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PEUT-ON RÉFORMER SON CARACTÈRE

C'est l'hypnotisme qui forme le premier cha pitre de cette thérapeutique de l'âme, Thypnotisme, grâce auquel l'idée agit en quelque sorte irrésistiblement et visiblement.

* Je propose ce nom de Thought healing (la pensée qui guérit) inusité encore mais synthétique et calqué sur Faith healing ()a Foi qui guérit) appellation adoptée depuis que Charcot remploya.

L'hypnotisme est surtout utile aux débilités incapables de se relever par eux-mêmes. Son instrument miraculeux s'appelle la suggestion.

Mais ne nous en tenons pas là. Manié délicatement, il permet de regarder dans notre moi et d'en surprendre les intimes ressorts, aQn d'en régler de nouveau le mécanisme.

« La suggestion hypnotique, écrit dans les conclusions de son livre ^ le professeur Jules Liégeois, soit pendant le somnambulisme provoqué, soit à Tétat de veille, présente un moyen d'investigation pour Tétude de Tesprit humain. Elle permet de faire naître des pensées, des volontés, des sentiments, de les modifier, de les étendre, de les annuler, de les faire varier à l'infini, de produire tous les troubles possibles, de la pensée, de la mémoire ou de la parole. Les savants ont en elle un véritable procédé de vivisection morale et intellectuelle, »

Le D*" 0. G. Wetterstand de Stockholm, après plusieurs milliers d'expériences qui l'ont placé parmi les psychologues les plus adroits, a conclu à la puissance encore mal délimitée de l'action mentale :

« Dans toutes les maladies où la volonté est

* De la suggestion et du somnambulisme dans leurs rapports avec la jurisprudence et la médecine légale. (Octave Doin, édit.).

affaiblie et où il est important de lui rendre sa vigueur, le traitement psychique offre de grands avantages. J*appellerai également Inattention sur les effets de ce traitement en ce qui concerne la réforme du caractère^ fait démontré par Liébeault, Bernheim, ForeU aussi bien que par moi. » [U hypnotisme, ses applications à la médecine pratique,) Et Durand de Gros écrivait :

« Le rachitisme de Tin tell igence, les déviations du caractère trouveront dans Thypnotisme leur orthopédie*. »

l'horlogerie du « MOI »

Avant d'indiquer les méthodes pour agir sur notre moi, des explications sont nécessaires, aûn de bien définir ce que nous entendons par ce « moi ». Qu'est-il véritablement, d'après les observations, que l'expérience, — et non une prévention métaphysique ou mystique, — nous permet d'enregistrer.

Quand M. Taine, lumineux synthétiste des tra-

* Oui, cette psychologie « appliquée » a ses racines dans le passé le plus lointain. La magie, les sciences occultes, sous leurs apparences superstitieuses et malgré de chimériques ambitions, renfermaient les principaux éléments de la psychothérapie et do l'orthopédie mentale. L'humanité, — ou du moins une élite — a toujours vu plus ou moins clairement le parti qu'elle pouvait tirer de ses ressources intérieures. Ce que j'avance ici sommairement, je le démontrerai en un livre où je publierai avec commentaires des fragments important! de vieux grimoires.

Taux psychophysiologiques de son temps, dans son livre V Intelligence^ démonta notre « moi » comme une horlogerie complexe, en désigna les rouages et précisa la fatalité des mouvements, il nous rendit un service énorme. Il détruisit à jamais les rêveries autrefois en cours sur la mentalité, considérée comme une entité existant d'une vie imaginaire, abstraite, indépendante de notre organisme qui, est son point d*appui.

Cependant ses conclusions furent dépassées et mal comprises. Notre conscience , réduite à être un faisceau de sensations et d'idées, construction de la vie extérieure et de notre corps, sembla vouée à l'esclavage des milieux et à la fantaisie des circonstances. Enlisée par Tatavisme, composée par les événements tjuotidiens, elle n'était plus qu'une résultante trop prévue et comme le précipité inévitable d'une combinaison chimique. Dès lors une grande tristesse gagna l'élite, puis pénétra lentement et par contre-coup les foules. Un découragement d'une sorte nouvelle, un découragement a priori, pour ainsi dire, mina les volontés. Gefut un fâcheux renouveau del'an tique résignation bouddhiste, avec l'idéal et l'espérance en moins ; les âmes doutèrent de l'héroïsme, de l'effort et de ses résultats. Je me les rappelle ces tristes heures que traversa notre génération.

On voulut nous persuader que nos hésitations.

nos tares, nos impuissances, nos incertitudes sont irréparablement (c nous même » ; il apparaissait inutile de réagir, puisque, victimes d'un passé fatal et d'un milieu tenace, nous ne nous changerions pas. Oui, ce mal particulier, toute la jeunesse contemporaine Ta subi. Il aboutit chez beaucoup au doute sur soi-même, au dégoût de la vie ; il rétrécit l'horizon du vouloir. Il éteignit toutes les fois et surtout la foi en nous-méme. Taine, de ce point de vue, fut plus funeste que Schopenhauer ; car celui-ci, par sa doctrine de volonté à outrance, volonté dans l'univers aussi bien que dans l'homme, nous préparait, quoique en la combattant, une philosophie de Ténergie et de l'espoir.

Une meilleure compréhension de nos propres capacités devait se faire jour enfin. La robe de notre « moi » est en effet tissée avec l'étoffe que nous fournirent l'ambiance et les ancêtres, à qui nous devons notre constitution même. Mais il y a une force neuve sous ce vieux vêtement, une force permanente sous ce vortex de phénomènes, une personnalité derrière ces éléments impersonnels qu'elle coordonne. La petite horloge peut être démontée, puis remontée ; elle ne marquera l'heure que si elle possède l'impulsion secrète qui fait graviter les astres, germer les arbres, penser et aimer les hommes.

l'exercice DE LA VOLONTÉ DÉTRUIT LE CAUCHEMAR FATALISTE

Cette force — qu'elle soit une cause ou une résultante, peu importe pour Tinstant — existe au dedans de nous. Elle agit sans cesse sur Torganisation qui la manifeste et réagit sur les autres organismes. La conscience pourra utiliser ce dynamisme, si les expériences de la « Thought healing » sont, comme je n'en doute pas, véridiques. Les abîmes de notre être possèdent, même chez les plus pauvres en apparence, des ressources incalculables. Et il est possible de puiser en ces greniers. Voilà une grande découverte. Nous l'avons dit, c'est Thypnotisme qui tout d'abord nous y a initiés, par l'observation de faits multipliés et incontestables.

Quelles que soient donc les théories en cours sur le déterminisme de nos actes, la fatalité de notre caractère et de notre destinée, il est possible de corriger une mentalité, de l'augmenter ou de l'émonder et ainsi de transformer notre coniluite et nos mœurs. Notre mentalité est « phénoménique » et changeante. Taine ne s'est pas trompé. Mais elle n'est pas seulement modifiée fatalement et comme en dehors de nous. Notre vouloir peut agir sur elle, trier les pensées, les sentiments qui la composent, séparer le bon

grain de Tivraie. Il importe peu que certaines philosophies se refusent à admettre cette puissance autonome. Au sophiste qui prouvait par des raisonnements l'impossibilité de se mouvoir^ Socrate répondit silencieusement en se mettant à marcher devant lui ^

De même, les prodiges de l'hypnotisme, de la suggestion et de la « Thought healing » affirment par des exemples, au milieu de tant de discours contre la liberté, la possibilité de nous surmonter nous-méme. Le cauchemar fataliste qu'une demiscience avait fait peser sur nous va donc cesser grâce à des réalités vivantes et à des faits concrets qui se rient des critiques et des contradictions, aussi gratuites les unes que les autres.

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