ACTE II
Bien, mon fils. Arme-toi de constance.
Vingt ans au bois des Baux tu feras pénitence, Tu diras le Pater vingt fois toutes les nuits, Tu n'auras pour manger que l'écorce des buis, Pour boisson rien que la rosée et l'eau de neige. Consens-tu ?
Quel bonheur !
Va, que Dieu te protège, Et qu'il rende la paix à ton esprit troublé.
Père, bénissez-moi; je serai consolé.
S.iint Nicolas le bénit. Il sort.
LA CAGNARDE, S t .'.'." I faite .
Lui, lui, quel changement!
Pourquoi cette surprise r
Quand vient le mois de mai, n'as-tu pas vu la brise D'une haleine, au matin, fondre les durs glaçons? Mais tu pleures ?
LA CAGNARDE.
Je pleure, hélas ! sur ces garçons.
Si jeunes, qu'ont-ils pu connaître de la vie ?
Peut-être que leur sort nous devrait faire envie.
LA CAGNARDE.
Au-devant du bonheur ils allaient si joyeux ! Leurs yeux d'enfants étincelaient comme les cieux.
Ma fille, souviens-toi du Dieu de l'Évangile.
Nous sommes dans ses mains comme un vase d'argile
Que le potier façonne et modèle à son gré.
C'est lui qui tous les ans fait reverdir ton pré,
Qui met des iris bleus sur le toit de ta grange
Et de la mousse au fond du nid de la mésange.
C'est lui le protecteur de la biche aux abois.
11 écoute chanter les sources dans les bois,