FAUT-IL FERMER LOURDES
Thèse : Tolérons Lourdes y le mensonge qui aide à vivre, » Antithèse : « Lourdes est un péril et une déraison. »
M. Jean de Bonnefon, dans un livre intitulé Lourdes et ses tenanciers^ que complète un numéro spécial des Paroles françaises et romaines, entièrement consacré à des réponses de médecins, pose cette question : « Faut-il fermer Lourdes ? » Le résultat de ce référendum, c'est, prononcée par plus de mille lettres très documentées, la condamnation du sanctuaire — qui crée, ilfautbien le dire, une concurrence, mais où les conditions de rhygiène sont déplorables, et qui favorise souvent de funestes exaltations.
SI
L'idée de reprendre pour Lourdes, l'arrêt célèbre qui s'appliquait aux convulsionnaires de Saint-Médard :
De par le Roy défense à Dieu De faire miracle en ce lieu^
a été présentée par Zola dans les dernières pages d'un copieux et vigoureux roman, mais sous la forme d'une discussion intérieure, d'un débat intime.
La « thèse » d'abord : « Tolérons Lourdes, le mensonge qui aide à vivre ! »
Non, non ! ce serait un crime que de fermer le rêve de leur ciel à ces souffrances du corps et de Tâme, dont Tunique apaisement était de s'agenouiller, làbas, dans la splendeur des cierges, dans Tentètement berceur des cantiques. Où était donc Thomme dur qui aurait eu la cruauté d'empêcher les humbles de croire, de tuer en eux la consolation du surnaturel, Tespoir que Dieu s'occupait d'eux, qu'il leur réservait une meilleure vie dans son paradis? L'humanité entière pleurait, pareille à une malade désespérée, condamnée, que seule pouvait sauver le miracle.
Mais « Tanti thèse » ne tarde pas : w Lourdes est un péril et une déraison ! ».
Cette religion de la souffrance humaine, ce rachat par la souffrance, n'était-ce pas encore un leurre, une aggravation continue de la douleur et de la misère ? Il est lâche et dangereux de laisser vivre la
superstition. La tolérer, l'accepter c'est recommencer éternellement les siècles mauvais. Elle affaiblit, elle abêtit, les tares dévotes que l'hérédité lègue font des générations humiliées et craintives, des peuples dégénérés et dociles, toute une proie aisée aux puissants de ce monde. On exploite les peuples, on les vole, on les mange, quand ils ont mis Teffort de leur volonté dans la seule conquête de l'autre vie. Dès lors ne vaudrait-il pas mieux avoir tout de suite l'audace d'opérer l'humanité brutalement, en fermant les Grottes miraculeuses où elle va sangloter, et de lui rendre ainsi le courage de vivre la vie réelle, même dans les larmes?