LES CURES DANS LES ANCIENS TEMPLES
Aussi la guérison auprès des sanctuaires se perd dans la nuit des temps : le dieu importe peu, c'est la foi qui importe. Rappelons-nous le distique de Tibulle, qui semble écrit pour les lieux sacrés d^aujourd'hui, alors qu'il s'adresse à Tantique déesse :
Nunc^ dea, nunc succurre mihi ; naui posse mederî Picta docent templis multa tabella tuis ^
C'était, comme aujourd'hui, la grotte sombre et la fontaine sacrée, la neuvaine (dont abusent les grimoires), les théophanies, c'est-à-dire les apparitions du dieu ou de la déesse. La grotte, le o-iToixa yjiç (la bouche de la terre) proférant l'oracle guérisseur, et la déesse, au nom modifié par les siècles, mais qui fut tout d'abord KopT^, la vierge de THadès, Perséphone, Proserpine, Isis.
Vers cette grotte consacrée à la déesse, se pressait la foule des fidèles en « panégyries », sortes de processions qui tenaient du pèlerinage et de la foire. Et je ne parle pas de croyances moins typiques, comme celles de TEsculape d'Epidaure, de Cos, de Pergamos. Là aussi pendaient les ex-votos des deux côtés de l'édifice.
* « MflLintenant, déesse, maintensuit viens à mon secours ; car beaucoup de tablettes peintes (ex-voto) apprennent que tu peux guérir dans tes temples. »
M. Paul Girard, diaprés de récentes découvertes nous a décrit VAsclépiéion d'Athènes, qui reproduit en somme les plus antiques sanctuaires de rÉgypte. La statue miraculeuse d'Ësculape se confonde n effet avec la figuration de Sérapis, le guérisseur des temps pharaoniens. Des prêtres médecins étaient attachés au temple ; ils enregistraient et secondaient les miracles à la manière du bureau médical de Lourdes. Rien n'est nouveau, tout recommence. Sous les portiques de TAsclépiéion, grouillaient les « intercesseurs », dont la fonction consistait à représenter des malades absents, restés en des villes lointaines et pour lesquels ils priaient Tidole bienfaisante. Je connais dans le Poitou maintes vieilles femmes qui exercent aujourd'hui encore le même métier et remplacent près du tombeau miraculeux de Sainte-Radegonde, leurs clients qui n'ont pu se déplacer.
Devant le temple d'Esculape coulait la fontaine purificatrice, où se plongeaient les suppliants; ceux-ci passaient la nuit sous les portiques du temple. S'ils étaient guéris, ils en ornaient les parois d'hymnes votives, de peintures que nous avons perdues, et de jambes, de bras, de seins en matière précieuse, symbolisant les membres malades reconstitués par l'intervention du Dieu. Il en est de même aujourd'hui. Ces
LES MIRACLES DE LA VOLONTE ET DE LA PENSÉE 30b
ex-Yotos figurent généralement la guérison de maladies convulsionnaires.
Rome, sceptique, corrompue, décadente, avait pourtant son Asclepiéion. Un ex-voto nous montre l'aveugle Gaïus qui touche Tautel, puis ses yeux, et qui voit. Un autre, le phtisique Lucien, guéri par les cendres du feu des sacrifices mêlées au vin sacré.