SCÈNE III
alix, se redressant.
Loys, mon Loys, pardonne-moi.
Mon amour me défend
d'exposer ta douceur et ton àme (reniant
au sanglant sacrilège, aux flammes de l'Enfer.
(Elle couvre sa figure de se* mains et sanglote. La parle extérieure s'est ouverte. Loys apparaît et, furlif, se glisse entre les deux battants, derrière le pilier double de Ventrée. Rassuré par le silence, il appelle voix).
LOYS
Alix ! Alix !
(Absorbée dans sa douleur, elle ne l'entend point. Il s'élance vers elle.) Comprends et reconnais ma voix !
J«: t'apporte la vie, Alix, la liberté. Nous allons fuir tous deux.
alix, s'éveillant comme d'un songe et lui tendant les bras. Mon Loys !
Parle-moi... J'ai rêvé sans doute.
J'ai cru mourir de détresse et d"horreur. Mais non, je te vois, Loys. Je suis tienne, et rien du passé, rien des songes noirs ne peut empêcher que je t'appartienne.
Km mène-moi, Loys, emporte-moi !
Ah ! j'ai peur de ces murs, de ces lumières tristes !
loys, sJ efforçant de l'entraîner.
Viens ! Fuyons. Hàtons-nous.
Les archers, les bourreaux,
les vils pourvoyeurs du bûcher vont venir te chercher... Suis-moi!
Hélas! Je me souviens, je me souviens !...
A leur supplice infâme
je ne puis échapper ;
mais avant de mourir j'aurai sauvé tes jours :
l'Evèque l'a juré... Si l'impure statue,
de mes propres mains abattue,
jonche de ses débris le seuil qu'elle profane,
je mourrai pardonnée, et tu me survivras.
loys, avec stupeur.
Toi!... tu détruirais la statue, cette image céleste où revit notre amour ! Quel délire imposteur! Alix, reviens à toi !
ALIX
Ah! je hais mon péché d'orgueil et de folie depuis que cette main a répandu le sang.
loys, avec une douleur indignée qui s'exaspère peu à peu jusqu'à la fureur.
Toi! si fière et si forte! Et-ce toi que j'entends?
Ah! les maudits tourmenteurs, les infâmes!
Ils ont brisé ta volonté.
Mais je veux te rendre à la vie.
Ton cœur renaîtra sur mon cœur;
et si les archers de l'Evèque
osent nous barrer le chemin,
je mettrai le feu de mes mains
aux carrefours de la cité démente.
Et dans le tourbilion de ses cendres ardentes
périront avec nous tes féroces bourreaux !