‹ Le minimum de salairesChapitre 16 sur 36 · C. — LE TRAVAIL FÉMININ · texte numérisé non relu

C. — LE TRAVAIL FÉMININ

L'Office du travail vient de publier une enquête sur l'industrie à domicile dans la lingerie. À chaque page paraît plus large, plus scandaleuse, la plaie des salaires de misère.

Voici, à titre d'exemples, quelques chiffres de salaires relevés dans cette enquête :

Chemises calicot ou toile coton (à faire entièrement), la dou- Zaine 1,10.

Pantalons, la douzaine depuis 1,10.

Tabliers d'enfant, la douzaine, depuis 9,75.

Corsages d'indiennes, la douzaine, depuis 1,20.

(Un fabricant de Charonne.)

L'ouvrière affirme que ces corsages payés à domicile 0,15 la pièce, sont payés 0,25 à 0,30 à l'atelier du fabricant.

Tabliers femme de chambre, à poches et brodés : monter ceinture, coudre broderie et ourlets à la main, la pièce 0,35.

Corps de jupon en linon, la pièce 0,40.

(Une entrepreneuse.)

Les mêmes tabliers, à la main, la pièce, 0,25.

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Les mêmes jupons, à la main, la pièce, 0,225.

(Une sous-entrepreneuse travaillant pour l’entrepreneuse ci-dessus.)

Le prélèvement de la sous-entrepreneuse est de 37,5 o/o dans le cas des jupons et de 37 o/o dans celui des tabliers.

Tabliers dans le même genre que les précédents, la pièce 0,55:

Ces tabliers sont vendus 14 francs la pièce.

(Une entrepreneuse pour un grand magasin.)

Bavettes, la douzaine, 0,40.

(Un fabricant.)

Les bavettes reviennent, achevées, à 0,55 au fabricant ; il les revend 1,45 aux grands magasins qui les revendent à leur tour 2,095:

On pourrait multiplier ces exemples à l'infini.

D'après Mme A..., entrepreneuse à Bourges, l’ouvrière en lingerie commune gagne 0,50, 0,75, très rarement 1 france. (Enquête de l'Office du travail, t. Il, page 15.)

Mme R..., entrepreneuse de chemises d'homme, à Henrichemont (Cher), emploie des mécaniciennes qui gagnent de 1.25 à 1.00; des ouvrières à la main qui gagnent de 0,50 à 0,75. « On ne se figure pas, dit-elle, la misère de certaines ouvrières à Henrichemont ; il en est qui n'arrivent à vivre que grâce aux secours des voisins. » (Æod. loc., page 17.)

Le Progrès de Lyon a fait paraître, en 1910, une enquête très documentée sur les salaires de femmes.

On y saisit la différence des salaires d'ateliers et des salaires à domicile.

.. «A Lyon, les tarifs sont un peu plus relevés que dans les campagnes. La lingerie fine en atelier est assez bien payée (3 à 4 francs par jour), mais à domicile, et surtout dans la lingerie courante, c’est tout à fait le salaire de famine. Ex. : une douzaine de chemises d'homme sera payée 2 fr. 20, une douzaine de cami-

! Pour tous ces chiffres, voir Enquéle sur le travail à domicile dans l’industrie de la lingerie, p. 132, 135, 144, 147, 148, 152, 160, 176, 188, 191, 308, 312, 910, 324, 328, 332, 348, 388, 420, 444.

? Le Progrès de Lyon, Articles sur « les salaires des femmes, salaires de famine, des 13, 14, 15 septembre rg10 »,

ni

soles de femme 27 sous, et il faut plus de dix heures de travail acharné et une ouvrière habile pour venir à bout d'une dou- Zaine... »

Pour tous les travaux, la même remarque s'impose : l’ouvrière gagne à peu près sa vie en atelier, elle ne la gagne pas à domicile. |

« Les bonnes brodeuses en ateliers arrivent à gagner 3 francs: à domicile elles ne gagnent guère plus de 2 francs ; de même les corsetières.

« Les monteuses de couronnes mortuaires qui travaillent en atelier gagnent leur vie. Les ouvrières qui préparent à domicile ces couronnes aux pièces arrivent difficilement, après dix heures de travail, à gagner r fr. 50. »

Les ouvrières en cravates à domicile parviennent péniblement à gagner 1 fr. 25.

Une enquête du Musée social nous révèle la condition lamentable des travailleuses à domicile qui exécutent pour les entrepreneuses la camelote dite « petite fleur » revendue à vil prix dans les magasins de nouveautés.

On trouve par exemple des ouvrières qui fabriquent le myosotis à 2,70 la grosse, c'est-à-dire 144 branches en deux jours de travail, soit 6 centimes 1/2 l'heure ou 0,65 par jour.

On y saisit l'exploitation des sous-entrepreneuses qui revendent leurs violettes à une grande maison du centre 0,10 la grosse et les font fabriquer à 2 grosses pour 1 sou.

Le patron est en ce cas le plus coupable, car il ne peut ignorer une exploitation dont il est le principal instrument.

De l’aveu même du président de la Chambre syndicale, ces prix existent réellement ainsi que l’aubépine à 0,30, 0,50 la grosse.

Ici encore, même remarque : les salaires en ateliers sont plus élevés que ceux à domicile‘.

Nous ne pouvons pas entrer davantage dans le détail de spécialités innombrables qui se partagent le travail féminin.

1 Musée social, « la Fleur artificielle »; Claire Gérard, Mémoires el Documents, 1909.

Terminons ces citations de chiffres par un budget de chemisière qui gagne 2 francs par Jour.

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Quant à la nourriture, elle prend 6 fr. go par jour, ainsi répartis :

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Total Fr 10:00

soit par an 328 fr. bo, ce qui, avec les 268 fr. détaillés d'autre part, font le total des dépenses à 596 fr. 50. Aux recettes : 300 jours de travail à 2 fr., ce qui fait 600 fr. Voilà une pauvre fille

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qui ne paye pas d'impôt foncier ni de contributions d'aucune sorte, mais qui a peine à ne pas mourir de faim!.

Que feront toutes les femmes nombreuses qui touchent un salaire inférieur à 2 francs : les confectionneuses, les ouvrières couturières ou modistes qui ont à subir les quatre longs mois de morte saison : juin, juillet, août, septembre ?

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