SCENE PREMIERE MICHEL, FRANGINE
Au lever du rideau, Michel, palette en main, repeint une bottine jaune qu'il a posée sur un chevalet ; en chemise, Francine est couchée sur un petit lit de fer. La tête est au bout du lit et les pieds sur l'oreiller ; elle fume une cigarette.
Mich !
MICHEL
Ma raison de vivre ?
FRANGINE
Qu'est-ce que tu fiches, Mich?
MICHEL
Je peins.
Un paysage ?
FRANGINE
MICHEL
Non. Je peins en jaune les bottines de notre ami Prosper, car voici le printemps qui vient.
FRANGINE, bondissant sur le lit.
Eh bien! c'est un peu raide !
MICHEL
Qu'est-ce qui te prend ?
FRANGINE
Chaque fois que je viens passer une nuit avec toi, je te trouve, au réveil, t'occupant des affaires de ton ami Prosper.
MICHEL
Prosper et moi nous partageons le même appartement, et nos moyens nous interdisent de nous offrir un domestique, alors nous faisons alternativement le service de la maison. Avant-hier, Prosper était mon valet de chambre, depuis hier matin dix heures, je suis le sien.
FRANGINE, riant.
Et quand ta corvée finira- t-elle ?