BOUSCULÉS ET GUÉRIS
Le guérisseur, les mains sur le ventre, a viré maintes fois. Enfin, il s*arréte. Et s'adressant à une voisine : « Eh bien, avez-vous mal encore? vous sentez-vous quelque chose de chaud dans le dos? » Le zouave lui rabotte Tépine dorsale avec un poing énergique. Elle pousse de petits cris étouffés. « Et maintenant vous ne sentez plus rien? — Non. » Un vieux grogne :
« C'est les boyaux qui me cuisent. » Le zouave lui secoue le ventre, jusqu'à ce qu'il se déclare guéri. C'est ainsi pour chaque malade. A peu près tous avouent la défaite du mal, mais pas du premier coup. Il faut que Jacob les décide, les persuade, du geste et de la voix. Il leur impose la main ou même le pied, quelquefois, quand ce sont les parties basses du corps qui souffrent. Les gestes las et suppliants implorent le miraculeux contact, d'où émane le fluide, invisible panacée devant laquelle la maladie la plus incurable, abandonnée des médicastres, s'enfuit! Quand chacun s'est rasséréné, le zouave commence son prône. Ah ! certes, il est bien simple. Ne pas boire du lait surtout, parce qu'il croit que cela fait du fromage dans l'estomac. II a
Sfd LE MIRACLE MODEBNE
une haine spéciale contre le lait. « Ne buvez pas trop, ne mangez pas trop. » La viande saignante ne lui plaît pas. Il recommande de l'eau, le dîner léger, le vin pas drogué, et pas de café. Et voilà tout. Et vous allez guérir. Et vous reviendrez dans huit jours.