SCÈNE m LES MÊMES, LE BlIIGADIER, L'AGENT
LE BRIGADIER
désignant saint Antoine.
C'est-y là le particulier qui a commis le crime ?.
M. GUSTAVE
Justement.
LE BRIGADIER
mettant la main sur saint Antoine.
Vos papiers ?.,,
SATNT ANTOINE
Quels papiers ?...
Vous n'en avez pas?... J'en étais sûr. Votre nom ?...
Saint Antoine.
LE BRIGADIER
Saint quoi ?... Saint Antoine?... Ce n'est pas un nom de chrétien, ça; je veux l'autre, le vrai...
SAINT ANTOINE, tvès doUX.
Je n'en ai pas d'autre...
LE BRIGADIER
Soyons poli, n'est-ce pas ?... Où avez-vous volé cette robe de chambre ?...
Je ne l'ai pas volée, c'est la mienne...
LE BRIGADIER
Pour lors, c'est moi qui mens ?... C'est bien ça, n'est-ce pas? Dites, ne vous gênez pas...
Je ne sais pas... Je pense.*. Vous vous trompez peutêtre.
LE BRIGADIER
Je prends note de vos insolences. D'où êtes-vous?...
De Padoue...
Padoue ? .. Qu'est-ce que c'est que ça?... Où ça se trouve-t-il ?... Dans quel département ?...
M. GUSTAVE
En Italie.
LE BRIGADIER
Je sais, je sais; c'est pour le lui faire dire... Ah ! vous êtes italien ?... Je. m'en doutais... D'où venez-A^us ?...
SAINT AxNTOINE
Du Paradis.
LE BRIGADIER
Quel Paradis?... Où est-il ce pays de malfaiteurs?...
r»0 LE MIRACLE DE SAINT ANTOLNE
C'est le lieu où les âmes mortes dans le Seigneur montent après leur vie...
LE BRIGADIER
Ah ! très bien, je comprends... Monsieur fait le malin... Monsieur sepaiematète... Aprèslesinsolences, monsieur fait de Tesprit... Bien, votre affaire est claire ; ra ne va pas traîner... Et en outre, qu'est-ce donc qu'il a fait ? Qu'est-ce qu'il a volé ?...
M.GUSTAVE
Qu'il ait volé, je n'ose pas encore l'affirmer; je n*ai pas eu le temps de vérifier le compte ; et je n'aime pas à accuser à la légère... Il faut être juste avant tout... Mais ce qu'il a fait est plus grave.
J'en étais sûr.
M. GUSTAVE
Vous savez le malheur qui vient de nous frapper... Pendant que nous pleurions notre chère défunte et que nous finissions de déjeuner, il s'est glissé dans la maisonsous un prétexte quelconque et dans des intentions qu'il est facile de deviner... Il a profité de la simplicité et de la crédulité de la bonne pour se faire ouvrir la chambre où reposait le corps. Il espérait évidemment profiter du désordre et de notre douleur pour pécher en eau trouble et faire quelque bon coup. Peut-être avait-
LE MIRACLK DE SAINT ANTOINK 57
il appris par un complice que les bijoux el Targenlerie de notre tante se trouvaient étalés sur la cheniinée... Malheureusement pour lui, notre tante n'étaitpas morte. Kn voyant tout à coup cet individu de mauvaise mine dans sa chambre, elle s'est réveillée, s'est mise à pousser des cris et Ta interpellé vertement et courageusement. Alors, pour se venger de sa déconvenue, et je ne sais comment — c'est le docteur qui vous l'expliquera — il lui a enlevé l'usage de la parole et, malgré nos prières, refuse de le lui rendre, dans l'espoir naturel de nous faire chanter. Remarquez que je n'accuse pas ; je constate simplement. Pour le reste, demandez au docteur.
lu: docteur
.le donnerai, devant Monsieur le Commissaire, toutes les explications nécessaires. Si l'on veut, je ferai un rapport.
M. ACHILLE
Kn attendant, il n'y a pas d'erreur; c'est un malfaiteur ou un fou; peut-être Tun et l'autre ; en tout cas, un individu dangereux qu'il importe de mettre en lieu sûr...
LE BRIGADIER
C'est évident. Nous allons vous débarrasser de tout ça... Rabutteau ?...
l'agent Brigadier ?...
LE BRIGADIER
Les menottes...
M. GUSTAVE
Messieurs, vous vous êtes si aimablement dérangés qu'avant de nous quitter vous allez nous faire le plaisir de prendre avec nous un verre de quelque chose...
LE BRIGADIER
Ma foi, ce n'est pas derefus, n'est-ce pas, Rabutteau?... D'autant plus qu'il n'a pas l'air commode, notre particulier...
M. GUSTAVE
Joseph, une bouteille et des verres... {Sort Joseph.) Nous trinquerons en même temps au rétablissement de ma tante...
LE BRIGADIER
De ce temps-là, ça ne fera pas de mal.
M. GUSTAVE
Il pleut toujours?...
Un déluge... Je n'ai fait que traverser la rue; regardez mon caban...
l'agent
G'est-y de l'eau ? G'est-y de laneige?On ne sait, mais c'est pire...
Joseph rentre avec un plateau et présente les vendes à la ronde.
LE BRIGADIER, Icvaut sonvevre.
Messieurs, dames, à la vôtre !...
M. GUSTAVE
trinquant aver le brigadiei'.
Brigadier, à la vôtre!... [Tous trinquent avec les agents.) Encore un ?...
LE RHKiADIEH
Je veux bien... [Faisant claquer la langue.) Il est bon !...
J'ai soif... Je voudrais un verre d'eau...
LE BRIGADIER, ricanant.
Un verre d'eau !... Non, mais entendez-vous cet oiseau-là?... Vous en aurez, de l'eau; attendez, mon petit, que nous soyons dehors; elle vous tombera toute rôtie dans la bouche... Allons, assez traîné... Rabutteau, les menottes; et vous, tendez les mains...
Mais Jo n'ai...
LE HHIGADIER
Hein !... Delà rouspétance et des observations?... Il ne manquait plus que ça .. Ilssont tous les mêmes...
On sonne à la porte cochère.
M. GUSTAVE
On sonne!... {Joseph sort pour aller ouvrir.) Quelle heure est-il?... Peut-être que déjà les premiers invités...
M. ACHILLE
Pas encore. .. H n'est que trois heures...
Entre le Commissaire de Police.