FAKIRISME DE FAUBOURG
« Ne causons plus, dit-il. » Le silence est tel qu'un bâillement, un soupir paraissent des choses énormes. Une odeur de linge douteux plane.
Le zouave enjambe les bancs, se place au milieu de rassemblée, joint les mains, se concentre, et tourne sur lui-même lentement, la tête un peu baissée et de côté, comme un coin qu'on enfonce. Les yeux se troublent de plus en plus ; le capuchon rabattu donne l'illusion d'une sorte de moine, qui tiendrait beaucoup du fakir.
Etrange minute qui s'écoule, dans cette pénombre, entre ces murs caca d'oie. Sur un buffet hétéroclite, le buste du zouave jeune s'érige, entre les bouteilles apportées par les fervents. A un des murs, sur une étoffe, ces deux mots : Jésus Chrisna^ avec un cœur de cuivre piqué. En effet, d'après le zouave, son esprit guide serait le Messie indien, dont la légende se rapproche tant des récits évangéliques, — le dieu des bayadères et des fakirs, le voluptueux conquérant des âmes. Cependant quelques enfants se sont endormis : un gros homme a clos un œil; des femmes d'ouvriers, en caraco du dimanche, prunelles baissées comme à Téglise, attendent l'invasion des fluides, le bénévole
déluge des «c esprits ». Un quart d'heure, à peu près, se passe.