ACTE I 4f
Et les autres sont si contents Autour de la table servie !
LA CAGNARDE.
Ah ! oui, vraiment, la dure vie !
Mais qu'v peut-on ?
CACNARD,
On peut beaucoup.
LA CAGNARDE.
Voudrais-tu faire un mauvais coup?
Je vois briller tes veux...
Ça, vieille, Approche un peu de mon oreille.
Ecoute : J'ai rêvé tantôt, Que nous héritions d'un château, Flanque de grasses métairies Avec des avoines fleuries Et de joli bois verdovant.
Le passage était riant ; J'étais seigneur, toi châtelaine.
Comme l'argent au bas de laine Tout nous arrivait à planté.
Oh ! que n'est-ce la vérité !
Comme les chevaliers de l'Oie Nous vivrions toujours en joie ; On nous ferait partout crédit.
LA CAGNARDE.
Cela me semble fort bien dit.
T'en faut-il encor davantage ?
Chaque jour, après le potage, Nous aurions bécasse ou faisan.
LA CAGNARDE.
Ce ne serait pas déplaisant.
CAGNARD
Songe un peu : Ne jamais rien faire.
Et boire quoi ? De belle eau claire ? Allons donc ; toujours un vin vieux Et velouté...
LA C A G NARDE.
C'est pour le mieux.
CAGNARD
Plus d'affronts ni de vilenies.
A l'église, aux cérémonies, Nous avons la place d'honneur.
Nous éclaboussons Monseigneur Amaurv de la Bourse plate.
LA CAC NARDE
Moi, j'ai corsage d'écarlate Et belles jupes de satin.
CAGNARD
Tout le pauvre menu fretin En crèvera de jalousie.
LA CAG NARDE.
Les dames de la bourgeoisie,
Ces bégueules, en deviendront Aussi jaunes qu'un potiron.
CAGNARD
Allons donc...
LA CAGNARDE.
Mais que veux-tu dire?
CAGNARD
Ton innocence me fait rire Et tant parler ne sert à rien.
Crois-tu qu'on amasse du bien Sans mettre la main à la pâte ?
Vite, vite; il faut qu'on se hâte.
LA CAGNARDE.
Ces enfants !...
CAGNARD
Eh bien?
Pas si fort.