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B. — LE TRAVAIL A DOMICILE

Reste toute la catégorie des ouvriers et ouvrières à domicile. M. Fagnot, dans son rapport à l'Association nationale pour la protection légale des travailleurs, estime leur nombre à 800.000, chiffre certainement inférieur à la réalité, car depuis la loi du 3o mars 1910 sur le travail des femmes et des enfants (journée de dix heures, le travail à domicile s’est encore multiplié.

Le travail à domicile affecte des formes très variées : tantôt l’ouvrier à domicile travaille pour le compte d’un entrepreneur et alors il ne se distingue en rien d’un simple salarié ; tantôt pour son propre compte : il est alors comparable à un petit patron, aidé par quelques ouvriers ou par sa famille, il garde son indépendance économique, est propriétaire de son produit qu'il vend à ses risques et périls et, le plus souvent, sa condition n'en est pas moins misérable.

Dans le premier cas, ou bien l’entrepreneur est en relation directe avec l'ouvrier, ou bien, et c’est la méthode des grandes fabriques et des grands magasins, l'entrepreneur ne connaît pas les ouvriers à domicile qui font son ouvrage, il traite à forfait avec un facteur, sorte de sous-entrepreneur qui s'engage à lui fournir une certaine quantité d'ouvrage. Ce facteur se substitue ainsi à l'entrepreneur vis-à-vis des ouvriers ; il distribue soit à son bureau, soit à domicile, dans les régions écartées, les matières et pièces demi-ouvrées qu'il a reçues de l'entrepreneur ; il fixe les tarifs de façon, reçoit et contrôle l'ouvrage achevé après l'avoir transmis d'un ouvrier à un autre, selon les besoins, et le remet à l'entrepreneur chargé de la vente.

L'existence de cet intermédiaire, simple courtier de travail, est une source d'abus criants.

Son bénéfice, en effet, est en raison inverse des salaires qu'il paye ; il résulte d'une spéculation sur la main-d'œuvre. Par suite de la concurrence que se font entre eux ces intermédiaires para sites pour obtenir les commandes, ils sont conduits à recruter des ouvriers au plus bas prix possible.

Le danger, l'exploitation des ouvriers, s'aggrave encore, et on arrive à des salaires de famine lamentables, si les commandes sont prises à de petits fabricants, à court de crédit, qui ne peuvent traiter avec le courtier qu'à un prix de forfait très faible, parce qu'ils sont eux-mêmes écrasés par la concurrence.

Des enquêtes nombreuses en France et à l'étranger ont révélé toute l'étendue du mal et l’effroyable misère de certaines catégories d'ouvriers à domicile !. I] faut en faire remonter la responsabilité aux grands magasins, spécialement en ce qui concerne la lingerie et la confection, le vêtement et le meuble.

Une autre forme d'exploitation de l'ouvrier que vient de prohiber la loi du 1°* mars 1910, mais dont la suppression n'est sans doute pas encore assurée, est le marchandage.

Là c'est un ouvrier, un artisan qui prend de l'ouvrage à forfait et le fait exécuter, lui-même travaillant, par des ouvriers qu'il paye le moins possible, son bénéfice résultant de la différence du forfait et des salaires payés.

Le marchandeur simple, sous-traitant ouvrier ou tâcheron, paye ses ouvriers à la Journée ; ouvrier comme eux, connaissant toutes les roueries du métier, il exige de son personnel une somme de travail supérieure à celle qu'exigerait l'entrepreneur direct. Son intérêt est d'exécuter le travail le plus rapidement possible : son bénéfice augmente d'autant.

Un intermédiaire plus dangereux que ce dernier est le sweater, qui paye ses auxiliaires à la tâche, car il peut ainsi rejeter sur ses subordonnés les malfacons, en retenir le montant sur un salaire déjà insuffisant.

Ce sont sous ces diverses formes de travail que se révèlent

1 Voir la bibliographie établie par M. Pic (op. cit., p. 652 et 945).

De les graves abus du sweating system, le système qui fait de l'or avec la sueùur du misérable, qui cherche le maximum de rendement de la machine humaine avec le minimum d'entretien.

Il faut avoir lu les récits de navrantes misères de certains de ces ouvriers à domicile, travaillant pour des salaires de famine pendant des heures de journées indéfiniment prolongées, dans des locaux infects, pour saisir toute la réalité tragique de ces mots « système de la sueur ».

Il existe vraiment, cela n’est que trop certain, toute une classe nombreuse d'ouvriers qui sont écrasés par l'âpre lutte des concurrences capitalistes, qui meurent plus ou moins lentement de faim, de privations de toutes sortes, de maladies dues aux conditions d'hygiène déplorable auxquelles ils sont condamnés.

On est volontiers tenté de crier à l’exagération, c’est un pro-

cédé commode d'économiser sa pitié.

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