PROLOGUE
PREMIER ENFANT
Ni le verger Où les papillons bleus s'en venaient voltiger, Le verger plein de sauge et d'avoine fleurie.
DEUXIÈME ENFANT
Nous n'irons plus jouer dans la grande prairie. Nos mères vont pleurer et s'habiller de noir.
TROISIÈME ENFANT
Lorsque nous récitions nos prières du soir,
Nos mains entre les leurs, comme elles étaient iières !
Quelle joie on avait à dire ces prières !
PREMIER ENFANT
O patron des enfants rieurs, saint Nicolas, Bon évêque, voyez combien nous sommes las, Et comme nous mourons de froid et de misère.
Nous venons de très loin, d'une ville étrangère; Nous marchons nuit et jour, récitant le psautier, Car nous voulions dès l'aube être à votre moutier, Et, lorsque sonneraient les cloches de matines, Poser sur votre autel un bouquet d'églantines.
Mais les cierges du chœur s'aliumeront sans nous ;
Vous ne nous verrez pas, ô maître, à vos genoux.
Hélas, si votre bras puissant nous abandonne,
Si vous n'intercédez auprès de la madone,
Nous serons morts tous trois avant qu'il soit demain.
DEUXIÈME ENFANT
Saint Nicolas des bots, tendez-nous Votre main.
TROISIÈME ENFANT
Et VOUS, très douce vierge, acceptez notre offrande. Nous sommes si petits, notre peine est si grande !
DEUXIÈME ENFANT
Mon père, en m'embrassant, l'autre jour m'a conté Que vous aviez souvent, ô reine de beauté.
Sauvé des mariniers près de faire naufrage.
Notre frêle bateau sombre aussi dans l'orage. Écoutez-nous.
PREMIER ENFANT
Oui, c'est l'espoir des matelots.
Qui parle à l'ouragan et fait taire les flots,