UN DESTRUCTEUR DE LA LEGENDE DE BERNADETTE
C'est « l'antithèse », pour employer encore ce terme hégélien, qu'a reprise M. Jean de Bonnefon, avec la fougue d'un Polyeucte anticongréganiste.
Son livre est curieux, plein de précipices et de documents : le narrateur ne semble pas en avoir tiré un suffisant parti littéraire, lui (jui, pourtant est un écrivain, de fière envergure. D'ailleurs, une brève préface nous avoue que ce volume « n'est pas un livre, mais un rapport sec et gris ». Il est permis, surtout puisque M. Jean de Bonnefon en est l'auteur, de le regretter.
Les intentions du pamphlétaire — il faut fermer Lourdes, sa grotte et ses magasins, prohiber sa source microbée, — sont évidentes dès la dédi-
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cace : « Aux confrères de la Petite République et de la Dépêche (de Toulouse), qui firent loyale alliance avec la Religion pour ce combat contre les boutiques du sanctuaire. »
Nous lisons plus loin :
On aurait gardé le silence encore, si 1 histoire de Lourdes n'était qu'une légende posée sous Topale du ciel, contre le mur des Pyrénées, au bord du Gave qui rit en sautant. Mais ni poésie ni légende ne sont ici : le mensonge des apparitions a été dicté par la plus basse et la plus détestable des passions, celle de Tor. Il est exploité par des hommes casqués et masqués sous casque et masque de piété.
Les documents sont très piquants en grande partie et neufs. On y voit « comment l'abbé Ader, Tabbé Pomian suggestionnent Bernadette, sous la direction de Peyramale. » Le miracle aurait été connu d'avance et prédit par un magistrat. Là où M. J.-K. Huysmans voit Taboutissement d'un long effort du Surnaturel pour se faire jour dans un paysage après avoir longtemps rôdé et tâtonné tout autour, M. Jean de Bonnefon constate un complot politique et réactionnaire. L'empereur aurait été complice d'une supercherie. Ses ministres résistent d'abord, puis ils cèdent. « La faiblesse du préfet, nous avertit la table des matières, se complique de la fourberie de l'évoque ».