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LA GUÉRISON DU LUPUS

Si , à mon avis, Tanteur des « Foules de Lourdes » a raison de déclarer que les formules de la psychopathie moderne ne suffisent pas à englober les moments supérieurs de la mystique, je crains qu'il ne s'abuse sur le caractère des guérisons de Lourdes. Plus frappants, plus théâtrales, elles ne rentrent pas moins dans la catégorie des autres prodiges et ne s'opposent à aucune des lois qui régissent la faith healing.

M. J.-K. Huysmans dédaigne de soumettre à une critique objective les preuves intérieures qu'il prétend avoir reçues. Sa défense du miracle physique antinaturel n'est pas non plus péremptoire. Il se base surtout sur l'instantanéité des guérisons et Tocclusion des plaies ; maintes cliniques nous en montrent autant.

ce Maigre butin », pourrions-nous dire, nous aussi. Il est vrai que Lourdes, même pour les catholiques, n'est pas un article de foi.

Là ne réside pas, d'ailleurs, le principal mérite de J.-K. Huysmans. Ce peintre merveilleux, ce caricaturiste du verbe, produit des miracles incontestables, ceux-là, en brossant des tableaux, en creusant des eaux-fortes d'une vision sincère,

brutale, comique, originale, imprévue et où il laisse sa marque, si bien que lui seul, même s*il ne signait pas, pourrait être désigné comme l'auteur responsable et admirable. A côté de ces pages ultra-savoureuses, Zola apparaît fade et banal.

Savourez cette guérison d'un lupus.

Ce que Ton a tenté pour entraver la marche de cet ulcère est incroyable ; on a saccagé la mâchoire de la malheureuse, en lui arrachant les dents, on Ta cautérisé sans mesure et le lupus n'en a pas moins continué de la dévorer vive et de répandre une odeur si nauséabonde que personne n'osai l plus la panser. La figure était devenue quelque chose d'effrayant. Le nez et la bouche confondus s'ouvraient en un rouge cratère d'où coulaient des filets de lave couleur de soufre ; les joues étaient percées de deux trous de l'épaisseur d'un petit doigt et qu'il fallait boucher avec des tampons de ouate lorsque la pauvre femme s^apprétait à manger ou à boire, de peur que les aliments et la boisson ne sortissent par ces ouvertures.

Arrivée devant la grotte, elle prie, puis baigne ce qui lui sert de visage à la piscine. Le lendemain, elle recommence à s'imbiber la face avec une éponge et sans plus de succès ; ce même jour, honteuse, se sentant un objet de dégoût pour tout le monde, à quatre heures, au moment de la procession du saint Sacrement sur l'esplanade, elle ne veut pas se mettre sur les rangs des malades et elle se cache dans le Rosaire, vide à ce moment-là, derrière le grand autel.

Elle lisait, agenouillée, ses prières dans un livre de messe quand, la procession étant terminée, Mgr de Saint-Die, qui avait tenu l'ostensoir, rentre, pour le déposer, dans le Rosaire. A ce moment le bandeau qui lui voilait la figure, se défait et tombe sur son livre qu'il macule de sang et de pus. Elle le rattache solidement avec un double nœud et, intimidée par la foule qui rentre à la suite de Tévêque, dans l'église, elle s'échappe et s'en va à la fontaine pour y prendre un peu d'eau . Elle était penchée sur le robinet, lorsque le bandeau se détache encore ; un peu surprise, car elle était certaine de l'avoir très fermement noué, elle le rajuste et retourne à l'hôpital où elle se plaint qu'il ne tienne pas et demande qu'on le lui applique avec plus de soin. On l'enlève et les deux personnes qui l'ont ôté poussent un cri : Vous êtes guérie ! Elle n'y croyait pas ; il fallut qu'elle se vît dans une glace pour se convaincre qu'en effet le lupus avait disparu, comme par un coup de baguette, en une seconde. Le visage s'était réparé, le nez s'était restauré tant bien que mal, les trous des joues et du palais ouverts étaient bouchés, les chairs s'étaient reconstituées d'elles-mêmes, spontanément.

C'est violent, bizarre, cru. On dirait ces imageries de missel gothique, où demeure le souvenir des sabbats, mais où perce tout de même une âme de primitif — qui aurait collaboré aux Soirées de Medan.

Oui, comme Ta écrit Gharcot, ce ne sont pas seulement des ce convulsions, des contractures, des paralysies » d'origine hystérique que résout

Teau de la piscine ; « elle guérit soudainement les ulcères les plus rebelles », des tumeurs aussi ; mais ces maux sont justiciables de la faith heor ling^ c'est-à-dire de Tinfluence de Tesprit sur le corps, multipliée par la foi.

OPINION DES DISCIPLES DE CHARCOT ET d' ANATOLE

france sur les « miracles » de lourdes (il n'y a pas de surnaturel)

Nous en arrivons donc aux réponses, que font les disciples de Gharcot et d'Anatole France aux affirmations de J.-K. Huysmans et aux procèsverbaux du docteur Boissarie, qui découvrent en certaines guérisons des manifestations particulières du Surnaturel.

Voici les arguments des incrédules^ tels qu'ils peuvent se ramasser en quelques paragraphes :

La très grande majorité des miracles connus sont de tous points comparables aux cas de guérison subite observés à la Salpètrière. Fréquemment sous rinfluence d'une émotion, d'une douche, de la suggestion, cessent des maladies datant de plusieurs années, cécité, surdité, paralysies névropathiques. Pour quiconque n'est pas du métier, et même pour beaucoup de médecins peu familiarisés avec ce genre de maladies, ces guérisons seraient inexplicables autrement que par un miracle.

Mais les croyants font cette objection :

La science actuelle n'est-elle pas impuissante à expliquer un certain nombre de faits prodigieux, qui ne relèvent pas de la pathologie nerveuse, la guérison des phtisiques, par exemple?

Les sepliques répondent : Les observations sont d'ordinaire bien superficiellement, bien hâtivement prises par les médecins chargés de constater les miracles. Le diagnostic est loin d'être précis. À notre connaissance, on a noté comme tuberculeux guéris des malades simplement atteints de toux ferrinBj de congestion névropathique du larynx, ou bien de vrais tuberculeux améliorés pour huit jours ; ils reprenaient de Tappétit et des couleurs, leur toux se calmait un peu, mais leurs lésions pulmonaires n'étaient en rien modifiées.

Pour que la conviction fût irrésistiblement entraînée, il nous faudrait autre chose que ces trop explicables prodiges qui nous sont offerts ; il faudrait un miracle, vraiment miraculeux et tel que l'intervention divine puisse seule le produire. Parmi les miracles qu'on nous rapporte, pourquoi n'est- il jamais question d'une jambe coupée qui aurait repoussé subitement dans la piscine ? On dirait que Dieu ne daigne pas faire de miracle trop éclatant, qu'il entend se borner — un Dieu qui se borne, quels mots contradictoires ! — à des

demi-miracles, pour donner plus de mérite à ceux qui croiront. Mais, au total, c'est le démon qui bénéficie de cette manière. Et il a beau jeu le Malin, quand il nous met en parallèle les miracles de toutes les religions présentes et passées, quand il nous insinue que, de tous temps, les foules ont été avides de surnaturel, de mystère ; car au temple d'Esculape, par exemple, se produisaient des cures semblables à celles que nous voyons à Lourdes. C'est le même Malin, je pense, qui nous parle par la bouche de son ami Renan, quand celui-ci nous dit : « Ce n'est pas cTun raisonne^ ment, mais de tout Vensemble des sciences modernes que sort cet immense résultat : il n'y a pas de surnaturel » .

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