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— J'ai fait ce que M'° Marthe m'a ordonné, répondit le notaire.
— Soit, mais sans que je fusse avertie.
Si seulement vous m'aviez laissée chez ma nourrice!
— Mademoiselle, j'ai cru bien faire en priant M. le maire d’Aubécourt de vous aller chercher ; sans cela, les habitants de la commune eussent fait le siège de la maison de la mère Laugier, vous eussent enlevée et portée en triomphe jusqu'ici.
— Ce qui veut dire, monsieur, répliqua la jeune fille avec un délicieux sourire, qu'au lieu de vous gronder je vous dois des remerciements.
— Oui, mademoiselle, fit le notaire en riant. Maintenant, ajouta-t-il, j'ai l’honneur de vous présenter M. Jules Bertrand, votre grand-oncle, et Rose Bertrand, votre petite-cousine.
Marthe poussa un cri de joie et se jeta
au cou du vieillard ; ensuite elle embrassa Rose, qui ne se fit point prier pour lui rendre ses baisers.
— Ah! ma nièce, ma chère petite-nièce, je suis en ce moment plus malheureux que jamais d’être presque aveugle, parce que je ne peux pas vous regarder et vous voir comme je le voudrais !
— Grand-papa, dit Rose, ma cousine Marthe est belle comme les anges dont elle a la bonté!
Sachant que Marthe ne gardait rien de la fortune de son père, le vicillard aurait voulu lui laisser la moitié de l'héritage de sa sœur.
— Non, dit-elle d'un ton absolu, tout est à vous.
— Mais, mon enfant, s’écria le vieux Bertrand, vous allez être pauvre comme nous l'avons été, mes enfants et moi!
— Oui, mon oncle, mais je ferai comme vous et vos enfants ont fait; je gagnerai ma vie en travaillant.
— Vous, travailler!
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— Oh! non, ma cousine, c'est impossible!
— Impossible, pourquoi ? répondit Marthe, j'ai la ferce et je ne manquerai ni de courage ni de volonté. Est-ce que pour tous le travail n’est pas un devoir ?
Chacun ici-bas a sa tâche à remplir, chacun doit apporter sa pierre plus ou moins grosse à l'édifice social.
— Je comprends vos paroles, ma chère et bonne cousine, répliqua Rose, mais je regarde vos petites mains si blanches, si jolies, et je me demande ce qu'elies pourront faire.
— Je suis institutrice, répondit simplement Marthe,
Le vieux Bertrand avait baissé la tête ; il pleurait silencieusement, et sur ses mains que tenait l’aveugle, Marthe sentit tomber des larmes.
— Ah! je vous aime, je vous aime!
s'écria-t-elle en embrassant le vieux Bertrand.
Un vieillard d’Aubécourt avait dit :
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« Sous les pieds de la bonne demoiselle, la terre devrait être jonchée de fleurs. »
Ces paroles ne s’en étaient pas allées au vent.
Pendant que la jeune fille causait avec son oncle et sa cousine et qu'ils échangeaient mille marques d'affection et de tendresse, des femmes et des enfants dévastaient les jardins. Et quand Marthe sortit de la maison du notaire pour retourner chez sa vieille nourrice, accompagnée du maire, elle marcha sur un tapis de fleurs et de verdure.
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allées | Tee is XVII uit avec > EE | échan- 4 ni ' { et de e À | nts dé- 4 æ/ \: PRÈS avoir causé un Marthe 4 instant avec Sa vicille nourrice, Dur re- ï Marthe s'était retirée dans sa chambre, | AccomM- 4 Elle n'était pas encore remise des émo- fl n tapis : tions successives qu’elle venait d’éprouver, {|
|. lorsque trois petits coups discrets furent |
frappés à sa porte.
à — Est-ce toi, nourrice pourquoi n’en-
à tres-tu pas ? demanda-t-elle.
1 La mère Laugier ouvrit la porte et
: entra,
— Marthe, dit-elle, c'est une dame qui | désire te parler, — Une dame! fit la jeune fille.
Elle se leva, marcha vers Ja porte et | laissa aussitôt échapper un cri de surprise à la vue de Mie Lormeau.
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Celle-ci s’avança, grave, émue, les traits animés.
— Marthe, mon enfant! dit-elle.
Et, prenant la jeune fille dans ses bras, elle la baisa au front à plusieurs reprises, comme une mèêre.
— Oh! mademoiselle! mademoiselle !
murmura Marthe toute confuse.
— Vous êtes surprise, je lecomprends, reprit la tante de Georges de Santenay; vous ne vous attendiez guère à me voir ici, chez votre vieille nourrice, dans cette petite chambre. Vous savez, sans doute, que je connais M. et M"° Rousselet; il y a longtemps déjà qu'ils m'invitaient à venir les voir, et je me suis enfin décidée; je suis à Aubécourt depuis hier Soir.
« Ah! mon enfant, comme je suis heureuse d’être venue!
« Quel magnifique spectacle j'ai eu sous les yeux!
« Tous ces malheureux à qui vous avez rendu la joie, le bonheur, la vie!
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