‹ Le MiracleChapitre 31 sur 52 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

BÉRENGÈRE, à AllX.

Pourquoi le renvoyer ainsi?

Son amour, pourtant, est sincère.

alix, avec aversion.

Que m'importe un amour qui méconnaît le rêve!

BÉRENGÈRE

Le rêve, hélas! Quelle chimère!

ALIX

Je suis lasse de tout.

Mon àme est sans espoir.

Ma vie ardente et folle

n'est que tourments sans fin.

0 décevant mirage!

Mornes sont nos fêtes aux réveils maudits.

Menteurs sont les baisers où se brûlent nos lèvres,

sans jamais s'apaiser.

Ah! je voudrais mourir!

(Avec effroi).

Mais j'ai peur de la mort brutale, celle qui défigure et ternit la beauté. Je voudrais m'endormir, jeune, resplendissante, et ne jamais me réveiller !

BÉRENGÈRE

Mourir, Alix! Toi, dont la grâce

prosterne à tes genoux les plus rudes vainqueurs !

ALIX

Leur fauve désir n'a jamais

compris le cœur dolent et meurtri d'une femme.

Bérengère.

(A demi-voix, épiant les alentours, avec mystère). Alors, ce Condottiere, épris de toi, disait-on, jusqu'au meurtre?...

altx, haineuse, avec une sorte de terreur. Ah! je le hais comme les autres :

le sang me fait horreur. Il en a tant versé !

BÉRENGÈRE

Pourtant, il a tenu parole : il est parti.

alix, fière.

Je lui dois, malgré tant de honte, un moment de gloire et d'orgueil.

Tout un peuple acclamait celle qui l'a sauvé, et j'ai senti mon cœur tressaillir de fierté. J'aurais voulu crier à la foule en délire : — C'est moi que tu bénis ; tu me dois ton salut !

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