PRELUDE
Comme un agneau docile à l'appel du berger, Suivant la voie étroite et le devoir austère, Il avait dans le cœur la paix du monastère Et le joug du Sauveur lui semblait très léger.
Il ne méprisait rien de l'immense nature ; Aux oisillons perdus dans le firmament bleu Il prêchait la douceur et la crainte de Dieu, Il se sentait l'ami de toute créature.
Quand tintait ï Angélus jet que le jour baissait, Dans le calme enchanté de l'église gothique, Il était pris soudain d'une extase mystique Ojù l'enlevait au monde et qui le ravissait.
O quelle joie intime et quelle paix complète A ses douces brebis garde le bon pasteur ! Délivré des liens de l'univers menteur, Il planait dans l'azur ainsi qu'une alouette.
Sur un fond d'argent pâle et d'or et de carmin, Il voyait les martyrs et les saints en prière ,- La vierge l'appelait du haut d'une verrière, Jésus le caressait de sa petite main.
Et quelque jour, au son d'une cloche argentine, Saluant Notre-Dame et lui disant : Ave, Vers le clair Paradis qu'elle avait tant rêvé, Son âme s'envolait dans l'hymne de Mâtine.
Ah ! la simplicité du bon religieux, Quand la reverrons-nous, adorable exilée > Comme l'espoir, la foi s'en est bien vite allée, Nous n'osons plus frapper à la porte des deux.
Qu'il était beau pourtant, cet âge d'innocence Où s'éveillaient en nous les songes de VAvent> Qu'il est triste aujourd'hui sous la neige et le vent, Le sentier défleuri de notre adolescence >
Da?is le désert de sable ou je suis enfermé, J'entends le bruit léger d'une source lointaine, Et comme au temps divin de la Samaritaine, Mon cœur tressaille encore au pas du Bien-aimé.
Le couchant s'illumine et la terre est en fête. Voici le Rédempteur au milieu des élus, Voici le maître l — Hélas ! Il ne me connaît plus, Du mauvais serviteur il détourne la tête.