ACTE PREMIER
GHAMPAUBBRT.
Oui, et comme Béatrice est pauvre mais fière, elle a exigé de s'acquitter en donnant à Prosper quarante leçons de piano,
PROSPER
J'ai accepté pour ne pas l'humilier. Tous les matins je prends ma leçon... c'est atroce!
FRA.NGINE.
Vous n'aimez pas la musique, Prosper ?
PROSPER
C'est parce que je l'aime que c'est atroce...
FRANGINE, à Michel.
Tiens, débarrasse-moi...
Michel enlève le plateau sur lequel chaque personne a déposé sa tasse.
GHAMPAUBERT.
Je n'ai pas aimé ce café au lait.
MICHEL
La mère Truche l'a raté exprès. Elle a même ajouté qu'il resterait détestable tant qu'il resterait impayé.
PROSPER
L'infâme vieille !
FRANGINE
Alors vos dettes grossissent toujours, mes pauvres enfants?
MICHEL
Qu'est-ce que tu veux qu'elles fassent?
GHAMPAUBERT, sévèrement.
Et les cinquante francs que j'ai donnés il y a six mois?
18 LE lïILLION
MICHEL
Oh! tes cinquante francs... si tu pouvais au moins les redonner chaque fois que tu en parles I
PROSPER, avec éclat.
Car c'est lui, madame, qui devrait nous donner de l'argent! Ça travaille dans un journal... c'est le neveu d'un grand tailleur, ça, madame !
GHAMPAUBERT.
Parlons-en de mon journal I
FRANGINE
Voyons, Ghampaubert, vous gagnez trois cent francs par mois!...
Je les gagne, mais je ne les touche pas ! Le « Je sais presque tout! » ne bat que d'une aile, et quand je demande cinq louis, on me répond que j'ai un coupefile et que je tiens le ministère dans ma main!...
MICHEL
Et dire qu'il y a des gens qui ne savent quoi faire de leur argent !
PROSPER
Mais qu'ils nous le donnent, bon Dieu... qu'ils nous le donnent !
FRANGINE
Et qu'est-ce que vous en feriez ?
MIGHEL.
Moi, je t'entretiendrais.
FRANGINE
Très bien !
GHAMPAUBERT.
Moi, je fonderais une feuille mordante. J'ai mon