I.ETIRF. DE AIORTAIGNE AU COMTE DE GiSORS
Wesel, 20 avril 1758.
J'ai reçu, mon cher Comte, votre lettre du 24. Vous ne me parlez pas assez en détail de la santé de M. le Maréchal, qui m'inquiète beaucoup, ayant vu, dans une de ses lettres à M. le comte de Clermont, qu'elle continuait à être mauvaise.
Je vais répondre à tous les articles de votre lettre, avec toute la franchise dont je suis capable. Vous êtes, dites vous, surpris que je n'aie pas réussi à calmer une humeur qui se trouve dans quelques unes des lettres de AI. le comte de Clermont et cela roule, à ce qu'il me semble, sur ses plaintes contre un commis et vous concluez de là, que c'est taire le procès de AI. le Alaréchal. Vous prenez bien le change. AI. le comte de Clermont aime et estime Al. le Alaréchal et se regarde comme son intime ami ; c'est ce qui fait qu'il lui parle avec plus d'ouverture de cœur qu'il ne le ferait avec un autre, et je puis vous assurer qu'il n'a jamais eu un mouvement d'humeur contre lui. A regard des commis, il sait commie tout le monde qu'ils ont été gâtés, qu'ils sont insolents avec tout le m'onde et que sûrement ce n'est pas l'intention de AI. le Alaréchal qui n'a pas encore eu le temps de monter la machine. Il se plaint, comme il se plaint lui-même de la besogne qui est immense. Les commis i)euvent dire la même chose en ménageant les termes.
Ne croyez donc pas que le Prince ait soupçonné un moment M. le Alaréchal de ne pas lui être véritablement attaché ; aussi, je n'ai nullement à travailler sur ce point. Il est vrai qu'il a été sensible à ce qu'on l'a soupçonné d'avoir vu trop en noir et cela lui revient de Paris et de tous côtés. Le Alinistère n'est pas assez secret. Les gens raisonnables d"ici, à qui on écrit de Paris, sont tous étonnés de ce qu'on leur mande là;dessus, car il n'a jamais été question ici, que de recevoir l'ennerni s'il se présentait, mais un général doit montrer au Roi le tableau dans le vrai. Il ne faut plus parler de tout cela : cela est oublié.
A^ous dites qu'il semble que je parlage sa rancune. Je croirais me faire tort à moi-même si ceKà était. Il serait bien malheureux, si après cinquante années de services, mes preuves n'étaient pas faites. Je ne me crois pas soupçonné ; mais ce qui me fait beaucoup de peine, c'est que j'entrevois que j'ai eu le malheur de déplaire à Al. le Alaréchal avec les meilleures intentions du monde. Jusqu'à présent, il m'avait toujours permis de lui parler naturel- Irnient : ce n'est pas pour moi que j'ai parlé : j'ai pris feu pour les intérêts du Roi ; peut-être y ai-je mis un peu d'humeur. En vérité,
mon cher Comte, il y a de quoi en prendre ici. Je n'y ai d"autre caractère que celui d'un lieutenant-général qui fait le métier de tout le monde. Il faut travailler à mériter la conliance du Prince, ù me concilier l'esprit des états-majors, des officiers généraux, des troupes et de toutes les autres parties de l'armée et vous voulez que je me mette à travers de ce prince pour des bagatelles, pendant qu'il y a à travailler sur les affaires les plus intéressantes du Royaume. Je ne sais pas si vous regardez ma besogne comme bien aisée : ce qui est certain, c'est que depuis que j'ai joint l'armée, mon équipage ne m'ayant pas encore joint, je couche sur un mauvais matelas, je refuse presque tous les bons dîners qu'on m'offre, mon valet de chambre me fait une soupe à l'eau et va me chercher deux ou trois mauvaises côtelette? au coin de la rue pour avoir plus de temps à donner au travail. Je fatigue horriblement des yeux qui auraient besoin de plus de repos et je suis du matin au soir à plalt-il maître ? avec tout le monde. Mais jecom;()te les peines de corps pour rien ; il n'en est pas de même de celles de l'esprit ; elles assomment. Enfin, j'irai jusqu'au bout et puis fera les vignes qui pourra. Je ne suis pas de ces chevaux à qui on donne l'avoine avant que de monter dessus, pas môme après. Je vais ruiner ma santé, rembourser encore quelques coups de fusil et puis m'en retourner dans mon village, comme j'en suis sorti. Dieu soit loué. Tout travaille pour le rétablissement de l'armée : c'est-à-dire, les troupes s'y portent on ne peut pas mieux ; ailleurs, il y a beaucoup de négligence et de lenteur. Nous venons de faire la découverte de ôOO.OOO rations de ^'oin sur la Meuse, dans le pays de Hollande et d'autres princes que les Electeurs. Je n'ai pu mettre après pour faire conclure, s'il est possible un marché : cela presse. Nos cinq dépôts se forment si lentement que cela impatiente, et le service journalier est mal assuré.
Nos hôpitaux sont fort négligés. J'ai engagé M. le comte de Clermont à aller, il y a deux jours, visiter celui d'ici. Nous avons parcouru les salles, nous avons goûté le bouillon, il en a goûté lui-même. Ce n'était que de l'eau et du sel. Il a fait mettre le contrôleur en nrison. Il y a trois cents chirurgiens à l'armée, il n'y en avait pas un à l'hôpital : il doit y en avoir toujours di^ garde. Il a eu des plaintes de l'hôpital de Cologne, il a fait mettre au carcan et au cachot. Enfin, de tous côtés, on fait ce qu'on peut pour remettre l'ordre, l'honneur et la discipline. Depuis que nous sommes ici, l'Intendant n'a pas été une seule fois à l'hôpital : M. le comte de Clermont lui en a fait des reproches. Le lendemain, il est venu chez lui. lui dire que la besogne était trop forte pour lui, que sa santé ne lui permettait pas de suivre un s» grand travail et qu'il allait écrire à M. le Maréchal, pour lui demander la permission de se retirer. Il a raison : cela est trop fort pour lui. Je le crois très honnête homme, mais il est trop lent
et trop enveloppé : jamais il ne pourrait se tirer d'affaire et l'armée en souffrirait. Il s'agira donc d'avoir un Intendant ; je ne crois pas qu'on en trouve un qui soit plus propre que M. de Bernage ; mais je crois, qu'il convient pour cela de prendre l'avis de M. le comte de Clermont.... etc..
Lettre de Gisûrs a Belle-Isle.
Au camp de Horwerdt. 18 juin 1758.
Mon cher Père,
Comme j'ai tout lieu de présumer que mes autres lettres peuvent être ouvertes, je n"ai pu jusqu'ici vous parler à cœur ouvert. Saunier (?„ me fournit, enfin, une occasion de vous faire connaître la véritable situation de notre armée. A'ous verrez avec amertume que si les choses demeurent dans l'état où elles sont, il n'y a pas le moindre succès à se promettre, les plus grands malheurs à craindre au contraire. M. le comte de Clermont dépourvu de toute connaissance du pays, incapable de former aucun projet par lui-même, ne veut être constamment gouverné par personne et cependant se rend toujours à l'avis du dernier, il ne prévoit rien, est peu affecté des dangers présents, s'amuse d'une bagatelle et perd le temps à des promenades inutiles. Voilà quel est notre général ; sa principale confiance, malgré ses indécisions, parait-être en M. de Alortaigne, sans cependant qu'elle le porte à le soutenir contre M. de Monteynard, lequel, depuis quelque temps appuyé du murmure général de l'armée, n'a plus aucun ménagement pour le premier. M. de Mortaigne, avec la vivacité que vous lui connaissez, conseille le Prince et lui dénonce les fautes de l'état-major. M. de Monteynard. ordinairement, se borne à répondre que Son Altesse est la maîtresse qu'il est fait pour exécuter, représente les difficultés. M. de Mortaigne soutient son avis avec chaleur, l'autre ne dit plus mot et rien ne se décide. Le Prince, peiné de ces contradictions, a, depuis quelques jours, recours à M. de Contades pour être le conciliateur ; celui-ci qui persiste à éviter le rôle de conseiller, vient quand il est mandé, donne l'avis qu'on lui demande et le motive, exécute ce dont on le charge, puis retourne chez lui. Les autres officiers généraux éloignés du conseil, ne s'occupent que de critiquer tout ce qui se fait et, comrrîe il y a matière, ils n'ont pas eu de peine à inspirer à toute l'armée autant de mépris pour le général que de haine contre M. de Mortaigne. Les citoyens dont le nombre est petit, gémissent et, en faisant leurs efîorts dans ce qui dépend d'eux, frémissent de ce que nous ne sommes encore qu'à la mi-
juin. Le soldat, au milieu de toutes les fatigues dont il est accal»lé depuis huit jours, conserve encore de la volonté ; d'avoir marché en avant aujourd'hui l'a ranimé. Si les dispositions sont bonnes, on peut compter sur une victoire assurée, poui^u que nous en venions bientôt aux mains.
Après ce tableau général, il faut en venir au détail des fautes qu'on impute à M. de Mortaigne : 1° d'avoir cantonné les troupes en ordre de bataille, l'infanterie dans le centre, la cavalerie sur les ailes. Toute l'infanterie, dit-on, devait border le Rhin en première ligne, la cavalerie derrière. Militairement et politiquement, la gauche où il n'y avait que cinq bataillons aux ordres de M. de Villemeur devait être renforcée d'infanterie.
2° Du mioment qu'on a eu avis de la marche d'un corps des ennemis sur Emmerich ne devait-on pas faire des manœuvres relatives ?
3° Ne valait-il pas mieux assembler l'armée dans le camp de Xanten, dont la position est excellente que dans celui de Rheinberg ? On culbutait l'ennemi avant qu'il eût pu prendre un établissement en deçà du Rhin.
4° Pourquoi a-t-il fait rétrograder l'armée le jour qu'elle était en marche pour Yssum' ? L'ennemi ne pouvait pas prendre cette position d'Alpen, nous avions l'avantage de nous servir de notre cavalerie dans la bruyère. S'il y avait eu une action, nous donnions la main encore mieux que de Rheinberg au camp de M. de Villemur à Xanten. M. de Monicynard était pour aller à Yssum et voilà ce qui lui a donné barre sur M. de Mortaigne ;
5° Pourquoi de Meurs revenir à Neuss, jeter de l'avoine dans le Rhin à Urdingen que nous avons abandonné et ne pas nous arrêter à Ûsterad où nous avons passé pour aller à Neuss et sommes revenus camper en revenant de Neuss.
'Voilà mon cher Père les griefs contre M. de Mortaigne, lequel a de son côté, à reprocher de ce qu'aucune marche n'était ni bien reconnue, ni ouverte et avait voulu que l'armée, une fois assemblée, on repassât en deçà du canal de Rheinberg, auquel nous avons peut-être (été) tristement acculés.
Ai Suède-i59
Lettre écrite de l'Armée, sur la rataille de Krefeld,
'Wôringen, 27 juin 1758.
'Vous avez sans doute su toutes nos manœuvres et celles des ennemis depuis le passage du Rhin, M. de Mortaigne qui, malheureusement dirige tout, est inquiet et confiant : il fatigue l'armée
de service inutile, n'est jamais instruit des mouvements des ennemis et n'a jamais pu croire qu'ils vinssent nous attaquer. Il éloigne, autant qu'il le peut, de M. de Glermont tous les généraux qui ont des talents militaires supérieurs aux siens. M. de Saint- Germain, qui est le seul en qui l'armée ait la -confiance dans ce moment-ci, a pris le parti de ne plus i'ien dire. Je ne suis point Tennemi de M. de Mortaigne, je le crois même bon officier, mais tel brille en second rang qui s'éclipse au premier. Nous venons donc de perdre une bataille. La valeur des troupes en avait décidé autrement. Il est de l'ait, que les ennemis avaient battu la retraite et se retiraient : prisonniers, déserteurs, espions s'accordent sur ce point. L'ordre seul de la retraite qui nous a été donné dans un temps précieux où l'ennemi étail repoussé de toutes parts, nous a forcés à lui céder le champ de bataille. Toutes les différentes relations vous apprendront qu'il n'y a jamais eu un plus beau Dloment pour la gloire de la nation, si l'armée avait eu un général à sa tête. Tous les efforts des ennemis qu'ils avaient postés sur notre flanc gauche étaient devenus inutiles par la valeur et l'intrépidité avec laquelle les seuls régiments de la Marine, la Couronne, la Alarche, Chartres, Touraine, Brancas et Lochmann avaient soutenu leurs efforts et ils n'avaient jamais pu, malgré leur supériorité, pendant toute l'action qui avait été fort longue, gagner le moindre terrain. Les régiments que je viens de nommer n'ont pas été soutenus ; s'ils l'avaient été et que nous eussions marché par notre droite, que serait devenue l'armée ennemie ? Elle se trouvait par cette manœuvre coupée dans sa retraite, ne pouvant plus rentrer dans son camp qui était encore tout tendu, et écrasée si elle avait voulu faire un mouvement par sa droite, par du canon, le feu de cinq bataillons et deux brigades de cavalerie, aux ordres de M. de Nicolai, lieutenant-général, placé dans cette partie pendant la bataille par ordre de S. A. S. appuyée au château de Colenberg et que nous étions à portée de soutenir, en cas de besoin. Vous voyez, par ce que je viens de vous dire, qu'il est exact que ce ne sont que les vues courtes de celui qui nous commandait qui nous ont empêchés de profiter de nos avantages.
Toutes nos troupes, cavalerie et infanterie, ont chargé avec une valeur qui n'a point d'exemple ; mais rien n'a chargé à propos, rien n'a été soutenu et tous les ordres ont été mal donnés. La retraite s'est faite dans le plus bel ordre du monde. L'audace et la fermeté de nos troupes nous prouvaient le mépris qu'elles avaient de nos ennemis. Elles croyaient que notre retraite était une feinte. A cela, je croirais volontiers quelles ne connaissaient pas la capacité de leur général. Quelle nation, si elle était bien menée !
La relation que S. A. S. a en-'oyée au Roi est de AI. de Mortaigne, elle est fausse et infâme et lait tort à la bonté de cœur de ce prince. On n'y fait pas mention des officiers qui se sont dibl ingués ; il n'y est seulement pas question de M. de Saint- Germain, qui a soutenu par ses bonnes dispositions, avec les régiments que j'ai nomm'és, l'attaque de la gauche. On y accuse injustement deux officiers (1) d'avoir égaré par une fatalité inexprimable les Grenadiers de France et la brigade de Navarre que l'on avait envoyé chercher à droite pour soutenir Al. de Saiiil- Germain, en un mot, elle est rempUe de faussetés. Toute l'armée sait qu'une demi-heure après l'arrivée des Grenadiers de France et de la brigade de Navarre, il était encore temps de détruire les ennemis, par la manœuvre que je vous ai expliruée, que nous ne l'avons point fait, que personne n'est coupable que AI. de Mortaigne de qui émanaient tous les ordres, et qui se plaint à tort de ce que les Grenadiers de France et la brigade de Navarre ne sont pas arrivés à temps ; n'avait-il pas d'autres troupes plus à portée '? Champagne et la Tour-du-Pin étaient sous la main. Ces deux brigades auraient chargé avec autant plus de plaisir qu'elles étaient exposées depuis longtemps au canon des ennemis et qu elles s'impatientaient de perdre beaucoup de monde inutilement. Raison spécieuse et mauvaise de sa part ; ce n'est pas la première fois qu'il cherche à se disculper de ses fautes, en les rejetant sur les autres ; mais l'armée ne prend pas le change et lui rend la justice qu'il mérite.
Les troupes sont au désespoir. On ne leur a pas témoigné le moindre contentement. Les officiers qui se sont le plus distingués n'ont pas reçu le plus petit avancement. Ce n'est pas là la manière de conduire des Français.
Le jour de la bataille, Al. de Alortaigne et AL de Contadcs étaient allés le noatin à 5 heures, accompagnés des trois étatsmajors de l'armée, reconnaître notre gauche. Un hussard, déserteur prussien vint à nous et avertit ces deux généraux que les ennemis feraient un mouvement par leur droite et que 15 ou 20.000 hommes se dirigeaient vers cette partie : ils y ajoutèrent foi, mais ne crurent pas qu'ils vinssent nous attaquer. Un moment après, AL de Alortaigne fut averti par AL Sicard, commandant les A^olontaires Royaux, qui était en avant avec son corps, qu'il se repliait, parce qu'un corps de 15 à 20.000 hommes marchaient sur lui. AT. de Aboyer qui était en avant de Crevolt avec 500 homm'es d'infanterie, 200 dragons, 150 volontaires et 200 hussards et qui était aux prises avec des partis des ennemis depuis le matin, envoyait dire à tout moment, qu'ils se portaient en forces sur notre gauche. On no pouvait i»lns en 'loulcr; mais
(1) Dont le chevalier de Chaslcllux, aide-major général.
on croyait seulement qu'Us voulaient faire un mouvement de ce côté là.
De retour de notre reconnaissance, nous fûmes rendre compte à M. l'Abbé (1), qui toujours confiant, ainsi que sou régent Mortaigne, allait se mettre à table et manger un excellent dîner que son ami Mignot lui avait apprêté. Peu de temps après, une canonnade assez vive l'avertit qu'il fallait quitter les ragotits pour prendre la cuirasse. Il ordonna de battre la générale et l'armée se mit en bataille à la tête du camp, avec toute la célérité dont est capable la nation. Il est fâcheux qu'on n'ait pas su profiter de sa bonne volonté.
Je désire qu'on rappelle Al. l'Abbé et ses novices, et qu'on lui substitue M. le maréchal d'Estrées (2), avec MM. de Chevert et Saint-Germain pour adjudants. Rien n'est plus comique que de voir l'im'périeux Mortaigne régenter S. A. S. et il en serait crevé d'orgueil si le prince Ferdinand ne l'avait régenté à son tour.
Il y a apparence que notre armée se repliera, la première marche qu'elle fera sera sur Cologne, à moins que l'arrivée de M. de Chevert ne change en audace par ses discours et sa présence la timidité et l'indécision de nos généraux. Il en est capable ; aussi est-il bien désiré et l'armée entière fait des vœux pour le voir arriver. On compte que ce sera aujourd'hui. On assure à l'armée qu'en prenant congé du Roi, S. M. lui a dit : « Chevert, je voudrais vous donner des ailes pour vous porter à mon armée ».
Notre perte et celle des ennemis sont à peu près égales.
Je ne vous parle pas de M. de Contades : il ne s'est pas trop bien tiré de sa besogne, tant s'en faut ; il est fort lié avec M. de Mortaigne et toujours de son avis. Ce sont les deux généraux dominants et le seul conseil de M. l'abbé. Vous jugerez présentem-ent par leurs manœuvres et leur conduite, s'il n'est pas malheureux pour la nation d'être commandée par des bavards et des imbéciles.
3477-1 'il bis
Billet confidentiel de Mortaigne a Belle-Isle.
Juin 1758
(( Pour vous seul, Monseigneur. — Tout le monde veut se battre dans cette armée, les plus fanfarons ne sont pas les plus braves ; j'ai encore eu une prise il y a deux jours. On me disait
(1) \ole en marge : « M. le comte de Clermont clait abbé de Saint-Gcrmaindes-Prés. C'est pour celle raison qu'on l'appelait dérisoircment le Général des Bénédictins. »
(2) .\ote en marge : « C'était aussi un bien médiocre général. »
qu'on aurait dû se battre davantage sur le Landwertti, je répondis qu'il fallait être brave pour soi et prudent pour les autres ; je ne le disais pas sans raison, bien des gens veulent se battre quand il n'y a plus d'ennemis.
.Je répète que la perte de la bataille a été causée par Tégarement qu'on a fuit de la réserve, mais voyant qu'elle n'arrivait pas, je représentai à M. le comte de Glermont qu'il était à propos d'ordonner à une partie de la cavalerie qui n'avait rien fait de charger, il en envoya deux fois l'ordre, elle n'en lit rien et se replia d'elle-même, à la vérité en ordre. Enfin, ne voyant point arriver l'infanterie et l'ennemi s'étant formé en plaine, il fallut ordonner la retraite. Il y a une brigade d'artillerie qui u aussi très mal fait et qui aurait protégé la cavalerie. Tout cela n'empêche pas que l'esprit de l'armée ne soit encore bon. mais, il n'est pris possible d'en espérer du succès, si on ne prend pas une autre forme ; celle du triumvirat est bien dangereuse, M. le comte de Glermont en a été offensé, nous y avons mis toutes les instances possibles pour l'engager à ne pas demander son rappel ; qu'est-ce que tout ici deviendrait ? M. de Contades et moi, nous nous tiendrons sûrement dans les bornes convenables, je ne sais si le troisième en fera autant, permettez-moi. Monseigneur, de vous le dire et vous le répéter. Cette forme n'est pas bonne, les choses étaient bien, il n'y avait qu'à donner de l'autorité à M. de Contades et à moi et tout irait bien. Le Prince y a confiance et si j'avais le bonheur d'avoir un quart d'heure à raisonner avec vous, je crois que vous conviendriez que l'armée a actuellement un tout autre esprit qu'elle n'avait auand M. le comte de Clermont l'a prise et qu'on n'a pas fait une manœuvre que militaire et audacieuse, les circonstances n'ont pas permis de faire autrement. K faut être sur les lieux pour juger des temps et de la nature du pays et il est assurément dur d'être obligé d'essuyer tous les mauvais propos de gens peu... comme il y en a dans celte armée. Ils font perdre la confiance à ceux qui conduisent la besogne, une autorité marquée peut seule les faire taire.
Instructions données par Belle-Isle a Clermont APRÈS Krefeld.
Le résultat est que S. M. bien affiigée comme vous pouvez le juger compte que V. A. S. tiendra ferme à Neuss.
1" Tous les dépôts de votre armée y sont et nous n'en avons déjà que trop de perdus ou en souffrance et même d'autres en risque ;
450 LE MIMSièRE DE BELLE-ISLE
2° En rétrogradant sur Cologne, vous n'y trouverez aucun poste qui vaille mieux que la position à prendre derrière la rivière d'Erft. M. de Crémille qui connaît parfaitement le local, y ayant été avec M. le maréchal de Maillebois en 1742, prétend que la position serait encore beaucoup meilleure, plus noble, plus digne de vous et au moins tout aussi sûre, en portant la droite de votre armée à Neuss, dirigeant votre gauche sur la rivière d'Erft, en pratiquant des ponts et des passages sur cett« rivière derrière vous. V. A. S. peut étendre ou avancer plus ou moins son camp, suivant qu'elle le jugera convenable, eu égard à la quantité de troupes. Elle peut, dans cette situation, faire des redans dans tout le front de sa ligne garnis d'artillerie et accommoder en remuant de la terre sa gauche pour n'avoir rien absolument à craindre. Vous auriez un pays totalement ouvert devant vous, l'ennemi n'y peut venir que tout à découvert et dans des grandes plaines (1). V. A. S. jouira de tous ses avantages par la supériorité de toutes espèces de votre cavalerie. Je voudrais même reconnaître en avant de mon camp une espèce de champ de bataille et j'en sortirais pour y aller combattre l'ennemi, quand il serait à portée. Ce qu'il y a de certain, c'est que vous ne pouvez plus reculer que vous ne mettiez à la fois les affaire? militaires et politiques dans le plus grand discrédit. Vous éteindrez toute la volonté et l'émulation de vos troupes, au lieu qu'en vous plaçant comme je le propose et leur faisant connaître que votre résolution est d'aller au-devant de l'ennemi pour le combattre et lui passer sur le ventre, s'il ose s'approcher à portée dans les plaines, je suis persuadé que tout le courage français se réveillera et je doute même que le prince Ferdinand ose jamais s'y commettre... »
Il ne doute pas que Clermont a donné les ordres voulus pour évacuer les approvisionnements sur Liège, et il termine en disant :
« C'est de la conservation de votre armée h Neuss, pour pouvoir la porter ensuite au delà du Rhin que dépend tout le sort de cette guerre. V. A. S. sent bien qu'en reculant sur Cologne, outre qu'elle n'y trouvera pas de meilleure position, elle abandonne tous les pays de l'Electeur palatin et de l'Electeur de Cologne et achève de jeter la consternation dans le cœur et dans l'esprit de tous les autres princes de l'Empire et décourager tous les alliés du Roi. »
600 Saxons viendront encore renforcer l'armée. Les Saxons échappés après la capitulation de Pirna ne peuvent être employés par l'imipératrice contre les Prussiens, car ces derniers les considéreraient comme déserteurs et leurs officiers se sont engagés h
(1) El où il ne peut plus vous cacher ses niana.'uvrei; (nenroi de la main de Belle-lsle).
ne pas servir contre le Roi de Prusse. On les emploiera à la garde du Rhin et de Westphalie.
La question des fourrages sera difficile en hiver, mais la réduction du nombre des officiers généraux et l'application du règlement sur leurs équipages en diminuera la consommation.
Nota. — Mortaigne renouvelle avec instance sa demande de rappel, le 10 juillet (Cologne;. 3504-85
Camp de Munichsdorf, 8 juillet 1758.
AIORTAIGNE A BELLE-IsLE.
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ■le 3, par laquelle j'apprends le rappel de AI. le comte de Clermont, ce qui influe beaucoup sur ce qui me regarde, et ma mission est remplie. Un tas de mauvais esprits et ignorants dont cette armée est remplie m'ont déjà perdu dans le monde et continueront de même, il ne me revient de toute part que des horreurs contre moi et j'ai essuyé des insultes que j'ai su repousser et dont je n'ai pas porté de plainte, mais je ne dois pas être exposé journellement à pareilles aventures, je ne puis donc faire le bien et mon honneur y est compromis. J'ai perdu, en un mois, la réputation que je m'étais acquise pendant cinquante ans de services. Vous êtes trop juste, Monseigneur, pour exiger que je m'y expose encore, car cela ne ferait qu'augmenter. On travaille à m'ôter la confiance des troupes et cela a réussi. Si je restais, ce serait donc avec certitude d'achever de me perdre, j'ai soixante-cinq ans, il est temps de songer à une retraite ; je supplie très humblement S. M. de me l'accorder. Si on ne me trouve bon à rien dans l'intcl'ieur du royaume, je me tiendrai dans ma solitude, il faut mettre une fin entre la vie et la mort, ma santé s'affaiblit journellement et le travail forcé que j'ai fait en tout genre depuis que je suis à l'armée m'a beaucoup dérangé les yeux.
Vous savez, Monseigneur, qu'il y a déjà du temps que je vous ai dit que je ne servirais plus que sous vos ordres, et depuis ce temps, j'ai acquis des années et des infirmités, j'ai donné une preuve bien marquée de mon zèle pour le service du Roi. par mon départ de Metz, pour joindre M. le comte de Clermont, mais élant moralement impossible que je contribue au bien, je vous demande
comme une grâce particulière et dont je vous aurai plus d'obligation que de toutes celles qu'on pourrait m'accordcr de m'envoyer par le premier courrier la permission du Roi de quitter l'armée.
Comptez, Monseigneur, que je me sacrifie plus pour le service du Roi, que si je me livrais au combat le plus dangereux. Tout ce que M. de Gontades pourrait faire serait blâmé et toujours par rapport à moi, les troupes n'y ayant plus de confiance. Quand je serai arrivé chez moi, je vous mettrai au fait de tout ce qui s'est passé le jour de la bataille si vous le jugez à propos ; je doute que le Roi en gagne jamais si cela continue.
Accordez-moi la grâce que je vous demande, ou vous me ferez périr sans fruit à l'armée. Vous savez qu'une besogne forcée ne peut-être bien faite, la maladie suit de près le dégotit, et vous ne voudriez pas me perdre sans en tirer d'utilité, j'attends donc de votre bonté la permission de ma retraite par le premier courrier et je vais m'arranger en conséquence.
Je suis encore bien plus touché, Monseigneur, de votre situation que de la mienne. Cela fait faire bien des réflexions. Si je puis vous être de quelque utilité, hors à la guerre, vous pouvez toujours disposer de moi à toute heure et à tout moment, je ne désire rien avec plus d'ardeur que de pouvoir vous donner des marques de ma reconnaissance de toutes vos bontés, mais en grâce ne mte refusez pas mon rappel.
Je suis, etc..
Le 14 juillet, Relle-Isle lui répond (3504-113~i en lui accordant l'autorisation demandée : <( J'aurais voulu, en vous faisant aller à celte armée, vous mettre ;\ portée d'y recevoir les récompenses que je vous ai toujours souhaitées, mais puisque Dieu en ordonne autrement, il faut se soumettre.... V^ous êtes donc le maître de revenir quiind il vous plaira, reprendre votre commandement dans les Evêchés ».
Arcliives supplpmrntaires.
Carton XXVIIl
Belle-Isle au marquis de Guerchy, 17 juillet 1758.
J'ai reçu à la fois, monsieur, les doux lettres dont vous m'avez honoré, du 8 et du 9. Je comprends le mouvement qu'à dû faire dans votre armiée le rappel de M. le comte de Clermont. Je n'en ai jamais reçu que des marques d'attention et d'amitié et je lui suis bien sincèrement attaché; mais, il est impossible de justifier sa conduite et notamment, celle de la perte de Diisseldorf, qu'il a été le maître absolu d'empêcher. Il y a mis le comble en
laissant dedans toutes nos miUnilions et notre artillerie. Dans quels embarras ne va pas nous jeter cette place au pouvoir de l'ennemi ? Vous les sentez comme moi, sans que j'en dise davantage. J'ai grande confiance en M. de Contades. Je suis persuadé, que par sa sagesse, sa prudence, sa prévoyance, son juste discernement et par sa fermeté, il réunira tous les esprits et s'attirera par l'estim.e personnelle, le respect que l'on a rendu au rang de son prédécesseur et qu'il acquerra bientôt la confiance de toute l'armée, surtout si, comme je n'en doute pas, il cherche tout de bon à combattre l'ennemi et reprend la supériorité que nous aurions toujours dû avoir, puisque nous avons toujours été et sommes encore d'environ un tiers plus forts que lui en nombre et entièrement en qualité. Le parti que prend Mor^iugne (1) facilitera encore plus ; j'avoue ma surprise de tout ce que j'entends dire, si contraire à tout ce que j'en ai vu et connu pendant vingt ans.
On ne peut être plus content que je l'ai été de la dernière lettre du 11 que j'ai reçue de AI. de Contades, aussi n'ai je pas manqué de la lire au Roi, entière. S. M. y a vu avec un<' vraie satisfaction ce qu'il me mÂinde de la marche qu'il comptait faire sur l'Erfl, avec la volonté de le passer et'de combattre M. le prince Ferdinand, s'il s'en met à portée ou de le suivre, s'il rétrograde, car le Roi a bien envie de voir réparer l'honneur de ses armes, et pour peu que M. de Contades fasse, il recevra tout de suite le bâton de maréchal de France. C'est de quoi vous pouvez bien l'assurer.
38 Suède-181
Extraits du Mémoire de Clermont au Roi, 22 juillet 1758.
Sur ses rapports avec Mortaigne — ... «Je dis à M. de Mortaigne dès le premier jour de son arrivée que je voulais bien prendre ses conseils, les suivre ainsi que c'était la volonté de M. le maréchal de Belle-Isle, mais qu'en même temps, je ne voulais point de tuteurs apparents et qui prissent le ton de général vis-à-vis de Varmée (Souligné dans la lettre). M. de Mortaigne se contint quelques jours, mais peu à peu il monta, et bientôt, il faisait en ma présence le prédicant. C'est-à-dire, que dans le lieu où j'étais avec tous les officiers, il allait de coins en coins assemJDler des pelotons autour de lui et là, il parlait en général, établissait des systèmes sur la guerre, disait ce que l'on ferait, ce que l'on ordonnerait et enfin, faisait sentir que tout émanait de lui ».
Clermont ne devait pas montrer à Mortaigne les lettres qu'il
(1) De quitter l'armée et de se rendre aux trois EvCchés.
écrivait à la Cour, mais Mortaigne en vint à exiger la communication de cette correspondance et à faire modifier la teneur de certaines lettres. « Il venait planter le piquet dès le grand matin », dans le cabinet du prince et voyait et réprimait tout ce qui en partait. Glermont souffrait cela pour ne pas faire d'ennui à Belleisle.
... « M. de Morlaigne est un homme entier, qui ne veut écouler personne, que Ton révolte même quand on dit son avis et qui n'abonde que dans son sens.... Selon lui, le vrai mérite n'existait qu'en lui et tous les autres n'avaient pas le sens commun, ni la première teinture du métier : M. de Saint-Germain n'était que brave, M. de Chevert que propre à faire combattre une réserve, Al. de iMonteynard n'était propre qu'aux petits détails du bureau, M. de Crémille qu'un gratte-papier. Il reconnaissait assez de talents à M. de Gontades depuis que M. de Guerchy les avait unis. M. Gayot était un imbécile qu'il fallait chasser et qui lui bouillait le sang, M. du Verney un fou, enfin, il disait du mal de tout le monde. Le dirai-je ? Souvent il n'approuvait pas M. le maréchal de Belle- Isle ; enfin, il ne pensait bien que de lui, vantait sans cesse ses exploits, sa naissance, la considération dans laquelle il était en Allemagne et quand il était sur ces chapitres, il ne finissait plus. M. de Mortaigne avait pris M. de Monteynard dans une aussi violente aversion qu'il avait pris Tlniendanl... » Mortaigne. paraît-il, exigeait que les propositions de Monteynard, maréchal des logis de l'armée, passassent par lui avant d'aller au prince de Glermont.
... (( Je me trompe peut-être, mais je n'ai point trouvé dans M. de iMortaigne ces talents sublimes qu'annonçait M. le maréi-hai de Bellclsle. — On me dira donc : Pourquoi en avez-voiis écrit favorablement ? Je réponds : C'est que M. le maréchal de Belle-Isle m'a écrit que le Roi était disposé à lui donner le bâton si je le demandais. C'était presque me forcer à le demander et j'ai cru nécessaire de bien parler de lui pour entretenir l'union entre le Ministre et le Général. Il y a des choses sur lesquelles M. de Mortaigne mérite des louanges : il est brave à l'excès, il y a des parties qu'il connaît : c'est un fort bon officier de cavalerie. 11 était en exécration dans l'armée. M. de Chevert ne le lui a pas caché. »
Sur Gontades : u L'armée lui refuse les talents et les vues pour commander. Je crains qu'il ne les ait pas acquis encore. Peut-être que son flegme et sa sécheresse révoltent contre lui ; il est regardé presque aussi incapable que M. de Mortaigne... »
jVnnexes 455
Travail du Roi 27 lïiïirs 1758
RicGLEAiE.NT dii 29 ovril 1758, que le Roi a juge à propos de faire sur Vancienneté de service que devront avoir les oUiciers qui sont proposés pour commander des ré(]iments.
S. M. vivement toueliée des abus qui se sont introduits dans ses armées, et n'ayant rien plus à cœur que de les déraciner entièrement pour assurer et augmenter, s'il est possible, la bonne réputation que les troupes françaises se sont acquis ^s depuis si longtemps, s'est fait mettre sous les yeux les objets que l'on peut regarder comme la source du relâchement de la discipline et par le compte qui lui en a été rendu, elle a reconnu qu'ils devaient être rapportés à deux points principaux qui lui ont paru dignes de toute son attention.
Le premier, une ambition mal entendue et trop impatiente" qui a fait tom;ber dans une espèce de discrédit l'état de capitaine, si nécessaire cependant, si honorable et dont les fonctions bien remplies assurent le salut des armées et celui de l'Etat : S. M. a l)ensé que cette erreur dangereuse a pu être favorisée dans la plupart des esprits par la multiplicalion des commissions de colonel qui, en rendant- ce grade plus commun qu'il ne devrait l'être a diminué dans l'opinion le prix des grades inférieurs.
Le second, le peu d'expérience de ceux qui se sont trouvés à la tête des corps par des avancements prématurés qui ne leur ont pas laissé le temps d'apprendre à commander en obéissant et d'acquérir les connaissances essentielles d'un métier, où la valeur n'est pas le seul mérite qui doive caractériser un officier.
S. M. toujours disposée à récompenser les belles actions par des grades et également persuadée que les grâces doivent toujours être des récompenses méritées, a réglé que les commissions de colonel seront désormais le prix des actions éclatantes faites à la guerre, par des officiers do grade inférieur, actions dont le service de capitaine est si susceptible et dont il a fourni tant d'exemples.
Et S. M. ayant une juste idée de toutes les qualités nécessaires à ceux de qui dépend le maintien de la subordiualion et de îa discipline dans le corps dont le commandement leur est confié et regardant les colonels comme la péi)inière des généraux qui doivent assurer la gloire et l'honneur de la Patrie par le succès et la réputation des armes. Elle a jugé qu'elle ne devait |)Iacer h la tête des régiments, en cette qualité, que des officiers dont les t-alents fussent éprouvés, dont la sagesse et la fermeté fussent connues, et qui, par la connaissance des hommes, par celle des
devoirs d'un, colonel, par l'expérience et par Tétiide du métier, fussent en état d'exercer dignement et efficacemenl l'autorité entière dont ils doivent être revêtus.
En conséquence, S. AI. a décidé que, dorénavant, aucun officier ne pourra être pourvu d'un régiment, qu'il n'ait auparavant servi, au moins pendant sept ans, dont deux en qualité de lieutenant, d'enseigne, de sous-lieutenant ou de cornette et cinq en celle de capitaine dans l'infanterie, la cavalerie ou les dragons.
37 Suède-i45 bis
Projet de règle.me.nt pro\ isio.n.xel sur la formation des divisions et sur le service qui y est relatif
(Belle-Isle a Clermont, 10 mai 1758.
S. M. ayant été informée par le compte qui lui a été rendu, du service des officiers généraux de ses armées, que leurs fonctions n'ont pas été réglées jusqu'à présent avec assez de précision pour en retirer toute l'utilité qu'elle doit attendre de leur zèle et de leur exactitude et jugeant plus convenable au bien de son service d'en attacher une partie a des divisions fixes, qu'ils commanderont pendant le cours de la campagne, et dans lesquelles, en suivant tous les détails, ils pourront, non seulement, achever de se former eux-mêmes dans toutes les connaissances qui y sont relatives, mais encore examiner et connaître les abus trop fréquents et y apporter le remède, distinguer les qualités des officiers inférieurs, pour en rendre compte, les exciter par leur exemple à remplir leurs devoirs, attirer leur confiance et leur en inspirer, tenir la main à IVjxécution des règlements pour la discipline et veiller continuellement à la régularité du service, pendant que l'autre partie demeurera auprès du général, pour y exécuter les ordres qu'il jugera à propos de leur donner et faire en tout le même service qu'ils ont été accoutumé de faire par le passé, S. M. a ordonné et ordonne ce qui suit :
Article pre.mier. — Les Armées seront à l'avenir partagées en divisions qui seront commandées par des lieutenants-généraux et sous eux, par des maréchaux de camp.
Art. II. — • Chaque division pour un maréchal de camp sera formée de deux brigades d'infanterie ou de cavalerie et autant que cela sera praticable et pourra s'ajuster avec le nombre des brigades en l'ordre de bataille et deux de ces divisions formeront celle d'un lieutenant-général.
Art. III. — Le général commandant Tarméo clioisira. sans avoir égard à Tancienneté, les lieutenants-généraux et maréchaux de camp auxquels il voudra confier le commandement desdites divisions aussi longtemps qu'il le jugera à propos, pour le bien du service.
Les articles suivants règlent les rapports de service du lieutenant-général, du maréchal de camp, du major de brigade.
Art. XXII. — Comme tout ce qui est ci-dessus prescrit aux lieutenants-généraux et maréchaux de camp, commandants des divisions ne peut être par eux exécuté qu'autant qu'ils s'en tiendront continuellement à portée, S. M. veut qu'ils campent chacun à. la queue du camp de la division à laque]l<^ il sera attaché, à moins qu'il n'y ait un village ou quelque maison dans le terrain occupé par ladite division, aucpiel cas seulement Elle permet à l'aide maréchal des logis de l'armée chargé du détail des logements d'en marquer un pour lesdits officiers généraux, dans ladite étendue.
Bf.lle-Isle a Choiseul, 11 août 1758.
J'ai reçu. Monsieur, avec les lettres dont vous m'avez honoré des 17 et 28 juillet, copie de celle que vous aviez écrite à M. 'e prince de Soubise le 21. Vous avez bien voulu me faire part en même temps de vos idées sur les opérations que vous pensiez que pouvaient ou devaient faire les différentes armées des alliés du Roi et notamment les nôtres.
Différentes circonstances m'ont empêché de vous répondre plus tôt, dont la principale était l'incertitude du moyen des subsistances, faute de précautions par ceux qui m'ont précédé dans la place que j'occupe, et à la tête de notre armée et aussi par le défaut d'argent : car que peut-on faire de bien quand ces deux articles principaux manquent à la fois? M. le Maréchal de Richelieu, avec 130.000 hommes à ses ordres, non compris rarmée de M. de Soubise s'est détruit lui-même, vis-â-vis l'armée hanovrienne, forte tout au plus de 40.000 hommes de troupes ramassées qui venaient de perdre une bataille. M. le comte de Clermont, qui l'a remplacé, a achevé la destruction, en abandonnant dans la plus rude saison tous nos magasins et une partie de notre artillerie. On a repassé le Rhin avec beaucoup de régin>ents et tort peu d'hommes, le tout dans un délabrement inexprimable. Le défaut d'ordre et d'argent en a ralenti les réparations. On a laissé passer le Rhin à Lennemi, on lui a de nouveau abandonne et nos quar-
tiers et nos magasins. On s'est toujours retiré devant lui. Vous savez l'histoire de l'action du 23 juillet fi , le tout a élé couronné par l'abandon de Diisseldorf. Tout cela est en vérité incroyable. C'est dans ces circonstances que j'ai reçu les lettres dont vous m'avez honoré. Le commandement de l'armée a élé confié précisément à cette époque à M. de Contades. Les ennemis, maîtres de la rive gauche de la rivière d'Erft, avec les hauteurs contre nous et notre armée acculée sous les murs de la ville de Cologne, il a fallu voir de quelle manière le nouveau général prendrait, avec son armée remplie de cabales et de tracasseries, et s'il se conformerait avec plus de déférence pour l'exécution des plans qu'on lui communiquerait.
M. de Contades n'a pas perdu de temps à changer la position de notre armée, il s'est rendu maître des passages de l'Erft, il a obligé le prince Ferdinand à rétrograder à son tour jusqu'à Ruremonde, peut-être aurait-on pu l'obliger à repasser la Niers au-dessous de Gueldres : mais enfin, ce Prince a été trop heureux de pouvoir regagner ses ponts et voilà la guerre de nouveau portée en W'estphalie entre le Rhin et le Weser.
^L de Soubise est maître de la Hesse, l'avantage qu'a remporté M. (h- Broglie sur le prince d'Isenburg a élé médiocre en soi, et je crois que nous y avons plus perdu que l'ennemi. M. de Broglie, qui a voulu faire parler de lui, s'est beaucoup commis ^2) ; mais la volonté des troupes a répondu à la sienne et nous y avons acquis la réputation des armes, qui est un grand point dans la circonstance, après tout ce c(ui s'est passé depuis un an.'
Le prince Ferdinand, renforcé par 8 à 9.000 Anglais qui ont débarqué à Emden, peut avoir au plus de 60 à 70.000 hommes. Xotro premier objet doit être de le combatlro et de le rejeter au delà du Weser. Il ne faut pas nous tromper nous-mêmes, nos troupes ont repris toute leur volonté, mais nos régiments sont en méchant état et si nous prolongions la campagne, nous retomliorions dans les maladies, le dégoût suivrait et vous connaissez la nation. Tl faut tâcher de finir la canupagne sur la bonne bouche, et, après avoir nffaihli notre ennemi par des succès plus ou moins considérables, occuper en force la Hesse et avoir la droite de nos quartiers sur le Mein, et la gauche à Wesel, nous y fortifier, nous approvisionner et imposer de là à tout l'Empire; si nous ne faisons pas la paix cet hiver, ce que je ne crois pas trop praticable, nous aurons une armée formidable au printemps prochain, nous serons
(1) Belle-Isie s'est trompé certainenienl.il a voulu écrire 23 juin(Krefeld). et non 23 juillet, qui est la date du combat de Sandershausen.
(2) L'injustice dont Bclle-Isie se rend ici coupable vis-à-vis du duc de Broglie s'exidique par la haine profonde qu'il portail à la f.imillc de Broglie et a Choiscul ; Choiseul et Broglie étaient parents par alliance.
prêts à entrer en campagne de bonne heure et en bon état. C'est mon affaire de pourvoir aux approvisionnements ; cette seconde partie de l'hiver est absokiment Hée avec les opérations de nos alliés et dépend des succès plus ou moins considérables qu'ils auront d'ici à la lin de la campagne. Ce serait une folie de songer à porter rarniée de AI. de Soubise jusque sur l'Elbe, même au delà dû Weser, il faut s'en tenir à y envoyer à propos de gros déta. chements bien conduits, pour en tirer de grosses contributions et en enlever des otages. Songez, M. le Comte, que nous n'avons pas à beaucoup près ce qu'il nous faut de troupes dans l'intérieur du royaume pour la garde de nos côtes et de la Flandre autrichienne ; nous pouvions nous passer avec un moindre nombre lorsque nous avions une apparence de marine et une forte escadre prête à mettre à la voile dans la rade de Brest et une autre dans celle de Toulon. Nous ne pouvons pas actuellement armer quatorze vaisseaux au total, bien cpie nous en ayions soixante-trois et cela, parce que nous n'avons ni matelots ni argent. M. l'Abbé de Bernis vous parle assez souvent de ce dernier article pour que je n'aie pas besoin de m'étendre davantage sur cette matière.
J'ai l'honneur d'être avec le plus sincère et le plus parfait attachement, etc.
Belle-Isle a Soubisk, .^0 novembre 1758.
Vous me rendez justice, M. le Maréchal, lorsque vous êtes bien persuadé de ma plus tendre et de ma plus sincère amitié pour vous. C'est le vif intérêt que je prends à votre gloire et à votre réputation qui me porte à vous parler avec la franchise que j'emploie avec vous dans plusieurs de mes lettres, comme je pourrais faire avec mon malheureux lils, s'il vivait encore. Je vois et je sens que vous êtes bien intimement persuadé de lajustice desdemandes que vous faites et c'est précisément ce qui m'afflige le plus ; car je voudrais que de vous-même, vous pussiez discerner combien la plupart de toutes ces demandes sont mal fondées et absolument nuisibles au service du Roi. Vous êtes trop jeune pour avoir vu la différence qu'il y avait autrefois dans la façon de penser noble, élevée et désintéressée des officiers de ce temps-là, avec celle d'aujourd'hui. Je vois toute la difficulté qu'il y a de corriger trop promptement un abus si général, mais il y aurait encore bien plus d'inconvénients de le laisser subsister dans son entier. C'est ce que je compte traiter une bonne fois, lorsque j'aurai le plaisir de me retrouver avec vous. Vous me dites que vous voyez régner un
grand dégoût, que malhoureiisement ce sont les meilleurs sujets qui en paraissent le plus affectés. Et vous me dites en même temps, que vous employez tous les moyens qui sont en vous pour ranimer les sentiments que Ton doit au Roi, à l'Etat et à soi-même. Je crains bien que ce ne soit pas de la manière qu'il le faudrait. Si vous paraissez les plaindre, c'est indirectement quils ont raison. Et moi, je prétends qu'ils ont très grand tort ; car il n'y en a pas un de ce qui vous entoure, qui n'ait des grâces du Roi au delà de ce qu'ils en auraient pu attendre s'ils n'avaient pour eux des comparaisons des gens qui ne les valent pas, qui en ont reçu pour autant et peut-être davantage. Il faut oublier les trois quarts de ce qui s'est fait, pour faire mieux. Je dirais à des gens qui paraissent dégoûtés, qu'ils n'ont qu'à quitter le service et s'en aller chez eux; car, quelque mérite qu'ils puissfmt avoir, il est effacé quand on tient de pareils propos, c'est un ton que vous ne devez jamais souffrir ni admettre et c'est une grande erreur de croire que le Roi manquera de sujets pour le bien servir, lorsque les grâces seront plus rares, mieux départies, et que la règle et la subordination seront rétablies. J'apprends, par exemple, que le lieutenant de la Colonelle du régiment de Bentheim vient de tomber pour la deuxième fois dans la désobéissance et la révolte la plus marquée. Son colonel s'est contenté de le nïettre aux arrêts, et moi, je vous demande, M. le Maréchal, de le faire arrêter et le faire mettre en prison. J'en écris à Wiirmscr et mon intention est de le faire casser avec éclat, à la tête du régiment. J'aime et respecte infiniment Mme de Bentheim, mais son mari tient de si méchants propos et donne un si mauvais exemple qu'il suffirait pour pervertir tous les régiments allemands et, dans tout autre temps, on lui aurait imposé aussi sérieusement qu'il le mérite, et s'il ne s'était pas corrigé on l'aurait renvoyé chez lui et le Roi eût donné son régiment à un autre. Il ne faut pas se flatter que le mal cesse si l'on ne fait des exemples. Tous ceux qui commandent demandent des grâces et des grades pour la moindre occasion. Mais personne ne punit, ni ne me dénonce ceux qui manquent et il y en a assurément beaucoup. Je vous ai envoyé copie de la lettre que j'ai écrite à MM. les Inspecteurs sur l'infidélité des revues ; il est très certain qu'elles ont presque toutes été fausses. M'a-t-on encore nommé un seul commissaire. J'ose dire à M. le Maréchal que c'est pourtant là un de vos premiers devoirs d'obliger les inspecteurs à faire le leur.
Je reviens aux derniers arlicles que Mme de Pompadour m a dit qui vous faisaient le plus de peine, je vous assure qu'elle a bien complètement rempli sa mission : car elle m'a parlé à ce sujet avec toute la vivacité dont vous la connaissiez capable, pour quelqu'un qu'elle aime autant que vous.
1° Sur M. de Caiilaincourt. Je demande de quoi il peut se plaindre et n'être pas content d'une pension de 1.000 fr. que je lui ai fait donner? A peine y a-t-il un an qu'il est brigadier, il demande encore un cordon rouge. Il ignore apparemment le nombre des surnuméraires qu'il y a au nombre de 9 et de 4 de promis. Vous savez combien je me suis élevé contre toutes ces grâces anticipées. Le Roi a été si frappé de toutes ces raisons, que je lui ai dit contre dès mon avènement au ministère, qu'il aurait bien mauvaise opinion de moi si je lui faisais aujourd'hui des propositions contraires. Et vous ne me croyez sûrement pas capable de demander quelque chose d'aussi pernicieux, il est donc bien démontré que cette demande du cordon rouge est absolument impossible.
2° A l'égard des officiers d'artillerie, vous vous plaignez qu'il n'a été donné de grâces qu'à ceux qui étaient à la division de M. de Ghevert, et qu'il y a une brigade qu' a conduite et placée AI. de Lugeac qui a fait, au moins, autant de mal à l'ennemi. En bonne règle, ceux qui étaient à la division de M. de Ghevert n'auraient dû avoir aucune grâce ; car ils n'ont fait que leur devoir et c'est pour me prêter à la mauvaise habitude, que j'en ai proposé quelques-un au Roi. A Crevelt, il n'a été donné de grâces à l'artillerie, qu'à ceux qui étaient avec les seize bataillons qui y ont combattu et les autres brigades du reste de l'armée qui ont beaucoup tiré el beaucoup essuyé de canons. On a suivi la même règle pour la bataille de Lutzelberg. Cependant, s'il y a quelques uns des officiers de l'artillerie qu'a menée AI. de Lugeac, pour qui vous insistiez, envoyez moi les noms et je les proposerai au Roi.
A l'égard de AlAI. les Golonels, il faut tenir ferme à n'en laisser venir qu'une moitié pour deux mois, l'autre moitié viendra en passer autant en France, quand les premiers seront retournés. Pour ce qui est des lieutenants-colonels, aucun de ceux dont les colonels reviennent ne doit quitter sa troupe. Je crois même vous avoir déjà mandé, ainsi que Al. le maréchal de f-ontades, que tous AlAI. les lieutenants-colonels et majors et commandants de bataillons et capitaines de grenadiers, ne doivent point revenir sans des causes fort extraordinaires. A^ous sentez bien que dans la position où vont être vos quartiers, les Prussiens en force dans la Saxe, il peut très bien arriver qu'il faille faire usage des troupes. Ai. de Castries m'a mandé qu'il ne restait presque point d'officiers aux quatorze escadrons qui sont venus de l'armée de Contades ; ce qui me surprend d'autant plus, que je lui ai écrit bien expressément le contraire. Je demande qu'on m'envoie un état, nom par nom, de ceux qui sont absents et pourquoi, afin que ceux qui ne seront pas dans un cas absolument indispensable retournent tout de suite rejoindre leurs corps.
M. de Lôwenhaupt n'ayant pu être employé à cause des affaires qu'il a à terminer, est sans doute parti à présent : mais il est bien certain que les officiers généraux et brigadiers employés doivent rester. J'attends que vous m'envoyiez l'état définitif des brigades.
Lettre du Maréchal d'Estrées a M. de .Marainville A l'armée de Daln, e.n Bohême, 19 mai 1758.
J'ai remis à M. le maréchal de Belle-Isle les plans et profils que vous m'avez envoyés, Monsieur, rien n'est si bien à la guerre que de joindre, suivant les circonstances, l'art à la nature et de rendre une position plus assurée par les ouvrages que Ton y croit nécessaires, particulièrement quand on est obligé de rest-er sur la défensive, ou que l'on est occupé à un siège. J'imagine qu'on ne peut donner sur cela de principes généraux, on doit prendre Tordre du terrain. Quelquefois, une simple tranchée très large suffit pour assurer un poste important, on peut placer en avant trois rangs de puits ; ce qui rend cet espèce de retranchement préférable à d'autre, c'est qu'il peut être fini en peu de temps, il ne présente que peu de prise au canon : il tient le soldat à couvert et en grande sûreté ; d'autres fois, les redoutes sont préférables, et il est très possible de se servir des batteries que vous proposez, mais il est à craindre que la guerre de campagne où on est obligé de faire continuellement de tels ouvrages ne se tourne totalement en guerre défensive. Celui qui est fort en cavalerie et en troupes légères doit harceler l'ennemi sans cesse, rendre les convois, les marches, les fourrages difficiles. Cent hommes employés à propos pour inquiéter ces différentes opérations, l'obligent à employer 1.000 hommes pour s'y oposer. Voilà l'idée que j'ai de la guerre, dans un pays totalement ouvert ; cette idée ne doit pas empêcher de prendre toujours des postes avantageux pour n'être pas obligé de combattre malgré soi et seulement lorsque cela paraît avantageux, mais au moment du combat, je crois très dangereux d'attendre toujours l'ennemi et de recevoir la bataille sans la donner (car c'est ainsi que fait toujours le Roi de Prusse.) L'ennemi tombe par une disposition cachée et avec des forces réunies sur le point qui lui paraît le plus faible, au lieu qu'il n'a pas le temps de faire cette disi^osition lorsqu'on l'oblige à combattre en marchant à lui. Je mets ceci sur le papier au hasard, sans objet et je vous l'envoie pour vous montrer seulement que je suis très aise de ra'entretenir avec vous. Je suis très véritablement Monsieur, etc..
Le Maréchal d'Estrées a M. de Marainville,
12 août 1758.
Je vois avez une extrême satisfaction, Monsieui'. par votre lettre du 23, le bon ét-at où est l'armée impériale, magré les marches vives qu'elle a été obligée de faire et les disjjositions que fait M. le maréchal de Daun, pour couper la communication au Roi de Prusse avec l'Elbe. Je suis persuadé que le prince Henri se postera au camp de Pirna, en cas que cela lui sera possible. J'ai lu avec plaisir l'extrait de la lettre que vous avez écrite l'année passée à M. de Paulmy. Je ne suis nullement surpris qu'il n'y ait fait nulle réponse; peut-être ne Ta-t-il pas lue ou, s'il la lue, soyez siu' qu'il n'y a rien compris ; ce n'est pas qu'elle ne soit fort bien écrite et clairement, mais il n'est nullement en état d'entendre ce qui en fait l'objet.
La célérité des mouvements des troupes du lloi de Prusse, qui vient de leurs fréquents exercices et de ï'attention continuelle des officiers, met le Prince en étal d'exécuter tout ce qu'il croit capable de donner le change à son ennemi. C'est pourquoi, il serait désirable de ne pas lui donner le choix de l'attaque et de pouvoir cacher une partie de ses mouvements et de combattre avec des forces redoublées, soit à son centre, soit à une aile, un ennemi qui n'ose se dégarnir d'avance. Toutes les batailles que nous avons perdues pendant la guerre de 1700 ont eu le fatal succès parce que l'ennemi en a toujours usé ainsi. On ne peut remédier à une tella attaque que par l'usage des réserves placées à propos et dans des terrains où elles puissent manœuvrer promptement. Celui qui atitaque a encore l'avantage de refuser au combat l'aile qu'il a affaiblie pour renforcer la véritable attaque. Malgré toutes ces belles dispositions, le prince Ferdinand eût été battu si on eût su faire usage de notre canon et des troupes qui n'ont pas combattu. J'ai eu l'occasion de parler de vous au maréchal de Belle-Isle, et il m'a paru disposé favorablement. Je désire et j'espèi-o qu'avant la fin de la campagne vous aurez lieu d'être content.
Les Anglais ont pris Cherbourg. On rassemble nos troupes pour les déployer de la partie de Normandie où ils sont descendus. Ces épisodes sont fâcheux et peuvent recommencer encore avant la fin de la campagne
Je suis très véritablement, .Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Le Maréchal n'E.«;TRÉES.
P. S. — Mille assurances à M. le maréchal de Daun, du parfait attachement et de l'entière Vénération que j'ai pour ses actions et pour sa personne.
Le AIaréchal d'Estrées au Chevalier de Marainville, Paris, i8 septembre 1758.
J'ai reçu successivement, Monsieur, les lettres que vous avez pris la peine de m'écrire le 20 et le 25 d'août, de même que le plan qui était joint à la première. On ne peut qu'approuver toutes les résolutions qui ont été prises par M. le maréchal Daun, pendant le cours de cette campagne et la sagesse de sa conduite. J'espère qu'elle sera couronnée par le gain d'une bataille et par la prise de Dresden. Ce n'est pas que je sois grand i)artisan de ces événements décisifs qui mettent en un jour à deux doigts de leur perte les Etats les plus puissants, mais il est des circonstances où ils deviennent absolument nécessaires et je crois qu'il est aussi important au Roi de Prusse de donner un combat pour sauver Dresden, qu'il est indispensable à MM. de Daun de le donner pour s'assurer de la facilité de cette conquête que je regarde comme le plus grand avantage que les nrinées imix'-nnlrs puissent avoir et qui conduit plus sûrement le Roi de Prusse à des conditions justes et raisonnables. La prise de cette capitale est un préalable dont on n'a jamais pu se passer. Si elle n'est pas au pouvoir des Autrichiens cette campagne, ce sera l'année prochaine à recommencer sur les mêmes principes que les années précédentes. Le Roi de Prusse épuisera la Saxe en hommes, en vivres, en argent et réduira les Autrichiens à manger leur propre pays. Si au contraire, S. M. prussienne est chassée de l'Elbe, la campagne prochaine commencera au cœur de ses Etats. Les Saxons recruteront les armées impériales et les secours en argent que cette Cour donne au roi de Pologne seront détermiués en proportion de l'argent qu'il pourra tirer de ses propres Etats..
'J511-12 bis
Appel a la désertion {Imprimé et répandu dans Vormée hanovrienne)
Janvier 1759.
Très chers pays,
Les malheurs et la misère qui vous accablent, les fatigues continuelles qu'on vous fait essuyer' sans sujet, les mauvais traitements et la faim que vous endurez sous le cruel commandement
d'un étranger, le mépris que Ton fait de vos personnes, qui fait que l'on vous sacrifie pour rien, comme des esclaves, faits pour servir la fantaisie de votre général, tout ceci, mes très chers pays, me touche et me pénètre tellement le cœur que je ne puis m'ompêcher de vous donner un conseil pour vous arracher à la tyrannie et vous faire passer au service d'une puissance étrangère qui vous recevra à bras ouverts.
On vous donne avis par cet imprimé, qu'en quelque nombre que vous vous présentiez, vous recevrez toutes les marques d'amitié possibles et toute protection. Chaque personne aura un bon engagement et de l'argent comptant au premier poste de Hussards ou autres troupes de vos ennemis, que vous vou^^ présentiez. Les bas-officiers conserveront leurs grades et leur rang et auront double engagement. Vous n'aurez à craindre ni coups de bâton, ni rigueur prussienne, ni aucune disette, ni fatigues inutiles, ni diminution de votre paye. Vous serez placés à votre arrivée dans de bons régiments, sans êtres séparés les uns des autres quand l'amitié vous aura unis et vous y trouverez un grand nombre de vos frères, parents et amis, etc.
De quelque lieu de votre armée que vous désertiez et à quelque poste des ennemis que vous vous présentiez, quand même vous seriez en petit nombre, vous serez reçus, serez payés à l'instant et serez en toute sûreté conduits aux régiments oîi vous devrez être incorporés.
Par reconnaissance, chacun d'entre vous doit brûler cet avis dès qu'il l'aura lu et compris, crainte qu'il ne tombe entre les mains de votre général prussien qui vous pourrait maltraiter.
Dès que voufe approcherez des postes des ennemis, vous mettrez en place de cocarde, du papier on autre chose blanche.
Le Roi de Prusse, usant des mêmes moyens, promet le pardon à tous les déserteurs allemands qui voudraient s'engager dans le coros des volontaires de Collignon.
EMPLACEMENT
de toutes les Troupes Françaises du Royaume
au 15 mai 1758
37 Suède -- 143
37 Suède-li3.
i5 mai 1758
COMPOSITION DE L'ARMÉE FRANÇAISE Infanterie bataillons
RÉGts
1 Gardes françaises
1 Gardes suisses
1 Corps roval de l'artillerie
1 Du Roi..'
1 Grenadiers de France •
79 Régiments français
11 Régiments suisses
12 Régiments allemands
2 Italien et Corse
8 Irlandais et Ecossais
8 Régiments étrangers créés depuis la guerre
RÉGts
6 compagnies de mineurs
6 compagnies d'ouvriers
Compagnie franche de Montboissier
12 piquets d'infanterie, garnison d'Harburg.
152 compagnies d'Invalides
Détachement d'Invalides de Versailles
Milices :
En garnison
A l'armée
Grenadiers royaux
Milices bourgeoises :
Pays d'Auch
Roussillon
Boulonnais