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LE PAIT MIRACULEUX ET SES DIVERS ASPECTS

J'appellerai fait miraculeux un fait rare ou même unique, considéré par celui qui le rapporte comme surpassant les forces de la nature animée ou inanimée, impliquant par suite l'intervention d'un être surnaturel : diabolique, angélique ou divin et attestant de plus la valeur religieuse d'un personnage d'une doctrine ou d'une révélation.

On ne saurait accepter la définition courante qui se contente de souligner la rareté, la singularité et Tincompréhensibilité tout au moins pi'ovisoire des miracles et de présumer ou d'affirmer qu'ils sont dus à une intervention surnaturelle. Si les miracles ont provoqué de si longues

et si passionnées discussions, ce n'est pas parce que leurs historiens y voyaient des faits extraordinaires; mais parce qu'ils prétendaient les prendre à témoin de la sainteté d'un personnage, d'une confrérie ou d'un sanctuaire, de la vérité d'une secte, d'une Eglise ou d'une religion (1).

Parmi lès faits historiques ce sont donc des faits absolument à part ; ils sont attestés, il est vrai, par des témoignages comme tous les autres faits historiques ; mais déplus, les historiens y ont presque toujours vu des faits apologétiques et nous les ont rapportés comme tels. Les historiens du miracle sont des historiens tendancieux et le fait miraculeux est un fait tendancieux.

Si vous attestez avoir vu un fait singulier et quelque peu déconcertant, on ne manquera point de vous regarder avec

(1) Le chanoine Didiot s'exprime ainsi sur la fin du miracle : « Personne ne s'y trompe : par le miracle, Dieu prend parti pour ou contre quelque chose, pour ou contre quelqu'un, et le bon sens n'admettra jamais qu'il compromette ses infinies perfections par une intervention fortuite et sans but qui serait aisément en certaines rencontres une intervention scandaleuse. » Logique objective, n^ 286.

une attention sourcilleuse; si l'on ne vous connaît fpoint et que la chose intéresse votre auditeur, il cherchera à s'assurer que vous avez un esprit clair, lucide, nullement facétieux, mais pondéré, grave et véridique. Mais si vous ajoutez que ce fait est une production surnaturelle dont le but évident était d'obtenir pour telle personne ou telle proposition un respect sacré, il se demandera si cette conviction qui vous a été dictée par vos opinions ne vous a pas conduit à déformer le fait que vous rapportez et à en exagérer le côté surprenant et tout d'abord inexplicable.

C'est qu'en efîet cette seconde assertion qui s'ajoute à l'affirmation du fait suppose à la fois une philosophie de l'univers et une théodicée, j'allais dire une théologie de l'intervention de Dieu.

Devra-t-on par suite suspecter a priori la vérité ou tout au moins le bien vu d'un fait réputé miraculeux? Ce serait aller un peu vite ; mais il faudra tout au moins exiger des témoins des miracles, des garanties non communes (1).

(1) « là unum ex illa fraudis et fanatismi suspi-

Le fait miraculeux relève de quatre disciplines distinctes : l'histoire, la science, la philosophie et la théologie. Chacune d'entre elles a ses méthodes, ses procédés et par suite ses limites. Elles sont d'ailleurs toutes assez complexes pour demander chacune un entraînement presque exclusif. L'universelle compétence étant impossible, chaque spécialiste devra demeurer dans sa sphère et surtout ne point demander aux méthodes qu'il pratique des réponses qu'elles ne sauraient fournir.

Le fait miraculeux, pour recevoir une complète appréciation, devra être soumis successivement à l'historien, au savant, au philosophe et au théologien. Au premier Ton demandera de nous attester la vérité du fait et de nous en donner une description complète. Le second nous dira s'il peut être reproduit à volonté ou si la science permet d'en fournir une

cione concludendum est, nempe, miracula, quœ in gratiam alicujus religionis proferuntur, exploranda esse juxta légitimas criticae régulas, quas si patiantur, admittenda, sin minus, repudianda sunt. •» Bonal Institutiones Theologicas, Tolosœ 1879, in-12,I, i09.

explication, et sinon il nous indiquera tout au moins ses analogues plus ou moins lointains. Au troisième, qui spécule aussi bien sur les causes invisibles que sur les causes visibles, sur les causes premières que sur les causes secondes, on pourra demander si un fait attesté par l'histoire, inexpliqué par la science requiert rintei'vention de la cause première ou de quelques causes invisibles. Au quatrième, qui prétend être juge des causes spirituelles et posséder le discerment des esprits, on laissera le soin définitif de reconnaître la griffe du diable ou le doigt de Dieu.

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