CHAPITRE VIII
C’était au Théâtre-Ionien. Clotilde répétait. Une lumière fauve, cassante, incohérente, enveloppait le groupe des acteurs et des assistants. On sentait l’orage sur Paris. Il filtrait par bouffées, il exagérait encore cette odeur de poussière, de cave, de droguerie, de vieux oripeaux, de parfums éventés, qui flotte sur les scènes. Et la répétition avait quelque chose de nerveux, d’agaçant et de chaotique.
— Mademoiselle, dit le directeur à une menue actrice noiraude, vous jouez comme une grenouille.
— Ce sont vos yeux qui m’hypnotisent ! répondit insolemment la petite.
Le directeur avait de gros yeux saillants, une peau verruqueuse, la face courte et le menton fuyant, et il est très vrai qu’il ressemblait à un crapaud. Il le savait. L’observation de l’actrice l’en irrita davantage:
— Vous, fit-il brutalement, vous feriez mieux de ne pas attendre la fin de vos trente ans de théâtre !... Mettez donc un peu de votre impertinence dans le rôle... au lieu de vous tortiller comme un petit ser-
pent à sonnettes ! Vous devez arrêter Corvières par l’ironie de votre accent, de votre attitude,... et pas par des cabrioles de chèvre malade...
Il se mit à mimer pesamment, mais avec tant de vérité, que la petite actrice se soumit d’instinct.
— C’est mieux, dit-il...
La scène s’acheva sans encombre, puis Clotilde parut. Elle devait, par des paroles indirectes, laisser deviner son amour. Elle le fit mollement, d’un air distrait et mélancolique.
— On dirait que vous êtes en Amérique ! fit le régisseur d’un ton ensemble ironique et bon enfant.
— C’est que j’y suis! répondit-elle avec un pâle sourire.
Elle recommença la scène avec beaucoup de conscience, mais sans réussir à entrer dans son rôle.
— Je m’embrouille I finit-elle par dire... Je crois bien que je ne ferai rien de bon aujourd’hui...
Elle s’appuya contre un portant, pensive. Ce milieu d’artifice n’avait rien pu lui ôter de son naturel. Elle parut àtous une merveilleuse statue moderne, finement rythmée, nuancée, une fille de la vieille Gaule pleine de délicatesse et de grâces. Ses grands cheveux luisaient ainsi qu’une traînée de lumière ; sa peau était pure comme la pulpe des jeunes liserons, et, de tout son corps émanait une séduction fraîche, éclatante, obsédante, qui remuait le cœur des plus vieux cabots :
— Mince, ce qu’elle est épatante! fit la petite actrice noiraude.
Les hommes avaient pris l’habitude de le penser sans le dire. Invinciblement, ils estimaient Davreux. Ils l’estimaient sans colère, sans révolte, avec aussi peu d’envie que le permettait la nature jalouse de leur race. Ils la connaissaient sans fiel, camarade excellente, prompte à rendre service, douce aux humbles, indulgente aux vaniteux. Et tous, même le vieux boucanier, le négrier à la bouche lippue et aux mâchoires carnivores, respectaient sa rêverie.
Une impatience était en elle. Elle savait que le sort de son frère se jouait là-bas, et, quoiqu’elle eût confiance, elle ne pouvait s’empêcher d’être chagrine et nerveuse. Puis, involontairement, elle songeait à l’avenir. Elle n’espérait rien. Elle voyait sa vie perdue ; elle avait horreur des longs soirs qu’il lui faudrait couler sur la scène, à lutter, sans goût, sans désirs, pour obtenir une gloire qu’elle n’aimait plus... Et elle rêvait, comme tous ceux qui souffrent, de fuir, de recommencer quelque part une autre vie, de renaître sur une terre nouvelle...
Comme elle songeait, la répétition prit fin, et un garçon de bureau vint remettre une lettre à Clotilde :
— Pressé, dit-il. . On attend une réponse.
Elle eut un grand tressaillement en reconnaissant l’écriture de Maurice. Le billet ne contenait que quelques mots : «Je t'attends... Bonnes nouvelles ! »
Elle sortit vivement, elle trouva son frère dans le couloir.
— C’est fait ! dit-il. Rune a tout avoué,... la révision est sûre, et elle sera rapide !
Elle eut un grand élan de joie; elle aimait profondément son frère, et, pour quelques minutes, elle en oublia ses peines. Cependant, il l’emmenait, il la conduisait chez elle, sans crainte maintenant des regards curieux. Ils causèrent peu en route, gardant pour plus tard les confidences. Chez elle, elle demanda :
— Comment cela s’est-il fait ?
Il commença par lui expliquer toutes ses dernières démarches, dont elle ne connaissait encore que les résultats très généraux. Puis il raconta la scène qui s’était passée chez les Vaucelles, la résistance opiniâtre de Rune, sa défaite finale. Elle tressaillait, de cette crainte rétrospective qui coupe le souffle. Elle avait, de la force et delà ruse du bandit, une idée tragique; elle ne se sentit pas entièrement rassurée en apprenant qu’il était libre :
— 11 sera pris ! fit Maurice avec conviction. Higginson est à sa poursuite,... et je ne crois pas qu’il y ait un plus fin retriever dans toutes les polices du monde !... 11 sera pris... ou bien il se tuera,...
Il y eut un court silence, où tous deux regardaient l’avenir; puis Maurice reprit :
— Larens et Vaucelles ont été admirables. Malgré
l’horreur où le plongeait cette hideuse affaire, Vaucelles m'a témoigné une sympathie réelle... Sa justice ne s’attachait pas seulement à démasquer le coupable, elle s’intéressait sincèrement à l’innocent.
Elle écoutait, émue; l’image du bonheur possible se dessina dans son âme. Elle la repoussa :
— Et maintenant, que vas-tu faire? demandat-elle avec tendresse.
— Je n’ai qu’une chose à faire : me mettre à la disposition de la justice. En attendant que la révision se fasse, je ne suis ni plus ni moins qu’un forçat en rupture de ban.
— Mais tu ne vas pas retourner en prison ! s’écriat-elle avec effroi.
— Je vais au moins être enfermé, dit-il avec un sourire... Sans doute aura-t-on quelques égards, d’autant que Larens et Vaucelles se remuent et feront remuer ciel et terre. Mais les formalités sont plus fortes que l’autorité du tsar, du shah et du sultan réunis, et les magistrats ne font pas du cent à l’heure ! En vérité, petite sœur, ce n’est pas cela qui m’occupe. Ma liberté définitive est certaine, — ma réhabilitation sera éclatante ! J’aurai toutes les herbes de la Saint-Jean : une bonne presse et la sympathiedeshonnêtesgens !... Presque lagloire !... ajouta-t-il d’un ton amer...
Il fit quelques pas de droite et de gauche; son visage reflétait un âpre désenchantement :
— Oui, presque la gloire. .. Seulement, ils ne me rendront pas la jeunesse, ni l’amour ni l’ancienne couleur de mon espérance ! Le monde ne sera jamais plus aussi brillant ni l’avenir aussi vaste !... Et de continuer à vivre dans la vieille Europe où j’ai subi la dégradation, cela me serait tout à fait impossible. 11 me faut un pays neuf, d’autres hommes, d’autres mœurs, voire une autre langue... Clotilde, je ne resterai pas en Europe !
Il parlait d’une voix rude et tranchante. Elle, pensive, sentait bien que sa résolution était irrévocable.
— Mais je ne veux pas te perdre ! s’écria-t-elle, les yeux humides. .. Que deviendrai-je seule et faible,... sans ton affection qui me tient lieu de toute autre ?
— Le monde est petit I répondit-il avec douceur. Nous nous verrons. Je serai vite riche, j’en ai la certitude,... et les affaires que je veux entreprendre nécessiteront plus d’un voyage. Toi-même auras sûrement des tournées en Amérique.
Elle resta quelque temps sans répondre. Elle aussi redoutait de vivre sur la terre vieillie qui lui avait refusé le bonheur. Elle finit par dire :
— Écoute... si tu le veux bien, je te suivrai. J’ai soif comme toi d’une vie nouvelle. Le théâtre ne me plaît plus,... il me dégoûte presque... Je voudrais mener une existence humble et utile,... je me sens la force de le faire. Laisse-moi t’accompagner.
Il lui jeta un long regard, énigmatique, irrésolu, plein de compassion.
— Tu le regretterais! dit-il... La crise par où tu passes n’est pas de celles qui jettent une ombre longue devant elles... Ce monde ne t’a ni exilée ni humiliée,... ton talent estÿrofond, ta gloire sûre !... Après quelques mois de souffrance, ce théâtre dont tu te crois lasse te consolera... Si j’avais du talent, talent d’écrivain, d’artiste,... je sentirais en moi une facultééternelle et rajeunissante,... rien ne m’effrayerait. Hélas ! je n’ai qu’un peu d’énergie, d’intelligence et le sens des affaires... Crois-moi, Clotilde, ton destin est ici.
— Eh bien ! s’exclama-t-elle avec véhémence, ne puis-je pas, si un regret me venait, exercer mon art là-bas ?
— Non ! Ton art est français,... il sera exilé partout ailleurs qu’en France !
Elle baissa la tête, inquiète, et s'interrogea. Rien en elle ne s’éleva pour lui faire regretter sa vie d’actrice; elle ne sentit que le regret de son amour perdu.
— Va! Tu te trompes, reprit-elle d’une voix brisée... j’ai horreur de ma vie actuelle : le succès me laisse découragée et triste....
Il la comprenait mieux qu’il ne voulait le laisser paraître. Dans sa haine contre l’Europe, il y avait l’immense regret de l’amour perdu. Il n’aimait
plus Geneviève, mais il souffrait amèrement de ravoir aimée — il savait que jamais plus la vie ne lui rendrait les heures éblouissantes auprès desquelles toute autre joie est pauvre.
Alors, à sa propre souffrance se mêla une pitié infinie pour Clotilde. Il prit la jeune fille dans ses bras, et tandis que de grosses larmes roulaient sur ses joues, il chuchotait :
— Tu es si jeune et si belle, Clotilde!... La grande espérance est encore devant toi... Ne t’abandonne pas toi-même... Qui sait?... Si tu le voulais bien !
— Si je voulais quoi ? Et d’ailleurs, pourrais-je vouloir? Ce n’est pas là le privilège de notre sexe, Maurice... Nous ne conquérons jamais le bonheur, nous l’attendons.
— Eh bien ! allons consulter Larens ! s’écria-t-il à bout d’argument.. . Nul homme ne connaît plus profondément les détours delà vie,... et de la vie parisienne... Puis, il est de sang-froid... Il verra clair, là où un brouillard nous arrête!... Et enfin, il nous aime,... il t’aime surtout, bien sincèrement il le fera peut-être, lui, l’effortquetunepeuxpasfaire.
— Ah ! cela, jamais ! interrompit-elle avec véhémence... Aucun être ne doit intervenir,... pas même toi, mon frère chéri !...
— Soit! Viens tout de même... Je suis las de ma longue lutte,... las de cette lassitude dont Stan-
ley et ses hommes furent saisis à l’heure même de leur sauvetage...
Il parlait d’un ton suppliant et pathétique; Clotilde céda et le suivit... Ils trouvèrent Larens chez lui, où d’ailleurs il attendait Maurice.
— Cette mauvaise enfant veut me suivre à la Plata, fit Maurice, quand ils eurent échangé quelques paroles insignifiantes. Et moi, je suis sûr que sa destinée, et même son devoir, sont ici,... qu’elle y vivra un sort assez brillant pour la consoler de toute chose !
— Voire ! riposta doucement Larens. La destinée de Mlle Davreux n’est pas une chose simple. Il y a plusieurs rôles en elle. Je crois qu’elle les remplirait également bien... Une chose lui est essentielle : ne pas être seule,... sentir autour d’elle une atmosphère de tendresse intime,... et si vous seul pouvez lui donner cette tendresse, je ne sais pas si elle ne doit pas tout abandonner pour vous suivre.
— Ah ! tu vois ! s’exclama Clotilde, en regardant profondément Maurice.
Celui-ci écoutait, la tête basse, surpris, chagrin et décontenancé.
Larens eut un lent sourire :
— Mais, reprit-il,... n’attend-elle vraiment à Paris que le vide du cœur ? Est-elle sûre de n’aimer point et de n’être pas aimée? Là est la question. Et je la vois si admirablement faite pour être
épouse, pour être mère,... pour donner et recevoir l’amour !... Alors ?
— Alors, dit fermement Clotilde, je n’ai rien à faire ici. Tout est fini !
— C’est donc, repartit Larens avec une gravité presque impérieuse, que vous aviez choisi et que vous avez été déçue ?
Clotilde hésita avant de répondre. Elle savait bien que Larens n’ignorait pas son aventure, mais, tout de même, il lui répugnait d’en parler. Cependant elle perçut tant de sympathie réelle, tant de désintéressement et même de dévouement dans les yeuxsubtils fixés sur elle, qu’elle trouva mesquin de se dérober.
— Vous le savez ! dit-elle à voix basse.
— Oui, répondit-il avec émotion, la raison pour laquelle votre bonheur a été rompu était sérieuse, nul ne le niera. Mais elle a disparu. Dès lors, comment savez-vous que toute chose ne va pas changer ?
— C’est impossible ! s’écria-t-elle... Un obstacle a disparu, mais d’autres lui ont succédé.
— J’avoue ne pas les voir... Admettons cependant la possibilité de leur existence. Eh bien ! ne voulezvous pas permettre à un ami sûr de faire une démarche devenue indispensable ?... Comprenezmoi bien, ajouta-t-il d’un ton chaleureux, ce n’est pas un défenseur, unavocat, que jevous offre. ..c’est une sorte de détective... Et je connais peut-être
LE MILLIONNAIPE
assez la situation pour que vous puissiez croire que je ne ferai rien qui doive humilier votre fierté ni blesser votre délicatesse...
Elle fixait Larens d’un œil irrésolu; tout son être palpitait du désir de savoir.
— Tu dois accepter ! s’écria Maurice... Ton refus serait une cruauté, non seulement pour toimême mais pour nous tous.
— Vous gardez toute votre liberté de décision,... toute licence d’obéir à vos scrupules ! insista Larens.
Alors, pâlissante et s’appuyant des deux mains au velours de son fauteuil, elle inclina la tête en signe d’adhésion.
— J’irai vous voir ce soir, au théâtre ! dit Larens...
Le soir, Clotilde joua avec fièvre. Mais son rôle y prêtait ; les spectateurs la crurent particulièrement en forme. Elle était pleine de crainte, mais ce n’était plus l’abandon, l’anéantissement des semaines précédentes. L’animation des spectateurs, pour la première semaine depuis longtemps, réagissait sur elle. Elle fit un effort pour rendre en talent ce que le public lui donnait en acclamations, et, à la fin du second acte, ce n’est plus par un hasard des nerfs, c’est réellement qu'elle mérita son triomphe. Mais, en se dirigeant vers sa loge, le courage lui faillit. C’était l’entr’acte où elle attendait Larens. Elle eut un brouillard devant les yeux, elle songea qu’elle
avait été faible et lâche, puisque même si Jean l’aimait encore, même s’il la redemandait pour femme, il fallait ne pas accepter. Ah! folie de vouloir connaître, soif de certitude qui, même maintenant, faisait battre son cœur en tempête I Elle poussa la porte de la loge, elle demeura immobile, hypnotisée, les yeux grands, la lèvre tremblante; Jean, sur une chaise, dans la demi-obscurité, s’était littéralement endormi d’émotion. Elle se pencha vers lui, regarda longuement ce visage adoré. Il sentit, sans doute, cette présence, car il se réveilla. Elle demeura d’abord immobile, ne sachant si la joie ou la peur dominait dans son âme. Puis elle dit, s’apprêtant à la lutte :
— Larens m’a donc trahie?
— Trahie? fit-il d’un air étonné.
— Ehloui, s’écria-t-elle... Je lui avais défendu...
Elle s’interrompit, elle déchira nerveusement son
mouchoir; elle était emportée dans un orage, pleine d’un trouble terrible, et ses pensées déferlaient sans qu’elle pût en retenir aucune. Lui, immobile, très pâle, l’enveloppait d’un regard de fièvre.
— Je ne sais pas ce que vous voulez dire, fit-il d’une voix douce... Nous avons, à la vérité, Larens et moi, parlé de vous,... mais quoi que vous lui ayez dit, je vous jure bien que Larens ne m’a rien rapporté... Il s’agissait de moi, de mes craintes, de mes angoisses...
— Mais alors, pourquoi êtes-vous ici ?
Il mit un genou en terre, il dit d’une voix brisée :
— Parce que je vous aime, Clotilde... Parce que je n’ai pas su résister à l’élan qui m’emportait... Parce que, depuis ce matin, je lutte comme un fou contre moi-même...
Il lui avait pris la main, il la couvrait de baisers violents et tendres. Elle, chancelante, s’appuyait contre la muraille.
— Je n’osais pas venir, continuait-il... Je me sentais trop indigne de vous,... et je savais, je sais que vous avez le droit de ne pas me pardonner.
— Vous pardonner ! fît-elle d’une’ voix tremblante. Mais toute votre conduite envers moi a été parfaite !
— Non ! s’écria-t-il avec véhémence. J’aurais dû ne pas douter... J’aurais dû avoir le courage de croire que certaines âmes sont plus sûres que les circonstances... Que les faits ne pouvaient pas avoir raison contre vous, . . . puisque enfin un autre homme l’a eue, cette confiance, puisque Larens n’a jamais eu la moindre incertitude... Je n’ai qu’une excuse: l’amour. Sa force n’exclut pas la méfiance... elle l’accroît peut-être,... la nature l’a voulu ainsi, et maseuleespéranceestquevouslecompreniezainsü...
— Ah! fit-elle d’une voix mourante... Je vous jure, allez, que je n’ai jamais eu d’amertume, que jamais aucune accusation ne s’est élevée dans mon
âme. Si quelqu’un a été coupable, c’est moi... Mais c’est aussi que je vous ai aimé par-dessus toute chose.
— Que vous m’avez aimé! fit-il avec un sanglot... Ah! je savais bien que vous ne m’aimiez plus !
Elle abaissa vers lui son éblouissant visage; et tout bas, toute tremblante, mais sans hésitation :
— Je vous aime mieux que jamais !
Il poussa un grand cri de joie et, l’attirant contre sa poitrine, il couvrit son visage de baisers impétueux. Elle s’abandonna d’abord dans une extase de tendresse, puis, le repoussant avec douceur :
— Si je n’ai voulu mettre aucune restriction à cet aveu, mon ami, murmura-t-elle, c’est que ma résolution est prise,... je quitte la France, ...je partirai avec mon frère ! Je jure que...
— Non! non! s’écria-t-il en lui po.sant la main sur la bouche,... ce n’est pas vous, c’est moi qui ferai un serment !... Je jure, ma chérie, je jure, quoi qu’il arrive, de vous suivre partout où vous irez,... de ne pas vous laisser de répit que vous n’ayez consenti à partager ma bonne et ma mauvaise fortune... Et si, malgré tout, vous ne consentiez pas à devenir ma femme, eh bien! je jure de vivre pauvre et de ne jamais me marier !
Elle le regardait, haletante, succombant d’amour et de bonheur, puis elle laissa tomber sa tête res-
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plendissante sur l’épaule de Jean, tandis que de grosses larmes de joie coulaient sur son visage.
— En scène pour le trois ! cria une voix aiguë.
Elle se dressa d’un bond, et n’ayant pas à changer de costume, elle mit rapidement un peu de poudre et de fard. Elle joua magnifiquement, acclamée par un public frénétique, et, lorsqu’elle revint, elle trouva Larens et Maurice auprès de Vaucelles.
Alors, Jean, la prenant par la main, dit, avec un tremblement dans la voix ;
— Monsieur Avre, j’ai l’honneur de vous demander la main de Mlle Clotilde.
Ce fut Larens qui unit les mains des jeunes gens.
— Bonnes nouvelles! dit-il... no fre avocat a vu le garde des Sceaux qui s’intéresse passionnément à la révision du procès,... et, d’autre part, le sieur Rune ne paraîtra plus sous ses espèces terrestres: il s’est expédié dans l’autre monde !