‹ Le million du père Raclot [microforme]Chapitre 86 sur 102 · LE CE · texte numérisé non relu

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vitation de M'° Lormeau sans manquer de courtoisie et de politesse.

Il suivit le domestique.

M'e Lormeau vint au-devant de lui, la main tendue.

— A la bonne heure ! dit-elle ; un convive de plus, et un charmant convive comme vous, cher monsieur, c’est un bonheur pour moi; ah! c’est bien gentil de nous surprendre ainsi !

M. Rousselet voulut s’excuser de se présenter en veston de voyage.

— Laissez-moi donc t' ‘quille, interrompit M'e Lormeau, êtes toujours très bien; allons, embrassez vite Me Monnier et passons dans la salle à manger.

Le déjeuner fut très gai, grâce à l’entrain de M'e Lormeau qui, décidément, avait un faible pour le notaire.

Après le café, M. Rousselet demanda la permission de se retirer.

— Quoi, vous voudriez déjà nous quitter! s’écria M'e Lormeau; ah! mais non,

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nous vous gardons encore un peu... Vous allez à B...?

— J'ai eu l'honneur de vous le dire, mademoiselle.

— Et vous devez y coucher ?

— Mes affaires m'y obligeront.

— Eh bien! cher monsieur, nous vous rendrons votre liberté à quatre heures ; comme il vous faut deux heures pour vous rendre à B..…., vous y serez à six heures, et demain matin vous vous occuperez des affaires qui vous appellent dans cette petite ville.

Le notaire n'insista point et se résigna à rester deux heures de plus à Rosières.

On descendit au jardin, qui était fort beau, admirablement entretenu ; on s’assit à l’ombre d’une charmille et l’on causa.

— Cher monsieur Rousselet, — dit M'e Lormeau, passant brusquement d’un sujet à un autre, donnez-moi donc desnouvelles de Me Raclot ; elle se porte bien,

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je pense? A-t-elle été très affligée de la mort de son père? Comment s'arrange-t-elle de sa grosse fortune ?

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— Pardon, mademoiselle, fit le notaire étonné, vous ne savez donc rien?

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— Rien, cher monsieur, absolument rien ; que voulez-vous que je sache ?

— Au fait, c'est vrai, répondit M. Rousselet, Aubécourt est loin de Rosières, et vous ne pouvez guère savoir ce qui S'y dit et ce qui s’y fait. Toutefois, M. Georges de Santenay aurait pu vous apprendre.

— Mon neveu est comme moi, monsieur Rousselet, il ne sait rien. Vous devez bien penser qu'il aurait honte de prendre des informations au sujet d’une demoiselle dont le père... vous comprenez.

— Alors, mademoiselle, je me fais un plaisir de répondre à vos questions :

M'°e Marthe Raclot, que j'ai vue hier, est en bonne santé, et je vous assure que sa grosse fortune ne l’embarrasse d'aucune manière ; je ne peux pas vous dire que la mort de son père l’ait rendue inconsolable, mais j'ai la satisfaction de vous apprendre qu'elle met tous ses soins à honorer sa mémoire.

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— Que me dites-vous là! exclama la vieille demoiselle ; est-ce que la mémoire d’un homme comme M. Raclot peut-être honorée ?

— Par sa fille, oui, mademoiselle.

L'ancienne coutu'‘*re se mit à rire et répliqua avec une p.inte d’ironie :

— M'e Raclot ferait-elle élever à son père un mausolée qui serait une autre merveille du monde ?

— Vous avez deviné, mademoiselle, répondit gravement le notaire.

— Ah! par exemple! c’est trop fort!

— Attendez, mademoiselle, attendez:

M'e Marthe Raclot élève à son père un monument qui sera universellement admiré, et devant lequel tous les honnêtes gens s’inclineront avec respect.

— Allons, allons, cher monsieur, vous plaisantez, fort agréablement, du reste.

— Je vous assure, mademoiselle, que je parle très sérieusement.

— En donnant des rébus à deviner.

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— Voulez-vous, mademoiselle, me faire l'honneur de m'écouter ?

— Je tends mes deux oreilles.

— Depuis le jour des obsèques de M. Raclot, M'e Marthe n’a pas remis les pieds au château, elle a demandé asile à une pauvre vieille femme du pays, la mère Laugier, qui a été sa nourrice. Elle a là une toute petite chambre, que je pourrais comparer à une cellule de prison, mal éclairée, humide, aux murs badigeonnés à la chaux, n'ayant pour tout mobilier qu'un vieux bahut de chêne vermoulu, deux chaises en piteux état et une couchette en bois blanc avec une paillasse et un matelas. Ah! j'oubliais de vous parler d’un miroir grand comme deux fois la main, placé dans un cadre enluminé de rouge, de vert, de jaune et de bleu.

« Oh! ce n’est pas le joli et doux nid du chardonneret, ni même celui d’une fauvette! Toutefois, la chambrette estpropre, et celle qui l’habite la rend gaie.

« La vieille mère Laugier fait tout ce

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qu’elle peut pour que la jeune fille ne manque de rien, elle veille à tout; son dévouement et sa sollicitude toute maternelle suppléent à sa pauvreté; il faut que sa chère mignonne soit con-

tente.

«Mais la chère mignonne est faclle à contenter ; eile ne se plaint

pas de

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secs et, de temps à autre,un morceau de lard; pour boisson, elle a l’eau fraiche et limpide de la fontaine.

« Grâce à un peu d’argent que la jeune fille a reçu des dames dominicaines et aux

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