ACTE PREMIER
tirso, railleur.
Tu doutes, mécréant?... Serait-ce toi, Bancal,
avec ta clarine fêlée,
qui mets les bandits en déroute?
pibrac, dédaigneux.
Je sais... ce que je sais. C'est un secret mortel.
tirso, avec brutalité, V empoigne à la ceinture. Trêve de mystères !
Dis-moi tout!... Sinon...
pibrac, avec effroi, montrant la maison d'Alix. Parlons bas !... Ici, c'est la maison... tirso.
... d'Alix-la-Courtisane.
Si monseigneur Gaucher d'Arcourt, notre capitaine,
n'était ensorcelé par elle,
nous l'eussions pendue haut et court 1
pibrac, avec mystère.
Tu maudis celle qui nous sauve.
TIRSO
Par Sainte-Agnès!... Quel est donc ce blasphème? Elle nous a perdus, cette Alix ! — Sa beauté, son or impur, ses amours scandaleuses ont attiré chez nous l'aventurier et ses pillards. — Il l'a dit !
PIBRAC
Alix a contraint ce brigand d'abandonner le siège.
(Geste étonné de Tirso).
Oui, sache-le : la nuit dernière, il est venu, le Condottiere !
TIRSO
Impossible !
PIBRAC
Je l'ai rencontré, reconnu à la balafre en croix de son front, à ses yeux de loup. Il sortait de chez cette femme. Elle l'accompagnait jusqu'au seuil; il a dit : — « Mon serment, Alix, je le tiendrai ; j'abandonne le siège ainsi que tu le veux. Toi seule auras sauvé la ville !... »
Puis, il a regagné son camp.
TIRSO
Par quel chemin?
pibrac, avec terreur, désignant une poterne l sous le chevet de l'église.
Là!
tirso, se signant avec effroi.
Les caveaux!... les cryptes funéraires de Sainte-Agnès ! — Le Condottiere est donc le démon! — un vampire?...
Je ne sais... Mais, une heure après, ses troupes ont levé le siège.
Le jour, cependant, s'est levé; une rumeur joyeuse grandit au loin. Des fanfares brèves réveillent les soldats.
tirso, menaçant, à Pibrac.
Un conseil, Bancal ! Ton secret doit mourir entre nous!