‹ Le miracle moderneChapitre 118 sur 171 · UN MIRACLE DE LOURDES ACCOMPLI A OOSTACKERS · texte numérisé non relu

UN MIRACLE DE LOURDES ACCOMPLI A OOSTACKERS

« Pierre de Rudder, ouvrier à Jabbecke (Belgique), a une jambe écrasée par un arbre qu'un

autre ouvrier abat. L'os est cassé à 0°',09 audeasous dugenou. On lui remit la jambe et on lui appliqua un appareil. Cinq semaines après, une grande plaie se forma au pied et Tos se corrompit. Trois médecins échouèrent à le guérir. U garda le lit, une année, enfin il put se traîner sur deux béquilles.

a Gela dura ainsi huit ans et deux mois.

« Il voulut aller à Oostackers-lez-Gand où la Vierge opérait des guérisons. On refusait de remmener ; la partie inférieure de la jambe tenait faiblement à la supérieure, le pied tournait dans tous les sens, les deux parties de Tos cassé étaient distantes Tune de l'autre de 0"*,03 et se montraient à travers les chairs ; une grande et profonde plaie était là, en continuelle suppuration.

« Le 7 avril 1876, il part envers et contre tous, se trouve à la station de Jabbecke, prend le train pour Gand.

(c Arrivé à Oostackers, il se traîne, accompagné de sa femme qui l'a suivi à la grotte (imitation de celle de Lourdes) et à moitié mort, tombe sur un banc, supplie la Vierge de le guérir, est guéri subitement, jette ses béquilles et s'agenouille. Sa femme s'évanouit, lui marche, fait trois fois le tour de la grotte. Sa jambe est guérie, les deux parties disjointes se sont rappro-

chées, les plaies ont instantanément disparu^ à peine une petite marque bleue indique la fracture.

CRÉATION INSTANTANÉE DE TROIS CENTIMÈTRES d'oS

« Les quatre médecins qui Tont soigné avouent n'y rien comprendre. Pendant trentedeux ans les médecins Tout en quelque sorte surveillé, depuis ce miracle rien n'est revenu.

« Il allait faire son centième pèlerinage à Lourdes même où il venait en reconnaissance tous les ans quand il mourut d'une pneumonie le 22 mars 1898.

« L'autopsie de la jambe eut lieu :

« Elle a démontré que les os de la jambe gauche jadis fracturée sont absolument égaux à ceux de la jambe droite. Or il y avait eu dans la plaie, en permanente suppuration, des fragments éliminés ; les os étaient à une distance de 3 centimètres le uns des autres, il a donc fallu une création instantanée d'os.

« En quelques secondes, tout est remis, les muscles atrophiés fonctionnent comme auparavant, la jambe a été remise comme par le plus habile chirurgien ; Rudder ne boite même pas.

« Il est certain qu'on peut discuter sur une guérison de paralysie, de phtisie; mais qu'une plaie se ferme instantanément, qu'un organe atro-

phié pendant des années refonctionne d'un coup, toutes les suggestions du monde n'arriveront pas à produire cela.

«( La nature met un temps à fermer une plaie, cela est sans exception, pas un médecin au monde ne saurait le nier.

POUR M. J.-K. HUYSMANS LE MIRACLE A LOURDES n'eST PAS DOUTEUX, MAIS PERSONNE n'eST SÛR d'eN AVOIR VU UN.

« L'on dit : Teau froide agit par le saisissement. Mais il y a des malades qui guérissent sans se baigner. L'on dit : la foule détermine de pareils phénomènes par ses cris.

« Il y a des malades qui guérissent loin des foules; beaucoup, loin de Lourdes même.

« L'autosuggestion? mais sur des enfants de trois à quatre ans qui pleurent et n'ont qu'un but, sortir de l'eau froide?

<x Gomment expliquer que des malades non guéris à Lourdes et qui s'en reviennent n'y comptant plus, le sont brusquement dès leur retour chez eux?

« Le miracle pour moi n'est pas douteux; mais il faut, pour se prononcer, attendre une année au moins, afin de voir si la guérison persiste.

« On peut dire que Ton a vu à Lourdes

— celui qui y est de passage — des choses extraordinaires, des apparences de miracle, mais on ne peut absolument affirmer qu'on en a vu un^ »

PUISSANCE DR LA SUGGESTION OU DE l'autosuggestion RELIGIEUSE

Je suis tout à fait de Tavis de M. J.-K. Huysmans. Ce document, qu'il m*apportait avant que parut son livre, est excellent pour ma thèse. Lourdes et la source ne sont pas indispensables pour le miracle de Lourdes. Dans les Foules de Lourdes Fauteur insiste; il nous apprend que dans le faubourg de Férikeuï, à Constantinople, une chapelle des Pères Géorgiens contient un autel, voué à TApparition qu'eut Bernadette, avec une statue semblable à celle de la grotte ; et on a fait venir de Teau de la fontaine miraculeuse. Les guérisons furent très nombreuses ; la Vierge, nous dit J.-K. Huysmans, se souciant fort peu de Taxiome <c hors de TEglise point de salut », rendit la santé à des mahométans, à des juifs, à des schismatiques. Ces observations ont une véritable importance, car nous pouvons établir ainsi, grâce à cette disposition que même

' Toujours l'équivoque sur ce mot miracle! Donnons lui la plus large extension, comme faisait Gharcot, et nous serons très d'accord. Seul un théologien a le droit de se montrer dif* fi elle.

pour ces sortes de prodiges, c'est Tindividu luimême qui, actionné par la foi, les produit. L'eau, Fenthousiasme des foules, Tauto- suggestion ne sont en somme que des moyens pour la « vis medicatrix » de s'exprimer. Et le miracle ne persiste que si l'organisme a en lui assez de ressources pour l'emporter définitivement sur la maladie, après cette première victoire qui l'a réconforté.

En somme, si, à Lourdes, les miracles sont plus considérables qu'autre part, lieux de pèlerinages ou cliniques, c'est que la foi y est plus favorablement excitée par Tampleur des cérémonies, Taffluence des croyants, les excellentes dispositions du décor, le prestige qui y est attaché. L'enthousiasme religieux réveille jusqu'aux énergies ancestrales ; il remue profondément les idéesforces de terreur, d'amour, de désir, de confiance, de mystère; non seulement il agit sur notre inconscient, mais il y habite, il y règne pour la majorité des cas. Je le répète, l'atavisme et l'éducation sont avec lui. Il n'est pas de levier plus puissant au miracle ^

Bien entendu, ici comme ailleurs dans tout ce Uvre, uniquement psychologique, je me borne à étudier le mécanisme du miracle sans chercher sa cause première, métaphysique ; ee qu'il fallait démontrer en roccorrence, c'est que tel ou tel lieu, telle ou teUe eau, tel ou tel rite ne sont pas indispensables.

LES MIRACLES DE LÀ VOLOr^TE ET DE LA PENSEE 303

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