ACTE PREMIER
GHAMPAUBERT,
Je te crois... Poivrasse était là!
PROSPER, qui est rentré.
Et alors ?
Et alors, c'est bien lui l'assassin de la veuve Durand. Il a fait à notre rédacteur en chef, des aveux complets. Ce soir, nous les cuisinons encore, et quand il n'aura plus rien d'intéressant à dire, nous le passerons au juge d'instruction.
PROSPER
Nous vivons à une jolie époque !
FRANGINE, qui a versé le café au lait.
Vous êtes servis, Messieurs! Mais pourquoi diable la mère Truche a-t-elle mis cinq tasses ? .
MICHEL
Parce que d'ordinaire Béatrice prend son café au lait avec nous.
FRANGINE
Ah! oui Béatrice... la petite musicienne du palier d'en face...
GHAMPAUBERT.
Maîtresse de piano, mais de personne autre !
FRANGINE
Encore quelqu'un qui n'aime pas me trouver dans le lit de Michel!
MIGHEL.
Pourquoi encore quelqu'un ?
PROSPER, vivement.
Pour rien I
GHAMPAUBERT.
Je ne voudrais pas brouiller les cartes, mais il est incontestable que Béatrice aie fort béguin pour Michel.
FRANGINE, riant.
Et que chaque fois que je déjeûne ici, je n'aperçois d'elle que sa tasse...
MIGHEL
C'est idiot ce que vous dites-là !
PROSPER
Mais non, ce n'est pas idiot. On te voit on t'aime! Tu as une de ces figures, dont la régularité bête plaît infailliblement.
MICHEL
Tu as tort de dire ça, Prosper. Elle est toujours fourrée avec toi, Béatrice.
PROSPER
Dame, elle me donne des leçons de piano,
FRANGINE
Non?
GHAMPAUBERT, Muis si ! (Les amis se sont installés autour du lit de Francine. On prend, en causant, le café au lait.) FiglireZ-VOUS que
Béatrice a été malade, très malade... Prosper, qui, parfois, est bon, l'a soignée.
Je ne l'ai pas soignée par bonté... elle était atteinte de bradypepsie nerveuse, et j"ai justement l'intention de passer ma thèse sur cette maladie là.