‹ Le million du père Raclot [microforme]Chapitre 87 sur 102 · PP RP RAS · texte numérisé non relu

PP RP RAS

maigres économies de là vicille nourrice, elles ont pu vivre tant bien que mal assez longtemps ; mais la bourse commune a fini par s’épuiser, et j'ai dû, il y a quelques jours, à l'insu de M'"° Marthe, lester la pauvre petite bourse de quelques pièces d’or.

—- Voyons, cher monsieur Rousselet, quelle histoire me racontez-vous là ? dit M'e Lormeau.

— Une histoire des plus touchantes, mademoiselle, où vous pouvez admirer le dévouement d’une pauvre vieille femme, où vous voyez comment vit la fille du millionnaire Mathurin Raclot.

— Mais, monsieur, ce que vous nons dites est incroyable!

— Et pourtant cela est.

— Alors je ne comprends pas.

— Comment M'° Lormeau, dont j'ai eu le bonheur d'apprécier les sentiments délicats et élevés, n’a-t-elle pas déjà compris que M'e Marthe Raclot renonce à son héritage, parce qu'elle ne veut

pas toucher à une fortune mal acquise ?

— En vérité, monsieur ?

— Oui, mademoiselle.

— Mais cette fortune, qu’en fera-t-on ?

— Je vais vous le dire:

« Le lendemain de l'enterrement de M. Raclot, à neuf heures du matin, la jeune orpheline vint me trouver dans mon cabinet. Elle portait son vêtement de novice de la congrégation des Dominicaines, que, d’ailleurs, elle n’a pas quitté. Je fus surpris de cette visite, n’étant pas le notaire de M. Raclot, et je crus devoir le faire observer à M'° Marthe.

« — Monsieur, me répondit-elle, je sais que vous n'étiez pas le notaire de mon père, et que même vous avez refusé de l'être; c’est pour cela que je viens vous trouver en toute confiance; j'ai besoin de vous, voulez-vous accepter le mandat

que je désire vous confier ? »

Je lui répondis que je me mettais entièrement à son service.

Alors elle me dit qu'elle renonçait à

1ise ?

t-on à

it de in, la ; mon le noaines, Je fus le nooir Île

6 Sais mon sé de vous esoin ndat

is CN-

ait à

PP PPS

Re

PS

l'héritage de son père, qu’elle ne voulait rien, absolument rien de cette fortune acquise par d’abominables manœuvres, et qu’elle m'avait choisi de préférence à tout autre pour l'aider dans l’œuvre de réparation qu'elle allait entreprendre.

Bref, elle me déclara qu’elle considérait son héritage comme appartenant aux malheureuses et nombreuses victimes de son père, et que sonintention bien arrêtée était de leur rendre ce qui leur avait été pris.

— Mais c'est magnifique! exclama M'e Lormeau, très agitée.

— Oui, mademoiselle, c’est magnifique.

Cependant je crus devoir dire à M'° Raclot que, l’œuvre de restitution accomplie, il lui resterait à peu près la moitié de son héritage.

« — Vous ne m'avez pas bien comprise, s'écria-t-elle, je ne veux rien, entendezvous, je ne veux rien ! »

Il fallait rendre purement et simplement les propriétés acquises par M. Ra-

nee armes nn eret 5 OL

Ag PTE PSN EN

clot aux anciens propriétaires dépossédés.

« — Mais, mademoiselle, objectai-je, avant d'acquérir ces propriétés, M. Raclot avait sur elles des créances hypothécaires ; les sommes réellement prétées par votre père doivent vous être rendues.

« — Jene l’entends pas ainsi, répliquat-elle ; les prêts usuraires, les poursuites judiciaires ont ruiné ces malheureux, et les larmes qu'ils ont versées et les souffrances de toutes sortes qu'ils ont endu-

rées, est-ce qu’elles comptent pour rien ?

Ce que je veux, ce n’est pas seulement la restitution complète, selon ma conscience, c'est aussi la réparation de tout le mal qui a été fait.

« — Mais, mademoiselle, lui dis-je encore, votre père et votre mère ont travaillé ; d'autre part, votre mère a fait un héritage de deux cent cinquante mille francs. »

Cette fois, elle s'emporta.

open]

pos-

i-je, Ra- YPOprèêtre

quauites x, et SOUÊ= endurien ?

nt la

nce,

mal

e en-

tra= it un mille

PPT

« — Cet héritage a été une spoliation!

s’écria-t-elle ; circonvenue par mon père, la tante de ma mère a déshérité son frère, pauvre et chargé de famille ! »

Je lui fis observer qu'en admettant la captation, la moitié de l'héritage de la tante revenait de droit à sa mère.

« — C'est possible, me répondit-elle, mais les deux cent cinquante mille francs seront remis aux déshérités.

« — Je me conformerai à vos intentions, répliquai-je, et tout sera fait comme vous le voulez ; malgré cela, il vous restera en core environ trois cent mille francs.

« — Encore une fois, je ne veux rien!

« — Que ferons-nous donc de la somme non employée? »

Elle resta un moment silencieuse et répondit :

« — Eh bien! nous fonderons, à la ville ou à Aubécourt même, un hospice pour les vieillards. »

M'e Lormeau avait tiré son mouchoir et s’essuyait les yeux.

An Pet

— Oh! l’admirable fille ! Oh ! la nobie enfant !!! s’écria-t-elle, prête à sangloter ; oh ! monsieur Rousselet, vous aviez bien raison tout à l'heure en disant qu’elle élevait à la mémoire de son père un monument devant lequel tous les honnêtes gens s’inclineraient avec respect.

Et cela, elle le fait simplement, sans bruit, sans ostentation.

— Secrètement, mademoiselle, en se cachant pour ainsi dire, comme s'il s’agissait d’une action dont elle eût à rougir.

— Et j'ai pu douter de la candeur de cet ange, de la pureté de son âme! Ah!

monsieur Rousselet, je ne me le pardonnerai pas!

— Je ne puis résister au désir de vous faire connaître un dernier trait: En faisant l'inventaire des valeurs contenues dans le coffre-fort de M. Raclot, j'ai trouvé dans un coffret plusieurs bijoux, entre autres des boucles d'oreilles, un bracelet et une bague. Un jour de gé-

PR ER SR ne en

obie ter:

bien > éleonunôtes

sans

rdon-

vous n faionteaclot, rs biilles,

gé-

nérosité incroyable, oubliant son avarice, M. Raclot avait fait présent de ces bijoux à sa fille; celle-ci les avait rendus à son père avant de le quitter.

Sachant qu'ils appartenaient à mademoiselle Marthe, je les lui portai.

— Eh bien?

— Eh bien, mademoiselle, elle n’a pas voulu les reprendre.

« — Ces bijoux, monsieur, me dit-elle, appartiennent aussi aux victimes, vous les comprendrez dans votre inventaire. »

— Et ils ont été vendus ?

— Oui.

— Vous connaissez l'acquéreur à

— L'acquéreur, mademoiselle, c’est moi; j'ai su quelle était leur valeur réelle par le bijoutier qui les a vendus à M. Raclot et j'en ai versé le prix, trois mille francs, à l’actif de la succession.

— Vous avez bien fait, cher monsieur, de ne pas laisser aller ces bijoux en des mains étrangères.

LS Le: he

« Mais, dites-moi, est-ce que M'e Marthe Raclot a toujours l'intention d'entrer en religion à

— Oui, mademoiselle.

— Et vous n'avez pas essayé de lui faire changer d'idée ?

— Je lui ai dit à ce sujet tout ce que je pouvais lui dire.

— Ah!

— M'° Marthe serait déjà retc:rnée chez les Dominicaines si je ne la retenais pas à Aubécourt.

— Vous avez encore besoin d’elle ?

-- Oui, sa présence à Aubécourt est encore nécessaire. C'est de dimanche en huit, dans dix jours, que seront faites les restitutions. Tous les actes sont prêts.

Sans se douter de la surprise, de la joie qui les attend, toutes les victimes de l'usurier, appelées par moi, seront à Aubécourt au jour désigné.

« Ah ! mademoiselle, ce sera, sans aucune mise en scène, un spectle magnifique. On nesaitrien, n : soupçonne rien

ah,

Le

RSR

Page 1