LE COMMISSAIRE
Je ne connais que lui !... C'est la troisième fois qu'il s'échappe de l'hospice... Vous comprenez, il est un peu... (// agite le doigt devant le front.) De son
LE ^rIRAGLE DE SAINT ANTOINE 61
vivant, c'cHait, paraîL-il, un magnétiseur prodigieux... Et à chaque escapade, il fait les mêmes coups; il guérit les malades, redresse les bossus, fait marcher les paralytiques. . Enfin, un tas de choses défendues par la loi. . . {S'a ppr oc liant et examinant plus attentivement saint Antoine.) Oui, c'est lui... Ou du moins... Mais il a bien changé depuis sa dernière fugue... Enfin, si ce n'est lui, ce doit être son frère... Il y a là quelque chose qui ne semble pas clair... Nous verrons ca au poste ; allons, je suis pressé ; allons, vite, mes enfants, au poste, au poste, au poste !...
M. GUSTAVE
Faisons-le sortir par ici, par la porte du jardin ; ce sera moins remarqué...
On ouvre la porte qui donne sur le jardin. Entre un tourbiUon.de pluie, de neige et de vent.
M. ACHILLE
Chien de temps !... Il pleut, il neige, il grêle...
On pousse saint Antoine vers la porte.
VIRGINIE, accourant.
Mais monsieur... Le pauvre homme... Voyez, il est nu-pieds..,
M. GUSTAVE
Eh bien, quoi ?. .. Peut-être faudrait-il qu'on lui paie un carrosse ou une châsse ?...
VIRGINIE
Non, je vais lui prêter mes sabots... Prenez-les, saint Antoine, j'en ai d'autres...
SAINT ANTOINE, cfiaussaut les sahots.
Merci !...
Son auréole s'illumine,
VIRGINIE
Et vous ne metlez rien sur votre tête ?... Vous vous enrhumerez...
Je n'ai rien...
VIRGINIE
Prenez mon petit châle... Je vais chercher mon parapluie,..
Elle sort en courant.
M. ACHILLE
Vieille folle!...
M. GUSTAVE
Oui, mais en attendant, il vient un froid de loup par la porte... Allons, voyons, au poste et que cela finisse...
VIRGINIE
revenant avec un grand parapluie qu'elle offre à saint Antoine.
Voici mon parapluie...
SAINT ANTOINE, montrant les mains.
Ils ont lié mes mains...
VIRGINIE
Je VOUS le porterai...
Sur le pas de la porte, elle ouvre le parapluie pour abriter saint Antoine, qui sort entre les deux agents suivis du Commissaii^e de Police. L'auréole du saint resplendit sous le parapluie, et le groupe s'éloigne dans la neige du jardin.
M. GUSTAVE, fermant la porte.
Enfin I
M. ACHILLE
Ouf !... Ce ncst pas trop tôt !... En voilà un raseur !...
M. GUSTAVE, s approchant du lit.
Eh bien, ma tante ?...
M. ACHILLE
Qu'est-ce qu'elle a ?... Elle s aft'aisse, elle retombe ..
LE DOCTEUR, sc précipitant.
Je ne sais... Je crois bien...
M. GUSTAVE, penché sur le lit.
Ma tante?... Ma tante I... Eh bien ?...
LE DOCTEUR
Celte l'ois, c'est la tin... Je vous lavais bien dit...
M. GUSTAVE
Mais ce n'est pas possible !...
M. ACHILLE
Mais docteur, voyez donc... Il n'y a rien à faire ?...
LE DOCTEUR
Hélas I rien !...
Un silence durant lequel tous se groupent autour du lit.
M. GUSTAVE
reprenant le pretnier son sang- froid.
Quelle journée !...
M. ACHILLE
Ecoutez la tempête I...
M. GUSTAVE
C'est égal, nous avons été un peu durs envers ce pauvre bougre.., Après tout, il ne nous a fait aucun mal...
2f9-20. — Sainl-Germain-Iês-Corbeil. — Imp. Willaume.
£ztrait du Catalogne de la BlBLIUTHEQDË-CHARPENTiE
EUGENE FASQUELLE, EDITEUR. 11, BUB DB 6RKHBLLE
OUVRAGES DE MAUJUCE MAETEKLiN(
JL«a Sagesse et la Destinée (72* mille) i
La Vie des Abeilles (89* mille) 1
Le Temple Slnseveli (30* mille) 1
Le Double Jardin (25* mille). i
L'Intelligence des Fleurs (40* mille) i
La Mort (53* mille) : . . . . i
Les Débris de la Guerre (17' mille) 1
L'Hôte inconnu iU' mille)
Les Sentiers dans la. Montagne {M" mille). . l