‹ Le miracle moderneChapitre 123 sur 171 · COMME AU BILLARD · texte numérisé non relu

COMME AU BILLARD

Cette façon un peu sommaire de comprendre la faith healing creuse naturellement un abîme entre les affirmations plutôt simplistes du romancier catholique et les analyses ingénieuses et circonspectes des psychiatres.

Depuis sa conversion qui fut très sincère, la. sensibilité raffinée de Fhagiographe de Sainte Lidwine s*allie volontiers à la foi du charbonnier. Je me rappelle nos conversations dans la maison charmante qu'il habitait près du cloître des Bénédictins de Ligugé.

Le soleil déclinait davantage. Un peu d'ombre accusait le visage vigoureux de Toblat J. K.

Huysmans. Il fumait. Au-dessus des maisons basses du village et de Tusine, le clocher de l'abbaye montrait le ciel. Je songeai que la mystique déclinait aussi comme ce soleil, et que le crépuscule du doute enveloppe l'âme moderne.

— Lorsque vous avez écrit la vie prodigieuse de Lidwine, devant les miracles stupéfiants relatés par les bollandistes, n'avez- vous pas été troublé par les objections de la science contemporaine, qui parle volontiers à ce propos d'hystérie et de suggestion ?

— Je m'en suis peu préoccupé, car ces prodiges rentrent dans le cadre de la mystique et y sont fréquents. Hystérie, suggestion... il ne faut pas être dupe de ces expressions récentes, par lesquelles on croit expliquer, en les nommant^ des phénomènes toujours mystérieux. Dieu ne change pas, d'ailleurs, la nature de ceux qu'il influence. Qu'un saint ou une sainte soit nerveuse^ hystérique même, qu'importe ? Ilseservira^.

pour se manifester, de cette susceptibilité heureuse en la circonstance. Il prend, en effet, les chemins les plus directs.

Et Huysmans, froissant encore de ses doigts minces le papier d'une nouvelle cigarette ajouta, en souvenir de ces « cafés » qu'il a supérieurement décrits :

— Dieu ne « joue pas la difficulté » comme au billard...

J.-K. HUTSMANS ET LES PSYCHIATRES

Le soir tombait; la cloche du jardin sonna.

L*auteur de Sainte Lidwine rentrait chez lui, après être allé à Poitiers faire sa visite à son relieur et à quelques vieilles églises.

— Ah bien I si vous croyez à la bonne foi des prétendus savants, vous vous trompez étrangement, s'écria-t-il en roulant de ses doigts fuselés et minces une cigarette. Tenez, prenez Paul Richer. Il tranche le cas de Louise Lateau, la stigmatisée, avec une légèreté qui frise l'inconscience. Il assimile cette miraculée aux vulgaires hystériques à crises qu'il a examinées dans sa clinique et ne tient nul compte des faits par lesquels elle les distance. Tout ce qui le gêne, il le supprime. Ainsi, Louise Lateau distinguait, sans la voir de ses yeux, l'hostie dans le custode , et savait si elle était consacrée ou non. Cette expérience a été

faite maintes fois et a toujours réussi; mais rhypnotiseur Tomet.

La critique et les réserves des psychiatres sont aussi sincères à mon avis que l'indignation de M. J.-K. Huysmans. Celui-ci croit en la mystique ; il Fadmet comme une science positive. Les psychiatres ne voient en ces phénomènes qu'autosuggestion ou hystérie. Leurs points de départ sont opposés, leurs mentalités différentes. Ils n'arriveront pas à se rencontrer. Le grand écrivain les malmène; cependant ils ne peuvent interpréter certains prodiges que d'après leurs connaissances qui sont surtout cliniques. Il est vrai que les mystiques en savent plus que les cliniciens ; il y a des états d'âme familiers à ceuxlà et qu'ignoreront toujours ceux-ci. Les psychiatres ont eu le tort d'être parfois irrespectueux pour des figures vénérables du passé ; ils ont pris un ton décisif pour résoudre les problèmes dont ils n'avaient pas toutes les données. Ecoutez les objurgations que J.-K. Huysmans leur adresse avec verve et sans ménagement.

... N'en déplaise à ces caciques de la psychiatrie et à ces barbacoles entendus qui, ne pouvant rien expliquer, classent sous Téliquette de l'autosuggestion ou de la démence, les phénomènes de la vie divine qu'ils ignorent, la Mystique est une science résolument exacte ; j'ai pu vérifier un certain nombre

de ses eJQTets et je n'en demande pas davantage pour croire; cela me suffît.

Page 1