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LE MIRACLE PREUVE DE LA VRAIE RELIGION

Lorsqu'il s'agit des preuves de la vraie religion, non seulement nous pouvons, mais nous devons être sévères. Les miracles de TAncien et du Nouveau Testament constituent l'une de ces preuves et nous devons par conséquent n'accepter que ceux qui sont établis d'une façon rigoureuse.

Mais la critique historique nous permet-elle d'en conserver un grand nombre ?

La critique de sincérité nous oblige à dénoncer l'incertitude historique des miracles contenus dans les livres pseudépigraphes apocryphes. Le Pentateuquey Josué, les Juges, Daniel, pour ne citer que ceux-là, doivent être récusés lorsqu'ils attestent des

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faits miraculeux. Ainsi de ce seul chef, nombre de miracles parmi les plus éclatants sont retranchés du faisceau de la preuve miraculeuse. Tous les miracles de Moïse, et deux des plus grand miracles de Jésus : la guérison de l'aveugle-né et la résurection de Lazare.

La critique littéraire nous a contraint d'éliminer tous les miracles qui sont rapportés dans des poèmes, des romans, des recueils de moralités ou des traités de théologie. Job, Tobie, Jonas le Quatrième Evangilene présentent, en effet, aucune garantie d'historicité. Tous les miracles rapportés par ces seuls livres doiTent donc être encore détachés du groupe des miracles apologétiques.

Ce n'est pas tout, nous avons vu que les livres qui se présentent comme historiques, même s'ils peuvent être réputés pour authentiques, doivent encore être soumis à la critique textuelle, à la critique de provenance, à la critique d'interprétation et à la critique d'exactitude.

Le seul usage de la critique textuelle nous mène à rejeter l'historicité du miracle de l'Ascension qui n'est point rapporté par les plus anciens manuscrits (1).

(1) Il y aurait bien à dire sur l'ascension. Un groupe

Si nous appliquons la critique de provenance aux livres des Rois, aux Paralipomènes et aux Synoptiques, nous sommes astreints à nier la valeur historique de maints récits miraculeux qui ne sont évidemment que des citations de seconde ou troisième main ou manifestement légendaires. Les récits de l'enfance de Jésus appartiennent sans aucun doute à cette dernière catégorie.

Enfln, connaissant par la critique d'interprétation l'incertitude relative de l'histoire ancienne (et toute l'histoire biblique non primitive rentre dans cette catégorie) il nous reste à soumettre les livres proprement historiques à la critique d'exactitude. C'est le moment d'être prudent et d'observer toutes les règles de cet art difficile. La valeur historique de chaque récit miraculeux demande un examen individuel. Les raisons techniques doivent être seules décisives ; mais, en cas d'incerti-

de témoins ne le mentionnent pas dans Luc, xxiv, 51 ; d'autres témoins anciens la contiennent. Y a-t-il eu omission d'un côté ou addition de l'autre ? L'addition est plus probable, pour conformité avec les actes. Mais tout le monde n'en convient pas. L'objection radicale et décisive contre l'ascension est que Luc (ou l'auteur des actes) est seul à la signaler tandis que Paul et les autres évangélistes conçoivent les choses tout autrement.

tude,la vraisemblance peut servir de guide.

Il y a là, si Ton veut, trois règles qui dominent tous les problèmes historiques auxquels collaborent l'histoire et la science.

Prenons pour exemple les guérisons de l'Evangile. On sait les difficultés que fait le bureau des constatations à Lourdes ou la congrégation chargée à Rome de la canonisation des Saints pour recevoir les guérisons miraculeuses.

A Lourdes, tout au moins, on exige, de celui qui se prétend guéri, un certificat de diagnostic précisant la maladie dont il était atteint. Ce premier certificat permet d'éliminer tous les malades relevant de la pathologie nerveuse. Un ex-possédé se verrait impitoyablement éliminé par le directeur du bureau des constatations. L'hystérie et ses diverses formes relèvent trop évidemment de la thérapeutique mentale.

Pour la guérison de maladies appartenant à une autre catégorie on ne manque jamais de s'assurer que la guérison a été définitive et ne s'est point bornée à une passagère amélioration.

En fut-il de même à l'époque des Evangiles ? Evidemment non ! Est-ce une raison, parce que les croyants des origines, de même que leurs contemporains, ignorè-

rent ces méthodes prudentes, pour rejeter les guérisons évangéliques ? Nous ne le pensons point.

Mais, tandis que le bureau de Lourdes écartera les guérisons des maladies nerveuses parce qu'elles peuvent être obtenues par la suggestion, ce sera pour nous une raison qui militera en faveur de l'historicité des guérisons évangéliques.

Un second exemple \a préciser notre pensée. Examinons le cas des aveugles guéris par Jésus.

Il est certain que les maladies d'yeux, dont parlent les évangélistes, sont fort mal diagnostiquées et le Dr Boissarie écarterait certainement de semblables guérisons sous prétexte que ces cas de cécité pourraient bien n'être que de simples ophtalmies, ces maladies étant d'ailleurs fort communes en Orient. 11 ajouterait, sans doute, que les guérisons n*ont pas été contrôlées de ma-, nière à établir qu'il n'y a pas eu de rechute.

Pour nous, reprenant les détails des récits sacrés, nous remarquerons qu'ils donnent l'impression d'une sorte de traitement populaire analogue à celui que devaient pratiquer les guérisseurs grecs ou syriens.

« On présente à Jésus un aveugle, au lieu de le guérir à l'instant, il l'emmène hors de la bourgade. Là, il oint ses yeux de salive, il pose ses mains sur ' lui ; après quoi il lui demande s'il voit quelque chose. L'aveugle, répond qu'il voit marcher des hommes qui lui paraissent comme des arbres : Sur quoi jugeant que la première opération n'est pas suffisante, Jésus la recommence et enfin l'homme guérit.

Une autre fois, au lieu d'employer de la salive il la délayé avec de la terre.

On est quelque peu étonné de voir cette méthode employée par un Dieu. Pourquoi ces reprises? pourquoi ces ingrédients ? Ces difficultés sont d'ailleurs secondaires et s'évanouiraient vite si l'on pouvait attribuer quelque efficacité à un semblable traitement (1). »

On est, en effet, tenté de dire : ou Jésus agissait comme Dieu et alors à quoi bon cette sorte de mise en scène et d'hésitation? ou Jésus a guéri ces aveugles, en employant de vieilles recettes humaines et tout s'explique.

Or, précisément, nous retrouvons ce procédé dans de très vieilles traditions grecques et de plus les Grecs modernes le pratiquent encore avec succès sous forme de léchage.

(1) J.-J. Rousseau, Lettres écrites de la montagne j Amsterdam 1764, in-12, 1, p. 95, note.

Le D'^ G. -A. Gostomiris, professeur agrégé, à Athènes, dans un intéressant article sur "cette méthode empirique, lu en 1888, au congrès français d'Ophtalmologie, disait:

« Depuis sept ans, dans plusieurs cas de taies de la cornée, de kératites panneuses et parenchymateuses, d'ulcères chroniques et dans un cas de kératoconus ce procédé m'a donné des résultats fort satisfaisants. »

Les guérisons d'aveugles rapportées par l'Evangile semblent peut-être moins merveilleuses dans le voisinage de ces guérisons analogues; mais elles gagnent en vraisemblance, et comme elles font partie de récits insuffisamment rigoureux, elles bénéficient d'une plus grande certitude.

Ainsi donc, les neuf dixièmes des miracles bibliques, sans qu'on puisse nier leur réalité, ne peuvent être considérés comme vraiment historiques. Dans le groupe historique formé par l'autre dixième, il n'y en a guère de véritablement certains si Ton s'en rapporte à la seule histoire. Il est vrai que la science moderne, en confirmant leur possibilité, leur rend une probabilité inattendue mais déjà nous entrevoyons que la définition que nous avons donnée du miracle devra se modifier devant les progrès de la

science et de ses explications. Sa caractéristique devra se chercher dans le domaine moral et religieux. Peut-on d'ailleurs espérer des preuves d'ordre scientifique pour démontrer la valeur d'une religion ?

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