‹ Le million du père Raclot [microforme]Chapitre 54 sur 102 · RP SP LS · texte numérisé non relu

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siège, devint très pâle et s’écria d’une voix indignée :

— Voilà une monstrueuse calomnie !

C'est une infamie!... monsieur l'agent voyer.

—- On a dit cela, monsieur l'ingénieur ; mais je suis heureux d'ajouter que ce faux bruit s’est éteint presque aussitôt.

— Il n’en est pas moins déplorable qu'on ait pu supposer une chose pareille.

— C’est bien vrai, monsieur l’'ingénieur. Aujourd’hui l’on prétend que M. Bertillon, le premier clerc de M. Rousselet, le notaire d’Aubécourt, a enlevé Mie Raclot et qu'ils sont partis pour Paris.

— Oh! fit Georges en portant la main à son cœur.

— Mais, monsieur l'ingénieur, reprit l'agent voyer, ce n’est toujours qu’une Supposition, car, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, on n’a acquis aucune certitude. Il paraît, toutefois, que le clerc de notaire faisait la cour à M'!e Marthe;

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plusieurs fois on les a surpris ensemble.

Enfin M. Bertillon ayant quitté Aubécourt en même temps que M'e Raclot, et sans qu'on ait pu savoir ni pourquoi, ni où il est allé, on suppose qu'il y avait entente entre la jeune fille et lui, et l’on explique sa disparition en disant qu'il est parti avec M'° Raclot.

Georges avait le cœur serré comme dans une griffe de fer, la poitrine oppressée, et il souffrait horriblement.

Cependantilse raiditpourne paslaisser trOp Voir ce qui se passait enlui,et, n'en ayant que trop appris, il congédia l'agent voyer. w

Resté seul, ïl poussa un gémissement rauque, prit sa tête dans ses mains, pressa son front brûlant et demeura longtemps absorbé

dans toutes sortes de pensées noires.

C'était épouvantable, c'était horrible !

Quoi, Marthe, qu'il avait tant aimée, pour laquelle il eût tout sacrifié, Marthe l'avait odieusement trompé !

Georges était fou de douleur ; il connaissait Marthe et il l’accusait, le malheureux !

Au lieu de repousser ses pensées mauvaises et de s’écrier : — C’est impossible, c'est faux, c'est faux! il accueillait la calomnie. Il ne raisonnait plus; une fureur jalouse l’aveuglait.

Pourtant, l'agent voyer n'avait rien affirmé; mais, dans ce qui n’était qu’à l'état de supposition, Georges, sans pitié pour Marthe et pour lui-même, voulait trouver la certitude.

Marthe ne l'avait jamais aimé; tout en elle était fausseté, mensonge, hypocrisie... Ah! comme elle avait su cacher ses instincts pervers ! Si elle avait d'abord consenti à l’épouser, c'était pour donner satisfaction à sa vanité, à son orgueil!

Et, en même temps qu'elle lui serrait la main, lui souriait, l’enivrait de son regard menteur, lui mentait de toutes les manières, elle prêtait l'oreille aux paroles d’amour d’un autre, de ce clerc de notaire !

Mais le clerc lui avait dit : « Je veux que vous soyez à moi et jamais à un autre, et elle l'avait écouté. » Et à lui, Georges de Santenay, elle avait dit : « Je ne veux pas me marier! » Et elle était partie, elle s'était enfuie avec son clerc de notaire !

Telles étaient les pensées de Georges.

Pauvre garçon! Pour lui le voile du mystère était déchiré; il avait enfin l'explication des paroles de la jeune fille, explication qu'il avait vainement cherehee.

— Ah! maintenant, s'écria-t-il, je pourrai l'oublier, la misérable!

En attendant, il pleurait, il sanglotait.

Le lendemain, il se leva de bonne heure et, à dix heures, il arriva chez son père.

Depuis qu’il n'allait plus à Aubécourt

c'était près de son père et de sa sœur qu'il passait tous ses dimanches. M'° Lormeau choisissait souvent le dimanche pour rendre visite à son beau-frère. Le dimanche dont nous parlons, elle arriva chez M. de Santenay presque en même temps que le jeune ingénieur.

Georges avait l'air plus soucieux et plus sombre encore que d'habitude. Sa tante le gronda doucement de ce qu'elle appelait son manque d'énergie et de volonté.

— Allons, mon cher neveu, dit-elle en terminant son sermon, coûte que coûte, il faut se faire une raison.

Après le déjeuner, et pendant qu'on prenait le café, Georges, qui ne pouvait éloigner Marthe de sa pensée, dit tout à coup, S'adressant à sa sœur :

— Ma chère Mathilde, j'ai à t’'apprendre une nouvelle qui va te surprendre comme elle m'a étonné moi-même.

— Quelle est cette surprenante nouvelle, mon frère ?

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— M'e Marthe Raclot n'est plus à Aubécourt.

— Ah! fit la jeune fille.

— Elle a quitté brusquement son père et elle est partie sans que personne à Aubécourt sache où elle est allée.

— Et sais- Marthe n’est père ?

tu depuis quand plus chez son — Si j'ai été exactement renseigné, M'e Raclot serait partie le jour même ou le lendemain de ma dernière visite au château d’Aubécourt.

Mathilde resta un instant silencieuse.

— Et tu dis, Georges, fit-elle, que personne ne sait où Marthe est allée?

— Oui, personne.

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— Ce n'était pourtant pas difficile à deviner.

— Est-ce que tu devines, toi?

— Oui, mon frère, car, du moment que Marthe a quitté son père, elle n'a pu aller qu’à un seul endroit,

— Où cela ?

— Dans la maison où elle a été élevée, chez les dames dominicaines, mon frère.

Le jeune homme ébaucha un sourire.

— Au fait, c'est possible, dit-il froidement.

— Georges, je pense absolument comme ta sœur, dit le général ; et tout porte à croire que M'e Raclot s'est éloignée de son père pour les mêmes raisons qui ont motivé son étrange conduite envers toi.

Comme on le pense, Georges se garda bien de faire la moindre allusion au bruit d'enlèvement qui courait à Aubécourt.

— Oui, continua M. de Santenay songeur, M'e Raclot a eu ses raisons pour agir comme elle l’a fait; mais quelles peuvent être ces raisons ?

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