LA C A G N A R D E
Plus bas, tu vas les éveiller.
C A GNARD.
Ce sont garçons de brave mine.
Robes de gentille étamine, Hoquetons d'hermine fourrés, Bonnets pointus, souliers carrés, Colliers d'or avec les images De Notre-Dame et des trois mages Et linge qui n'est pas vilain ; Serait-ce l'âne du moulin Qu'on voit en pareille défroque?
Qu'en dis-tu, vieille?
LAC A GNARDE.
Eh ! que m'importe Assez causé pour aujourd'hui.
Être envieux du bien d'autrui N'a jamais enrichi personne, Et voici l'angelus qui sonne.
Allons au lit nous reposer.
Non, j'en ai long à dégoiser.
Les deux pieds au feu de l'auberge,
Messire Enguerrand se goberge
A voir tourner en chapelets
Lapins, cannetons et poulets.
Voici le rôt à la moutarde,
Le cuissot de chevreuil que barde
Un sou de lard, la dinde au riz
Avec épices de Paris,
Miel en rayons, croûtes dorées,
Force tartines bien beurrées
Et pour faire couler le tout,
Vin d'Argenteuil ou de Saint-Cloud.
Le bon seigneur a panse pleine,
OEil clair, teint fleuri ; son haleine
Fume ainsi que cidre nouveau,
Et puis il pleure comme un veau
De ne pouvoir manger encore :
Nous cependant, pauvre pécore,
Nous avons douleurs à foison
Et misère en toute saison.
Nos hardes qui montrent la corde
Crient à Jésus miséricorde.
Dans la bourse pas un denier,
Pas un brin de paille au grenier,
Pas une croûte dans la huche,
Au foyer mort pas une bûche.
C'est toujours pour nous Quatre-Temps,