-t-il te donner ?
— Rien.
— Comment, rien!
— Soyez tranquille, je saurai m'arranger.
— Je comprends; tu iras tout de suite chez les dominicaines.
— Telle est mon intention, et je ne veux pas vous le cacher, mon père, je compte que ces dames me garderont à la communauté et me confieront une classe de petites filles.
— Et si tu te trompais ?
— Si je ne pouvais pas être employée dans la communauté où j'ai été élevée, l’ordre ayant en France plusieurs autres pensionnats, la maison mère me placerait dans l’un ou l’autre.
Maintenant, mon père, que je sois placée n'importe où, je vous prie de ne faire connaître à personne, et la détermination que j'ai prise et le lieu de ma retraite.
— Jete le promets; mais tu viendras me voir de temps en temps?
— Je penserai souvent à vous, mon père; mais je ne sais pas si, comme vous le désirez, je pourrai venir vous voir.
— Ce qui veut dire, ou à peu près, que je n'ai plus de fille, murmura M. Raclot avec une émotion réelle ou feinte.
La jeune fille resta silencieuse.
Elle n'avait plus rien à dire.
Après le souper, qui ne fut pas long, Marthe monta dans sa chambre et redescendit aussitôt avec le coffret aux bijoux.
— Qu'est-ce qu'il y a là-dedans? demanda Raclot
La jeune fille ouvrit le coffret.
Le père écarquilla les veux.
— Eh bien quoi? fit-il.
— Mon pére, je ne connais pas la valeur de ces bijoux que vous avez bien voulu me donner; mais je les trouve trop beaux pour la carrière que je vais embrasser et nullement en rapport avec ma situation; une institutrice, d’ailleurs, n’a
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pas besoin de bijoux, et il est même bien qu'elle n’en ait point. Reprenez donc ces bijoux, mon père, je vous les rends.
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M. Raclot regarda sa fille avec ahurissement.
— C'est bien, balbutia-t-il, je les conserverai et tu les retrouveras plus tard.
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