INTRODUCTION
La question du minimum de salaires, est un des problèmes de l'heure présente.
Entendu sous cette formule large, que le salaire ne devrait jamais descendre au-dessous de ce qui est nécessaire à la vie, le principe du minimum de salaires est un vœu de justice auquel r% rit ne peut s'opposer.
Mais nous verrons que, sous son apparente simplicité, 1l s’agit là d’une notion très fuyante, dont le contenu théorique est susceplible d’interprétations diverses, car il faudrait définir ce qui est nécessaire à la vie; que, d’autre part, en se plaçant sur le terrain pratique, la discussion s'ouvre
encore, sur l'utilité, sur la possibilité et sur les moyens d’ «ajuster » ce principe aux réalités.
Auparavant, 1l n’est pas inutile de rechercher si l’on peut donner un brevet d'ancienneté à cetle idée du minimum de salaires.
En suivant rapidement les idées de justice qui se sont développées au cours des siècles, touchant la rémunération du travail, on marquera mieux la place qu'occupe dans nos
Ft préoccupations sociales actuelles cette conception du minimum de salaires.
On pourrait facilement soutenir que l'idée du minimum de salaires est essentiellement moderne ; on peut soutenir aussi qu'elle a des origines lointaines.
On peut, en remontant jusqu'à l'Antiquité, en trouver des analogies: et de nos jours, les chrétiens sociaux prétendent reprendre à leur compte les théories des canonistes du Moyen âge : en réalité, la filiation n'est pas très nette. Ce qu'on peut dire, c'est qu'une idée de justice persiste toujours, dès qu'on se penche sur le problème du salaire pour essayer de le résoudre; mais ce sentiment de Justice n'est pas un, 1l varie avec les époques, il est divers pour une même époque selon les consciences individuelles, 1l faut renoncer à tracer la limite exacte du juste et de l’injuste.
A peine peut-on affirmer qu'il se forme une opinion commune de ce qui est juste à un moment donné. Chaque siècle se présente avec sa morale, ses aspirations propres, ses mœurs particulières, qui demandent des institutions, des lois adaptées. « Les lois ont été faites à mesure, selon les temps, les lieux, les besoins » (Voltaire).
Il est rare en somme que les siècles qui se succèdent posent des questions semblables, encore plus rare qu'elles y soient susceptibles des mêmes moyens de solution; on ne remonte pas le courant, 1l nous paraît peu scientifique de trop chercher dans les conceptions anciennes des inspirations pour la solution des questions modernes. Cependant, ce regard jeté sur le passénous permettra, par comparaison, de mieux saisir la conscience nouvelle du droit qui s’affirme à notre époque et qui demande qu'un minimum de justice soit garanti à l'ouvrier.