‹ Le MiracleChapitre 45 sur 52 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

ALIX

Loys! ô mon aimé, l'éclat de ta furie

épuise ma force meurtrie.

N'abrège pas en vain l'heure plaintive

qui nous unit aux portes de la mort.

Laisse-moi sur ton cœur verser enfin des larmes

de pardon et d'apaisement.

Sois, Loys, le mystique amant

d'une Alix plus pure et plus belle ^

que celle dont l'image est une offense à Dieu.

Ah! tu ne m'aimes plus! Dans le ciel égarée, ton âme oublie, hélas! nos bonheurs de la terre.

ALIX

L'amour impur a sombré dans la nuit.

Fleurisse enfin l'amour sans reproche et sans tache!

[On entend au dehors le tocsin des morts, un bruit de foule).

LOYS

Alix, les entends-tu? Ce sont eux, les bourreaux !

alix, souriante et calme.

Tu viendras, au parvis sacré,

voir mourir ton ancienne amante

et naître la nouvelle à la gloire des cieux.

loys, révolté.

Ah ! je veux mériter le même sort funeste ! Je frapperai les juges, les soldats.

ALIX

Non! Tu viendras, pour que je meure mes derniers regards sur tes yeux.

loys, hors de lui.

Malheur au valet du bourreau

qui le premier franchira cette porte !

ALIX

Loys ! Loys ! Malheureux !

(La porte du cloître s'ouvre : Loys s'élance, mais recule aussitôt devant les blanches religieuses de la Mercy).

loys, avant de s'enfuir par la porte extérieure.

Oui, tu me reverras sur le parvis fatal, et je te sauverai, malgré toi, malgré Dieu!

(Il disparaît, tandis que les Sœurs de la Mercy entourent Alix et la mènent lentement vers la porte derrière laquelle apparaissent confusément les pénitents en cagoules sombres, le cierge en mains, et, au-delà, les armes hautes des soldats qui sont chargés de protéger Alix contre les fureurs populaire*).

RIDEAU

Page 1